Criton – 1951-05-05 – Le Temps de la Réflexion

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Le Courrier d’Aix – 1951-05-05 – La Vie Internationale.

 

Le Temps de la Réflexion

 

L’affaire Mac Arthur revient de sa phase émotionnelle vers une appréciation plus réfléchie. De même, la démission de M. Bevan et de ses collègues, la première surprise passée, est jugée avec une certaine sévérité par l’opinion travailliste elle-même. Dans les deux cas, ce sont les faits qui décideront. L’offensive communiste en Corée a jusqu’ici confirmé les vues du département d’Etat. C’est une répétition de la ruée en masse de l’automne sans intervention de tanks ni d’aviation. Elle est aisément contenue et avec les moyens actuels a peu de chance de réussir. Les temporisateurs auront raison.

 

Un Exposé du général Marshall

Marshall a exposé avec netteté la politique américaine, telle qu’il était aisé de la deviner. L’important pour les Etats-Unis est de ne pas se laisser entraîner dans une guerre illimitée avant la réalisation du programme d’armement et le renforcement des défenses européennes. Le tout est de gagner du temps. Si les Soviets de leur côté, comme il semble, n’osent pas courir le grand risque, l’Amérique pourra contenir la pression des rouges en Corée, et maintenir en Asie un « équilibre mouvant » en attendant d’être assez forte pour imposer une décision. Si cette politique réussit, l’affaire Mac Arthur se résoudra d’elle-même.

 

Diplomatie

Du côté diplomatique, on ne parle plus guère du marathon qui continue au Palais Rose. Gromyko a essayé par des injures de faire perdre patience aux délégués occidentaux pour les rendre responsables d’une rupture. Mais ceux-ci se sont contentés d’offrir de nouvelles propositions repoussées comme les précédentes. La séance continue. Mais on sent bien que l’ère des conversations est près de sa fin.

 

Les Conséquences de l’Affaire Bevan

L’affaire Bevan et consorts a eu d’heureux effets. Elle a montré aux Travaillistes les dangers d’une diplomatie partisane et de l’isolement déjà trop accentué de l’Angleterre, tant à l’égard des Etats-Unis que de l’Europe. M. Morrison, s’appuyant sur ce mouvement raisonnable, est venu à Paris parler du plan Schuman et a fait des avances à Washington. L’affaire des pétroles de Perse a donné à réfléchir à tout le monde. La petite guerre à laquelle se livrent depuis 30 ans les puissances occidentales autour des puits du Moyen-Orient est en passe de mal tourner pour toutes. Un point commun des trois grandes démocraties devrait s’imposer partout pour faire respecter des intérêts profondément solidaires.

L’affaire Bevan a été la cause aussi du voyage en Europe de Charles Wilson, l’organisateur de la mobilisation économique aux Etats-Unis ; ceux-ci ont compris qu’ils ne pouvaient laisser courir l’accusation lancée par Bevan et d’autres, d’accaparer les matières premières pour pouvoir fournir aux Américains des canons et du beurre, tandis que les Européens seraient privés des deux. Wilson est venu à Paris et à Londres pour voir comment alimenter les usines des pays européens, et accélérer leur réarmement qui ne démarre pas vite, en France du moins, cela sans que soit abaissé le niveau de vie des citoyens qui ne le supporteraient pas.

Le réarmement, bien que la nécessité en soit assez généralement sentie de plus en plus en Angleterre comme en France et même en Allemagne, se heurte à une lassitude excusable. Le plan de défense atlantique comporte de plus une coopération militaire avec les Etats-Unis qui se traduit, par force par une sorte de discrète occupation, et par nécessité également à une pression politique. Comme nous le disions, il faut dans tous les pays menacés par le bolchévisme des gouvernements acquis à une collaboration sincère. Il faut préparer de bonnes élections. Tout cela demande un doigté et une souplesse auxquels on n’était pas accoutumé au pays du dollar. Le temps n’est plus où l’on pouvait dire : « J’achète ou je cogne », le Mac Arthurisme est un peu la survivance de cet état d’esprit « middle west »… Dès qu’un pays prépondérant est obligé à une politique planétaire, il faut qu’il mette l’équité et la mesure avec soi.

 

Vers la sagesse

Il semble d’ailleurs que dans bon nombre de pays l’opinion écoute plus volontiers les voix raisonnables. Le Japon a voté très sagement, plébiscitant en quelque sorte l’administration Mac Arthur. L’Australie a retourné ses ministres au pouvoir. Les électeurs allemands en Rhénanie ont indirectement approuvé le plan Schuman, l’effondrement des communistes qui n’ont pas eu 5% des voix ayant profité plus au Centre qu’au socialisme. C’est pour Schumacher et sa haine contre la France, un échec dans un pays justement occupé par nous et voisin de la Sarre. En Italie, malgré les tiraillements et les progrès du néofascisme, la coalition gouvernementale paraît moins menacée qu’en mars. On prépare les « municipales ». Tito lui-même met de plus en plus d’eau dans son vin, sourit à la Grèce et à l’Autriche. Il se propose même de protéger l’Italie si on lui en donne les moyens. Les Italiens vexés l’accusent de faire la cour aux dollars.

 

En Perse

Reste l’affaire persane qui est sérieuse : le chef des nationalistes s’est imposé comme premier ministre, et le Shah a dû s’incliner. Les Anglais élèvent le ton, et les Américains qui prêchaient la modération et craignaient de se compromettre en soutenant les Britanniques qui sont violemment haïs en Perse, vont être obligés de prendre parti. Mao Tsé Tung que Bevin ménageait si bien vient à son tour de s’approprier les biens de la Compagnie pétrolière anglaise qui opérait en Chine. Le pétrole est le nerf de la guerre comme de la paix ; les réserves limitées en sont âprement disputées et la consommation s’enfle à un rythme effrayant. Le temps du petit jeu des influences genre Lawrence est passé. La leçon doit servir à Londres.

 

                                                                                  CRITON

Criton – 1951-04-28 – Politiques Intérieures

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Le Courrier d’Aix – 1951-04-28 – La Vie Internationale.

 

Politiques Intérieures

 

La démission de M. Bevan fixe un terme au Gouvernement travailliste anglais. Les élections ne pourront être reportées au-delà de l’automne. Comme il advient souvent dans un parti qui sent le pouvoir lui échapper, une scission se produit. C’est de l’intérieur que vient ce coup de grâce, plutôt que de l’opposition. Les partis socialistes dans tous les pays portent en eux des lignes de cassure. Il y a toujours une gauche et une droite.

En Angleterre, c’est l’antagonisme entre les politiciens directement issus du syndicalisme comme Bevin et Bevan et les intellectuels d’éducation aristocratique comme Attlee et Morrison. L’attelage s’est brisé quand les éléments populaires ont vu venir le moment de passer à l’opposition avec un programme qui peut flatter les masses : Hostilité au réarmement, résistance à l’influence américaine, priorité pour le maintien des conquêtes sociales.

 

Causes de la Scission

Le parti travailliste jouait de malheur : la maladie de Cripps, la mort de Bevin, l’état chancelant d’Attlee lui-même, et maintenant la défection de l’aile gauche. Mais il était surtout affaibli par la pression discrète mais de plus en plus active des Etats-Unis. Une défense efficace de l’Occident ne peut être organisée que si les pays participants s’accordent sur une politique commune et un idéal commun, c’est-à-dire sont gouvernés par des hommes qui en matière économique et sociale ont des vues concordantes.

Le monde libre ne survivra qu’avec un programme d’ensemble accordé aux mesures particulières à chaque pays. C’est ce que les Etats-Unis cherchent à obtenir dans la communauté atlantique. Avec le socialisme au pouvoir en Angleterre, ce but était irréalisable.

 

La Conférence de Torquay et la Fraction Pacifique

Le dernier conflit en date eut pour théâtre la Conférence de Torquay qui vient de s’achever par un échec, au moins en ce qui concerne les relations anglo-américaines. Les Etats-Unis ont refusé d’abaisser leurs tarifs douaniers si les Anglais ne renonçaient pas de leur côté à la préférence impériale. Par ailleurs, les Américains viennent de conclure avec l’Australie et la Nouvelle-Zélande un pacte du Pacifique dont l’Angleterre est exclue et qui avait pour but de rassurer les deux Dominions sur les conséquences du réarmement du Japon.

Cette communauté du Pacifique qui s’ébauche parallèlement à l’Atlantique et qui comprendra les Philippines et sans doute l’Indonésie, soudera au continent américain cette partie de l’empire. Le fait que les deux Dominions avaient renversé leurs gouvernements socialistes a pesé sur leur décision.

 

Le Plan Schuman

Le Plan Schuman a été signé. Reste à le mettre en œuvre. Les Etats-Unis y tiennent essentiellement malgré l’opposition qui s’agite de tous côtés. Mais les Anglais qui tiennent le contrôle de la Ruhr ont là un atout majeur qui peut tout empêcher et dès la signature ils n’ont pas manqué d’en user. Ils ont cherché, avant que la ratification ne soit accordée par les divers parlements, de faire sentir que sans leur concours, il n’y avait juridiquement aucun moyen d’aboutir, ce qui est incontestable, et ils ont refusé d’acquiescer sans discussion à la demande de la France de lever toutes les restrictions imposées à l’Allemagne en matière de production et de répartition du charbon et de l’acier. Mais les Etats-Unis ont les moyens d’imposer leur volonté. Par leurs tarifs douaniers, ils tiennent la clef des exportations anglaises dans la zone dollar ; on a vu qu’en Perse, ils ont pouvoir de régler la source anglaise du pétrole. Ils commandent aussi le débit de la concurrence japonaise.

Leur intention n’est nullement de ruiner ou de soumettre l’Angleterre, bien au contraire, mais ils veulent en finir avec une opposition dangereuse pour l’unité du monde libre. Les Conservateurs revenus au pouvoir trouveront l’indispensable compromis.

 

L’Offensive en Corée

La brusque offensive des communistes en Corée montre aux Américains que la controverse Truman-Mac Arthur n0a au fond aucun sens. Il n’y a pas à choisir entre deux politiques : ce sont les Soviets qui imposeront ce choix selon qu’ils interviendront ou non, ou simplement s’ils lancent l’aviation rouge sur les arrières américains. Ridgway fait exactement ce qu’aurait fait Mac Arthur. Si les communistes se contentent comme jusqu’à présent de se ruer sans soutien aérien, il les contiendra aisément. Sinon, il bombardera la Chine et la guerre s’étendra par étapes. Moscou a sans doute déjà décidé.

 

La Réforme Agraire en U.R.S.S.

Des événements considérables ont lieu en Russie sur le plan social auxquels on n’accorde pas assez d’attention. La révolution bolchévique est entrée dans sa dernière phase : la collectivisation de la terre. Après de longues luttes au sein du Politburo qui ont abouti au limogeage d’Andreïev, il a été décidé que la paysannerie en tant que classe allait disparaître. Jusqu’ici, les paysans des Kolkhoses travaillaient par équipes, le plus souvent familiales, habitaient dans leur isba, cultivaient un petit lopin de terre à eux, élevaient quelques bêtes et ne donnaient qu’une partie de leur temps – 180 journées – à la corvée kolkhozienne.

En somme, leur condition était pratiquement la même qu’au temps du servage, sauf que le maître ou l’intendant était remplacé par le directeur de la ferme collective et que les biens dont ils avaient la jouissance étaient moins étendus qu’alors – un hectare au maximum. Mais cela était encore trop.

Dans la région de Moscou, pour commencer, les villages vont être supprimés, les équipes familiales aussi. Les paysans vont être assimilés aux travailleurs industriels. Ils vivront dans des baraquements (provisoires bien entendu), groupés en petites villes et consacreront tout leur temps au travail obligatoire dans des exploitations immenses organisées comme des usines. Il n’y aura plus qu’un seul type d’existence, celle d’ouvrier, exception faite pour les bureaucrates, les militaires et les privilégiés.

Si Karl Marx revenait inopinément des enfers, il trouverait réalisé en Russie le monde capitaliste tel qu’il le prévoyait de son temps et que Dieu merci, l’évolution naturelle a conduit en sens opposé. Tandis que dans tous les pays capitalistes ou même socialisants, la propriété individuelle se développait à tel point qu’aux Etats-Unis un tiers des familles possèdent leur maison et que la plupart des « fermiers » exploitent leur propre sol ; qu’après la réforme agraire imposée au Japon par Mac Arthur, 89% des terres sont cultivées par le paysan propriétaire, il n’y aura plus en Russie qu’un gigantesque trust qui, comme le prophétisait Marx, après avoir englouti les autres, a transformé tous les habitants en prolétaires sans défense comme sans droits, attachés à l’usine et à la glèbe, dirigés par la bureaucratie, surveillés par la police, enrégimentés dans l’armée pour des guerres à l’autre bout du monde et pour des raisons qu’ils ignorent.

Cette évolution logique du bolchévisme me remet en mémoire une amusante parodie de Tolstoï par Paul Reboux. Il imaginait que pour tirer du ruisseau des filles perdues, on les établissait dans une sorte de couvent où devait s’entreprendre leur rééducation morale. Mais les exigences de la nature obligeaient bientôt les organisateurs à ouvrir la porte aux visiteurs, et comme il fallait nourrir la communauté, on dut percevoir un petit péage et, en fin de compte, pour que tout allât commodément, on en vint à solliciter les clients. Et la façade du monastère s’orna d’une magique lanterne. Ainsi vont les révolutions.

 

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Criton – 1951-04-21 – Après le Coup d’Éclat

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Le Courrier d’Aix – 1951-04-21 – La Vie Internationale.

 

Après le Coup d’Éclat

 

Huit jours après l’éclatement de la bombe Mac Arthur, on peut encore se demander s’il était opportun qu’elle fut lancée. Elle n’a eu aucun effet, comme on pouvait s’y attendre, sur la propagande soviétique pour qui Truman et Mac Arthur sont tout un. Elle n’a pas davantage rallié la politique britannique à la ligne du Président. Après une courte satisfaction, le Foreign-Office a continué d’opposer au ferme refus de l’apaisement par Truman, les propositions déjà formulées pour une conférence à Cinq, la restitution de Formose à la Chine rouge, et la participation du Bloc communiste au traité japonais. Morrison semble plus que Bevin porté à accentuer les divergences entre Londres et Washington.

 

Répercussions en Amérique

L’affaire Mac Arthur est surtout une bataille pré-électorale. L’homme de la rue a au début pris parti contre le Président pour l’homme qui incarne la force américaine et l’autorité pour l’imposer. Les excès de langage des leaders républicains et la défection de quelques-uns ont depuis partagé plus équitablement l’opinion. Après quelques manifestations spectaculaires, l’orage s’apaisera ; le prestige de Truman en sera-t-il renforcé ? On peut en douter. Les Américains lui reprocheront d’avoir sacrifié un grand chef sous la pression de l’étranger, et surtout de l’Anglais dont la cote est assez basse aux Etats-Unis.

En réalité, c’est le Pentagone qui a voulu reprendre la main en Extrême-Orient et l’Administration qui se voyait interdire d’exercer un droit de regard sur le Japon où Mac Arthur était tout puissant. Ce pouvoir absolu couvrait bien des abus. Cependant, au Japon même, Mac Arthur était admiré ; chose curieuse, il représentait aux yeux des Nippons une sécurité pour l’avenir et un gage de résurrection. Il était devenu un allié. On craint que celui-ci étant parti, l’Alliance américano-japonaise ne soit sacrifiée à l’Europe, et surtout aux intérêts britanniques.

 

Le Jeu Russe

Dans un article très autorisé, Robert Guillain parle de la « Prudence de la Russie dans le grand jeu asiatique. Il montre, comme nous l’avons vu ici exposé, que les Soviets ont toujours craint de prêter aux Chinois un appui qui les aurait rendus maîtres de l’Asie du Sud-Est. Si tentante que pouvait être une victoire en Indochine, au Siam, en Birmanie qui aurait donné au Bloc soviétique les matières premières enlevées aux Occidentaux, si tentante qu’eut été la destruction du corps expéditionnaire américain en Corée et peut-être, le ralliement du Japon au communisme, les Russes ne se sont jamais compromis.

Mac Arthur avait probablement raison de croire que la destruction du réduit Mandchourien n’aurait pas déclenché l’intervention soviétique. Les Russes préfèrent une lutte lente où les Occidentaux s’enliseront et où la Chine s’affaiblit. Et le départ de Mac Arthur a dû être un soulagement pour Moscou ; car le moment approchait où les Soviets auraient été contraints de donner à la Chine une aide coûteuse.

Les Américains de leur côté semblent aussi pressés d’en finir. Ils ont besoin de l’appui de l’opinion mondiale. Pour cela, il faut conserver une attitude que l’O.N.U. puisse approuver et rester disposés à des négociations de paix. L’État-major américain, de son côté, cherche à gagner du temps pour achever la préparation militaire. C’est pourquoi, malgré l’échec de la Conférence du Palais Rose, les Etats-Unis insisteront sans doute pour que se tienne cet été la Conférence à Quatre afin d’atteindre l’automne sans accroc fatal.

 

Tito

L’évolution de Tito se poursuit. Il vient de demander des armes à l’Occident et de conclure avec la France un vaste accord commercial. Le retournement est accompli et voilà Tito l’allié des anciens adversaires. Il semble même que, sur le plan social sa déviation du communisme stalinien va plus loin qu’il ne l’avait annoncé. Il se dirige plutôt vers Mussolini, vers une sorte de socialisme autoritaire corporatif et policier qui ressemble au fascisme comme un frère, ce qui prouve qu’en politique, le choix des systèmes n’est pas large. Il semble même avoir pris une subite admiration pour les méthodes américaines. En tous cas, la chaine méditerranéenne se trouve sérieusement soudée.

 

Les Événements de Perse

On a peut-être exagéré la gravité des événements d’Iran. La nationalisation des pétroles et la grève des puits, les échauffourées d’Abadan. Que Moscou y ait poussé, c’est certain, mais on n’a fait que profiter d’une occasion de désordres. L’affaire s’arrangera et cette énorme source de pétrole qui dépasse à elle seule la totalité de la production soviétique, continuera de couler vers l’Occident.

Parmi les causes du conflit, il ne faut pas négliger la rivalité anglo-américaine. On se souvient que l’an passé les compagnies américaines ont dû céder aux Anglais dans les questions du paiement en Sterling des carburants importés en Grande-Bretagne. Les Anglais avaient en Perse un contrat draconien qui leur laissait le pétrole à un prix dérisoire tandis que les Américains en Arabie payent des redevances énormes aux roitelets du pays. Il est probable qu’après la nationalisation, les Anglais payeront leur pétrole au prix mondial.

Les Américains ont cherché à mettre le Gouvernement britannique en difficulté et il est probable qu’en échange de dollars que les compagnies américaines avanceront à la Perse pour compte anglais, elles tireront quelques précieuses concessions de part et d’autre.

 

Un Discours Churchill

On attend avec un vif intérêt le discours que Churchill prononcera le 8 mai aux Etats-Unis et qui aura le même retentissement que naguère celui de Fulton. Churchill voit avec inquiétude la politique isolationniste du Gouvernement travailliste qui se refuse à collaborer aussi bien avec l’Europe qu’avec les Etats-Unis et qui est obligé comme il l’a souligné avec ironie, de chercher des combinaisons avec les Italiens pour conserver un champ de manœuvres sur l’échiquier européen. Va-t-il d’un coup d’audace proposer une fédération atlantique ? On le dit.

 

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Criton – 1951-04-14 – Méfaits de la Politique

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Le Courrier d’Aix – 1951-04-14 – La Vie Internationale.

 

Méfaits de la Politique

 

Le désaveu infligé à Mac Arthur par le président Truman marque surtout l’échec de la diplomatie sur la place publique pratiquée aux Etats-Unis. Pour maintenir en balance deux politiques et ne choisir qu’au dernier moment, il eut fallu le secret qui est la force du Kremlin. La question Mac Arthur a soulevé les passions partisanes, non seulement aux Etats-Unis, mais dans le monde entier ; la droite a pris parti pour le Pro-consul, la gauche contre. Une divergence de vues utile au dessein général a dégénéré en lutte de factions. Il y a un vainqueur et un vaincu, des rancœurs et des divisions durables au moment où l’union nationale et internationale était plus nécessaire que jamais. On ne peut rien changer aux mœurs des peuples, ni concevoir les Américains sans publicité ni conférences de presse. Dommage.

 

La Chute de Mac Arthur

La chute de Mac Arthur présente toutefois un avantage, celui d’enlever aux Communistes un argument de poids. C’était une belle cible.

Les Etats-Unis ont senti qu’une politique trop agissante en Chine pouvait achever de décomposer l’O.N.U. en divisant ses membres sur la question. Le gouvernement travailliste et même l’Angleterre tout entière était hostile à une action directe contre la Chine communiste et plus encore à Mac Arthur. On n’aime pas dans les pays Anglo-saxons que les militaires se mêlent de politique et la subordination de ceux-ci au pouvoir civil est un dogme en temps de guerre comme en temps de paix.

En France même, malgré nos intérêts en Indo-Chine, on hésitait à suivre les Etats-Unis dans une guerre totale en Asie. La Maison Blanche, en cédant avec éclat à cette pression, donne une preuve de son respect des forces morales et de ses intentions pacifiques. Comme toute la propagande de Moscou vise à présenter les Etats-Unis comme des fauteurs de guerre, le geste de Truman n’était pas inopportun.

 

La Question Coréenne

Cela dit et fait, le fond du problème demeure et il se pourrait bien qu’avant peu on doive reconnaître, que Mac Arthur avait raison et même qu’il soit rappelé, car sa disgrâce n’est qu’affaire de circonstance. La question coréenne était en effet mal posée parce que les partisans de la limitation du conflit et du compromis semblaient persuadés qu’une négociation avec la Chine était possible. Or cette hypothèse est absolument contredite par les faits. Il faut rendre justice aux communistes. Ils ont été francs là-dessus et Staline tout comme Chou-en-Laï n’ont cessé de proclamer que la seule issue de la guerre de Corée était l’élimination de l’envahisseur américain. Par ailleurs on voit par les pourparlers du Palais Rose qu’il n’y a pas d’accord possible entre les Soviets et l’Occident.

Il y a sept ans que nous ne cessons de le répéter et les circonstances ne nous ont jamais démentis. Si l’on s’en était avisé, dès la fin de la guerre et même avant, on aurait évité la périlleuse situation d’aujourd’hui. La guerre de Corée durera donc indéfiniment. Mille soldats américains tombent chaque semaine. Les Soviets ont tout intérêt à ce que cette lutte se poursuive. Elle entretient le malaise général, irrite l’opinion américaine, et surtout affaiblit la Chine et par là, la rend plus que jamais dépendante du Kremlin. Il est probable que Mao Tsé Tung avait compris dans quel piège mortel il avait conduit sa patrie car il est malade et en traitement à Moscou. Les régents actuels de la Chine rouge sont des exécutants de Staline.

Nous avons toujours pensé que les Soviets ne désiraient pas une Chine forte et unie. On a vu en novembre dernier comme les succès chinois en Corée avaient aussitôt déchaîné un impérialisme latent. Il aurait vite échappé à la tutelle russe. Aussi, les Soviets ont-ils dosé leur aide aux communistes chinois de façon à entretenir la guerre sans leur donner les moyens de la gagner. C’est ce qu’ils vont continuer de faire. Moscou nous a avertis ces jours-ci qu’il n’y avait pas de troupes russes en Mandchourie. La Russie n’interviendra pas directement. Elle enverra au besoin des volontaires pour rétablir la situation si elle était trop compromise. Il faudra donc, tôt ou tard, rechercher une décision qui ne pourra être que militaire. Mais le moment n’est pas venu et Mac Arthur était trop pressé.

 

Le Chancelier Adenauer à Paris

Le Chancelier Adenauer vient à Paris. L’événement est d’importance. Malgré toutes les difficultés que ses adversaires à l’intérieur lui opposent, il cherche avec ténacité le moyen de former une Europe où l’Allemagne et l’Italie s’uniraient à la France. Ce grand politique a compris quels dommages le nationalisme arrogant et la mégalomanie avaient apporté à son pays. Les énergumènes ne manquent pas outre-Rhin depuis certains magnats de l’industrie jusqu’à Schumacher que l’on ne peut entendre à la radio sans retrouver dans l’oreille l’écho de la voix d’Hitler et l’opinion est prompte à les suivre. Ce sont eux qui ont réédité récemment le coup de l’autre après-guerre en procédant à des importations massives, créant ainsi un déséquilibre de la balance des paiements que les Américains devront combler. Ce sont eux aussi qui ont cru pouvoir faire chanter les Alliés en marchandant le réarmement de l’Allemagne. Le résultat a été clair. Les Américains ont vu reparaître l’expansionnisme germanique et se sont tournés vers la France.

L’Allemagne a perdu toute chance de prendre la direction de l’Europe. Adenauer avait vu cela et va s’efforcer de réparer les fautes. Si, dans la question du réarmement il s’est montré ferme, par contre dans le domaine économique, il s’est trop prêté à un libéralisme désordonné et à l’influence de la grande industrie, l’application du plan Schuman, si elle est possible et durable, mettrait un frein à des ambitions excessives et disciplinerait pour le bien commun cette puissance de travail et d’organisation qui par son extraordinaire valeur tendra toujours à écraser ses concurrents. Si la France et les Etats-Unis comme il semble, y tiennent la main et si une majorité d’hommes en Allemagne y consent, ce serait une belle espérance.

 

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Criton – 1951-04-07 – La Contre-Révolution Démocratique

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Le Courrier d’Aix – 1951-04-07 – La Vie Internationale.

 

La Contre-Révolution Démocratique

 

Tandis qu’au Palais Rose se déroule le Marathon diplomatique mené par Gromyko, nous ouvrons semble-t-il avec le voyage Auriol aux Etats-Unis, un nouveau paragraphe de l’histoire caractérisé sous deux aspects ; l’un politique, le début de l’Union européenne avec la signature du plan Schuman et le voyage à Paris du chancelier Adenauer ; l’alliance franco-américaine scellée à Washington ; enfin l’éloignement de la Grande-Bretagne de la politique continentale. L’autre aspect idéologique : le déclin de plus en plus rapide du communisme stalinien, l’apparition très modeste, mais significative des communistes dissidents en Italie et en Allemagne, enfin, la manifestation soudaine d’un mouvement de contre-révolution démocratique assez analogue à ce que fut la contre-réforme au XVII° et qui est directement liée au succès spectaculaire du réarmement américain dont l’ampleur ne met en cause, dans le pays, ni le bien-être individuel ni le progrès social, ni même le budget fédéral : le régime de la libre entreprise qui succède au capitalisme classique semble en train de résoudre le dilemme des canons et aussi du beurre.

De l’autre côté, on voit la misère et la disette des états du bloc stalinien, l’inflation et le désordre économique en France ou l’austérité toujours croissante en Angleterre, pays également socialisés. Ces faits ne sont pas nouveaux. L’impuissance de l’étatisme est évidente depuis un demi-siècle, mais pour la première fois un mouvement d’opinion témoigne d’une prise de conscience du fait. Ne lisions-nous pas – et dans un journal financier encore – un député socialiste français faire l’éloge du rôle des banques privées ! Sauf cataclysme toujours possible, ces tendances se produiront par le renversement des positions politiques dans les pays à direction socialiste, au cours des prochaines élections en France et en Angleterre.

 

La Force et les Idées

Ce fait d’importance suggère des remarques intéressantes qui touchent à la philosophie de l’histoire. Dans quelle mesure les mouvements idéologiques sont-ils commandés par les forces militaires et politiques qui les soutiennent. Il est certain que le succès des Américains en Corée et l’effort militaire et économique à l’intérieur ont eu une influence prépondérante sur la chute de prestige du stalinisme, mais d’autre part sans la disette en Hongrie, sans les camps de concentration en U.R.S.S. et l’épuration à Prague, cette force persuasive n’aurait pas trouvé à s’appliquer. Par contre, sans l’exemple américain, le Français moyen, même convaincu que l’Etat-patron faisait faillite ne songerait pas à le liquider, et l’Anglais moyen, las de l’austérité, qu’il est grand temps de manger du bœuf et de liquider M. Attlee. Les idéologies et les courants d’idées préexistent à la force, mais la manifestation de cette force par une sorte de contagion dynamique leur donne une capacité explosive et en déclenche l’action.

 

L’Accord Franco-Américain

Le voyage de M. Auriol et les conversations Acheson-Schuman, révèlent peu à peu l’étendue d’un accord dont l’importance est égale au protocole franco-russe de 1896 et à l’entente cordiale. On n’a pas assez remarqué que M. Auriol s’était adressé au Congrès des 21 nations américaines ; le but de cette manifestation était d’établir un parallèle entre la fusion économique que la France et les Etats-Unis préparent en Europe, la constitution d’un grand marché européen, l’abolition progressive des barrières douanières et, corrélativement, la fin des antagonismes politiques avec le but que les Etats-Unis se proposent en Amérique, qui est exactement le même : un bloc économique continental où les échanges seraient libres et les ressources mises en commun.

Là aussi, les résistances sont violentes ou sourdes. D’un côté l’Argentine qui trouve dans le nationalisme anti-yankee un dérivatif à ses déboires économiques ; derrière avec plus de retenue, le Chili et le Mexique. Dans le camp des Etats-Unis, l’Uruguay et le Paraguay et avec quelques réserves, le Brésil, la Colombie, la Bolivie et le Pérou.

 

La France et l’Allemagne

L’entente franco-américaine paraît complétée sur la question allemande. La France a accordé à l’Allemagne tous les apaisements demandés par Adenauer et surtout par la grosse industrie allemande pour adhérer au plan Schuman : la décartellisation ne sera pas poursuivie. Reste la question sarroise dont on prévoit la solution prochaine qui renforcerait la position de Bonn : en contrepartie, la France a reçu satisfaction dans la question méditerranéenne ouverte depuis l’exclusion de notre pays des conversations de Malte.

La nomination de l’amiral Lemonnier comme adjoint d’Eisenhower marquera la présence française dans l’organisation de toute la stratégie navale. Enfin, l’aide Marshall a été officiellement promise par le président Truman après 1952, époque où elle devait cesser. Reste la question espagnole et le rôle de la France en Orient que le temps est chargé de faire mûrir. L’étendue des accords a motivé le voyage de M. Phalien ( ?), premier belge à Washington, la Belgique étant associée de près à la politique française.

 

En Angleterre

En Angleterre, M. Morrison a pris ses nouvelles fonctions. Il a commencé par un discours de bon socialiste qui promet à ses électeurs la lune, c’est-à-dire une détente internationale dans les trois mois ; cela sans doute pour pallier le désastreux effet sur l’opinion du rapport économique officiel qui annonce un nouveau cran à l’austérité pour 1951, tandis qu’aux Etats-Unis, M. Wilson prévoit que l’incidence du réarmement sur l’économie civile sera nul en 53 et que M. Snyder renonce à une seconde tranche d’impôts, les recettes du Trésor ayant été de 6 milliards de dollars supérieurs aux prévisions.

En réalité, les Travaillistes anglais sentent la partie perdue, et en patriotes comprennent que si l’Angleterre veut reprendre sa place dans le monde, il n’est que temps de renoncer. L’échec en politique extérieure est fortement ressenti ; l’unité européenne qui se fait sans l’Angleterre, le retour de la France malgré son anarchie apparente à la direction de ce mouvement, les événements de Perse. On commence à voir toutes les erreurs de Bevin. Ce n’est pas Morrison qui les effacera.

 

                                                                                            CRITON

Criton – 1951-03-31 – L’enjeu Asiatique

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Le Courrier d’Aix – 1951-03-31 – La Vie Internationale.

 

L’Enjeu Asiatique

 

La ligne des événements demeure remarquablement stable. Trois semaines de conversations entre Gromyko et les Occidentaux n’ont donné aucun résultat. Diplomates, ministres et généraux continuent de discourir. Tout le monde veut organiser la paix à sa manière : Derrière cette propagande, les dispositifs militaires et politiques sont mis en place en toute hâte. La production de guerre aux Etats-Unis bat tous les records prévus, tandis que, penché sur la carte des points de friction, on se demande où le prochain incident ouvrira une nouvelle Corée.

 

Le Voyage de Monsieur Auriol

Une large publicité sera donnée au voyage du Président français aux Etats-Unis. Ce sera le premier du genre. C’est aussi la premières fois que les Etats-Unis en temps de paix ont conclu une alliance de fait avec un pays étranger. Cette alliance plus effective qu’aucune dans le passé, puisque les Etats-Unis installent, tant au Maroc que dans le Sud-Ouest de la France, des bases militaires étendues et permanentes, ne soulève guère d’enthousiasme. On la dirait presque honteuse, conclue entre gouvernements soucieux d’en informer le moins possible l’opinion.

En France, la propagande communiste organisée dès le temps de guerre a fini par porter. Aux Etats-Unis, les préventions contre l’instabilité politique, le « panier de crabes européen » persistent. On se résigne de part et d’autre. Ici, parce qu’on ne peut ignorer que la présence d’Eisenhower est la seule garantie de notre liberté, et là-bas, parce qu’on sait que la perte de l’Europe continentale rendrait la lutte entre les continents sans issue et finalement stérile.

Disons qu’il a fallu beaucoup de courage, de clairvoyance et de sagesse aux dirigeants des deux pays pour imposer une nécessité politique et stratégique à des opinions prévenues. Disons en passant que le plus grand éloge et peut-être le seul que l’on puisse faire des gouvernements successifs de la quatrième République française est d’avoir maintenu en Indochine devant une opinion lasse ou indifférente au prix de sanglants sacrifices, une position clé de la liberté du monde. C’est d’ailleurs ce miracle de constance et de foi qui a pesé sur la décision américaine d’axer sur la France la défense de ce monde ; l’autre argument est que les deux pays, actuellement, n’ont que des intérêts communs et aucun champ de rivalité.

 

Le Discours Mac Arthur

On a beaucoup parlé du dernier discours Mac Arthur pour s’en indigner. On a partout prétendu que le Général et la Maison Blanche étaient en conflit. On s’étonne que des diplomates chevronnés, comme le rédacteur du « Monde » donnent dans de pareilles histoires. Mac Arthur a offert, sans y croire bien entendu, de se rencontrer avec le chef de l’armée chinoise pour étudier les moyens militaires d’arrêter la lutte. Les soldats américains supportent mal la guerre de Corée, et seraient reconnaissants à leur chef de pouvoir la terminer. Il a souligné discrètement que s’il était autorisé à pulvériser le réduit mandchourien où s’abritent les Chinois, le potentiel militaire de ceux-ci s’effondrerait. Or les soldats de Mac Arthur comprennent mal qu’on n’emploie pas tous les moyens pour épargner leur vie et qu’on laisse l’ennemi se refaire tranquillement derrière le Yalu.

En fait, ce que dit Mac Arthur, c’est ce que Truman ne peut pas dire parce que, l’un s’adresse à ses soldats et à cette partie de l’opinion, vétérans et républicains qui veulent qu’on frappe fort, tandis que l’autre a affaire aux politiques, aux pacifistes, à l’O.N.U. et surtout à l’Angleterre. D’où la nécessité de deux langages, de deux politiques menées simultanément et entre lesquelles, selon les circonstances, on choisira. Truman ne désavouera pas Mac Arthur (il lui eut été facile de le faire après la retraite du 25 novembre) et Mac Arthur ne prendra pas de mesures sans ordre. Le pseudo conflit répond à une nécessité.

 

Autres Moyens

La diplomatie américaine continue d’ailleurs à tourner les difficultés. On a ajourné sine die le réarmement de l’Allemagne mais on constitue en Europe une légion étrangère des Etats-Unis. Admirons ce revirement. Que n’avons-nous entendu jusqu’à ces dernières années contre notre légion et quels obstacles n’a-t-on pas mis à Washington à son recrutement ! On tourne aussi l’obstacle espagnol. On fera un pacte régional entre les Etats-Unis, le Portugal et l’Espagne en sorte que la France et l’Angleterre ne seront pas mêlées juridiquement à ce compromis « politiquement immoral » ! On en ferait autant pour la Grèce et la Turquie afin d’éviter, au cas où un conflit naîtrait de ce côté, que les Européens ne doivent se faire tuer pour ce nouveau « Dantzig ».

 

La Rivalité Anglo-Américaine en Asie

Le choix des Etats-Unis de la France comme principal partenaire vient aussi du conflit d’intérêts entre Américains et Anglais en Asie. Les Etats-Unis ont pratiquement rompu leurs liens avec la Chine de Mao Tsé Tung et en mettant l’embargo sur les marchandises dirigées vers Hong Kong ont porté aux intérêts anglais un coup dur. Hong Kong jouait un rôle essentiel dans le ravitaillement de ce pays. La Chine peu à peu est obligée de renverser tous ses courants commerciaux. Ils se fondent sur le troc avec le bloc soviétique et les pas économiquement libres d’Asie, l’Inde, le Siam et le Pakistan. Les Etats-Unis ont renoncé du jour au lendemain aux produits chinois dont le précieux tungstène ; le Japon et l’Angleterre voient ce gros client se détourner d’eux.

L’Angleterre se défend, le Japon obéit. L’Angleterre veut, en Asie comme en Europe, un équilibre de forces comme elle l’a toujours favorisé et dont elle a si habilement profité dans le passé.

 

En Perse

Dans un monde coupé en deux, plus de place pour ces fructueuses intrigues. C’est ce qui se passe actuellement en Perse. L’Angleterre seule n’est plus assez forte pour défendre ses intérêts asiatiques et sa principale source de pétrole. L’Iran est en passe de lui échapper, à moins que les Américains n’y mettent ordre.

Il se joue là une partie compliquée, passionnante, qu’il faudrait des pages pour décrire. En attendant, les Travaillistes anglais sont obligés de contester aux Persans le droit de nationaliser leurs richesses naturelles, ce qui est assez comique.

 

                                                                                  CRITON

Criton – 1951-03-17 – Le Cordon Sanitaire

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Le Courrier d’Aix – 1951-03-17 – La Vie Internationale.

 

Le Cordon Sanitaire

 

La Conférence des Suppléants des quatre continue de discuter l’ordre du jour qui serait en cas de succès soumis aux ministres eux-mêmes. Les pourparlers ressemblent à tous ceux auxquels les Russes ont jusqu’ici participé. A la propagande s’oppose la contre-propagande et l’on marque le pas. Rien n’indique jusqu’ici que les Soviets désirent aboutir. Il faut admirer la patience des trois négociateurs alliés qui mettent tout leur talent à une cause à laquelle  ils ne croient pas. Cependant, ce qui pourrait décider les Russes à une brusque volte-face, c’est précisément que les Alliés ne tiennent pas au succès. Il suffit que l’on discute. Cela fait passer un temps dangereux et retient en apparence les menaces environnantes.

 

En Perse

Le moindre incident réveille  les craintes ; l’assassinat du premier iranien Rasmara a fait croire à un complot de Moscou. Rasmara avait, chose unique en Orient, la confiance des Anglais et l’appui des Américains et l’amitié de la France ! Ce ne sont pas les Soviets qui l’ont éliminé mais les ultra-nationalistes musulmans opposés aux réformes démocratiques qui s’imposent et que les Alliés de l’Ouest recommandent pour écarter le communisme. Ce sont les mêmes éléments qui, à quelques nuances près, d’un bout à l’autre de l’Islam, cherchent à refouler les aspirations des masses misérables vers un nationalisme religieux et xénophobe. Le fanatisme calme la faim et détourne l’attention du partage des terres que le Shah en Perse allait inaugurer en distribuant aux paysans ses propres domaines et ceux de l’Etat.

Bien que le parti Tudeh passe pour s’appuyer sur les Russes et sympathise avec le communisme, il ne semble pas qu’il veuille provoquer des troubles assez graves pour donner aux Soviets prétexte à intervention. L’enjeu, le pétrole, est de telle importance que la guerre naîtrait d’une invasion de l’Iran par les troupes de Moscou. Mais le dangereux équilibre ne semble pas sur le point d’être rompu.

 

Bevin s’en va

  1. Bevin a enfin démissionné et M. Morrison lui succède. La politique anglaise en sera-t-elle modifiée ? Bevin est parti couvert de fleurs par ses amis comme par l’opposition. On a laissé dans l’ombre ses erreurs pour ne rappeler que ses qualités. Il a été plus nationaliste, moins européen surtout, que ne l’eut été un conservateur. Cependant, il a peut-être lutté pour être moins européen surtout que ne l’eut été un conservateur. Cependant, il a peut-être lutté pour être moins chauvin que ses amis dont les tendances insulaires doctrinaires et anti-américaines auraient exposé l’Angleterre à des dangers majeurs. Morrison est certainement plus souple et dans l’administration du parti manœuvrait à droite. Dans sa nouvelle fonction à laquelle il était jusqu’ici étranger, on le jugera, si le jeu parlementaire laisse encore le travaillisme quelque peu au pouvoir.

 

La Chute de l’Etain

L’événement le plus important de la semaine est certainement économique. Après une brève campagne de critiques aux Etats-Unis contre la hausse spéculative organisée par les producteurs d’étain de l’Empire britannique, le gouvernement de Washington a brisé le marché en suspendant ses achats. La chute de l’étain a plus ou moins entraîné celle des autres matières premières. Le caoutchouc, produit anglais, également est visé.

Cette nouvelle politique est une riposte à la coalition d’intérêts qui à Londres, à Singapour et à Sydney cherchait à tirer le maximum de dollars des matières premières dont le réarmement américain ne pouvait se passer.

Les Etats-Unis avaient essayé de conclure un accord pour stabiliser les prix et créer entre les pays de l’O.E.C.E. un pool de répartition équitable des marchandises rares. Les producteurs et le trésor britannique avaient tergiversé pour conserver leurs profits. D’où le coup de poing américain qui vient d’écraser les cours et par répercussion aura pour effet de faire sortir les stocks ; freiner l’inflation à l’intérieur, faciliter l’approvisionnement mondial et aussi déprimer les bourses. L’Angleterre, si elle y perd des dollars, y gagnera de s’approvisionner plus aisément et de freiner la hausse du prix de revient des produits destinés à l’exportation. Les réserves anglaises de matières premières étaient tombées à peu de chose. Le gouvernement exactement comme le nôtre, avait stocké en hausse et cessé d’acheter en pleine dépression, et depuis l’affaire de Corée, alimentait l’industrie britannique, avec ses réserves. Cette bévue du dirigisme bureaucratique, sans expérience des affaires, menait l’industrie anglaise à une situation désastreuse au jour de l’épuisement des stocks.

 

Le Cordon Sanitaire

L’organisation à la fois politique, économique et militaire du monde libre continue sans heurts apparents. Eisenhower a précisé la position officielle des Etats-Unis pour justifier l’envoi de troupes américaines en Europe. Disposer d’une force suffisante pour inspirer le respect et détourner l’agression, mais trop faible pour faire craindre aux Russes une entreprise offensive. C’est la formule que préconise Lippmann et qui correspond au sentiment de l’Américain moyen. Elle rassure les pacifistes et permet de ne pas donner à la préparation militaire un caractère provocateur.

Il n’en reste pas moins que de la Scandinavie au Japon en passant par Rome, Belgrade, Athènes, Le Caire, Bagdad, Mandalay, Bangkok, Saïgon et Formose, l’encerclement du monde communiste se précise. Le résultat de la politique soviétique est exactement de réaliser ce que le bolchévisme a toujours craint et cherché à éviter, et en même temps tout fait pour provoquer : la formation du cordon sanitaire autour de lui. Peut-être tient-il mieux son peuple en l’enfermant derrière le rideau de fer comme dans une forteresse dans la crainte d’ennemis qui l’assiègent ?

 

                                                                                  CRITON

Criton – 1951-03-10 – Les Deux Colonialismes

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Le Courrier d’Aix – 1951-03-10 – La Vie Internationale.

 

Les Deux Colonialismes

 

En Europe et plus encore en Amérique, une atmosphère de fausse quiétude s’est établie. Il a suffi de quelques succès en Corée, des craquements dans la structure du parti communiste italien, des purges massives de Prague et de l’ouverture des pourparlers en vue de la Conférence à Quatre pour que l’optimisme remonte jusqu’à  provoquer un relâchement des volontés. Le conflit qui vient d’éclater entre les organisations ouvrières américaines et l’autorité de Charles Wilson, directeur de la mobilisation, montre que les Soviets ont raison de penser qu’ils pourront le jour où ils auront trop tiré sur la corde, donner un peu de jeu pour que tout le monde respire : Heureusement les chefs responsables ne s’y laissent plus prendre et la mise en place du dispositif de défense progresse sans heurt. Mais il faudrait aussi que les opinions se persuadent que l’on a affaire à un adversaire avec lequel il n’y a pas d’accommodement ou de compromis possible.

 

La Réunion de Paris

La Conférence des Suppléants destinée à fixer l’ordre du jour d’une éventuelle Conférence à Quatre, s’est ouverte à Paris. Selon ses tendances, chacun la voit avec espoir ou méfiance. C’est dire que jusqu’ici elle n’apporte pas grand ’chose.

Il nous semble que les Russes quand ils l’ont proposée en Novembre, avaient un but qui leur est entre temps apparu irréalisable : celui de diviser les trois Alliés et surtout d’aggraver un conflit entre les Américains qui voulaient le réarmement de l’Allemagne, et les Français qui le redoutaient. Les Etats-Unis ayant ajourné le problème, la fissure n’est plus à creuser. Reste cependant un but de propagande : Proposer l’unification de l’Allemagne, l’évacuation de son territoire par les armées occupantes  et présenter un plan de désarmement général, mettre les Alliés en mauvaise posture devant les Allemands, diviser ceux-ci entre eux et affaiblir le gouvernement de Bonn.

Tout cela eut été possible il y a quelques mois. Aujourd’hui, surtout après l’affaire Clementis et les événements de Tchécoslovaquie auxquels les Européens sont très attentifs, les Soviets n’ont pas grand’ chance de succès. Allemands de l’Ouest et Alliés vont demander des élections libres en Allemagne Orientale, ce à quoi les Russes ne peuvent souscrire, et le chancelier Adenauer va entreprendre une campagne irrédentiste contre la frontière Oder-Neisse que le pseudo-gouvernement de l’Est a reconnue.

Les Alliés vont proposer la conclusion du traité avec l’Autriche, ce que les Soviets ne peuvent pas consentir, la situation en Tchéco-Slovaquie et en Yougoslavie étant trop difficile à surveiller sans l’occupation du territoire autrichien. Dans ces conditions, il est peu probable que la Conférence des Quatre donne un résultat, si même elle a jamais lieu.

 

L’Affaire Marocaine

Comme nous le faisions prévoir, la question marocaine a été promptement résolue en faveur de la France. Les Etats-Unis, bien qu’officiellement ils n’aient que discrètement soutenu la politique française, ont par leur seule présence imposé la tranquillité aux Nationalistes qui d’ailleurs ne représentent qu’un petit groupe de politiciens ambitieux et non la masse.

Néanmoins, la capitulation du Sultan a servi de prétexte à la Ligue Arabe pour une manifestation spectaculaire contre la France. Du Caire à Bagdad, fausses nouvelles et démonstrations ont permis aux hommes politiques de réveiller un pan-islamisme d’ailleurs très artificiel. Car chacun des groupements qui composent la Ligue Arabe est trop jaloux de son autorité pour vouloir une unité d’action. Mais Azzam Pacha avait besoin d’une revanche à ses échecs dans l’affaire Palestinienne et Le Caire avait le désir d’offrir une diversion aux éléments nationaliste qu’indigne la collaboration du Gouvernement avec l’Angleterre, après les revendications bruyantes des années passées pour l’évacuation du Canal de Suez et du Soudan.

Cette affaire petite en soi est pénible. Il est fâcheux de jouer en Proche-Orient les boucs émissaires après en avoir été chassés par nos propres Alliés.

 

En Allemagne

Ceux qui aiment à dire que l’histoire se répète trouveront un exemple impressionnant dans la politique actuelle de l’Allemagne. Voici que le chancelier Adenauer devient son propre ministre des Affaires étrangères ; la République de Bonn obtient sa liberté diplomatique et depuis quelques jours son pavillon flotte à nouveau sur les mers. Helgoland va lui être restituée : c’est une étape importante vers l’intégration de l’Allemagne à la communauté atlantique. Ce résultat, elle le doit au conflit des occupants, à la rivalité russo-américaine. Mais voici qu’à la veille de la signature, le plan Schuman serait mis en péril depuis l’arrivée en Allemagne d’un groupe d’avocats américains conduits par M. Paterson, qui représente les intérêts de la grande industrie allemande et les liens d’affaires qui l’unissent aux sociétés des Etats-Unis. Mc Cloy, le haut-commissaire, a alerté Washington qui semble tenir pour le Plan.

 

Baisse des Prix en U.R.S.S.

Baisse des prix en U.R.S.S. ! On sait qu’à chaque printemps, cela veut dire : prélude à l’emprunt forcé. D’ailleurs cette baisse ne s’applique qu’aux marchandises des magasins d’Etat. Au marché libre, gris et noir (car il y a tous les degrés en U.R.S.S.), les prix au contraire n’ont cessé de monter : le pain noir vaut 3 roubles 20 et le pain blanc 8 roubles. Si l’on compte qu’un manœuvre gagne de 20 à 30 roubles par jour …. Beaucoup d’articles qui figurent en baisse n’existent pas au marché officiel, sauf à l’intérieur des usines privilégiées des grands centres industriels. Dans les Kolkhoses, on se plaint officiellement de ne pas avoir vu de chaussures en magasin depuis 8 mois !

Autre anecdote instructive. Les milieux d’affaires internationaux ont été surpris de voir l’U.R.S.S. se substituer à la Chine comme courtier des marchandises dont ce pays tire l’essentiel de ses crédits extérieurs : le Tungstène et les Soies de porc. L’U.R.S.S. a maintenant monopolisé le commerce d’exportation de tous ses satellites : elle achète à un prix arbitrairement fixé, contre les matières premières qu’elle leur livre au prix fort, des produits finis qu’elle revend sur les marchés mondiaux avec un bénéfice qui atteint 100%. Elle expédie à l’Italie du charbon polonais et du tabac bulgare ; aux Indes, des textiles tchécoslovaques, etc. Et c’est la France qu’on accuse de faire suer le burnous !

 

                                                                                            CRITON

Criton – 1951-03-03 – Sous la botte

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Le Courrier d’Aix – 1951-03-03 – La Vie Internationale.

 

Sous la Botte

 

Plus se développe le conflit entre le monde occidental et le communisme, plus on est dérouté par la politique soviétique. Ce qui se passe en Tchéco-Slovaquie, les nouvelles restrictions alimentaires, les purges massives dans le parti, montre que les Russes se moquent de la faveur des peuples. Un commentateur anglais disait, avec toute apparence de raison, que le Kremlin cherche au contraire à briser leur volonté par la misère, la faim et la terreur. C’est ainsi qu’il a procédé autrefois dans les provinces musulmanes de l’empire Russe, et depuis chez les satellites de l’Occident.

Si médiocres, en effet, que soient les ressources agricoles de l’U.R.S.S., il était possible d’assurer aux Tchèques assez de blé pour les nourrir. Imbus de leur doctrine matérialiste à laquelle ils croient comme à un dogme scientifique, les Soviets ne tiennent aucun compte des facteurs moraux ; les enseignements de l’histoire, la psychologie de leurs adversaires leur sont étrangers. Se rendent-ils compte que leur pouvoir est miné et que la catastrophe est proche ? Car à moins qu’ils ne soient prêts à faire la guerre générale dans les mois prochains – hypothèse qu’il ne faut pas exclure encore, après les déclarations de Tito – l’immense machine américaine ne leur laissera pas grand chance de survie quand elle sera au point.

 

Le Débat au Congrès Américain

C’est cela qui effraie un critique comme Walter Lippmann et qui est sous-jacent aux attaques de Hoover et de Taft contre l’envoi de troupes américaines en Europe et les pouvoirs « dictatoriaux » dont peut disposer le président Truman. Lippmann dit explicitement : « C’est un chemin sans retour », lorsque le fardeau des armements atteindra une limite insupportable, cinquante pour cent du revenu national, tous souhaiteront la guerre pour se libérer des privations et de la contrainte morale que le fardeau fera peser sur la nation.

A cette thèse, les responsables, Charles Wilson et son associé Greg Johnston disent : « Il n’en est rien en 1953, non seulement nous aurons doublé notre effort actuel d’armement, mais nous produirons autant sinon plus, de biens de consommation qu’en 1950, c’est la théorie de l’ « America unlimited ». Mais en admettant qu’ils aient raison, ce qui est possible et même probable, sur le plan industriel, sur le plan moral, c’est 3 millions 500 mille jeunes Américains sur le pied de guerre en permanence et, qui plus est, dispersés aux quatre coins du monde. Un pays d’Europe habitué à la conscription le supporterait difficilement, mais les Américains ? Ne voit-on pas déjà combien la guerre de Corée est impopulaire parmi eux ? Ils se battent consciencieusement mais sans flamme, et même avec dégoût.

 

La Conférence à Quatre

Il est toujours question de conférence à quatre bien qu’on ne sache encore si la réunion préparatoire s’ouvrira lundi. Mais ce ne sont pas les notes échangées entre Moscou et Londres qui en préparent le succès ; quant aux Américains, ils se retiennent à peine de dire qu’ils n’en attendent rien et s’y rendront par devoir pour ne négliger aucune chance, et libérer leur conscience.

Si Staline cherchait un compromis, il commencerait par un temps de silence comme nous l’avons observé autrefois. Les dernières notes sont les plus violentes qu’on ait vues. Cette même violence nous la retrouvons à l’intérieur, dans les journaux, à la radio ; l’autre matin, n’entendions-nous pas dans la bouche d’enfants soviétiques, qui récitaient une leçon, les mêmes menaces, les mêmes cris de haine contre les Américains et les Anglais ? Et les pauvres petits y mettaient toute leur ardeur.

 

Russes et Chinois

On ne sait rien de précis non plus sur les relations actuelles entre Russes et Chinois ; Mao Tsé Tung n’a toujours pas reparu à Pékin depuis un mois. La guerre de Corée et les terribles pertes des Sino-Coréens ont indubitablement des répercussions sérieuses à l’intérieur de la Chine. Le régime est bien ébranlé si l’on en juge par les purges, les révoltes de paysans, les combats de guérillas. La presse officielle chinoise ne dissimule pas le péril, et la répression est aussi rude qu’à Prague.

 

La Querelle de l’ « Amiral »

Du côté britannique, le gouvernement Attlee vient de subir un nouvel assaut, celui de l’amour-propre national. On sait que l’amiral américain Fletcher commandera en chef toutes les flottes alliées de l’Atlantique, comme Mac Arthur et Eisenhower sur terre. Cette nouvelle a été cruelle au cœur anglais, et les conservateurs ont fait de l’incident une arme politique. Attlee avec son courage habituel a justifié la mesure qui consacre la fin de la suprématie navale anglaise avec une détermination et un bon sens qui imposent le respect. Les nécessités de la défense passent avant les questions de prestige.

 

A Bonn

Le passif de la balance commerciale de l’Allemagne occidentale ne s’est pas atténué comme les experts de Bonn l’avaient prédit ; Adenauer est contraint de suspendre la plupart des importations européennes et cela va créer une perturbation grave, surtout en Hollande où l’on n’avait pas besoin de ce nouveau coup. Les Allemands ont abusé des crédits ouverts après la réforme monétaire, et la hausse des matières premières est venue aggraver le déficit. Cela ne facilitera pas l’intégration économique de l’Europe, ni l’aboutissement du plan Schuman. Était-ce ce qu’on voulait ?

 

                                                                                  CRITON

Criton – 1951-02-24 – Sécurité Collective

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Le Courrier d’Aix – 1951-02-24 – La Vie Internationale.

 

Sécurité Collective

 

L’interview de Staline à la « Pravda » est l’événement du jour ; autant de commentaires, autant d’opinions. C’est dire que nous n’en savons pas plus sur les intentions de Kremlin. Essayons cependant de déchiffrer l’énigme.

 

Menace en Corée

Un point est explicite : « Les Alliés seront vaincus en Corée ». Staline ne se fait pas volontiers prophète. Comme après le récent échec de l’offensive chinoise sur le front central, il est clair qu’avec les moyens actuels les Sino-Coréens ne peuvent l’emporter, c’est que Mao Tsé Tung au cours de son récent voyage à Moscou a obtenu des Soviets un appui militaire plus efficace. On peut donc s’attendre à ce que les Russes mettent à la disposition des Chinois des forces navales et aériennes qui, lancées à l’improviste sur les armées de l’O.N.U., seraient susceptibles de les ébranler. Ce serait une troisième tentative après l’échec des Nord-Coréens en juin et celui des Chinois en Janvier-Février, et comme les Américains ne sont pas prêts pour une guerre totale, cette nouvelle phase du conflit asiatique resterait « pour le moment », comme dit Staline, localisée.

 

Contre l’Angleterre

Autre point : l’attaque plus violente qu’à l’ordinaire contre Attlee. Cela, parce qu’actuellement se discute le programme anglais de réarmement et que le Gouvernement travailliste, tiraillé à sa gauche, se heurte à un mouvement à la fois pacifiste et anti-américain que les Soviets entendent utiliser.

Cela est intéressant ; car en Angleterre où électoralement il n’y a pour ainsi dire pas de communistes, il y a peut-être plus de neutralistes et de sympathisants que dans les pays comme la France et l’Italie où le parti compte beaucoup de voix. La vague de grèves, qui paralyse en ce moment les transports terrestres et maritimes de la Grande-Bretagne en est un indice, car la classe ouvrière anglaise se devrait d’appuyer présentement son gouvernement dont l’existence est précaire.

On ne peut qu’admirer une fois de plus l’opiniâtreté et la discipline dont le groupe parlementaire travailliste fait preuve devant les assauts quotidiens de l’opposition. Les difficultés sont multiples. Il y a le réarmement qui est impopulaire, les restrictions alimentaires qui à la fin excèdent les ménagères, le déficit de la balance commerciale qui reparaît après l’euphorie qui a suivi la dévaluation de la Livre et le boom des matières premières.

Aujourd’hui – et le même phénomène ne tardera pas en France – après avoir vendu aisément des marchandises fabriquées avec des matières premières achetées avant la hausse, il faut produire avec des éléments au prix fort. D’où l’ascension des prix et la spirale du coût de la vie et des salaires, le mécontentement et l’agitation sociale ; l’inflation va rendre partout au communisme les avantages perdus. Voilà le point sombre.

 

Global –Strategy

Il est compensé largement par des facteurs favorables. D’abord, comme chaque semaine, nous notons le progrès de la Global-Strategy. Ce cercle se ferme. La question japonaise parait définitivement réglée ; on annonce que la production du pays va doubler et que les Etats-Unis fourniront les fonds pour que le puissant arsenal fonctionne à plein. La guerre d’Extrême-Orient qui menace d’être longue va se trouver ravitaillée en majeure partie par les fournitures nippones, ce qui soulagera d’autant l’industrie américaine.

On voit que cette expédition de Corée qui a soulevé tant de critiques, donne des résultats qui la justifient. Si elle n’avait pas été entreprise, si les masses chinoises ne s’étaient pas brisées et épuisées sous le feu des Américains, nous assisterions à une flambée d’impérialisme chinois. Toute l’Asie du Sud et ses richesses passeraient au communisme. Aujourd’hui la meilleure des armées Sino-Coréennes a fondu et elles sont irremplaçables. Les Américains ont fait l’essai de leurs armes qui se sont révélées efficaces contre les assauts de masse qui, à un certain moment, semblaient irrésistibles.

 

Extrême et Moyen-Orient

Plus loin, voici que la Birmanie ouverte à l’invasion va signer un pacte d’alliance militaire avec l’Angleterre ; un pacte économique avec les Etats-Unis est en bonne voie, et les pourparlers sont engagés avec le Siam, l’Inde et le Pakistan pour une assistance mutuelle. Du Japon à la Perse, la ceinture se ferme.

En Moyen et Proche-Orient, les progrès sont aussi spectaculaires. A la suite de la Conférence de Malte, dont, entre parenthèses la France a été éliminée, c’est l’Angleterre qui mène le jeu. Le général Robertson est arrivé en Israël et a réussi, dit-on, à conclure un accord militaire qui mettrait fin au conflit avec la Jordanie et les pays arabes du Nord. La Turquie de son côté a engagé des négociations directes avec l’Egypte et les difficultés anglo-égyptiennes relatives à la défense de Suez semblent s’atténuer. La Turquie, et beaucoup de dollars à l’appui, semble en bonne voie de rallier le bloc arabe à la défense commune.

Si la grande alliance du Moyen et du Proche-Orient se heurte encore à des difficultés surtout du côté Syrien, un fait est sûr : c’est que devant le danger communiste une trêve durable, sinon la paix, est rétablie dans cette partie du monde si troublée il y a quelques mois à peine. Ce revirement a même quelque chose de miraculeux pour qui est familier avec les querelles des Orientaux.

 

En Allemagne

Et voilà que les seuls Allemands ne sont pas décidés à s’aligner. Adenauer et Schumacher vont se rencontrer et le vieux rhénan pourra dire à son adversaire :

« Vous avez cru être le plus habile en posant aux Alliés des conditions à notre participation. Eh bien, ils se passeront de nous. Eisenhower ne nous l’a pas caché. Il se sent assez fort pour attendre que nous sollicitions d’apporter notre concours. Vous avez cru qu’Acheson ne s’engagerait pas en Europe sans l’appui de l’armée allemande, mais les Américains ont changé d’avis et si par malheur Russes et Alliés s’entendaient, ce serait sur notre dos »

Le dépit des Allemands, surtout dans le camp socialo-protestant, est assez comique. Dans leur mauvaise humeur ils s’en prennent au plan Schuman qu’ils menacent de ne pas signer et au projet d’armée européenne dont ils souhaitent l’échec. Cela passera. Ils ont eu tort de croire le moment venu de reprendre en Europe le premier rôle. La leçon est bonne à la fois pour les Allemands et pour les Américains toujours prêts à oublier. L’égalité des droits n’exclut pas les précautions.

 

                                                                                  CRITON