Criton – 1945-04-21 – La Guerre et le Monde

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Le Courrier d’Aix – 1945-04-21 – La Guerre et le Monde.

 

Front de l’Ouest

Avec ses alternances d’avances rapides et de brusques arrêts, l’invasion de l’Allemagne se poursuit normalement ; la jonction des Alliés est imminente ; la chute de Berlin prochaine.

C’est, une fois de plus, l’armée américaine qui a marqué les succès spectaculaires. Tandis que les Anglais piétinent devant Brême qu’on croyait prise, et sont encore assez loin de Hambourg, tandis que les Français dont nous signalions la tâche difficile, se heurtent à une vive résistance devant Stuttgart, les Américains ont pris Leipzig, franchi l’Elbe, occupé Magdebourg, malgré des contre-attaques devant lesquelles ils ont dû momentanément céder, et réussi enfin à entrer dans Nuremberg au sud, la ville sainte du nazisme.

Ils ont même pénétré légèrement en Bohême, de telle sorte que la ligne du front part actuellement de Tchécoslovaquie au sud, passe par Chemnitz, Leipzig, le cours inférieur de l’Elbe et décrit un arc de cercle vers l’Ouest, au nord de Brunschwick et de Hanovre, jusqu’aux abords de Brême.

Néanmoins, il s’agit là d’une série de pointes et il ne faudrait pas croire que les territoires à l’intérieur de cette ligne sont effectivement occupés. On a des échos des difficultés énormes que rencontrent nos Alliés à s’installer dans un pays où toute autorité légale a disparu, sans cadres administratifs, sans fonctionnaires responsables. Heureusement, les poches de résistance fondent rapidement. Celle de la Ruhr s’est évanouie presque sans combats.

Les fanatiques, qu’on évalue à deux cent mille, se rassemblent aux points  qu’ils veulent essayer de protéger : l’accès de la vallée du Danube au sud, duquel se trouverait prêt le fameux « réduit », et l’accès à la Mer du Nord et au canal de Kiel. On verra, dans cette dernière phase de la lutte qui commence, s’ils sont capables de résister.

On s’est enfin décidé à déboucher l’estuaire de la Gironde, pour débloquer le port de Bordeaux sans lequel la France ne peut recevoir les matières premières indispensables à son relèvement ; l’action a été brutale, rapide et pas trop coûteuse.

Par contre, on se demande s’il était bien nécessaire de reprendre cette campagne d’Italie qui fut si meurtrière ; tandis que nos Alliés cherchent à atteindre la vallée du Pô, les Français commencent à briser, non sans difficulté, la ligne fortifiée des Alpes qui défend l’accès du Piémont. Souhaitons qu’on ne paye pas ces gloires nouvelles de sacrifices excessifs.

 

Front de l’Est

L’assaut contre Berlin a commencé. D’ici peu, les Alliés y feront conjointement leur entrée. Les Allemands eux-mêmes admettent qu’ils ne conservent plus d’espoir. En Autriche et en Tchécoslovaquie, les armées russes progressent lentement, ayant sans doute atteint les points de rendez-vous : Linz et Brno.

 

Evénements et Diplomatie

L’opinion française a vite réalisé la perte immense que représente pour nous la mort de Roosevelt. Il avait de la France une connaissance et une opinion précises, et lui portait une sympathie touchante. S’il résistait parfois assez sèchement à nos aspirations, on était sûr qu’aucun des droits essentiels de la France ne serait méconnu. Il nous jugeait en réaliste, et nous réservait une place qui devait correspondre exactement dans son esprit à l’importance que nous conservons dans le monde nouveau.

Il faut craindre que ses successeurs, faute de prestige, constamment attentifs aux remous de la politique intérieure, retenus par le souci de l’opinion, mènent une politique rigide et strictement nationale et ne puissent prendre les décisions libérales dont un grand homme est capable.

Tandis que l’Amérique se ressaisit, la Russie mène son jeu à grande allure. Successivement, Benes et Tito ont signé à Moscou les accords qu’on leur a soumis. On voudrait savoir si les clauses économiques arrêtées impliquent une fermeture des frontières de l’Europe centrale à tout commerce international autre que le troc d’Etat à Etat.

Par contre, la solution du problème polonais traîne. La Pologne sera-t-elle la seule nation à n’être pas représentée à San Francisco ? Malgré les efforts anglo-américains, il semble que tout soit mis en œuvre pour que l’union polonaise demeure impossible.

 

La Guerre en Extrême-Orient

Les Japonais résistent désespérément à Okinawa et jettent sur la flotte américaine les « avions-suicides », mais le cercle autour d’eux continue à se fermer par la mer.

Les Anglais, en Birmanie, viennent de remporter des succès qui paraissent décisifs, et la frontière du Siam s’ouvrira bientôt à leurs troupes. On fait entendre que les Français, se joignant à eux, pourraient par cette voie, atteindre l’Indochine, appuyés par un débarquement à l’Est dans le golfe du Tonkin. On prévoit aussi une attaque contre Haïnan. Les temps sont-ils proches ?

                                                                                                           CRITON

Criton – 1945-04-14 – La Guerre et le Monde

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Le Courrier d’Aix – 1945-04-14 – La Guerre et le Monde.

 

Front de l’Ouest

L’avance se poursuit, mais la lutte demeure en de nombreux points, toujours aussi vive. C’est aux Anglais cette fois que reviennent les succès les plus spectaculaires. La Hollande est encerclée depuis que l’embouchure de l’Ems est atteinte ; Brême est tombée, et la menace s’accentue vers Hambourg et le canal de Kiel qui couperait par terre les communications terrestres de l’Allemagne et du Danemark. Dans cette vaste plaine de l’Allemagne du Nord, les possibilités d’une action rapide sont ouvertes et on espère une jonction prochaine avec les Russes devant Stettin.

Les progrès des Américains ont été plus lents ; le nettoyage du bassin de la Ruhr est une opération difficile et longue ; au-delà de Hanovre, la résistance de l’ennemi est forte ; il faudra que l’armée d’invasion emploie tous ses moyens et que le ravitaillement et les renforts suivent. On s’aperçoit qu’une armée moderne, malgré ses engins motorisés, est plus lente que celles de Napoléon. En pays ennemi, une moyenne de 10 kilomètres par jour est un beau résultat. L’optimisme du mois dernier ne tenait pas compte de ce fait. En Thuringe, l’avance vers Weimar et la Saxe progresse pas à pas.

Plus au sud, la poussée vers Nuremberg qu’on escomptait rapide se heurte à de solides barrages. L’armée française a fait de beaux progrès vers Stuttgart et la vallée du Neckar, mais il faut s’attendre à des difficultés lorsqu’il s’agira d’atteindre le Danube.

Nos troupes se sont vu assigner un secteur qui sera de plus en plus complexe et exigera un gros effort pour les effectifs, trop peu nombreux encore, qui les composent.

La lettre du général Eisenhower au président Roosevelt a éveillé beaucoup de curiosité : l’opinion publique américaine, entraînée par la presse, s’est laissé gagner à un optimisme excessif ; les combattants et leurs familles se voyaient déjà prochainement réunis. La lettre rendue publique a pour but de montrer qu’il faudra, pour réduire et occuper l’Allemagne, des effectifs énormes qui ne laissent aucun espoir pour un retour prochain des combattants. Bien au contraire, de nouveaux renforts pourront être nécessaires si l’ennemi ne capitule pas.

Cette lettre est peut-être aussi une critique contre la politique de Washington ; si l’on favorisait l’établissement d’un nouveau gouvernement allemand qui aurait autorité sur le peuple et l’armée, beaucoup d’unités déposeraient les armes et la tâche des alliés en serait plus facile ; les fanatiques fidèles à Hitler ne seraient plus soldats réguliers, mais rebelles, et la population serait autorisée à leur refuser assistance. Or, à Washington, on ne veut que d’une victoire totale et le contrôle absolu de l’administration des pays conquis. Cela demandera plus de temps et de soldats.

 

Front de l’Est

Les Russes ont continué à faire porter leur effort sur Vienne et, comme prévu, visent à gagner Prague. En Haute Silésie, l’avance a repris ; poussant une pointe vers Görlitz ils peuvent envisager une jonction prochaine avec les troupes américaines avançant vers l’autre extrémité de la Saxe. Sur Berlin, l’assaut se fait attendre. La poche de Koenigsberg a été liquidée.

 

La Guerre en Extrême-Orient

Ce fut cette semaine le théâtre le plus suivi ; la Russie a jeté le gant et la rupture avec Tokyo est prochaine. On la prévoyait. Une grave défaite navale et aérienne, la perte progressive d’Okinawa ont profondément affecté les Nippons.

L’exemple de l’Allemagne ravagée inquiète ; la politique intérieure là-bas n’est pas aussi simple que dans le III° Reich, et dans le nouveau ministère Suzuki la présence du prince Konoye qui aurait payé de sa disgrâce son opposition aux aventures militaires, indique que l’on envisagerait volontiers d’arrêter la lutte. Les Etats-Unis donneront-ils aux réalistes japonais une chance, ou, comme en Allemagne, voudront-ils une victoire intégrale : l’anéantissement de l’adversaire ? L’existence du Japon est-elle nécessaire au futur équilibre de l’Extrême-Orient ?

On peut douter qu’un compromis, si léger soit-il, intervienne pour sauver quelque chose de l’empire du Soleil-Levant. Cependant, une invasion directe du Japon, même avec d’énormes moyens, est une entreprise qui mérite réflexion. Tout pesé, nous croyons qu’à l’inverse de ce qui se passe en Allemagne, la guerre contre le Japon n’ira pas jusqu’aux extrêmes limites. Cela sauverait bien des vies françaises, car une campagne d’Indochine, dans les conditions actuelles, exigerait de lourds sacrifices.

 

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Criton – 1945-04-07 – La Guerre et le Monde

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Le Courrier d’Aix – 1945-04-07 – La Guerre et le Monde.

 

Front de l’Ouest

Les événements sont si éloquents qu’ils rendent superflu tout commentaire. Le développement des opérations et le rythme de l’avance sont conformes aux prévisions. Aucune grande bataille ne peut survenir, car il n’y a plus de front ; l’armée allemande de la Ruhr, coupée puis encerclée par les Britanniques au nord et les Américains au sud, est en voie de destruction. La Hollande, débordée par les troupes anglaises qui se dirigent vers le nord, est rapidement évacuée. Les unités en fuite sont massacrées par l’aviation.

Au centre, une résistance assez cohérente s’appuie sur la Fulda. Plus au sud, la ligne d’occupation varie d’heure en heure en direction de Nuremberg.

Enfin, dans la région de Mannheim-Carlsruhe, ce sont les Français qui ont à leur tour franchi le Rhin. Cette nouvelle, qui a une signification morale et politique, a causé une grande joie. On pouvait craindre que nos armes ne figurent pas au rendez-vous des nations victorieuses à Leipzig et à Berlin.

L’impression recueillie par les Alliés sur les sentiments des Allemands est curieuse en ce sens que ce peuple dont on avait unifié la pensée, manifeste en ce moment les tendances les plus diverses, toutes les nuances, de l’accablement à la satisfaction. Ce qui déconcerte le plus ces gens crédules, est l’énormité des mensonges dont ils voient qu’ils ont été abreuvés. La masse se soumet aux ordres des vainqueurs avec sa ponctualité habituelle. Dans l’ensemble, les fanatiques s’avèrent peu nombreux. Il y avait au nazisme une immense opposition, particulièrement dans le sud. Dans beaucoup de cas, en Franconie, la fin de la guerre paraît une libération morale autant que physique comme un retour à la vérité et à la foi.

 

Front de l’Est

Le signal du dernier assaut n’est pas encore donné, ce qui confirme l’impression moins rapide qu’on ne l’escomptait dans les milieux politiques. L’essentiel de l’effort russe porte actuellement sur Vienne et sans doute ultérieurement, en direction de Prague.

Il ne serait d’ailleurs pas exact de dire qu’il n’y a plus d’armée allemande à l’est. Les défenses de l’Oder sont encore solidement tenues, et de sanglants combats demeurent probables. La propagande nazie a créé l’épouvantail des hordes asiatiques répandues sur le Reich. Le soldat se défend encore de tous ses moyens pour protéger l’existence des siens.

 

L’Activité Diplomatique

L’ampleur et l’importance des événements militaires ont détourné l’attention des conversations.

La conférence de San Francisco soulève peu de passions. Nous sommes loin des espoirs de la Société des Nations et de la paix perpétuelle, qui soutenaient beaucoup la foi en la civilisation en 1918. On parle d’une troisième guerre mondiale comme d’un événement inévitable mais possible. Les petites nations ont vite fait le point ; la vie sera dure aux faibles ; la domination âprement disputée entre les grands. La France cherche à ranimer le vieil idéal en se posant en défenseur de l’égalité morale des peuples. Soutenue en cela par le Vatican, elle voudrait que la paix du monde ne dépende pas de la volonté de quelques hommes ou même d’un seul.

Notre délégation sera conduite par M. Paul Boncour ; le vieux berger s’y reconnaîtra-t-il ? n’aurait-on pu trouver un apôtre plus jeune aux accents nouveaux ?

En marge de la conférence, on a souligné avec indignation que le français n’y serait pas langue diplomatique mais remplacé par l’espagnol avec le russe et naturellement l’anglais. Cette humiliation, d’ailleurs absurde, était-elle nécessaire ?

 

La Guerre en Extrême-Orient

Comme on s’y attendait, les Américains ont débarqué aux îles Riou-Kiou, sur la plus importante : Okinawa. Une fois installés, ils ne seront qu’à moins de huit cents kilomètres de leurs principaux objectifs et les communications du Japon avec la Chine du sud seront coupées.

En Indochine, la lutte continue. On compte sur une campagne de libération par l’armée française à la fin de l’automne, à moins que d’ici là….

 

                                                                                                           CRITON

Criton – 1945-03-31 – La Guerre et le Monde

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Le Courrier d’Aix – 1945-03-31 – La Guerre et le Monde.

 

Front de l’Ouest

L’armée allemande est vaincue ; les passages du Rhin, favorisés par un temps splendide, n’ont rencontré qu’une opposition dispersée. Les blindés déferlent en Franconie ; chaque heure réduit l’espace où sont enfermés les Allemands.

On ne peut dire cependant que la guerre est finie. Elle l’est, si l’on entend par là que de nouvelles grandes batailles sont improbables, mais dans le naufrage de l’armée allemande, des îlots de S.S. émergent qui, comme à Francfort, luttent jusqu’à la mort. Il s’en trouvera partout. On ne réduit pas un pays ennemi comme on délivre un pays conquis. Ainsi, entre la dernière grande bataille et le dernier coup de canon peuvent s’écouler bien des semaines.

Donc, comme nous l’avions fait prévoir, l’armée britannique, accompagnée d’une armée américaine, a franchi le Rhin au nord de la Rhur, évitant ainsi de pénétrer directement dans la masse des zones habitées où l’avance est lente et coûteuse ;  c’est là, pour protéger le dernier arsenal que l’armée de Kesselring a massé ses meilleures forces. Cette bataille perdue d’avance aura-t-elle lieu ? C’est là en tous cas que devrait se livrer la dernière de cette guerre.

Au centre, les Américains rencontrent peu d’opposition ; la ligne de pénétration des blindés de Patton suit la vallée du Main par Würzburg d’où ils pourront, soit descendre par Nuremberg vers la vallée du Danube, soit poursuivre vers la Saxe. La traversée du Rhin à la hauteur de Karlsruhe n’est pas encore réalisée. On attend sans doute que la rive droite soit occupée par les troupes qui ont franchi le fleuve à Mannheim.

Nous pensons qu’après avoir ouvert avec les chars de grandes voies d’invasion et solidement occupé les centres de communication, les alliés diviseront l’Allemagne par des liaisons transversales en un damier de petites poches qui seront réduites l’une après l’autre.

 

Front de l’Est

Le signal de la reprise de l’offensive russe n’est pas encore donné. Les Anglo-Américains ont cinq cents kilomètres à faire par le Nord, pour atteindre Berlin, les Russes seulement soixante.

L’effort militaire a porté sur la zone Dantzig-Gdynia qui est virtuellement conquise, et sur le secteur sud. Les Russes cherchent à s’ouvrir la route de Vienne par la porte de Moravie et directement par la vallée du Danube tandis qu’au sud, après avoir battu les Allemands autour du lac Balaton, ils achèvent de nettoyer la plaine hongroise.

 

L’Activité Diplomatique

Après une période d’activité intense et de vastes projets, notre diplomatie a dû reconsidérer sa position. On ne peut jouer que les cartes que l’on a, et nous n’en possédons guère.

On a été vivement déçu à Paris du peu de résultat des négociations franco-anglaises. La condition du succès eut été la cession par la France des avoirs extérieurs que notre activité financière a accumulés depuis un siècle. Ce trésor vivement convoité par les Anglais, eût compensé l’abandon qu’ils ont dû faire du leur aux Etats-Unis en 1941. On s’est limité à un accord de paiement et d’échanges, comme pour la Belgique.

Nuages sur le Proche-Orient : la Russie dénonce son traité avec la Turquie. Elle entend régler, et la question vitale des détroits, et peut-être celle des provinces perdues de Kars et d’Erivan. Les Russes paraissent décidés à satisfaire toutes leurs ambitions avec la fin de cette guerre pour reconstituer leur puissance avec le maximum de moyens, et ne s’employer qu’à cela pendant une génération.

 

La Guerre en Extrême-Orient

Les événements vont vite là-bas aussi et suivent le même plan précis. L’encerclement du Japon se poursuit. Les Américains ne vont pas tarder à s’établir dans l’une des îles Riou-Kiou au sud, où ils trouveront des aérodromes suffisants pour les forteresses volantes. Nouveaux bombardements des villes principales, progrès aux Philippines, progrès aussi en Birmanie.

En Indochine, la résistance des troupes françaises et indigènes demeure sérieuse. Paris a publié une nouvelle organisation politique de la colonie, à mi-chemin entre l’ancien statut et celui de « Dominion ». Une révision très large des méthodes coloniales s’impose, et c’est un des grands mérites du général de Gaulle d’avoir prévu dès 1940 que pour garder des colonies, il fallait leur laisser assez d’autonomie et traiter l’indigène en homme libre.

On entend actuellement d’âpres critiques du système colonial aux Etats-Unis, pour des raisons morales bien entendu, et aussi en Russie. Churchill a répondu avec aigreur que l’Angleterre n’avait de leçons à recevoir de personne ; quant à nous, nous n’avons pas attendu pour agir.         

 

                                                                                                                      CRITON

Criton – 1945-03-24 – La Guerre et le Monde

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Le Courrier d’Aix – 1945-03-24 – La Guerre et le Monde.

 

Front de l’Ouest

Grandes journées de victoire ; l’Alsace délivrée, la Sarre et le Palatinat conquis d’un coup ; la rive gauche du Rhin occupée de la Hollande à la Suisse. Le passage du fleuve n’offrant plus de difficultés majeures, trois directions possibles vers le cœur de l’Allemagne : Karlsruhe et la vallée du Danube ; Mayence et la vallée du Main vers Leipzig ou encore de Hollande en tournant la Rhur, vers Berlin.

Les Américains, en avertissant les populations de la région de Francfort-Mannheim montrent leur intention de franchir le fleuve dans le secteur pour rejoindre leurs troupes fortement installées dans la tête de pont de Remagen qui s’étend vers le sud le long de l’autostrade Cologne-Francfort. Un vaste mouvement des troupes anglaises dans la région de Clèves paraît imminent ; l’aviation favorisée par un temps meilleur a pu paralyser les mouvements de l’ennemi et accélérer la démoralisation.

Chaque jour ramène un nombre plus grand de prisonniers. A ce rythme, la décomposition de l’armée du Troisième Reich est proche. Comme il arrive toujours en pareil cas, l’opinion anticipe les événements. On parle d’armistice, de négociations sensationnelles, d’offres de capitulation. On voit déjà le coup de théâtre. Nous n’en croyons rien. Le plan allié est net : victoire militaire totale. Pas d’armistice général. On n’acceptera de reddition que d’unités isolées qui poseront les armes spontanément. Le combat continuera jusqu’à ce qu’il ne reste plus de troupes organisées, jusqu’à ce que le désordre rende tout mouvement stratégique irréalisable.

Les correspondants de guerre relatent que le peuple allemand qu’ils interrogent se désintéresse non seulement de ses dirigeants, mais encore des faits de guerre. Il vit une existence de bête terrée, errante, épuisée par la faim, la terreur des bombardements, les épidémies aussi qui se répandent. Situation inquiétante pour les Alliés eux-mêmes.

 

Front de l’Est

Peu d’événements sauf la prise de Kolberg ; Stettin serrée de près ; l’affreuse agonie de Dantzig où deux millions d’humains encerclés meurent de faim.

En Hongrie, l’offensive allemande s’est éteinte, l’avance reprend vers l’Autriche et la Tchécoslovaquie. Koenigsberg, encerclée aussi, se défend, protégée par les inondations provoquées alentour.

En Italie, les destructions méthodiques de la ligne du Brenner rend pratiquement prisonnières les unités de la péninsule.

 

Problèmes Politiques

Vif accès de mauvaise humeur en Angleterre : on rappelle avec amertume que l’armée anglaise n’a connu que des secteurs ingrats, aucune victoire éclatante. D’abord Caen dans la campagne de Normandie, puis la malheureuse tentative d’Arnheim en septembre. Aujourd’hui, le marécage hollandais. On déplore même la part minuscule faite à l’armée française dont on prétend qu’elle ne serait pas admise à franchir le Rhin.

C’est sans plaisir aussi qu’on a su que des envois importants de vivres et de vêtements, et de gros crédits allaient favoriser l’Italie. Ainsi, nos astucieux voisins qui savent sourire et tendre la main sont peu à peu traités en alliés par les Etats-Unis. Il y a à cela de sérieuses raisons : les Américains s’intéressent à l’Italie à cause de Rome et du Vatican. La force morale de la papauté compte dans le monde entier ; pour s’exercer, il faut que l’Italie vive sans risque de révolution. L’Europe perdra dans le monde de demain beaucoup de son importance ; la majorité du monde catholique sera au-delà des mers.

De plus, on sait que Moscou traite la papauté en puissance hostile. La politique russe, comme on le devine d’après les récents événements de Roumanie, cherchera à isoler par une frontière hermétique comme était celle de l’U.R.S.S. avant 39, tous les pays de l’Europe centrale, de la Baltique à l’Adriatique. Il est normal que les Etats-Unis, pour protéger la plus grande autorité spirituelle de leur énorme puissance, pour communiquer aussi avec la Suisse, coffre-fort de l’Europe, se fassent une place en Italie.

 

La Guerre en Extrême-Orient

La campagne se poursuit toujours aussi brillante, aussi méthodiquement exécutée. Une grande bataille aéronavale dans les eaux japonaises est une nouvelle victoire des E.U.  Owoshima est tombée et les bombardiers légers s’y installent, arrosant chaque jour de bombes incendiaires Kobé, Nagoya, Tokyo. Maintenant ce sont les nombreuses installations militaires des îles autour du Japon qui sont attaquées. Les Philippines sont peu à peu reprises. En Birmanie, Mandalay a enfin cédé.

Notre Indochine résiste au-delà de tout espoir. Le Tonkin tient ; la guérilla s’organise pour le jour où une armée française apportera la délivrance.

 

                                                                                                                      CRITON

Criton – 1945-03-17 – La Guerre et le Monde

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Le Courrier d’Aix – 1945-03-17 – La Guerre et le Monde

 

Front de l’Ouest

L’audacieux passage du Rhin à Remagen, au sud de Bonn, a surpris les Allemands qui n’ont pu l’empêcher malgré de violents efforts et le sacrifice de 70 de leurs derniers avions. Cette opération, qui ne faisait pas partie du plan allié, n’aura sans doute qu’une portée morale. Car cette portion de la rive droite du Rhin se prête mal à de vastes mouvements militaires. Les Allemands une fois fixés sur ce point, le fleuve sera franchi ailleurs.

La rive gauche est maintenant occupée de Clèves à Coblence, la Moselle aussi a été traversée au sud de la ville. On pourrait s’attendre à une brusque poussée en force vers Mayence, où par la vallée du Main s’ouvre la grande voie de pénétration militaire de l’Allemagne du Sud où les Américains comptent s’installer.

Malgré les conditions effroyables dans lesquelles l’ennemi poursuit la lutte, la résistance continue, désespérée et héroïque, donnant à la fois la mesure de l’énergie et de la stupidité humaine.

Néanmoins, on prête à Churchill peu optimiste d’ordinaire, le sentiment d’un effondrement très proche. Le nombre quotidien de prisonniers augmente. Les signes de désagrégation des unités se multiplient ; en outre, l’essence manque, les transports de plus en plus irréguliers sont mitraillés nuit et jour. Ils sont également gênés par les mouvements de réfugiés, les uns repliés vers l’intérieur, les autres au contraire fuyant vers les lignes américaines pour en finir avec les bombardements. Cependant, d’autres font remarquer que la menace sous-marine a repris de l’importance ; de nombreux navires ont été coulés récemment par les engins à pilote unique. Dans la poche de Wesel, les Alliés ont eu affaire à des unités très combatives écrasées sur place par le feu formidable des nouveaux canons américains ; enfin, les V2 sont plus nombreux que jamais, qui dévastent la région d’Anvers et le sud de l’Angleterre.

 

Front de l’Est

A part la prise de Kustrin et l’extension de l’occupation de la côte balte à l’ouest de Dantzig, pas d’événement d’importance sur le front. Une offensive allemande en Hongrie autour du lac Balaton a obligé les Russes à un repli ; de même, quelques localités ont été abandonnées en Silésie. Goebbels en a profité pour donner sur la place de l’une d’elles un vigoureux coup de gueule, qui semblait encore être écouté avec ferveur.

 

L’Activité Diplomatique

La note de l’Agence Tass exprimant que les décisions de la conférence de Crimée concernant l’organisation future de la paix devaient être hors de discussion, et les propositions de Dumbarton-Oaks prises comme un tout, a péniblement surpris ceux qui croient à l’importance du pacte franco-russe. Cet incident montre d’une part l’entente profonde qui existe, pour le moment, entre les Etats-Unis et la Russie. Une autre preuve en est fournie par l’énergique pression américaine sur le gouvernement chinois de Tchoung-King pour obtenir un accord définitif avec les communistes et leur armée, faute de quoi la Chine ne serait pas admise aux délibérations internationales.

Même unité d’action, semble-t-il, dans la solution du problème yougoslave, réglé par un compromis qui laisse en fait au Maréchal Tito un pouvoir quasi-absolu. On apprend en outre, au fil d’un débat aux Communes, que Koenigsberg et la portion de Prusse-Orientale qui l’entoure deviendront russes après expulsion de la population allemande. A-t-on oublié déjà les serments de non-annexion et cela suppose-t-il d’autres « arrangements » ?

 

La Guerre en Extrême-Orient

Tandis qu’Iwoshima tient encore, Tokyo brûle et la conquête des Philippines s’achève. Les Anglais, avec leur ténacité habituelle, ont repris l’offensive vers Mandalay à travers la cruelle jungle birmane.

L’important pour nous est le drame indochinois que l’on sentait proche. Les Japonais désarment les troupes françaises, s’emparent de l’administration et en même temps favorisent les aspirations à la liberté parmi les Indochinois ; l’Annam vient de proclamer son indépendance. Chasser les Japonais, reprendre sur les indigènes une souveraineté perdue, retrouver un prestige ébranlé depuis 1940, voilà la tâche de demain. Nos sacrifices nous donneront seuls le droit de conserver cette pièce maîtresse de notre empire colonial. Elle en vaut la peine.

 

                                                                                                           CRITON

Criton – 1945-03-10 – La Guerre et le Monde

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Le Courrier d’Aix – 1945-03-10 –La Guerre et le Monde

 

Front de l’Ouest

La prise de Cologne, quatrième ville du Reich, représente pour les Américains une grande satisfaction morale. Les armées alliées vont maintenant étendre leur pénétration tout le long du fleuve, obligeant l’ennemi à disperser ses défenses pour empêcher partout le passage. On prévoit que l’opération s’effectuera sans difficulté majeure.

Alors, enfin, le dernier acte s’ouvrira. Dès maintenant, l’Allemagne, amputée du bassin silésien, se voit privée de celui de la Ruhr, balayé par les obus américains. Sans charbon, la paralysie de la machine de guerre est certaine à bref délai. Cette obstination à continuer la lutte dépasse notre compréhension. Deux ans après Stalingrad, après que la défaite finale apparut inévitable, comment le bon sens et le patriotisme avisé ne l’ont-ils pas emporté ?

Cependant, l’Allemagne fléchit rapidement ; le ravitaillement a été supprimé à Berlin une semaine entière ; des émeutes ont éclaté. Des exercices de défense des barricades ont été sabotés par la Volksturm. Des femmes ont refusé de manier les engins antichars. La répression devient hésitante. Sur le front de l’Ouest, des unités entières ont été anéanties presque sans réagir. Les correspondants anglais parlent d’une véritable boucherie : 45.000 prisonniers ont été faits en quelques jours.

 

Front de l’Est

L’action de l’armée rouge a été presque limitée au front nord. Le but principal était d’occuper toute la rive droite de l’Oder. Il ne reste plus qu’à achever la prise de Stettin. Les Russes, en atteignant la Baltique à Koslin, ont coupé de toute retraite terrestre les armées qui tiennent encore Koenigsberg et Dantzig. Leur évacuation par mer devient périlleuse par l’action combinée des aviations anglo-américaines et russes.

Tout est prêt à l’Est pour une attaque en force vers les plaines de l’Allemagne du Nord. Le signal sera donné quand le Rhin aura été franchi, sans doute entre Wesel et Arnhem en même temps peut-être qu’un débarquement au Jutland viendra menacer Hambourg.

 

L’Activité Diplomatique

Toujours animées, les conversations diplomatiques, dont il est difficile de juger les résultats, laissent une impression plutôt confuse. A la conférence de San Francisco, la France ne sera pas « invitante », c’est-à-dire qu’elle ne recommandera pas l’adoption du plan de sécurité collective de Dumbarton Oaks, auquel les Etats-Unis attachent tant d’importance.

Les conversations franco-anglaises ne paraissent pas avoir abouti au pacte d’alliance dont on ne parle plus guère ; de même, les conversations franco-belges n’ont résolu que des questions de détail. La coopération politique avec la France sur la question rhénane, l’union douanière projetée, restent en suspens.

Les Français s’épargneraient bien des déceptions au sujet des débats extérieurs s’ils méditaient les chiffres suivants. A la conférence de Bretton Woods, où nous siégions, on a évalué, pour établir le capital d’une banque internationale, l’importance de chacun des pays participants. Si l’on représente la France et son Empire par 1, les Etats-Unis valent 7, la Grande-Bretagne, sans les Dominions, ainsi que l’U.R.S.S., 3 ; la Chine 1,30. A peine dépassons-nous l’Inde, 0,90 ; le Canada, 0,66  et la Hollande 0,60, qui, réunis, pèsent un tiers de plus que nous !

Dans un monde où contrairement à ce qui s’écrit chaque jour, la puissance matérielle, le chiffre, comptera de plus en plus, où la compétition pour les richesses se fera plus âpre que jamais, la grandeur sera fonction de la productivité.

La Guerre en Extrême-Orient

La prise d’Owoshima, malgré les efforts énormes des Américains, n’est pas encore achevée. Les Japonais, conscients de l’importance de l’île, se font tuer sur place. Elle tombera quand même.

Les Anglais, en Birmanie, après une longue pause, reprennent la marche vers Mandalay. Il semble probable qu’un débarquement en Indochine est à l’étude. Il s’agirait d’isoler par terre, comme les Alliés le font par mer, les conquêtes japonaises du Sud, des bases de ravitaillement ; vaste entreprise à laquelle les Français prendraient une part importante.

 

                                                                                                                      CRITON

Criton-1945-03-03 – La Guerre et le Monde

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Le Courrier d’Aix – 1945-03–03 – La Guerre et le Monde

 

Front de l’Ouest

Comme on le prévoyait, les opérations militaires à l’Ouest ont pris une ampleur qui ira croissant jusqu’à la capitulation de l’Allemagne ; la première attaque des Canadiens dans la région de Clèves, qui était une feinte, a obligé Von Rundstedt à déplacer ses réserves vers le Nord ; depuis, la 9° et la 1ère armée américaine ont tenté une grande offensive avec des moyens énormes contre ce qui restait de la ligne Siegfried dans la vallée de la Roër, et plus au Nord, vers Düsseldorf ; les derniers ouvrages ont cédé et, le Rhin atteint, Cologne prise, il ne restera qu’à franchir le fleuve. On assistera alors, sans doute,  à une ruée des blindés vers le cœur de l’Allemagne où les Russes attendent les Alliés.

On a été agréablement surpris d’apprendre que l’offensive des Ardennes n’avait coûté aux Américains que 38.000 hommes dont 18.000 prisonniers, tandis que les Allemands perdaient 220.000 hommes dont 110.000 prisonniers. Depuis, le moral de l’armée ennemie s’est affaissé davantage, les bombardements massifs, presque quotidiens ont provoqué dans les arrières un désordre dont on reçoit chaque jour des témoignages. L’effroi, la misère déciment la population civile, le feu et la faim se propagent. Cela ne peut longtemps durer.

 

Font de l’Est

Les armées russes, conformément au plan de Yalta, mettent à profit le répit sur l’Oder et en Saxe pour liquider les noyaux de résistance à Breslau et ailleurs, poussent vers Dantzig et Koenigsberg et acheminent leur matériel en vue de l’assaut final.

 

L’Activité Diplomatique

Pendant que les opérations se déroulent avec méthode, l’activité des diplomates devient intense : côté français, M. Bidault est allé à Londres pour soumettre les désirs de notre gouvernement quant au statut futur de la région rhénane ; auparavant, des conversations avaient lieu à ce sujet, et d’autres avec la Belgique. On ne sait rien encore des accords auxquels on a abouti. En Belgique, deux courants se manifestent, l’un pour une unité d’action avec la France, l’autre pour une politique plus indépendante. Question de sentiment et aussi d’intérêts, les industriels belges n’étant pas tous favorables à un bloc économique des pays occidentaux d’Europe. La solution du problème est à Londres.

Du côté anglo-américain, la question italienne a donné lieu à des difficultés. Le gouvernement italien vient de recevoir, grâce à l’appui américain, le droit de disposer de sa représentation diplomatique et des promesses de secours. Les Italiens d’Amérique sont puissants et écoutés à la Maison Blanche…

Au tour de la question d’Espagne, on s’agite à Londres pour éviter des troubles et restaurer la monarchie.

 

Le Discours de M. Churchill

Du Discours de M. Churchill, deux choses à retenir. D’abord la paix future du monde dépendra de l’attitude de Staline. Ensuite les Etats-Unis prendront une part active à la restauration de la prospérité et de l’ordre en Europe. Deux affirmations que nous devons bien méditer.

 

La Guerre en Extrême-Orient

La lutte est dure pour Owoshima car la perte de cette île, qui serait immédiatement une grande base aérienne aurait une importance vitale pour le Japon. Aux Philippines, le gouvernement civil a été restauré à Manille par les Américains, première étape vers l’indépendance de ces îles, promise par les Etats-Unis. Enfin, une escadre américaine a pénétré jusque dans la baie de Tokyo. Sur tous les fronts la marche à la victoire progresse avec une régularité impressionnante.

 

                                                                                                           CRITON

Criton – 1945-02-24 – La Guerre et le Monde

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Le Courrier d’Aix – 1945-02-24 – La Guerre et le Monde

 

Front de l’Est

La semaine, en Europe, n’a pas répondu à notre impatience : l’avance russe, de plus en plus ralentie, se heurte à plus de résistance. Tout confirme, par ailleurs, l’existence d’un plan militaire précis établi à la conférence des trois : les armées alliées pénétreront simultanément au cœur de l’Allemagne ; on précise même qu’elles se rencontreraient à Leipzig. En outre, on prévoit l’ouverture d’un nouveau front en Norvège ou plutôt en Danemark auquel l’Allemagne devrait faire face avec les moyens militaires dont elle dispose encore ; cela pour le printemps.

 

Front Diplomatique

Cependant, l’éventualité d’une capitulation devient plus vraisemblable. Tandis que Goebbels parle de mourir sur une barricade de Berlin, les généraux voient s’approcher l’heure fatale. Von Rundstedt et Guderian ont sans doute déjà sondé les Alliés puisqu’une note officielle américaine précise qu’un armistice ne pourra être conclu qu’avec les généraux allemands commandant en chef sur le front et non avec d’autres personnalités (comme l’eussent souhaité les Russes), ni à fortiori, avec les dirigeants nazis.

Ce qui rend une solution urgente, c’est la puissance de destruction de l’aviation alliée. Dresde, jusqu’ici intacte, a été écrasée complètement en vingt-quatre heures ; 35.000 morts gisent sous les décombres. En quelques semaines les dernières cités allemandes peuvent avoir disparu. Les généraux voudront sans doute éviter cela.

 

Les Conférences

Les résolutions prises à Yalta au sujet de la Pologne ont soulevé les protestations violentes du gouvernement émigré de Londres ; tandis que d’autres émigrés, protestant à leur tour contre l’attitude de celui-ci, se déclaraient prêts à entrer dans le gouvernement de Lublin, maintenant à Varsovie. Ce petit scénario, que nous laissions prévoir, prépare le règlement définitif de la question polonaise.

Les Français ont  peu à peu réalisé que, pour la première fois dans l’histoire, le sort de l’Europe a été discuté sans qu’un Français fût assis à la table des délibérations. Là-dessus vient se greffer l’incident de Gaulle-Roosevelt, le Général refusant de se rendre à Alger à l’invitation du Président qui ne trouvait pas le temps d’aller à Paris. Nous serions surpris si ces événements, gravement ressentis par la conscience française, ne nous conduisaient pas à une sérieuse crise morale et politique. A entendre nos Alliés, si la France est tenue à l’écart, ce n’est pas que sa puissance soit si diminuée qu’on la tienne pour quantité négligeable, c’est parce qu’il est impossible de savoir ce que pense la nation et ce que représentent au juste ceux qui parlent en son nom.

« Il est évident, disent-ils, que l’union nationale n’est pas réalisée sous l’actuel régime. Cette politique de mauvaise humeur, le retour à des ambitions territoriales ridicules dans l’état actuel de votre pays, une attitude un peu combative, manifestant plus de volonté d’indépendance que de désir de collaboration, tout cela serait-il approuvé si les Français pouvaient s’exprimer ? ».

Voilà ce que disent nos Alliés. Il est bon d’y songer, même si ces arguments ne sont que prétextes à nous écarter du tapis vert.

Une autre conférence d’importance vient de se terminer au Caire, à laquelle assistaient monarques et dirigeants des pays du Moyen-Orient, y compris la Syrie, et cela encore en notre absence !

 

Front de l’Ouest

L’offensive britannique dans le rayon Clèves-Goch est le prélude à une action plus vaste. Nos alliés réussiront-ils à briser le mur allemand, à entrer dans la plaine d’Allemagne du nord où l’avance serait rapide ? De son succès aussi dépend la durée des hostilités.

 

Front d’Extrême-Orient

La grande surprise de la semaine a été l’action foudroyante de la marine et de l’aviation américaines sur le Japon même. Simultanément, une puissante escadre aérienne, partie de porte-avions, pilonnait la région de Tokyo, tandis qu’un débarquement audacieux réussissait à l’île Owoshima, à 900 kilomètres au sud de Tokyo, dans le groupe Volcano-Bonin.

L’industrie nippone ne tardera pas à recevoir un coup de massue qui pourrait bien être mortel. Car le Japon n’avait pris jusqu’ici aucune précaution pour protéger ses usines. Les trois quarts de celles-ci se trouvent dans un rayon de 50 kilomètres autour de la baie de Tokyo, offrant ainsi une cible étendue et facile à repérer. Les Japonais réalisent avec beaucoup de sang-froid la gravité de leur situation. On voudrait éviter que la folie de Pearl-Harbour ne portât ses dernières conséquences, et le mot de paix honorable est souvent prononcé ces temps-ci.

 

                                                                                                           CRITON

Criton – 1945-02-17 – La Guerre et le Monde

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Le Courrier d’Aix – 1945-02-17 – La Guerre et le Monde

 

Front de l’Est

Semaine d’attente. Les Russes que l’on croyait à l’assaut de Berlin, poussent vers la Saxe et s’approchent de Dresde, et plus au sud, pénètrent dans l’important bassin industriel tchèque autour de Moraska-Ostraka.

Pourquoi cette manœuvre ? D’abord, parce qu’il est de bonne stratégie d’attaquer où l’ennemi ne s’attend pas. Sans doute aussi parce qu’il y avait dans ce secteur au nord de Breslau, des unités démoralisées et des chefs convaincus de la défaite. On apprend, en effet, que la résistance allemande est fort inégale. Les hommes des forteresses luttent farouchement. Les unités en campagne s’effondrent souvent au premier choc. Les uns se rendent, peu nombreux au début, beaucoup plus les derniers jours, la plupart volent des vêtements civils, se dispersent et vivent de rapines.

Une autre explication de la stratégie russe pourrait être d’ordre politique. On suppose que les Anglo-Américains qui ont si fortement soutenu l’effort de guerre de leur allié ont exigé que les trois armées se rencontrent au cœur de l’Allemagne et non sur le Rhin, que la victoire apparaisse commune comme l’ont été les ressources de chacun.

 

La Conférence des Trois

Le communiqué publié à l’issue de la conférence ressemble à tous ceux que nous avons lus depuis 1918. Il est d’usage de s’en féliciter. Ce qui est certain, c’est que jusqu’au jour V dont on a sans doute réglé à peu près la date et les circonstances, l’accord des alliés, l’unité de leur action seront rigoureusement maintenus. A ce moment, l’Allemagne sera partagée en quatre zones par avance délimitées : chacun des alliés occupera la sienne. On verra ensuite.

Par contre le passage relatif à la Pologne ne devrait pas faire illusion. Il est dit qu’au comité de Lublin se joindront des personnalités démocratiques émigrées. On ne précise pas lesquelles. Il est probable qu’un habile remaniement du gouvernement polonais de Londres permettra de sauver la face et allègera la conscience anglaise de ce lourd fardeau. La mention faite de la Yougoslavie indique que les divergences entre Tito-Soubatchich et le roi Pierre ont une signification à longue portée. La lutte d’influence n’est pas, dans le pays, résolue comme en Pologne. Le plus curieux passage du document officiel est non seulement la mention des réparations que l’Allemagne devra payer, mais le fait que la commission nommée à cet effet siègera à Moscou ! Cela rejoint ce que nous disions du parti que comptent tirer les Russes de la main-d’œuvre allemande et des matières premières extraites du pays.

 

Le Problème de l’Allemagne du Sud

Tandis que la conférence se déroulait en Crimée, d’autres négociations se poursuivaient plus discrètement ailleurs ; à Rome, où Harry Hopkins, bras droit de Roosevelt a fait un long séjour et visité beaucoup le Vatican. Diverses personnalités catholiques d’Allemagne s’y trouvaient aussi. On s’est entretenu d’un futur Etat catholique d’Allemagne du Sud et d’Autriche.

Dans un récent discours, le courageux évêque de Fribourg expose aux Allemands chrétiens que l’heure est proche où ils pourront reprendre sur leurs enfants l’influence morale et religieuse que les nazis leur ont enlevée et qu’ils peuvent espérer de la solidarité chrétienne un soulagement à leurs maux. L’affaire ne paraît pas du goût de Moscou qui a mobilisé à cette occasion le Saint-Synode orthodoxe tout frais reconstitué pour protester publiquement contre les menées du pape tendant à soustraire au châtiment les criminels nazis. C’est qu’à Moscou, on attache une grande importance à l’élimination des coupables en Allemagne. Il y aura de l’ « épuration » dans la zone confiée aux Russes.

 

Front de l’Ouest

Les Allemands se battent avec moins d’ardeur ; l’avance alliée est générale. Les Anglais, en prenant Clèves, s’approchent du Rhin. Les Américains devant Brün ne tarderont pas à déboucher dans la plaine de Cologne tandis que les Français remontant le Rhin, achèvent de libérer notre Alsace ravagée. Lorsque la rive gauche du fleuve sera bien tenue en certains points, le dernier acte du grand drame s’ouvrira. Le Général de Gaulle a répété en Alsace-Lorraine reconquise que le Rhin serait, sur tout son cours, une route française.

 

Balkans

En Grèce, tout s’apaise. Sir Walter Citrine a rapporté quelques clichés édifiants des atrocités commises par l’E.L.A.S. et la sagesse politique anglaise a été approuvée par tous les Anglais.

 

Extrême-Orient

L’Ile de Luçon a été coupée en deux et Cavite pris. Les Japonais subissent des pertes plus considérables qu’on ne prévoyait. La flotte américaine établit son Q.G. à Guam, ce qui fait prévoir une action navale à proximité du Japon même.

 

                                                                                                           CRITON