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Le Courrier d’Aix – 1951-03-03 – La Vie Internationale.
Sous la Botte
Plus se développe le conflit entre le monde occidental et le communisme, plus on est dérouté par la politique soviétique. Ce qui se passe en Tchéco-Slovaquie, les nouvelles restrictions alimentaires, les purges massives dans le parti, montre que les Russes se moquent de la faveur des peuples. Un commentateur anglais disait, avec toute apparence de raison, que le Kremlin cherche au contraire à briser leur volonté par la misère, la faim et la terreur. C’est ainsi qu’il a procédé autrefois dans les provinces musulmanes de l’empire Russe, et depuis chez les satellites de l’Occident.
Si médiocres, en effet, que soient les ressources agricoles de l’U.R.S.S., il était possible d’assurer aux Tchèques assez de blé pour les nourrir. Imbus de leur doctrine matérialiste à laquelle ils croient comme à un dogme scientifique, les Soviets ne tiennent aucun compte des facteurs moraux ; les enseignements de l’histoire, la psychologie de leurs adversaires leur sont étrangers. Se rendent-ils compte que leur pouvoir est miné et que la catastrophe est proche ? Car à moins qu’ils ne soient prêts à faire la guerre générale dans les mois prochains – hypothèse qu’il ne faut pas exclure encore, après les déclarations de Tito – l’immense machine américaine ne leur laissera pas grand chance de survie quand elle sera au point.
Le Débat au Congrès Américain
C’est cela qui effraie un critique comme Walter Lippmann et qui est sous-jacent aux attaques de Hoover et de Taft contre l’envoi de troupes américaines en Europe et les pouvoirs « dictatoriaux » dont peut disposer le président Truman. Lippmann dit explicitement : « C’est un chemin sans retour », lorsque le fardeau des armements atteindra une limite insupportable, cinquante pour cent du revenu national, tous souhaiteront la guerre pour se libérer des privations et de la contrainte morale que le fardeau fera peser sur la nation.
A cette thèse, les responsables, Charles Wilson et son associé Greg Johnston disent : « Il n’en est rien en 1953, non seulement nous aurons doublé notre effort actuel d’armement, mais nous produirons autant sinon plus, de biens de consommation qu’en 1950, c’est la théorie de l’ « America unlimited ». Mais en admettant qu’ils aient raison, ce qui est possible et même probable, sur le plan industriel, sur le plan moral, c’est 3 millions 500 mille jeunes Américains sur le pied de guerre en permanence et, qui plus est, dispersés aux quatre coins du monde. Un pays d’Europe habitué à la conscription le supporterait difficilement, mais les Américains ? Ne voit-on pas déjà combien la guerre de Corée est impopulaire parmi eux ? Ils se battent consciencieusement mais sans flamme, et même avec dégoût.
La Conférence à Quatre
Il est toujours question de conférence à quatre bien qu’on ne sache encore si la réunion préparatoire s’ouvrira lundi. Mais ce ne sont pas les notes échangées entre Moscou et Londres qui en préparent le succès ; quant aux Américains, ils se retiennent à peine de dire qu’ils n’en attendent rien et s’y rendront par devoir pour ne négliger aucune chance, et libérer leur conscience.
Si Staline cherchait un compromis, il commencerait par un temps de silence comme nous l’avons observé autrefois. Les dernières notes sont les plus violentes qu’on ait vues. Cette même violence nous la retrouvons à l’intérieur, dans les journaux, à la radio ; l’autre matin, n’entendions-nous pas dans la bouche d’enfants soviétiques, qui récitaient une leçon, les mêmes menaces, les mêmes cris de haine contre les Américains et les Anglais ? Et les pauvres petits y mettaient toute leur ardeur.
Russes et Chinois
On ne sait rien de précis non plus sur les relations actuelles entre Russes et Chinois ; Mao Tsé Tung n’a toujours pas reparu à Pékin depuis un mois. La guerre de Corée et les terribles pertes des Sino-Coréens ont indubitablement des répercussions sérieuses à l’intérieur de la Chine. Le régime est bien ébranlé si l’on en juge par les purges, les révoltes de paysans, les combats de guérillas. La presse officielle chinoise ne dissimule pas le péril, et la répression est aussi rude qu’à Prague.
La Querelle de l’ « Amiral »
Du côté britannique, le gouvernement Attlee vient de subir un nouvel assaut, celui de l’amour-propre national. On sait que l’amiral américain Fletcher commandera en chef toutes les flottes alliées de l’Atlantique, comme Mac Arthur et Eisenhower sur terre. Cette nouvelle a été cruelle au cœur anglais, et les conservateurs ont fait de l’incident une arme politique. Attlee avec son courage habituel a justifié la mesure qui consacre la fin de la suprématie navale anglaise avec une détermination et un bon sens qui imposent le respect. Les nécessités de la défense passent avant les questions de prestige.
A Bonn
Le passif de la balance commerciale de l’Allemagne occidentale ne s’est pas atténué comme les experts de Bonn l’avaient prédit ; Adenauer est contraint de suspendre la plupart des importations européennes et cela va créer une perturbation grave, surtout en Hollande où l’on n’avait pas besoin de ce nouveau coup. Les Allemands ont abusé des crédits ouverts après la réforme monétaire, et la hausse des matières premières est venue aggraver le déficit. Cela ne facilitera pas l’intégration économique de l’Europe, ni l’aboutissement du plan Schuman. Était-ce ce qu’on voulait ?
CRITON