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Le Courrier d’Aix – 1951-04-14 – La Vie Internationale.
Méfaits de la Politique
Le désaveu infligé à Mac Arthur par le président Truman marque surtout l’échec de la diplomatie sur la place publique pratiquée aux Etats-Unis. Pour maintenir en balance deux politiques et ne choisir qu’au dernier moment, il eut fallu le secret qui est la force du Kremlin. La question Mac Arthur a soulevé les passions partisanes, non seulement aux Etats-Unis, mais dans le monde entier ; la droite a pris parti pour le Pro-consul, la gauche contre. Une divergence de vues utile au dessein général a dégénéré en lutte de factions. Il y a un vainqueur et un vaincu, des rancœurs et des divisions durables au moment où l’union nationale et internationale était plus nécessaire que jamais. On ne peut rien changer aux mœurs des peuples, ni concevoir les Américains sans publicité ni conférences de presse. Dommage.
La Chute de Mac Arthur
La chute de Mac Arthur présente toutefois un avantage, celui d’enlever aux Communistes un argument de poids. C’était une belle cible.
Les Etats-Unis ont senti qu’une politique trop agissante en Chine pouvait achever de décomposer l’O.N.U. en divisant ses membres sur la question. Le gouvernement travailliste et même l’Angleterre tout entière était hostile à une action directe contre la Chine communiste et plus encore à Mac Arthur. On n’aime pas dans les pays Anglo-saxons que les militaires se mêlent de politique et la subordination de ceux-ci au pouvoir civil est un dogme en temps de guerre comme en temps de paix.
En France même, malgré nos intérêts en Indo-Chine, on hésitait à suivre les Etats-Unis dans une guerre totale en Asie. La Maison Blanche, en cédant avec éclat à cette pression, donne une preuve de son respect des forces morales et de ses intentions pacifiques. Comme toute la propagande de Moscou vise à présenter les Etats-Unis comme des fauteurs de guerre, le geste de Truman n’était pas inopportun.
La Question Coréenne
Cela dit et fait, le fond du problème demeure et il se pourrait bien qu’avant peu on doive reconnaître, que Mac Arthur avait raison et même qu’il soit rappelé, car sa disgrâce n’est qu’affaire de circonstance. La question coréenne était en effet mal posée parce que les partisans de la limitation du conflit et du compromis semblaient persuadés qu’une négociation avec la Chine était possible. Or cette hypothèse est absolument contredite par les faits. Il faut rendre justice aux communistes. Ils ont été francs là-dessus et Staline tout comme Chou-en-Laï n’ont cessé de proclamer que la seule issue de la guerre de Corée était l’élimination de l’envahisseur américain. Par ailleurs on voit par les pourparlers du Palais Rose qu’il n’y a pas d’accord possible entre les Soviets et l’Occident.
Il y a sept ans que nous ne cessons de le répéter et les circonstances ne nous ont jamais démentis. Si l’on s’en était avisé, dès la fin de la guerre et même avant, on aurait évité la périlleuse situation d’aujourd’hui. La guerre de Corée durera donc indéfiniment. Mille soldats américains tombent chaque semaine. Les Soviets ont tout intérêt à ce que cette lutte se poursuive. Elle entretient le malaise général, irrite l’opinion américaine, et surtout affaiblit la Chine et par là, la rend plus que jamais dépendante du Kremlin. Il est probable que Mao Tsé Tung avait compris dans quel piège mortel il avait conduit sa patrie car il est malade et en traitement à Moscou. Les régents actuels de la Chine rouge sont des exécutants de Staline.
Nous avons toujours pensé que les Soviets ne désiraient pas une Chine forte et unie. On a vu en novembre dernier comme les succès chinois en Corée avaient aussitôt déchaîné un impérialisme latent. Il aurait vite échappé à la tutelle russe. Aussi, les Soviets ont-ils dosé leur aide aux communistes chinois de façon à entretenir la guerre sans leur donner les moyens de la gagner. C’est ce qu’ils vont continuer de faire. Moscou nous a avertis ces jours-ci qu’il n’y avait pas de troupes russes en Mandchourie. La Russie n’interviendra pas directement. Elle enverra au besoin des volontaires pour rétablir la situation si elle était trop compromise. Il faudra donc, tôt ou tard, rechercher une décision qui ne pourra être que militaire. Mais le moment n’est pas venu et Mac Arthur était trop pressé.
Le Chancelier Adenauer à Paris
Le Chancelier Adenauer vient à Paris. L’événement est d’importance. Malgré toutes les difficultés que ses adversaires à l’intérieur lui opposent, il cherche avec ténacité le moyen de former une Europe où l’Allemagne et l’Italie s’uniraient à la France. Ce grand politique a compris quels dommages le nationalisme arrogant et la mégalomanie avaient apporté à son pays. Les énergumènes ne manquent pas outre-Rhin depuis certains magnats de l’industrie jusqu’à Schumacher que l’on ne peut entendre à la radio sans retrouver dans l’oreille l’écho de la voix d’Hitler et l’opinion est prompte à les suivre. Ce sont eux qui ont réédité récemment le coup de l’autre après-guerre en procédant à des importations massives, créant ainsi un déséquilibre de la balance des paiements que les Américains devront combler. Ce sont eux aussi qui ont cru pouvoir faire chanter les Alliés en marchandant le réarmement de l’Allemagne. Le résultat a été clair. Les Américains ont vu reparaître l’expansionnisme germanique et se sont tournés vers la France.
L’Allemagne a perdu toute chance de prendre la direction de l’Europe. Adenauer avait vu cela et va s’efforcer de réparer les fautes. Si, dans la question du réarmement il s’est montré ferme, par contre dans le domaine économique, il s’est trop prêté à un libéralisme désordonné et à l’influence de la grande industrie, l’application du plan Schuman, si elle est possible et durable, mettrait un frein à des ambitions excessives et disciplinerait pour le bien commun cette puissance de travail et d’organisation qui par son extraordinaire valeur tendra toujours à écraser ses concurrents. Si la France et les Etats-Unis comme il semble, y tiennent la main et si une majorité d’hommes en Allemagne y consent, ce serait une belle espérance.
CRITON