Criton – 1950-09-30 – Victoire Décisive

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Le Courrier d’Aix – 1950-09-30 – La Vie Internationale.

 

Victoire Décisive

 

La victoire foudroyante des Américains en Corée s’achève plus tôt que les plus optimistes ne l’escomptaient. Il est difficile d’en exagérer l’importance et les répercutions.  Nous les résumons d’un mot en disant que pour la première fois depuis la prise de Berlin par les Russes, la troisième guerre mondiale n’est plus une certitude.

Pour la première fois aussi, Moscou est désorienté. Un bruit circule qui a toutes chances d’être exact : les Communistes chinois auraient fait savoir aux Etats-Unis par l’intermédiaire du Pandit Nehru qu’ils ne se livreraient à aucune action militaire, en Corée, à Formose ou ailleurs, tant que seraient pendantes ces questions à l’O.N.U. à laquelle ils désiraient en revanche être admis. Ce qui sera chose faite après les élections américaines de Novembre. Ainsi Mao Tsé Tung aurait choisi la voie pacifique et tous les plans de Staline en Asie sont menacés d’effondrement.

 

Rétrospective

Nous avons dit ici, dès la fin de juin, que le Kremlin ne se faisait aucune illusion. La résistance américaine avait empêché un blitz des Nord-Coréens, l’O.N.U. avait pris position contre l’agression en un tournemain, il n’y avait plus qu’à attendre la débâcle de Kir el Sung. Comment le rusé Staline avait-il pu être ainsi trompé ?

L’agression Nord-Coréenne avait été décidée en décembre entre Chou en Laï, Kir el Sung et Molotov et c’est vers le 10 mai que Syngman Rhee, le président Sud-Coréen avertit Truman de l’imminente attaque. Est-il vrai, comme on le prétend, que les Américains décidèrent alors d’attirer les Soviets dans le piège en leur faisant croire qu’ils n’interviendraient pas ?

Nous pensons que la réalité est plus simple. Comme nous l’avons montré en son temps, les Américains étaient jusqu’au dernier jour très divisés, et Truman et le sénateur Connolly étaient sincères quand ils déclaraient que la Corée ne pouvait être défendue et ne valait pas le risque. Il fut même question à ce moment d’abandonner le Japon. Cependant, en laissant Mac Arthur prendre toutes dispositions secrètes pour faire face à la situation, au cas où l’on changerait d’avis, et ce ne fut qu’au moment du voyage de Bradley au Japon, huit jours avant l’heure de l’attaque, que l’action défensive des Etats-Unis fut décidée.

Il n’en est pas moins vrai que Staline, trompé par les rapports d’espions, crut à une abstention américaine ou tout au moins à une hésitation assez longue, pour donner le temps à Kir el Sung ou plutôt au général allemand Schroeder d’occuper toute la Corée et il s’en fallut de peu qu’il ne réussit.

 

Perte de Prestige

Le désarroi est profond dans le camp communiste où la perte de prestige sera d’autant plus cruellement sentie que les affaires par ailleurs vont assez mal. La situation alimentaire en Hongrie a pris un caractère sérieux. Il ne suffit pas d’arrêter les Commissaires au ravitaillement pour trouver du bifteck. De plus, les épurations ont pris une telle ampleur – on en est au 3ème président de la République en deux ans – que tout le monde tremble dans le parti et que la terreur, si j’ose dire, se dévore elle-même.

C’est là d’ailleurs le point faible et probablement le germe mortel qui ronge le bolchévisme. Aucun dirigeant n’est sûr du lendemain en dehors des maîtres du Kremlin, et encore, tant que vit Staline. Chaque jour en Allemagne, en Hongrie, en Pologne, en Bulgarie, une tête tombe ou plutôt disparait dans quelque insondable trappe. A la longue, tous les hommes capables s’enfuient ou se cachent. Il ne reste plus que les policiers. C’est ce qui se passe actuellement en Bulgarie.

Par ailleurs, l’échec total du bolchévisme dans le domaine économique pèse lourdement sur l’effort de propagande. La disette 5 ans après la guerre est plus grave que jamais, et cela partout. Les cartes de rationnement en Allemagne orientale ne suffisent pas à nourrir les gens ; le marché noir officiel ou occulte continue chez tous les satellites, et même en certaines parties de l’U.R.S.S. Tout cela se sait.

Tito lui-même est victime de la même résistance paysanne au collectivisme ; la sécheresse a bon dos. Tito doit mendier du grain à Washington pour passer l’hiver.

 

Raidissement Américain

L’autre danger vient des Etats-Unis. Il est certain que la Maison Blanche a beaucoup hésité à donner à Mac Arthur les moyens d’accroître son prestige par une victoire militaire. Maintenant, il faut poursuivre. Il faut franchir le 38ème parallèle, rétablir la souveraineté Coréenne sans l’U.R.S.S. et sous le contrôle des Nations-Unies. Le problème coréen reste aussi compliqué qu’avant la guerre, qui, comme toujours, ne résout rien.

Les Etats-Unis se contenteront-ils d’une solution de compromis qui serait acceptable pour l’U.R.S.S., ou pousseront-ils à fond leur avantage pour tenir en respect toute l’Asie ? C’est plutôt là notre impression ; la machine militaire lancée, rien n’arrêtera les Américains, pas même le risque de guerre pour obtenir ce qui équivaut à une capitulation des Soviets. Surtout à la veille des élections, une solution diplomatique qui ne sanctionnerait pas la défaite des Rouges irriterait l’opinion qui compte en ce moment les morts. Washington est convaincu que les Soviets s’inclineront devant la force et nous pensons qu’il a raison.

 

                                                                        CRITON