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Le Courrier d’Aix – 1950-08-05 – La Vie Internationale.
Six Semaines Après…
Le développement de la guerre de Corée confirme notre impression première : Sur le plan militaire comme sur le plan diplomatique, les Soviets ont échoué. Tandis que l’opinion perdait la tête, le Kremlin cherchait les moyens de retourner une situation dont il voyait les dangers. L’attaque brusquée minutieusement préparée, dirigée par un général allemand avec des aviateurs Japonais, des officiers Mandchous, des fantassins Coréens, encadrés de Mongols, avait pour objectif d’occuper toute la Corée en quinze jours avant que les Américains aient pu réagir ; de faire immédiatement des élections qui auraient fourni à Kim Il Sung, le dictateur rouge, un plébiscite cent un pour cent. A moins d’intervenir directement, les Russes ne peuvent empêcher les Américains de tenir et bientôt de contre-attaquer.
Mais l’échec diplomatique est plus grave que le militaire. Le but des Soviets est d’isoler peu à peu les Etats-Unis qu’ils ne peuvent songer à réduire par les armes, les discréditer dans l’opinion des masses, neutraliser l’Europe par la peur et rendre les nations, moins exposées à leurs coups, hésitantes ou passives.
Or l’attaque en Corée a groupé autour des Etats-Unis la plupart des nations ; l’Angleterre et les Dominions activement et sans réserve, ce qui représente une force considérable, et à leur suite, avec plus ou moins de fermeté, la quasi-totalité des nations libres.
Enfin, ce qui effraie Moscou encore davantage, le réarmement américain qui s’était effectué sur le plan technique et scientifique, passe au stade de réalisation massive et rien désormais ne retiendra la machine lancée à toute force.
Ligne de conduite des Etats-Unis
Tout se passe comme si les Soviets avaient donné à Washington tous les moyens de réaliser ses plans. Sitôt après la guerre, les Etats-Unis démobilisent et le monde reste exposé sans défense à l’invasion russe. L’Europe a couru alors un gros risque dont elle n’a pas eu nettement conscience ; les Américains ont pensé – et ils ont eu raison – que les Soviets étaient trop affaiblis et désorganisés pour profiter d’une situation pourtant favorable. Pendant ce temps, les Etats-Unis ont employé tout leur potentiel industriel à ramener l’abondance chez eux et à remettre sur pied les économies exsangues des pays d’Europe. En même temps, ils poussaient la recherche scientifique et la fabrication des bombes atomiques pour être en mesure d’entreprendre sans délai au moment critique – ce qu’ils commencent à présent – un réarmement massif avec des engins du dernier modèle dont ils pourront se servir au moment opportun.
La question est de savoir si les Soviets leur laisseront les deux ans nécessaires à la réalisation de ce programme ou s’ils préfèreront tenter leur chance avant qu’il ne soit trop tard. Dans les milieux militaires de Washington et de Londres, on semblait croire ces jours-ci que les Soviets étaient prêts à engager la lutte ouverte. Ce sentiment paraît s’atténuer.
Le Retour des Russes à Lake-Success
Le retour après sept mois d’absence de M. Malik aux Nations-Unies est déjà en soi l’aveu de l’échec, surtout sensible sur le terrain de la propagande. Les Russes avaient quitté le Conseil de Sécurité pour protester contre la présence du délégué nationaliste chinois. Ils reviennent siéger à côté de celui-ci. Toutes les ficelles de procédure n’empêcheront pas que le Conseil de Sécurité se refuse à revenir sur la condamnation de l’agression coréenne.
La Chine
Malik ne réussira même pas à déloger le délégué de Tchang-Kaï-Chek. Les Etats-Unis, forts de l’appui moral qu’ils ont reçu, mènent déjà le jeu avec vigueur. Il y a plus : l’attitude de Mao Tsé Toung est, malgré l’apparence, douteuse. Complètement associé diplomatiquement avec les Russes il n’est pas sûr, par contre, qu’il s’engage à leur servir de pion dans une lutte armée.
A l’intérieur, la Chine est loin d’être acquise au communisme et l’opposition s’y manifeste sous les formes les plus diverses. A Pékin, on suit la guerre de Corée et l’on mesure les chances des deux partis. La Chine, épuisée par vingt ans de guerre civile et étrangère, ne peut risquer de compromettre une évolution encore mal assurée dans une aventure militaire. Un échec serait fatal. On pensait il y a quelques jours que l’armée d’Ho chi Minh qui s’est groupée au Yunnan pour attaquer l’Indochine à l’automne, appuyée et aidée par les Chinois recevrait l’ordre de marche ; ce n’est plus aussi sûr à présent. C’est la balance des forces qui décidera, et celle-ci a manifestement penché depuis huit jours en faveur des Etats-Unis. Mac Arthur n’a pas hésité à se rendre à Formose pour assurer la défense de l’île sans se soucier des clameurs des communistes chinois.
Les débats qui vont se succéder à Lake-Success n’ont pas autrement d’importance. Ils signifient cependant que l’U.R.S.S. est obligée de s’occuper de l’opinion internationale et d’essayer de la retourner. Si elle comptait sur la force des armes elle ne s’en soucierait guère.
Avertissement
Il est assez humiliant de constater que dans la panique absurde qui s’est emparée des Européens, ce sont certains Français qui se sont montrés le plus ouvertement défaitistes. Ils ont tort. Si par malheur les Soviets s’emparaient de l’Europe la France ne serait pas seulement occupée mais ses habitants, par des méthodes de destruction massive – probablement bactériologique – seraient exterminés, communistes compris. Non par haine, mais parce qu’ils sont « non récupérables », le type du peuple bourgeois invétéré, et le panslavisme a, lui aussi, besoin d’espace.
CRITON