Criton – 1955-12-24 – Premier Inventaire

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Le Courrier d’Aix – 1955-12-24 – La Vie Internationale.

 

Premier Inventaire

 

Si le bilan économique de cette année 1955 est particulièrement brillant pour la plupart des Puissances occidentales, le bilan politique l’est infiniment moins. A aucun moment, sauf pendant la courte période de l’été où s’est déroulée la première Conférence de Genève, le Monde libre n’a réussi à arracher aux Soviets l’initiative diplomatique. Le malaise est surtout sensible aux Etats-Unis. Le président Eisenhower dont le prestige a été à son sommet en juillet, l’a vu décliner depuis. Sa retraite probable ne soulève plus d’inquiétude. On pense que tout autre que lui peut remplir l’office présidentiel, et peut-être mieux. Il a dû, malgré les conseils de médecins, quitter sa ferme pour rentrer à Washington, afin de préparer la rencontre avec Eden.

 

La Crise Politique chez les Conservateurs Anglais

En Angleterre même, la politique du Premier subit de vives critiques. Il a dû se défaire de son Ministre des Affaires étrangères MacMillan et le remplacer par Selwin Lloyd, sans doute pour mieux contrôler lui-même le Foreign-Office.

C’est en effet contre l’Angleterre que la politique soviétique dirige ses batteries. Pendant un an, elle s’est surtout occupée de la France, en Indochine puis en Afrique du Nord, en Sarre et à l’O.N.U. où il s’agissait d’isoler et d’affaiblir l’adversaire le plus vulnérable. Il faut avoir le courage de reconnaître que le succès a été complet ; aux prises avec de terribles problèmes, notre pays a subi une série de revers qu’il sera bien difficile de surmonter. Espérer faire la part du feu serait même beaucoup demander.

L’Angleterre n’est pas en posture bien meilleure. Il y a d’abord les difficultés financières, le gouffre du déficit des échanges extérieurs que M. Butler, le Chancelier de l’Echiquier aujourd’hui démissionné, n’a pas réussi à réduire, au contraire, les prix anglais ne cessent de monter ; les exportations déclinent ; l’hémorragie d’or et de devises s’accélère. M. MacMillan fera-t-il mieux ? Dans ce domaine, il n’y a pas de miracles. Les Conservateurs sont aux prises avec le dilemme : ou réduire le train de vie de la population, ou amputer de nouveau la Livre, ce qui ne serait qu’un remède temporaire. Les Soviets ont cherché en Inde et en Birmanie à saper le prestige anglais et à réduire les débouchés de l’industrie britannique. Du même coup, ils ont visé le Japon pour lequel les marchés de l’Asie du Sud ont une importance primordiale. En empêchant très habilement ce pays d’accéder à l’O.N.U., ils visent à l’obliger à se rapprocher de la Chine et à se détacher des Etats-Unis.

 

En Moyen-Orient

En Moyen-Orient, la position britannique est incertaine. Comme nous le faisions remarquer, le Pacte de Bagdad comporte autant de difficultés que d’avantages. On vient d’en avoir la preuve lorsque les Anglais ont tenté d’y adjoindre la Jordanie. Ils ont eu beau dépêcher leur chef d’Etat-Major et faire intervenir la Légion arabe, une véritable révolution a éclaté dans ce pays dont on n’attendait pas une réaction aussi brutale. Et le poison du conflit avec Israël rend tout effort de stabilisation impossible dans ces régions.

 

L’Aide à l’Étranger aux Etats-Unis

Les Américains ont réagi au défi soviétique en augmentant l’aide à l’étranger, augmentation d’ailleurs plus comptable que concrète, mais spectaculaire par le chiffre : près de deux mille de nos milliards, tant pour l’aide militaire qu’économique.

Le calcul du « brain trust » est le suivant. Puisqu’il n’est pas possible d’arrêter la guerre froide et d’obtenir une détente bien garantie, laissons l’U.R.S.S. s’épuiser dans la double course, celle des armements qui de jour en jour sera plus coûteuse (le prix des engins de guerre monte sans interruption et ils se démodent de plus en plus vite). La course à l’aide économique aux pays sous-développé, si elle est moins coûteuse se poursuivra au détriment de l’équipement de la Russie ; ou bien cette aide sera dérisoire et les bénéficiaires s’en rendront compte, ou bien elle sera substantielle et drainera les ressources limitées d’un pas qui a sur les bras un monde qui s’étend du voisinage du Rhin au milieu de la Corée et du Vietnam.

Dans quelle mesure ce calcul est-il exact ? La Russie vit en économie de guerre et cela peut continuer, peut-être pas indéfiniment. En effet, les peuples ne sont pas toujours taillables et corvéables à merci. Cependant, l’expansion économique de l’U.R.S.S. est certaine. Ils peuvent faire front tant bien que mal.

 

Les Soviets et la Prochaine Conférence Afro-Asiatique

Les visées des Soviets, nous le répétons ici depuis des années, sont orientées vers l’Orient et vers l’Afrique bien plus que vers l’Europe. A leur retour de la tournée en Inde, en Birmanie et en Afghanistan, Boulganine et Krouchtchev ont organisé une réception monstre à Tachkent, et rassemblé sur ordre pour les acclamer les chefs de leurs trois grandes colonies musulmanes : l’Ouzbékistan, le Kazakhstan, le Turkménistan. Ils ont voulu prouver au monde asiatique l’attachement de ces populations à l’U.R.S.S., et préparer leur propre accès à la prochaine Conférence Afro-Asiatique dont ils s’étaient exclus à Bandung par prudence. L’objectif essentiel de cette tournée spectaculaire en Asie libre est de devenir les leaders d’une coalition des peuples de couleur contre la domination capitaliste. Il est fort possible qu’ils y réussissent, malgré certaines oppositions et beaucoup de méfiance.

 

Le Voyage des Soviétiques à Londres

Reste le voyage à Londres de Krouchtchev et Boulganine. Ils semblent faire tout leur possible pour obliger Eden à le décommander, car l’accueil sera plutôt frais, la grossièreté peu appréciée et les slogans de propagande hors de propos. Eden au contraire tient beaucoup à mettre les Russes sur la sellette, montrant ainsi à la fois son désir d’une détente internationale et sa courtoisie inaltérable sous les injures dignes en tous points d’un « civilized » gentleman.

 

Le Vote en Sarre

Les Sarrois ont voté pour la seconde fois ; on s’attendait à les voir courir tous au secours de la victoire et laisser le pauvre Hoffmann sans partisans. Ils ont au contraire confirmé leur attitude d’octobre ; la minorité pro-européenne demeure d’environ 30 pour cent. Ce résultat doit en principe faciliter le règlement du problème entre Bonn et Paris.

Personne ne conteste plus aujourd’hui le droit des Sarrois de rejoindre l’Allemagne fédérale. On ne conteste guère non plus le droit pour la France de conserver provisoirement quelques avantages économiques ; un brusque déplacement de la frontière douanière nuirait plus à l’industrie sarroise qu’à l’économie française. Néanmoins, à plus ou moins longue échéance la Sarre, pour laquelle nous avons dépensé tant de milliards, ne fera plus partie de notre orbite. On voit à quoi ont servi les discussions théâtrales de M. Mendès-France avec Adenauer en 1954. On voit aussi ce que valent les affirmations solennelles telles que « le rejet du statut européen signifierait le retour au statu-quo ».

Ce qui a le plus nui à la diplomatie française dans le monde, ce sont les proclamations urbi et orbi de nos ministres dont le lendemain les faits se chargeaient de montrer la vanité, sinon la sottise « Nous ne laisserons pas Strasbourg sous les canons allemands », disait Sarraut, un mois avant le putsch d’Hitler en Rhénanie. Si le ridicule ne tue pas – en France on peut même penser qu’il conserve – il nous discrédite au dehors, ce qui est pire.

 

                                                                                                       CRITON

Criton – 1955-12-17 – Ceci est la Question

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Le Courrier d’Aix – 1955-12-17 – La Vie Internationale.

 

Ceci est la Question

 

La presse indienne et le communiqué final des entretiens entre Boulganine-Krouchtchev et Nehru soulignent l’embarras où les Russes ont mis l’Inde en épousant trop bruyamment leur cause. Les craintes suscitées par l’impérialisme soviétique en Asie ont été plutôt accrues que dissipées par cette visite spectaculaire. L’Inde fait encore partie du Commonwealth britannique, et ce qui constitue l’opinion en Inde, toute nationaliste qu’elle soit, est de formation anglaise. On sent que cette élite a été choquée, sinon dans ses sentiments du moins dans ses tendances politiques ; le bouillant Krouchtchev ne brille pas par la psychologie.

 

Goa et le Cachemire

Le jeu russe a consisté à enflammer tous les sujets de discorde : au Cachemire, à ranimer le conflit Indo-pakistanais au sujet de cette province ; sur Goa pour rendre plus aigu le conflit avec le Portugal. Là-dessus d’ailleurs, M. Foster Dulles a jugé opportun de se prononcer contre la thèse indienne ; Goa a-t-il dit, est une province portugaise en Asie, non une Colonie, ce qui est en gros exact, mais a déplu aux Hindous. On s’est demandé aux Etats-Unis le motif de cette prise de position peu opportune. Evidemment pour complaire aux Portugais avec lesquels Dulles négocie le renouvellement de l’accord sur les bases américaines des Açores, peut-être aussi pour faire entendre à Nehru que le neutralisme ne consiste pas à exercer un chantage toujours payant.

Il n’en reste pas moins que l’opinion américaine est assez troublée par les termes de l’accord économique russo-indien. Les Etats-Unis sont sensibles à ce qu’ils considèrent comme la perte de leur monopole dans l’assistance aux pays sous-développés. Après la puissance de l’atome, c’est celle du Dollar qui est « challengée » par les Soviets. Et ceux-ci ont un atout d’importance. Ils échangeront contre outillage et armes la totalité du riz birman exportable, le tiers du coton égyptien et ce que l’Inde pourra distraire de cotonnades de son marché intérieur, marchandises invendables en dehors du Bloc soviéto-chinois. Les conclusions des accords Russo-Indiens peuvent se résumer en ceci : tout ce que vous voudrez en matière commerciale a notre avantage mutuel ; en politique, nous vous remercions de votre attitude mais nous réservons la nôtre.

 

La France et le Pacte de Bagdad

Le bruit court avec persistance à Londres et à Washington, que la France jusqu’ici réservée sur les combinaisons anglo-saxonnes en Orient, se joindrait au Pacte de Bagdad. Rien ne peut se faire avant que les électeurs français se soient prononcés. On ne voyait pas jusqu’ici l’intérêt que la France peut avoir à marquer en Orient une solidarité officielle avec la politique anglo-américaine. Elle semblait au contraire tenue à ménager les adversaires du Pacte de Bagdad, la Syrie où ses intérêts et son influence demeurent importants, et l’Égypte dont la neutralité nous serait fort utile en Afrique du Nord. C’est ce qui avait disposé M. Pinay à montrer aux Anglais le danger qu’il y a à diviser le Monde arabe pour la conclusion d’un pacte au demeurant sans grande valeur militaire. Il se pourrait malheureusement que les Anglo-Saxons qui veulent couper le chemin du Moyen-Orient aux entreprises économiques des Russes aient demandé un concours français explicite.

 

Le Lien avec la Question Sarroise

Car, il y a la question sarroise dont personne ne parle mais à laquelle tout le monde pense. Anglais et Américains ont pris des engagements pour appuyer les intérêts économiques de la France dans le territoire. Il leur serait possible de se retrancher derrière les principes de la démocratie pour s’abstenir de la défendre, du moins de façon active. Peut-être voit-on se dessiner un marchandage qui est la règle des accords internationaux ? M. Mendès-France pourrait profiter de la campagne électorale pour nous éclairer là-dessus puisqu’il a si brillamment négocié le statu européen de la Sarre avec Hoffmann et Adenauer. Avait-il obtenu l’an dernier de Sir Anthony Eden, partenaire de l’U.E.O. quelque promesse au cas invraisemblable où les Sarrois auraient rejeté le statut ?

 

Les Élections et le Rattachement à l’Allemagne

Car on commence à mesurer les conséquences inquiétantes du rejet de la C.E.D. en août 1954 par le Parlement français. Les élections en Sarre vont avoir lieu demain et il est à craindre que la majorité des trois quarts soit obtenue pour demander le rattachement du territoire à l’Allemagne.

Malgré l’évidente bonne volonté de M. Von Brentano, on ne voit pas comment s’opposer à une manifestation populaire aussi nette. Tout au plus pourra-t-on envisager un sursis plus ou moins long qui n’aurait d’intérêt que si l’Europe entre temps devait s’unir. Malgré les efforts déployés en faveur de la « relance européenne » et les bonnes intentions examinées à la conférence de Messine, on a plutôt l’impression d’un recul que d’un progrès. Qu’adviendra-t-il, en ce qui concerne la Sarre, si les Américains dont nous devrons solliciter l’appui nous répondent : « Nous vous avions prévenus en 1954, vous avez passé outre, nous n’y pouvons rien ». Rappelons-nous l’ « agonizing reappraisal », la reconsidération tragique de la politique américaine en cas de rejet de la C.E.D. Mais ceci n’est qu’un aspect d’un problème plus vaste et plus grave.

 

La Politique de l’Atome

Les Allemands de l’Ouest grisés par leurs fantastiques progrès économiques se sont détournés des projets d’unification européenne qu’ils avaient, lorsqu’ils étaient encore faibles, réellement pris très à cœur. L’Europe était pour eux un objectif et aussi une réhabilitation morale. Ils se sentent assez forts et assez libres aujourd’hui pour n’y plus penser. On cherche depuis quelque temps à mettre sur pied une institution du type du Pool charbon-acier qui s’appellerait « Euratom » et qui aurait pour objet de mettre en commun les ressources et le savoir-faire des Nations européennes en matière de recherche atomique et d’application de l’énergie nouvelle à des fins industrielles et pacifiques ; les résistances les plus sérieuses à ce plan viennent du côté allemand. Les savants allemands ne se sont pas désintéressés de l’atome bien qu’ils n’aient pas eu les moyens d’en exploiter les ressources. Il ne faut pas être prophète pour deviner que l’attention qu’ils portent au problème n’est pas sans arrière-pensée, et que s’ils veulent s’y consacrer sans s’associer à d’autres, c’est qu’ils comptent sur leur savoir et leur habileté pour modifier un jour leur destin grâce aux prodigieuses ressources de cette menaçante découverte. Comme par ailleurs les Anglais ont décliné toute participation aux projets de pool atomique européen, comment la seule association franco-belge pourrait-elle contrôler les réalisations européennes et les maintenir dans les limites de l’utilisation pacifique ? Demain, les ressources atomiques seront à la portée de tous ; où cela mènera-t-il si aucun contrôle n’y met ordre ?

Au moment où les Français vont voter, c’est à ce genre de questions qu’ils devraient réfléchir plutôt qu’aux problèmes secondaires périmés et parfois sordides qui forment le fonds commun des passions politiques. L’avenir de la jeunesse n’est pas dans les seuls avantages dont peut bénéficier leur développement, mais dans la sécurité nationale qui n’est concevable que dans la coopération et le contrôle mutuel des ressources des pays européens qui nous entourent.

 

                                                                                                       CRITON

Criton – 1955-12-10 – La Politique dans l’Himalaya

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Le Courrier d’Aix – 1955-12-10 – La Vie Internationale.

 

La Politique dans l’Himalaya

 

Les propos de M. Krouchtchev au cours de son voyage en Inde et en Birmanie et les nouvelles difficultés prévues à Berlin ont suffi à convaincre les plus optimistes que la guerre froide avait repris. Cependant, ses effets sur le moral occidental sont beaucoup moins sensibles qu’avant la courte détente de l’été passé ; dans l’intervalle, l’opinion s’est bien convaincue que l’on était arrivé à l’impasse atomique et qu’une guerre générale n’était plus possible. Elle ne l’était pas davantage avant les dernières explosions en U.R.S.S. et aux Etats-Unis. Mais les hommes, peu à peu, se sont pénétrés de cette idée, ce qui pour le progrès de l’économie est excellent. L’esprit d’entreprise se trouve délivré d’une sombre hantise.

 

Les Excès de M. Krouchtchev

  1. Krouchtchev est un étrange personnage ; Staline nous avait habitué à une duplicité froide, parfois cynique ou joviale, sans excès de langage ou improvisations déplacées. Les autres, Molotov, Malenkov, ou Boulganine se bornent à moudre les grains de la propagande. Entre eux, la radio, « La Pravda», ou les nombreuses revues spécialisées, le concert est toujours accordé. C’est d’ailleurs, pour qui les suit, l’impression d’une énorme et écrasante machine qui paralyse à la fois d’ennui et de vertige. Tout est si bien ajusté qu’on a conscience de l’effet qu’elle cherche. Elle tend à réduire les volontés à l’impuissance, et les esprits à l’abandon.

 

Les Résultats du Voyage en Inde et en Birmanie

Cependant, malgré l’accueil en apparence triomphal que les Soviétiques ont trouvé dans l’Asie du Sud, le succès de leur mission n’est pas garanti. Les dirigeants de l’Asie libre ont peur des Soviets ; ils savent que si le colonialisme (venu de l’Occident) est pour eux un passé irrévocable, un autre plus redoutable les menace du Nord. Ils savent ce qui s’est passé en Chine, en Mongolie, au Tibet. Avec les Occidentaux, ils se permettent d’étaler leur indépendance, de jouer les égaux, de menacer au besoin. Ils savent qu’ils n’ont rien à craindre des démocraties qui cèdent toujours.

Avec les Russes et les Chinois, ils se font aimables pour tâcher de les neutraliser. Mais l’impression qu’ont laissée Krouchtchev et  Boulganine est loin d’être favorable. Les journaux hindous ont fait de sérieuses réserves sur les propos des Soviétiques, et Nehru a renouvelé son neutralisme en assurant discrètement ses amis d’Occident que l’Inde ne les trahissait pas. Il a rappelé à plusieurs reprises ses hôtes au respect des cinq points énoncés par lui-même pour la coexistence pacifique et insista sur la non-ingérence politique et économique comme condition de bon voisinage.

 

La Guerre Froide au Népal

Par ailleurs, Nehru n’est pas sans inquiétude sur les événements qui se déroulent, lentement mais obstinément, dans les petits pays frontières entre les deux Mondes. Les exploits de l’alpinisme ont révélé aux Français l’existence de ces royaumes de l’Himalaya où se déploie la guerre froide, le Népal en particulier, et aussi le Bhoutan et le Sikkim moins connus.

Après s’être emparés du Tibet, les communistes se sont infiltrés au Népal : un maire communiste s’est installé à Katmandou, la capitale. Un agitateur influent du nom de Singh a créé là-bas une « armée de libération ». Son quartier général se situe à Biratnagar, une petite ville industrielle à la frontière du Bengale occidental où les ouvriers sont acquis au communisme. Ce mouvement a pour objectif d’empêcher les Anglais de recruter dans le pays les fameux Gurkhas, soldats excellents, que Londres rassemblait en Inde à Lahra pour les faire servir en Malaisie contre les Rouges. Nehru a dû supprimer ce dépôt britannique.

Entre temps, l’armée indienne a renforcé la frontière et fait de Siliguri, terminus du chemin de fer de l’Assam, une forteresse moderne. A partir de là, l’invasion de l’Inde serait possible, et Nehru n’est pas sans inquiétude pour un avenir encore lointain mais prévisible. La même histoire pourrait être décrite aux frontières de la Birmanie et de la Chine dans les provinces que Krouchtchev et Boulganine ont survolées, zones montagneuses où les guérillas communistes se battent contre l’armée birmane.

Sans vouloir infliger un cours de géographie dont les Français auraient d’ailleurs grand besoin, nous devons signaler que ce monde lointain est le théâtre d’une lutte permanente qui va de l’Afghanistan au Golfe du Tonkin presque sans discontinuité. Cela pour montrer que les politesses orientales cachent de sérieux soucis. Si Krouchtchev avait pour but de flatter ses hôtes, il n’a réussi qu’à accroître une méfiance dissimulée par la peur.

 

Iront-ils à Londres ?

On ne comprend pas bien à quel mobile a obéi Krouchtchev en couvrant l’Angleterre, où il est invité à se rendre en Avril, d’injures et d’accusations grossières, par exemple celle d’avoir incité Hitler à envahir la Russie, comme si Hitler avait eu alors besoin des conseils de Churchill pour le faire. Les Anglais sont-ils si mécontents de cet accès d’humeur ? Le public s’indigne ; la diplomatie se tait.

Pour la première fois depuis la fin de la guerre, les nombreux points de friction entre les Chancelleries anglo-saxonnes tendent à disparaître.

 

Le Voyage d’Eden à Washington

Le prochain voyage d’Eden à Washington sera, non plus celui de l’alliance qui cache tant de divergences mais celui d’une véritable concorde ; si la France conserve le mois prochain la même sage direction de sa politique extérieure, on pourra peut-être parler d’un front commun des démocraties au printemps. Krouchtchev ne sera pas étranger à ce miracle.

Pour préciser, les Anglo-Saxons font la paix entre eux en Proche-Orient. Les Etats-Unis ont donné leur approbation au Pacte de Bagdad, pas encore leurs dollars sans lesquels le Pacte est sans substance ; sur le papier du moins, ce Pacte couronne à peu près la politique anglaise suivie depuis dix ans dans cette partie du monde. Les Anglais sont incapables de fournir les sommes considérables que requièrent l’Irak et le Pakistan en particulier. Les Américains ne se décideront qu’après leurs élections.

Dans les deux graves conflits de la Méditerranée orientale, Israël et Chypre, les Américains ont prodigué leurs bons offices. Un accord anglo-gréco-turc est annoncé sur le statut des Chypriotes, ce qui serait un gros succès. Entre Israël et l’Égypte, la solution n’est pas encore au point. Eden demande aux Israélites des sacrifices territoriaux envisagés dans les résolutions de 1947 de l’O.N.U., ce que les Juifs ne peuvent consentir, et les Egyptiens n’ont aucune hâte de reconnaître comme définitive l’existence d’un État juif en Palestine débouchant sur la Mer Rouge.

Mais les Etats-Unis parlent beaucoup de leurs excédents de coton en ce moment et de l’urgence qu’ils éprouvent à s’en défaire. Il y aurait là de quoi rendre Abd el Nasser plus compréhensif. Et puis il y a le Soudan où les Anglais ont réussi à faire prévaloir un plébiscite qui très probablement consacrera la séparation de ce pays d’avec l’Égypte. Les Soviets auront beau envoyer des instructeurs à Suez pour entraîner les aviateurs égyptiens au maniement des « Migs », cela ne résoudra pas la crise sociale et économique qui existe en Égypte, comme au temps de Farouk. Le pain et la liberté ne viennent pas toujours dans la même corbeille, surtout en Orient.

 

                                                                                            CRITON

Criton – 1955-12-03 – Compétition Économique

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Le Courrier d’Aix – 1955-12-03 – La Vie Internationale

 

Compétition Économique

 

  1. Lester Pearson, le Ministre canadien des Affaires étrangères, a eu récemment à Moscou de longs entretiens avec les dirigeants soviétiques ; il vient de révéler ses impressions : deux points sont à retenir de ses propos : « l’ignorance colossale, presque pathétique et sûrement dangereuse où sont les Russes de l’Occident », en second lieu, la conviction où sont les dirigeants soviétiques que « la liberté est pour un peuple la voie assurée vers la décadence ; la paresse et la recherche du bien-être doivent amener la perte des Nations libres dans la compétition entre les deux Mondes ». A n’en pas douter, Molotov et Krouchtchev partagent cet état d’esprit avec les vieux bolcheviks.

Il n’est pas sûr que les jeunes générations pensent de même. On a de nombreux témoignages en sens contraire. C’est pourquoi la politique de patiente vigilance que recommande M. Pearson, d’accord en cela avec le président Eisenhower, peut éviter un conflit brutal et laisser agir le temps. La liberté aussi est une force.

 

La Compétition Active

Pour l’heure, la compétition active entre dans une phase nouvelle. Elle continue sur le plan militaire. Le refus de Krouchtchev, dans son dernier discours à Calcutta, d’accepter la proposition américaine de contrôle aérien, marque bien que la course aux armements va se poursuivre ; la compétition économique jusqu’ici très limitée s’étend et se précise.

L’U.R.S.S. y participe avec les offres nouvelles à l’Inde, mais aussi les Satellites : la Tchécoslovaquie propose des armes, la Pologne du charbon et des machines, la Roumanie du pétrole. Sur le plan des échanges, les pays communistes ont un avantage ; leurs besoins sont illimités et ils peuvent pratiquer le troc avec les pays agricoles, acheter du coton à l’Egypte et à la Syrie, du jute et des textiles à l’Inde, etc. Ce que les Etats-Unis qui ont en cette matière d’énormes surplus sur les bras ne peuvent faire.

Cependant, l’ampleur de ce troc est limitée et ne peut remplacer les crédits ; or les pays de l’Est manquent de devises fortes ; ils cherchent à s’en procurer – l’Allemagne orientale par exemple – en vendant à l’Occident les machines dont ils ont eux-mêmes un urgent besoin. S’ils fournissent de l’équipement à crédit, ils ne peuvent le faire qu’en se privant de ce qu’ils livrent en dehors.

 

Difficultés pour l’U.R.S.S. d’accorder des Crédits

Si l’on tient compte du coût énorme et croissant de leur équipement militaire et des besoins de l’industrie lourde, les possibilités de l’U.R.S.S. sont très réduites. Quand Boulganine offre à l’Inde un crédit de 300 millions de dollars, il bluffe et Nehru le sait fort bien. Les pays neutres remercient avec chaleur les Russes de leurs propositions, mais ils acceptent sans attendre celles plus sûres que leur font les pays libres. L’Inde passe pour ses aciéries des contrats avec les Anglais, et l’Egypte pour son barrage d’Assouan vient de s’entendre avec la B.I.R.D. et le Consortium international qui comprend des Américains, des Français et des Allemands de l’Ouest.

Les Etats-Unis ne semblent d’ailleurs pas décidés à faire de la surenchère, ce qui ferait l’affaire des Neutres. Ils entendent réserver l’essentiel de leurs faveurs aux pays qui se sont prononcés pour leur cause. S’ils craignent l’infiltration économique et politique des Soviets dans les pays d’Orient, ils peuvent mettre ceux-ci devant le choix entre l’aide soviétique et la leur avec de grandes chances de l’emporter à un prix raisonnable. Ils ont à la rigueur d’autres moyens de pression. Les surplus agricoles aux Etats-Unis sont une lourde charge mais aussi une arme. Ils peuvent écraser les marchés ; le prix du coton, par exemple, comme des céréales est à leur discrétion. Abdel Nasser ne l’ignore pas.

 

Le Pacte de Bagdad

On a beaucoup commenté le Pacte de Bagdad que l’Angleterre vient de signer avec la Turquie, l’Irak, l’Iran et le Pakistan. Les Etats-Unis se tiennent derrière en observateurs favorables et silencieux. Ces pays ont un besoin urgent de crédits pour s’équiper, et les ressources britanniques n’y peuvent suffire. La valeur militaire du Pacte est, par ailleurs, illusoire. Les pays du Moyen-Orient ne pourraient résister par les armes à l’U.R.S.S., même avec l’appui des Anglais. Le Pacte signifie simplement – et cela est important – qu’une action des Soviets dans ces régions serait le signal d’une guerre générale, et dans le domaine économique le Pacte de Bagdad lie les quatre signataires à l’Occident. Les Soviets n’y pourront pas faire ce qu’ils proposent à l’Inde et à l’Égypte.

 

La Réduction du Nombre de Neutres

Le Pacte a encore une autre portée. En diminuant le nombre des Neutres en puissance, il réduit sensiblement l’importance de ceux qui veulent le rester. Trois dans ce camp paraissent encore solides : la Yougoslavie, en Europe ; l’Inde en Asie ; l’Égypte en Afrique.

Cependant, la cause occidentale est en train de gagner du terrain en Indonésie où les élections de novembre ont maintenu les positions du Bloc musulman pro-occidental, malgré l’importance numérique des nationalistes communisants et des communistes eux-mêmes ; le Sud-Vietnam de Ngo Dim Dien ne peut survivre qu’avec l’appui et la présence américaine ; de même, le Laos, le Cambodge et le Siam ; la Birmanie s’efforce de régler son attitude sur celle de l’Inde, mais il n’est pas sûr qu’elle le puisse indéfiniment ; la Syrie est instable ; le Liban hésitant. Les autres ne comptent guère ; le « bloc » des Neutres est trop dispersé et n’a guère de chances de recruter de nouveaux adeptes, mais plutôt d’en perdre.

Si les Anglo-Saxons réussissent à faire accepter un compromis durable dans le conflit qui oppose les Pays arabes à Israël, ils peuvent espérer refouler l’avance que les Soviets viennent de marquer dans ces régions. La diplomatie et la finance auront à s’employer à fond pour y parvenir, mais les deux vieux alliés ont passablement d’expérience dans ce genre d’affaires, en Orient surtout, et les Soviets ne sont pas à leur taille.

 

La bombe H

Les Russes ont fait exploser leur bombe H au moment où Boulganine et Krouchtchev se faisaient acclamer par les Hindous en lâchant des colombes. Ceux-ci n’ont pas beaucoup goûté la coïncidence. Si les Soviets l’on fait, c’est pour se poser en champion de l’interdiction des armes nucléaires. En même temps qu’ils expérimentent leurs engins, ils offrent de supprimer les expériences si les Américains en font autant. Les Etats-Unis y consentent, à condition que l’on accepte l’organisation d’un contrôle réciproque et efficace, et comme pour le désarmement en général, la question tournera indéfiniment en rond.

Les Américains n’ont d’ailleurs aucun intérêt à ralentir leur effort militaire. Ils le supportent aisément et les Russes y épuisent les ressources qu’ils pourraient consacrer à la lutte économique, bien plus redoutée des Etats-Unis. L’ami Krouchtchev toujours bavard, n’a pu s’empêcher de le reconnaître ; le désarmement d’ailleurs n’a de sens que s’il repose sur une certaine confiance ; le moins qu’on puisse dire, c’est que ces dernières semaines ne l’ont point renforcée.

 

                                                                                            CRITON

Criton – 1955-11-26 – Rétrospective

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Le Courrier d’Aix – 1955-11-26 – La Vie Internationale

 

Rétrospective

 

Des innombrables commentaires sur la Conférence de Genève, aucun ne s’accorde, pas même sur son échec complet qui est pourtant patent. On peut cependant donner déjà le sens que cette rencontre trouvera dans l’histoire. Mettons en lumière les points qui sont précisément ceux que l’on néglige.

 

L’Évolution de la Politique Soviétique

Entre la Conférence des quatre chefs de Gouvernement et celle qui vient de s’achever, il s’est passé beaucoup de choses à Moscou même ; la détente esquissée au printemps qui a eu son point culminant en juillet, avait rejeté Molotov dans l’ombre ; on l’accusait de poursuivre une politique négative, celle de Staline, et d’avoir abouti à l’isolement de l’U.R.S.S. ; d’abord au N.A.T.O., puis à ce qui allait être le Pacte de Bagdad, à la méfiance des pays arabo-asiatiques qui venaient de se préciser à Bandung, au réarmement de l’Allemagne occidentale, aux tentatives de révolte en zone soviétique, au relâchement de la discipline chez les dirigeants des satellites, particulièrement en Hongrie, au rapprochement de Tito avec la Grèce et la Turquie ; la diplomatie soviétique était suspecte et avait perdu tout crédit ; c’est alors que Krouchtchev et Boulganine ont inauguré la politique du sourire, et d’abord en rendant à l’Autriche la liberté promise depuis 10 ans.

Cette politique a dans une large mesure réussi. Le voyage en cours des deux chefs russes en Inde en marque l’aboutissement. La diplomatie russe a pris pied en Proche-Orient avec les accords de fournitures d’armes à l’Égypte. Le Président birman est allé à Moscou et va recevoir les Soviétiques ; l’équilibre diplomatique est assuré par la reprise des relations avec Bonn. Le réarmement allemand est à nouveau retardé.

 

Le Retour à l’Ancienne Politique

Ces succès enregistrés, Molotov a sans doute fait valoir le danger d’aller plus loin, surtout à l’égard des puissances occidentales. Celles-ci ont cru ou paru croire que l’on pourrait exploiter à fond la détente ; ils se sont trouvés à nouveau devant un mur alors que tout le monde pensait qu’à défaut de résultats précis, la détente pouvait se poursuivre parce que Moscou en avait besoin. Il n’en était rien. Ce sont les Russes qui cherchent à leur tour à isoler l’Occident de ce monde perméable et mouvant que sont l’Asie et l’Afrique. Les événements d’Afrique du Nord y ont considérablement  contribué ; l’action concertée contre la France a porté ses fruits.

Ce n’est pas la première fois que la politique soviétique se retourne brusquement ; qu’on se rappelle la disgrâce de Litvinov en 1937 et le retour en faveur de Molotov. On en verra d’autres, sans doute, peut-être avant longtemps.

 

Le Sommeil de l’U.E.O.

Ce qui nous conduit à rappeler combien les peuples et même les diplomates ont la mémoire courte. M. Mendès-France se plaint de ce que sa plus chère création, l’U.E.O. – Union de l’Europe Occidentale – à laquelle Eden avait promis de collaborer – manque de vie. C’était en effet le seul point marqué par sa politique. De l’Indochine et de la Sarre, il est préférable de ne point parler. Quant à l’Afrique du Nord, la seule excuse est sans doute que toute autre politique aurait abouti aux mêmes difficultés. Mais on se souvient qu’après l’échec si habilement organisé de la C.E.D., échec qui a tout affaibli le crédit de la France, c’est le « pas formidable » accompli par Eden d’associer, pour la première fois en temps de paix, l’Angleterre aux alliances du continent, qui avait paru sauver une situation inquiétante pour le Monde libre.

En fait, les Anglais n’avaient réellement promis qu’une chose : de maintenir sur le continent leurs quatre divisions aussi longtemps que l’Europe des Six le jugerait nécessaire. Ce qui ne changeait rien ; car, tant que les troupes américaines sont en Europe, il est impossible aux Anglais de retirer les leurs. Pour le reste, ils n’avaient promis que de participer aux conversations. Eden qui voyait que le rejet de la C.E.D. allait compromettre l’Alliance Atlantique, a voulu par un geste spectaculaire limiter les dégâts. Ce fut fort adroit de sa part et d’un effet moral certain. Mais, l’alerte passée, il ne reste pas grand-chose du « pas formidable ». L’U.E.O. avait pour raison d’être l’application du statut européen de la Sarre, autre chef-d’œuvre diplomatique. Le statut enterré, il ne reste qu’une institution vide.

 

Retour à l’Europe des Six

Evidemment, les Anglais pourraient lui rendre un sens, mais ils sont revenus petit à petit à leur politique traditionnelle : arbitrer les querelles du continent sans s’engager. On le voit également par la réticence dont ils font preuve seulement pour harmoniser leur action avec celle de la C.E.C.A. dans le domaine limité du charbon et de l’acier, de leur refus aussi de participer à une communauté atomique européenne à laquelle leur expérience donnerait tant de poids. Force est donc aux Européens s’ils veulent – et ils en sentent la pressante nécessité, – de s’unir, de le faire entre continentaux.

On en revient peu à peu à l’Europe des Six, sans la C.E.D., sans lien de supranationalité. M. Pinay, pas plus que quiconque, n’a d’autre choix : l’Europe des Six ou le statu-quo. De la politique de l’été 1954, il ne reste que le souvenir d’efforts stériles. En Sarre, comme en Europe, on repart d’où l’on était auparavant.

 

L’Impasse Allemande

Une autre erreur qui est habituelle, est d’attacher importance aux discours des hommes politiques qui ne sont pas au pouvoir, en Allemagne en particulier. Il est vrai que les Sociaux-Démocrates et d’autres, même les Libéraux, se prononcent contre la politique d’Adenauer et paraissent croire qu’on peut attendre quelque chose de négociations directes avec Moscou ou avec Pankow. Ce sont là des positions électorales. On ne semble pas prêter attention à ce mot récent de Krouchtchev : « On ne peut faire confiance aux Allemands ». Les Russes tiennent l’Allemagne orientale et ne la lâcheront jamais, à moins d’en être chassés ; ils n’en ont jamais fait mystère. Les Allemands qui paraissent croire le contraire ne sont pas sincères. Nous irons plus loin : quels que soient les hommes au pouvoir demain en Allemagne fédérale, ils seront contraints de faire, en réalité sinon en paroles, la même politique que le Chancelier. L’Allemagne de Bonn serait liée à l’Occident même si elle voulait s’en détacher, car il n’est même pas vrai que les Russes cherchent pour le moment et dans l’avenir probable à annexer toute l’Allemagne au communisme. Le satellite serait trop gros qui risquerait de dévorer les autres et même son maître.

 

                                                                                            CRITON

Criton – 1955-11-19 – Retour au Stalisme

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Le Courrier d’Aix – 1955-11-19 – La Vie Internationale

 

Retour au Stalinisme

 

On n’attendait pas grand résultat de la Conférence de Genève ; on s’accordait cependant à croire que l’U.R.S.S. chercherait à sauver les apparences, c’est-à-dire l’esprit de la rencontre de Juin dernier. Le ton acrimonieux des dernières séances rappelle plutôt la Conférence de Berlin. Molotov est redevenu ce qu’il fut depuis la fin de la guerre : tout s’y retrouve, le ton et la phraséologie de ses habituels discours. Il s’est passé à Moscou entre les dirigeants quelque chose d’imprévu.

 

Les Raisons de l’Échec de Genève

Molotov a convaincu ses mandants que sa politique avait jusqu’ici réussi et qu’il valait mieux demeurer dans la ligne de Staline. Les observateurs s’accordent pour dire que la position de Molotov, fortement ébranlée au printemps, est aujourd’hui plus forte que jamais. On dit encore que ce retour à la politique extérieure stalinienne a été imposé par les militaires qui se seraient montrés inquiets des effets de la détente sur le moral des troupes des Satellites : la période de détente avait permis à l’U.R.S.S. de ressaisir son audience diplomatique auprès des Neutres ; c’est chose acquise aujourd’hui.

Point n’est besoin de courir de risques en ouvrant davantage le rideau de fer. Molotov est convaincu que le temps travaille pour les Soviets. Il est à remarquer qu’en Italie, après les tentatives d’ouverture à gauche que nous signalions dans notre précédent article, des consignes de raidissement ont de nouveau été données au Parti communiste. Un changement d’orientation est indéniable. Pour le moment, le retour à la guerre froide est évident.

 

Conséquences pour l’Occident

L’Occident a-t-il lieu de s’en inquiéter ? La politique du sourire avait des avantages pour lui. Elle avait grandement contribué à la renaissance de la confiance et au développement des affaires ; le spectre de la guerre atomique avait cessé de hanter les esprits et le goût de l’entreprise, de l’investissement profitable, de l’épargne productive avaient retrouvé des stimulants. Ceux-ci seront-ils amenés à se contracter de nouveau ? Cela n’est pas sûr pour deux raisons : d’abord parce que l’on est aujourd’hui persuadé qu’une guerre atomique est impossible : ce serait une destruction réciproque aux conséquences imprévisibles. Aucun des deux camps ne songe à en courir le risque. D’autre part, les moyens dont disposent les autorités et les groupes financiers en accord avec elles pour conserver un courant favorable au maintien de la haute conjoncture sont étendus, multipliés et efficaces.

Aux Etats-Unis, l’accident du Président le 24 septembre et les mesures prises pour restreindre le crédit et tempérer le boom des affaires avaient provoqué un repli. Des mesures analogues anti-inflationnistes avaient été prises un peu partout, sauf en France. Depuis une dizaine de jours, les Etats-Unis ont renversé la tendance et la hausse a repris, malgré l’impression fâcheuse que laisse la Conférence de Genève. Même quelques succès spectaculaires des Démocrates aux élections locales du 9 novembre, n’ont eu aucun effet sur la tendance ; les records de production et d’investissement ont de nouveau été battus. Il sera évidemment difficile de maintenir indéfiniment ce rythme. Un accroissement de 9% du revenu national ne peut constituer une moyenne qu’on situe, au plus, entre 4 et 5. C’est ce que l’on s’efforcera de conserver en 1956, jusqu’aux élections de novembre.

 

Les Risques de la Détente

La politique du sourire présentait aussi des dangers pour l’Occident. Les divergences d’intérêts des puissances de la coalition atlantique sont si nombreuses et profondes que le relâchement de leur solidarité aurait fatalement été la conséquence d’une détente prolongée. Le retour au Stalinisme va les obliger à resserrer leurs liens. On en a déjà la preuve dans les relations franco-allemandes. Ni la France, ni l’Allemagne n’ont cherché à exploiter le résultat du plébiscite sarrois. On a, dans la mesure du possible, et même dans les Partis d’opposition, cherché à étouffer l’affaire. On est d’accord pour rechercher une formule de compromis afin de ne pas détériorer les relations entre les deux pays ; si l’on y est décidé, ce sera moins difficile qu’on ne le pense. Les Allemands n’ont pas un intérêt majeur à réannexer économiquement la Sarre ; cela leur donnerait plus de soucis que d’avantages, et les Sarrois tirent trop de profit de l’union douanière avec la France et l’Union française pour y renoncer par pure idéologie nationale. Les Etats-Unis auront à veiller plus attentivement à leurs positions stratégiques en Afrique du Nord et au Sud-Vietnam : les Anglais devront ne pas s’opposer aux Américains dans leur politique en Proche et Moyen-Orient. Mais c’est aux Neutres que la guerre froide profite le plus. Nasser et Tito ne seront pas fâchés du tour des événements. La rivalité des deux Blocs est une excellente affaire pour eux.

 

Les Soviets ont-ils Raison ?

Quant aux Russes, ont-ils dans leur propre intérêt raison de revenir à la politique négative de Staline ? De bons commentateurs le pensent ; la détente était pour eux une aventure ; elle rencontrait trop de sympathie dans la population. Le mouvement, en se précisant, pouvait échapper au contrôle du Kremlin. Surtout, il aurait amené des oppositions peut-être violentes au sein même du Parti. Les Satellites auraient repris espoir et relevé la tête. Les Soviets considèrent qu’en exploitant les courants nationalistes en Afrique et en Asie, ils accroîtront leur puissance, à mesure que les puissances dites colonialistes devront céder du terrain. Et ils escomptent toujours, malgré le démenti des faits, la crise économique qui doit ruiner le Monde libre.

L’Europe, pensent-ils, tombera comme un fruit mûr avec le développement des mouvements anticapitalistes. La faiblesse économique de l’Angleterre et de la France épuisée par ses difficultés outre-mer, contribuera aux mouvements de désagrégation interne. Et les Américains  s‘ils ont des soucis chez eux, abandonneront l’Europe à son sort. Tout cela n’est pas impossible, mais est fort loin d’être assuré.

 

La Fatalité du Totalitarisme

Nous pensons plutôt que le retour à leur politique habituelle est imposé aux Russes par leur régime même. Ils ont sans doute voulu sincèrement y échapper, certains du moins, reprendre place dans le monde civilisé, mais ils ont senti qu’ils ne le pouvaient pas. Un critique américain disait, en parlant des difficultés de l’Angleterre, que lorsqu’un pays a absorbé une certaine dose de socialisme, il est impossible de revenir en arrière, le poison, selon lui, faisant lentement son chemin : poison ou non, cela est exact ; ce l’est encore bien plus du totalitarisme une fois institué, il est impossible de l’assouplir ; tout au contraire, il faut, à chaque relâchement, dès qu’une détente gagne les populations, redonner un tour de clef plus serré qu’auparavant. Hitler et Mussolini en ont fait l’expérience, les Russes aussi à l’époque de la N.E.P. Il a fallu multiplier les contrôles, épurer, sévir.

Il y a là une fatalité interne que Karl Marx n’avait pas prévue parmi ses lois historiques. La dictature soviétique n’échappe pas à ce processus. Quand on songe à la façon dont les choses se terminent, on préfère espérer que le cours des événements sera, cette fois-ci, renversé.

 

                                                                                            CRITON

 

Criton – 1955-11-12 – Les Fronts Diplomatiques

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Le Courrier d’Aix – 1955-11-12 – La Vie Internationale

 

Les Fronts Diplomatiques

 

Il sera temps de commenter la Conférence de Genève quand elle aura déposé ses conclusions ; jusqu’ici l’optimisme de MM. Dulles et Molotov contraste avec le contenu des négociations. L’optimisme est un élément tactique. Il permet de rejeter au besoin sa déception sur l’adversaire. Mais Dulles, comme Molotov ont intérêt à conclure sur un communiqué qui portera toutes les apparences d’un demi-succès, Molotov parce qu’il veut récolter les fruits de la politique du sourire surtout auprès des Neutres, Dulles pour des raisons électorales. Le meilleur atout du Parti républicain aux élections de l’année prochaine est, après le maintien de l’actuelle prospérité, la perspective d’une ère de paix sans trouble majeur. En tout état de cause, Genève novembre 1955 ne sera qu’une étape, sans préciser trop vers quel achèvement. L’inévitable échec de la réunification de l’Allemagne fera paraître minces les résultats possibles sur les autres points à l’ordre du jour.

 

La Visite de Dulles à Tito

En réalité, l’intérêt est ailleurs. La politique de Genève est statique ou au mieux, celle du pas-à-pas ; la politique périphérique est au contraire la zone du mouvement. La visite de Foster Dulles à Tito pendant l’entracte de ces derniers jours est de grande importance. Elle avait été préparée par la mission de Georges Allen à Belgrade ; nos lecteurs savent que l’ambition de Tito est de dominer une fédération de l’Europe centrale et balkanique comprenant les satellites de Moscou ; un bloc de pays communistes, à sa manière pratiquant un neutralisme actif, c’est-à-dire indépendant, au moins en principe, de l’Est et de l’Ouest. Russes et Américains sont au fait de cette ambition ; pour se réconcilier avec Tito, les Soviets avaient cherché à flatter cet espoir ; on avait parlé d’un communisme non plus monolithique mais que chaque nation aurait le droit de concevoir à sa manière. Boulganine et Krouchtchev n’avaient pas précisé lesquelles de ces manières ils étaient prêts à autoriser. Aussi Tito ne s’était-il pas laissé prendre à des déclarations que les Russes n’avaient pas l’intention de traduire en promesses concrètes. Dulles est venu à Belgrade pour essayer d’intéresser Tito à une manœuvre qui consisterait à faire pression sur Moscou pour desserrer l’étreinte que l’U.R.S.S. maintient sur ses satellites.

En faisant ce geste, les Américains renoncent implicitement à la politique du « Roll-back », c’est-à-dire à la libération complète des satellites. Ils se contenteraient d’une autonomie relative qui aurait pour règle la non-ingérence des deux parties dans les affaires intérieures des satellites. Il n’est pas douteux que Tito est intéressé à cette politique qui est la sienne, mais il n’a guère d’illusion sur le pouvoir des Américains à la faire aboutir. Cependant, elle lui permet de tenir l’équilibre entre les deux Blocs et de tirer le maximum de leur rivalité en armements et surtout en aide économique dont la Yougoslavie, en mauvaise posture, a le plus urgent besoin. On ne peut refuser à Tito, piètre organisateur à l’intérieur, un don exceptionnel de politique. Son prestige à cet égard a réussi à masquer l’échec de sa planification économique.

 

La Nouvelle Tactique des Partis Communistes en Italie et en France

Une des raisons qui obligent les Soviets à conclure la Conférence de Genève de façon favorable, ou du moins de sauver les apparences, réside dans la nouvelle tactique imposée aux Partis communistes européens, italiens et français ; ce n’est pas pour rien que Nenni, l’allié socialiste des communistes italiens, est allé à Moscou. A son retour, le 26 octobre exactement, il s’est produit un événement qui a plongé la péninsule dans la stupeur. La Chambre avait discuté un projet de loi sur la compétence des tribunaux militaires. Socialistes et communistes unis qui l’avaient combattu avec acharnement, le votèrent comme un seul homme et apportèrent au Gouvernement Segni 103 voix qu’il n’attendait pas. Au Sénat, le lendemain, à propos de budget, ils s’abstinrent pour ne pas mettre le Gouvernement en difficulté.

Ces deux faits sont à rapprocher des votes communistes favorables au Gouvernement Edgard Faure à propos de l’Algérie et des élections anticipées ; d’une opposition systématique, on passe à l’abstention et même au soutien à l’occasion. De même que sur le plan international la tactique de Moscou passe de l’obstruction systématique à une méthode plus souple qui implique à l’occasion des concessions mutuelles, sur le plan intérieur on inaugure une politique de collaboration à éclipses, premier pas vers un retour à la collaboration avec pour fin lointaine le front populaire ou comme on dit en Italie, l’ouverture à gauche.

Cette tactique n’a d’ailleurs pas été très appréciée à Rome ; les Partis de coalition se sont méfiés et cela a peut-être, momentanément du moins, atténué leur désunion. En France, certains radicaux voient la manœuvre d’un œil plus favorable. Un homme ambitieux est encore plus capable que celui qui se noie de s’accrocher à un serpent. Moscou prépare discrètement son équipe à une rentrée en scène.

 

L’Afghanistan et la Birmanie

La politique russe est également très active en Asie. Les régions travaillées présentement, en dehors de l’Égypte et du Moyen-Orient, sont l’Afghanistan et la Birmanie. Moscou cherche avec prudence, comme l’avaient fait les tsars, à faire entrer l’Afghanistan dans sa zone d’influence. Le moment est favorable depuis que le pays est en conflit sur des questions de frontières avec son voisin le Pakistan, allié des Etats-Unis et signataire du Pacte de Bagdad. Le Président U.NU de Birmanie a fait une visite à Moscou pour vendre son riz que les Etats-Unis ne peuvent absorber, encombrés qu’ils sont eux-mêmes de leurs surplus agricoles. Le troc de riz contre biens d’équipement s’est accompagné de force amabilités comme il est d’usage en Orient sans que cela engage à grand-chose. Il n’en reste pas moins que la Birmanie dépend et dépendra pour ses échanges du bloc soviéto-chinois. Celui-ci est bien placé pour venir en aide aux pays les moins développés à production agricole ; s’ils ont peu à vendre aux pays industriels qui tiennent à la qualité, ils peuvent fournir des produits inférieurs en quantité limitée à des peuples qui manquent de tout, et en Russie comme en Chine, les estomacs à remplir ne manquent pas. Dans ce domaine du moins, les Américains sont surclassés.

 

L’invitation au Second Bandung

Cette visite d’U Nu à Moscou a comporté un détail de grande portée : l’invitation à l’U.R.S.S. de participer à la prochaine conférence Afro-asiatique qui doit se tenir au printemps au Caire. On sait que la Russie, puissance asiatique, n’avait pas été invitée à Bandung. Le colonialisme soviétique en Asie Centrale avait été violemment attaqué par des représentants émigrés de ces Républiques musulmanes. Moscou, prudemment, acceptera l’invitation pour ces mêmes Républiques qui seront représentées cette fois par d’authentiques disciples du Kremlin. Le nationalisme africain et asiatique sera dès lors patronné par l’U.R.S.S. Ce ne sera qu’une demi-présence. Il ne faut effrayer personne, mais l’ombre de Moscou s’étendra sur les oriflammes des peuples de couleur ; on s’en doutait bien sans cela, mais ce patronage sera officiel. Espérons que ce sera avec le sourire.

 

                                                                                            CRITON

Criton – 1955-11-05 – Genève et les Affaires

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Le Courrier d’Aix – 1955-11-05 – La Vie Internationale

 

Genève et les Affaires

 

On en est encore à Genève à la phase initiale où les thèses opposées paraissent comme toujours inconciliables. Les commentaires officiels sont à l’optimisme de rigueur. Pour que  « l’esprit de Genève » l’emporte, il faudra qu’un pas sérieux soit fait vers un compromis. Le pas, toute la tactique des Occidentaux consiste à obliger Molotov à le faire et à l’empêcher de se dérober, de façon à le rendre responsable d’un échec, ce que l’on pense que les Soviets veulent justement éviter.

 

Les Deux Allemagnes

Les Occidentaux, en accord avec Bonn, se sont donc montrés fermes et solidaires, Dulles et Pinay au premier plan, l’anglais MacMillan paraissant plus réservé pour jouer les médiateurs au moment favorable, comme Eden l’avait fait auparavant. Le point délicat au moment présent est l’audition à Genève de la délégation de Pankow ; point de droit puisqu’il peut signifier une reconnaissance implicite du gouvernement fantoche de l’Allemagne orientale. Les Occidentaux et Bonn s’y sont jusqu’ici refusés, d’abord parce qu’ils dénient à ce gouvernement toute souveraineté et parce que, admis à se faire entendre, il ne ferait que paraphraser les arguments soviétiques. Il se peut cependant, pour éviter que cet obstacle formel ne serve de prétexte à Molotov pour refuser de présenter ses conditions à la réunification de l’Allemagne, que les Occidentaux trouvent une formule qui permette d’entendre Pankow sans le reconnaître. Il y a un précédent pour l’Indochine.

 

La Décision de la Princesse Margaret

L’Angleterre vient de connaître le dénouement de son affaire matrimoniale et dynastique ; la princesse Margaret se soumettant à l’Eglise anglicane, n’épousera pas l’homme de son choix. La question par l’intérêt et la publicité qu’elle a suscités a pris le caractère d’un événement international. Non seulement les Anglais ont manifesté leurs opinions diverses, mais le Commonwealth ; ce sont au fond deux conceptions différentes de la Couronne britannique qui se sont affrontées. D’une part la monarchie traditionnaliste, celle du «Times » ; cette entité spirituelle sans pouvoir terrestre, a un caractère symbolique et religieux qui ne souffre ni tache, ni faiblesse. C’est cette conception qui, entre autres motifs, fit abdiquer Edouard VIII. D’autre part, la monarchie moderne qui conserve son caractère symbolique et n’a pas davantage de pouvoir, mais qui jouit par là-même d’une large tolérance humaine et ne fait pas de ses membres des esclaves d’un devoir particulier et abstrait telles, par exemple, les Monarchies scandinaves, hollandaise et belge ; les Anglais pour des motifs divers politiques et moraux, n’ont pas voulu incliner dans ce sens. La monarchie et l’Eglise anglicane gagneront-elles en prestige ? Il est bien difficile de se prononcer.

 

Les Soviets au Proche-Orient

La partie qui se joue en Proche et Moyen-Orient se fait de plus en plus serrée depuis que les Russes sont entrés en scène dans cette partie du monde où ils étaient, dans le premier du moins, absents jusqu’ici. Ont-ils voulu s’assurer par là un moyen d’échange pour obtenir des concessions ailleurs ? Ou veulent-ils étendre à cette partie du monde l’antagonisme des deux blocs ? La manière dont Molotov a agi n’est pas à première vue favorable à la politique du sourire qui a pour but de rendre à la diplomatie russe l’audience que Staline lui avait fait perdre.

Au moment où l’on met le désarmement au premier plan le réarmement des pays arabes par le bloc communiste paraît aller à contre sens. C’est ce que l’on n’a pas manqué de faire remarquer. D’autre part, les deux appuis que Moscou cherche à gagner, la Syrie et l’Égypte, n’ont pas d’assises très solides ; la dictature du colonel Nasser n’a pas réussi jusqu’ici à gagner une profonde popularité ; l’économie égyptienne souffre d’une sclérose si profonde que jusqu’ici aucune réforme sérieuse n’a été tentée pour y porter remède. Les masses qui prennent conscience de leur sort ne l’ont pas vu changer. Quant à la Syrie, son équilibre politique est si instable qu’on ne peut rien conclure de durable avec les maîtres du jour.

Reste l’Arabie Saoudite qui n’a d’existence politique que par les richesses de ses gisements de pétrole, ce qui est une force et aussi une faiblesse, car cet énorme réservoir d’énergie dans un pays sans peuplement est un enjeu disproportionné à ses moyens propres. Pour garder le contrôle de ce capital, les Anglo-Saxons peuvent employer la force, ce qu’ils hésiteraient à faire dans un état très peuplé. C’est ce qu’on a vu ces jours-ci à la manière dont les Anglais ont réglé à leur profit le litige de l’oasis de Buraimi, non loin du Golfe Persique. Dans ces conditions, les possibilités d’action des Soviets apparaissent assez fragiles et de portée limitée. Mais ils ont pensé alerter suffisamment les Occidentaux par leur action pour les inciter à payer comptant un désistement tacite. Les Anglo-Saxons se laisseront-ils faire ? Cela paraît peu probable.

 

Le Problème des Investissements

L’évolution de la conjoncture économique est curieuse à observer parce qu’on se trouve en présence de phénomènes inédits. Les Gouvernements des pays les plus prospères luttent en ce moment, non contre une dépression possible mais pour conserver la mesure et éviter ce que les Allemands appellent une économie surchauffée. C’est d’ailleurs le ministre allemand Erhard qui s’est exprimé le plus clairement là-dessus. Il s’agit pour lui de maintenir  une situation de haute conjoncture en l’empêchant de se transformer en « boom ». Les moyens ne manquent pas pour tempérer l’ardeur des producteurs et décourager des consommateurs trop avides. Mr. Butler s’y connait là-dessus. Cela est plus facile que de ranimer une économie languissante et déprimée.

Pour conserver en l’état une situation favorable, il faut maintenir la monnaie fixe et la stabilité des prix, restreindre le crédit en abaissant certains impôts de consommation, en ouvrant la vanne des importations, en freinant les augmentations de salaires et en limitant les investissements. C’est sur ce dernier point que les controverses sont vives et l’incertitude économique troublante. En France où les risques d’inflation sont immenses par rapport aux Etats-Unis et à l’Allemagne de Bonn, on se plaint de ce que les industriels n’investissent pas assez – M. Mendès-France dixit. – S’ils ne le font pas, cela dit entre parenthèses à notre ancien Premier, c’est qu’au prix où est le loyer de l’argent (à cause des besoins de l’État et à ses investissements non rentables), il y a bien peu d’installations nouvelles qui soient susceptibles d’être amorties dans des délais normaux. Mais il semble paradoxal dans un pays comme l’Allemagne de l’Ouest dont le budget est en excédent (l’État disent les industriels ne sait pas quoi faire de son argent), on cherche à entraver des investissements qui sont théoriquement rentables à courte échéance si la conjoncture se maintient favorable.

La question est de savoir dans quelle mesure les investissements ont un caractère inflationniste ?  Celui qui l’est à coup sûr, c’est la construction de logements que l’État subventionne pratiquement à fonds perdus ; mais peut-on le dire d’une usine dont les produits se vendront sous peu à des prix rémunérateurs ? Et puis, qu’est-ce que l’inflation, celle qui est inscrite dans les chiffres ou celle qui fait image dans les esprits et détermine les psychoses ? Comment se fait-il, a-t-on remarqué à la Conférence d’Istanbul qu’elle joue en Angleterre et pas en France dans des conditions pourtant comparables, au point de vue comptable tout au moins. On voit ici que l’économie a ses mystères qui l’apparentent à la psychologie et même à la métaphysique, c’est pourquoi les économistes et les hommes d’État ont des excuses à n’y pas voir toujours très clair.

 

                                                                                            CRITON

Criton – 1955-10-29 – Vérités désagréables

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Le Courrier d’Aix – 1955-10-29 – La Vie Internationale

 

Vérités désagréables

 

Il ne faut pas dramatiser : c’est le mot d’ordre qu’on s’est appliqué à répandre dès qu’a été connu le résultat du plébiscite en Sarre : Mais pour personne la gravité de l’événement ne fait de doute ; avant le vote on s’efforçait d’espérer malgré les indications défavorables des sondages d’opinion et les rapports des observateurs ; les consultations populaires ne sont que rarement prévues exactement, en démocratie s’entend. Cette fois l’attente des adversaires du statut a été dépassée. La Sarre a voté allemand.

 

Le Vote Sarrois nuit à la Cause Allemande

C’est ce que les électeurs n’ont pas compris parce qu’on n’a pas eu le courage ni la franchise de le leur dire. En s’opposant au statut européen, ils ont rendu à l’Allemagne le plus mauvais service alors qu’ils voulaient la servir. Ce  qui compte en effet pour l’avenir de leur patrie, c’est moins les modalités de leur propre statut, que la réunification des deux tronçons allemands.

L’explosion de nationalisme agressif provoquée par d’anciens nazis a fait sur l’opinion de tous les pays libres la plus fâcheuse impression ; si la France et l’Angleterre se font en face des Soviets les avocats de la réunification, c’est parce qu’ils savent que les Russes s’y opposeront dans les termes où les Occidentaux et Bonn la conçoivent. Les Soviets n’ignorent pas que ni Londres ni Paris ne se réjouiraient d’une reconstitution de l’Allemagne.

L’expansion constante de l’économie de la République fédérale, les incertitudes que font redouter l’effacement inéluctable du chancelier Adenauer et la récente expression du pangermanisme en Sarre donnent à Londres et à Paris assez de soucis. La réunification, limitée à la frontière Oder-Neisse ne ferait qu’aggraver les dangers redoutés sans pour cela résoudre les problèmes soulevés par de nouvelles revendications : la Silésie et les autres territoires devenus polonais, la Prusse Orientale, le pays des Sudètes. Les Américains seuls ne redoutent rien, jusqu’ici du moins, d’une plus grande Allemagne d’abord parce que la concurrence économique ne les inquiète guère et qu’ils ont besoin en Europe d’un rempart solide contre l’expansion communiste. Une Allemagne sincèrement démocratique, décidée à tenir sa place dans une Europe unie, tenant compte des droits et des besoins de ses voisins, aurait eu plus de chance d’arriver, par une pression morale patiente, à retrouver son unité.

C’est ce que le chancelier Adenauer a compris et qu’il s’est efforcé d’imposer. Il est évident aujourd’hui qu’il n’a réussi qu’en apparence. La crainte d’une Allemagne redevenue la puissance prépondérante de l’Europe fait le jeu des Soviets ; le plébiscite négatif auquel les communistes sarrois ont poussé de toutes leurs forces donne à la Russie la plus belle victoire qu’elle pouvait espérer. On ne voit pas ce que les Sarrois y gagneront. Personne d’ailleurs n’a pu le leur dire.

 

Le Déclin du Prestige Français

Que le vote soit une défaite morale pour la France il serait puéril de la nier. Notre prestige dans le monde n’avait pas besoin de ce revers. Après le vote de l’O.N.U. sur la question algérienne, on pouvait déjà se faire une idée de notre crédit. Il faudrait un effort national unanime, une discipline intérieure durable, collective et spontanée pour nous le rendre ; un effort de raison et non l’appel à la contrainte d’un « homme fort » ; les expériences antérieures devraient à cet égard nous suffire, car on ne saurait trop le redire ; ce sont les grandiloquences de la politique, de politique dite de grandeur et plus encore le rejet de la C.E.D. en 1954 qui nous ont aliéné les sympathies du monde … le plébiscite sarrois en est la conséquence directe.

 

La Conférence de Genève

La Conférence de Genève va s’ouvrir. A vrai dire elle ne promet pas grand intérêt par elle-même. Les positions prises paraissent exclure toute chance d’accord. L’intérêt véritable de la rencontre est ailleurs. Malgré tous les démentis, la lutte pour le pouvoir n’est pas terminée en Russie ; on peut se demander si Molotov n’est pas envoyé à Genève pour que les médiocres résultats de la négociation donnent au Kremlin un prétexte pour se débarrasser du ministre des Affaires étrangères. On dit que Boulganine et Krouchtchev soutenus par des clans opposés, se disputent le premier rang. Comme nous le disions autrefois, les bruits qui émanent du Kremlin finissent toujours par se révéler fondés. Krouchtchev bavard et brouillon, autoritaire et mégalomane a beaucoup d’ennemis ; il passe pour doctrinaire aux yeux des jeunes militaires et technocrates qui veulent assurer leur avenir et voir la Russie réintégrer le concert international, sortir de son isolement et vivre comme les autres nations. La récente détente intérieure, si marquée qu’elle soit, leur paraît insuffisante. L’accueil fait ces derniers séjours aux étrangers anglais et français témoigne d’un désir violent de sortir de la prison stalinienne. Boulganine est-il leur homme ? Pour une étape nouvelle peut-être ; mais il semble que dans un avenir plus ou moins proche, c’est toute la génération de 1917 qui devra céder la place. On reverra « mutatis mutandis » une Russie plus semblable à celle de 1914 qu’à celle de 1938.

 

Les Problèmes d’Afrique du Nord

Il est difficile de ne pas parler ici de la situation en Afrique du Nord puisque le problème dépasse le cadre des affaires intérieures. Entre les pessimistes qui voient tout perdu pour les intérêts français et qui sont prêts à abandonner, et les optimistes qui croient au miracle ou à la force – ce sont d’ailleurs toujours les mêmes depuis Jules Ferry – il en est peu, ici comme ailleurs, qui voient la situation réelle. Il faut accorder que ce n’est pas facile et que nous n’abordons pas la question sans humilité et crainte.

Le fil d’Ariane dans ce labyrinthe c’est peut-être la psychologie du monde de l’orient méditerranéen musulman. Elle a des traits communs bien marqués. Emotivité intense sous les apparences de l’apathie, versatilité constante sous les apparences de la résolution ; intrigues intérieures qui se renouvellent constamment que ce soit dans leur propre cadre ou sous tutelle étrangère. Les explosions de xénophobie sont intermittentes ; les querelles de clans finissent toujours par les étouffer. Déjà on parle en Tunisie et ailleurs du Bourguibisme ; le héros d’hier est discuté. Si difficile et même cruel que ce soit, la patience et le sang-froid et surtout le moins d’éclats, de grands mots et d’actions contraires, s’imposent. L’équilibre dans ces pays peut-être constamment rompu et rétabli ; les coups de théâtre comme l’attitude du Glaoui, sont très caractéristiques de la situation. Si en diplomatie, il faut réfléchir deux fois avant de parler, il faut en Orient, le faire dix fois avant d’agir, politiquement s’entend. Malheureusement, la peur de l’immobilisme est devenue une psychose. A cet égard il y a beaucoup à apprendre des Anglais, même si parfois à leurs dépens, ils souffrent de l’excès contraire.

 

                                                                                            CRITON

Criton – 1955-10-22 – Les Peuples disposent-ils d’eux-Mêmes?

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Le Courrier d’Aix – 1955-10-22 – La Vie Internationale.

 

Les Peuples disposent-ils d’Eux-Mêmes ?

 

L’événement important en politique internationale n’est pas la Conférence de Genève qui va s’ouvrir, mais le résultat du plébiscite sarrois dont dépend l’avenir des relations franco-allemandes et celui de l’Europe occidentale.

 

Le Plébiscite Sarrois

Après avoir été, avant l’ouverture de la campagne électorale, assurée d’une majorité en faveur du statut, l’opinion autorisée a penché pour son rejet – jusqu’à ces derniers jours du moins – on s’abstient aujourd’hui de tout diagnostic. On peut cependant faire cette remarque : le scrutin sera secret grâce au contrôle international ; de crainte d’être un jour suspect de collaboration avec la France, l’électeur sarrois laisse volontiers entendre qu’il votera « allemand », c’est-à-dire contre le statut ; mais il a peut-être une arrière-pensée qu’il manifestera dans l’isoloir ; ce qui laisse une chance en faveur de l’adoption du statut européen. En tout cas, la majorité ne sera pas considérable.

La campagne telle qu’elle a été menée par les Partis pro-allemands a été particulièrement déplaisante ; non seulement la démagogie et son cortège de mensonges s’est déchaînée, mais le chauvinisme le plus passionné. On peut se demander si l’on n’a pas eu tort de s’en remettre à un plébiscite pour décider d’une question aussi grave et dont les modalités sont difficilement intelligibles pour l’électeur. On fait appel à des sentiments alors qu’il s’agit de décider d’une question où les motifs raisonnables doivent seuls être considérés et pesés. On laisse au hasard des tempéraments et des humeurs, le fruit d’une négociation difficile qui a duré cinq ans. On ne voit d’ailleurs pas ce qui pourrait intervenir si le statut était rejeté. Les pangermanistes – car ce sont ceux revenus à la surface – parlent d’un retour pur et simple de la Sarre à l’Allemagne ; les Français du maintien du statu-quo. Or, l’une et l’autre solution sont impossibles : qu’on le veuille ou non, il faudrait à nouveau négocier, et cela dans une ambiance de ressentiment.

 

La Sarre et l’Europe

Des efforts ont été tentés pour ramener l’électeur sarrois à la réflexion ; l’Assemblée de Strasbourg a réaffirmé sa position en faveur de l’Europe et M. Monnet a pris l’initiative de constituer un vaste comité pour la relance européenne. La politique malheureusement a saisi l’occasion de s’interposer. Les partis socialistes européens, si désunis, ont cherché là un moyen de s’entendre pour donner à la direction de la future Europe une tendance socialisante, ce qui évidemment n’est pas pour plaire en Sarre, ni ailleurs, à beaucoup d’intéressés à la construction européenne ; celle-ci ne deviendra une réalité viable et féconde que si elle est apolitique et même antipolitique. Une autorité supra-nationale devrait éliminer toute préoccupation doctrinaire, sinon elle se heurtera, non seulement aux difficultés techniques et pratiques qui sont déjà innombrables, mais à la résistance des passions partisanes, ce qui la condamnerait.

 

L’Immixtion Économique de l’U.R.S.S. en Orient

Les pays du Moyen-Orient sont aujourd’hui en plein dans la bataille diplomatique ; cet ensemble d’États aux assises incertaines, n’avaient été jusqu’ici – la Perse exceptée – qu’un jeu d’intrigues pour les seuls Occidentaux ; rivalité franco-anglaise, puis anglo-américaine, lutte pour les gisements pétroliers et les bases stratégiques. L’U.R.S.S. est entrée en lice et c’est bien à Genève le véritable problème qui, s’il ne figure pas à l’ordre du jour, dominera les préoccupations.

L’immixtion russe se présente sous la forme économique et militaire plutôt que politique, le communisme n’ayant guère d’influence psychologique en pays arabe. Il y a d’abord l’affaire des livraisons d’armes à l’Égypte et subsidiairement aux autres Neutres : Syrie, Arabie Saoudite, Jordanie ; armes qui pourraient bien prendre le chemin du Maroc et de l’Algérie. Il y a aussi l’aide technique que la Russie offre aux pays sous-développés. Elle s’est déjà exercée aux Indes. Aujourd’hui, l’U.R.S.S. propose à l’Égypte de se charger de la construction du barrage d’Assouan sur le Nil, en place des Occidentaux qui en avaient établi les plans et le financement. De même, elle présenterait ses services pour capter les eaux du Jourdain qui intéresse à la fois les pays arabes et Israël. Depuis deux ans, l’envoyé d’Eisenhower, Eric Johnston se débat pour trouver une solution qui ait l’agrément des Arabes et des Juifs. On semblait près d’un accord. Les Russes réussiront-ils à remettre l’affaire en question ? Ces intrigues n’auraient pas une importance exceptionnelle puisqu’elles ne font que continuer une tradition où les Pays arabes du Moyen-Orient ont l’habitude de trouver leur compte, si la région, par suite du conflit judéo-égyptien n’était devenue l’enjeu possible d’une « guerre marginale » comme on dit aujourd’hui.

 

Une Colonie Exemplaire en Europe

Puisqu’il est plus que jamais question de colonialisme, on pourrait trouver actuellement le plus parfait exemple de ce régime florissant avant-guerre, bien près de nous, en Allemagne Orientale. Cette remarque a été faite par un voyageur fort averti, Virgilio Lilli, qui vient de parcourir la « république démocratique ». L’occupant, le soldat russe, est partout portant son uniforme et son ennui ; l’auxiliaire indigène est représenté par la milice dite populaire en uniforme elle aussi, dont la fidélité est douteuse mais qui, pour conserver ses privilèges, semble prête à faire le coup de feu contre ses compatriotes en cas de révolte ; la population est maintenue dans un état de pénurie qui contraste même avec le niveau de vie de la Pologne voisine où le Russe est peu visible, où les boutiques sont relativement garnies ; cette Allemagne orientale travaille et même durement, au seul bénéfice des pays du bloc. Elle fournit beaucoup et ne reçoit presque rien en échange, que les matières premières nécessaires à son industrie. On construit des navires pour la Russie, des armes, des machines-outils pour les autres satellites, des automobiles, des tracteurs, des instruments d’optique pour la Chine, on extrait l’uranium pour l’arsenal soviétique, et pour tout travail, les cartes d’alimentation ne sont même pas honorées. L’atmosphère est si lourde que l’on a l’impression que cette population muette vit en prison. Ce qui contraste également avec la Pologne où la vie publique est détendue ; on se demande pourquoi les Russes n’ont pas cherché à atténuer le contraste entre la prospère République de Bonn et leur zone ; ont-ils voulu, selon la méthode stalinienne, donner à leurs Allemands le sentiment de l’irrémédiable servitude ? Ont-ils peut-être aussi le dessein, à longue échéance, d’inciter peu à peu les habitants d’au-delà de l’Elbe à quitter leur pays ? En fait, ils ne font pas grand-chose pour les empêcher de passer en zone occidentale. Pour qui peut férir ce monde si proche de nos frontières, l’idée d’une réunification possible des deux Allemagnes, consentie par les Russes fait l’effet d’une sinistre plaisanterie. A moins qu’elle ne devienne un jour tragique, la division de l’Allemagne est certainement la plus grave menace à la paix du monde, soit que les Allemands des deux zones trouvent le moyen de secouer le joug, soit que dans quelques années tous les Allemands se trouvent comprimés entre l’Elbe et le Rhin ; l’Europe encore libre n’est pas très large.

 

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