Criton – 1950-10-07 – Nouvelle Phase

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Le Courrier d’Aix – 1950-10-07 – La Vie Internationale.

 

Nouvelle Phase

 

Ce serait une erreur de donner, dans le règlement de l’affaire Coréenne la primauté aux plans et intrigues de l’O.N.U. à Lake-Success. La guerre n’est pas terminée, ni près de l’être. Elle changera sans doute de caractère, de bataille rangée elle deviendra guérilla. Car les Nord-Coréens ne capituleront pas. Les Etats-Unis ont besoin pour poursuivre de l’appui des Nations-Unies ; c’est pourquoi les opérations marquent un temps d’arrêt ; mais ils ne se laisseront pas pour autant paralyser dans une action qu’ils veulent décisive et qu’ils ont les moyens de conclure.

 

L’énigme Chinoise

La stratégie chinoise reste aussi ambigüe : Chou en Laï, ministre des Affaires étrangères de Mao Tsé Tung, continue en paroles d’attaquer les U.S.A. Il écrit dans la « Pravda » un article qui sonne comme les diatribes de Moscou.

Il y a  synchronisation sur le plan diplomatique pour tâcher d’intimider les américains et de diviser les puissances associées dans le soutien de leur action militaire. Il y a le plan Russe qui n’a qu’un intérêt de propagande ; le plan Anglais qui, tout en suivant les vues américaines, tient compte des intérêts chinois du Commonwealth ; enfin, le plan Hindou qui cherche adroitement à concilier les antagonismes et cela à deux fins : d’abord parce que le Pandit Nehru veut se poser en médiateur entre les asiatiques et les blancs, et prendre l’initiative d’une diplomatie des peuples de couleur ; ensuite et surtout, il veut obtenir des Chinois un règlement favorable à ses intérêts dans la question Tibétaine.

On remarquera que les Chinois parlent toujours de la « libération » du Tibet, mais qu’ils n’entreprennent rien alors qu’il leur eut été facile depuis longtemps de soumettre ce pays sans défense. Nehru ne veut pas du communisme à ses frontières, c’est-à-dire d’une avance Russe vers l’Orient méridional ; pas plus que les Chinois, sans doute. La pénétration au Sin-Kiang et en Mongolie leur suffit. Il est probable même que les Chinois verraient sans déplaisir Russes et Américains évacuer la Corée, même si le gouvernement futur de ce pays devait être d’apparence démocratique.

Mais il est normal en bonne diplomatie que les Chinois, dont le but essentiel est d’entrer à l’O.N.U. et d’en chasser Tchang-Kaï-Chek, se servent de leur potentiel militaire pour faire pression sur les Etats-Unis. Nous le répétons : ceux-ci ne se laisseront distraire ni de leur action en Corée ni d’aucuns de leurs plans de réarmement. La machine lancée fera son chemin, comme prévu ; le reste est manœuvres autour d’un tapis vert.

 

Les Russes

Les Intentions des Russes, toujours obscures, se laissent cependant deviner ; ayant perdu en Corée toute chance de dominer, ils essayeront d’en faire une nouvelle Grèce en organisant la guerre civile et le sabotage des plans de restauration économique et politique qui vont se heurter à des difficultés énormes. Quant à ceux qui croient à un retournement de la politique soviétique à une tentative de règlement général avec des hommes nouveaux – on parle du retour de  Maïoki et de Litvinov – nous pensons que ce sont là des illusions de chancelleries. Les Américains d’ailleurs ne s’y prêteraient pas et c’est bien pour cela, à des fins de propagande que les Soviets laissent courir ces bruits.

Au contraire, la propagande intérieure du Kominform est plus belliciste que jamais. Il suffit d’écouter les émissions radiophoniques destinées à la jeunesse. Jamais l’excitation à l’héroïsme militaire et les récits de combat n’ont tenu autant de place. Ce qui n’est pas peu dire !

Tandis que les émissions  destinées à l’étranger ne s’occupent que d’action pour la paix, les jeunes Russes n’entendent parler que de combats où le fascisme et les fauteurs de guerre Anglo-Américains sont écrasés par la vaillante armée rouge.

 

En Autriche

De même, la tactique d’insurrection intérieure continue à être pratiquée dès qu’une chance d’agitation se présente. C’est l’Autriche aujourd’hui qui subit l’assaut. Pour assainir ses finances et décharger l’Etat du poids des subventions économiques, le Chancelier autrichien avait fait accepter par les organisations ouvrières socialistes un plan de hausse concomitante des salaires et des prix, l’une devant compenser l’autre. Mais la hausse des prix plus sensible créait un climat favorable à une explosion de mécontentement. On est surpris toutefois que les communistes autrichiens, si peu nombreux, aient réussi à tenir le Gouvernement en échec. Devant une pression à gauche, les Syndicats modérés hésitent pour ne pas paraître faibles à leur clientèle. C’est comme cela que les désordres s’aggravent.

 

La Situation Economique en Angleterre

La situation économique en Angleterre est intéressante à suivre car elle montre à quel point les prévisions dans ce domaine sont fragiles. La guerre en Corée et le lancement du programme de réarmement ont renversé la situation. Les matières premières dont la zone sterling tire surtout ses ressources de change ont fait un bond. Les marchés devenus favorables aux acheteurs le sont à nouveau aux vendeurs, ce qui stimule l’exportation.

Aux effets de la dévaluation de l’an passé qui avait apporté un soulagement normal mais temporaire, s’est ajouté depuis trois mois l’afflux des achats américains de produits stratégiques. Les réserves d’or et de devises de la Banque d’Angleterre ont doublé ; la Livre devant laquelle on fuyait, devient une monnaie rare, au point qu’on agite – à tort d’ailleurs – la question de sa revalorisation.

Le Gouvernement travailliste profite d’une situation à laquelle il n’a aucune part et que personne ne pouvait prévoir. Au congrès de  Margate, M. Attlee a repris face à l’opposition une attitude offensive. Les difficultés ne sont pas cependant aplanies. La hausse des prix, conséquence de la hausse des matières premières, menace l’équilibre social. Des hausses de salaires doivent y correspondre ; situation qui, comme on sait, n’est pas particulière à l’Angleterre.

 

                                                                                  CRITON