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Le Courrier d’Aix – 1945-03-24 – La Guerre et le Monde.
Front de l’Ouest
Grandes journées de victoire ; l’Alsace délivrée, la Sarre et le Palatinat conquis d’un coup ; la rive gauche du Rhin occupée de la Hollande à la Suisse. Le passage du fleuve n’offrant plus de difficultés majeures, trois directions possibles vers le cœur de l’Allemagne : Karlsruhe et la vallée du Danube ; Mayence et la vallée du Main vers Leipzig ou encore de Hollande en tournant la Rhur, vers Berlin.
Les Américains, en avertissant les populations de la région de Francfort-Mannheim montrent leur intention de franchir le fleuve dans le secteur pour rejoindre leurs troupes fortement installées dans la tête de pont de Remagen qui s’étend vers le sud le long de l’autostrade Cologne-Francfort. Un vaste mouvement des troupes anglaises dans la région de Clèves paraît imminent ; l’aviation favorisée par un temps meilleur a pu paralyser les mouvements de l’ennemi et accélérer la démoralisation.
Chaque jour ramène un nombre plus grand de prisonniers. A ce rythme, la décomposition de l’armée du Troisième Reich est proche. Comme il arrive toujours en pareil cas, l’opinion anticipe les événements. On parle d’armistice, de négociations sensationnelles, d’offres de capitulation. On voit déjà le coup de théâtre. Nous n’en croyons rien. Le plan allié est net : victoire militaire totale. Pas d’armistice général. On n’acceptera de reddition que d’unités isolées qui poseront les armes spontanément. Le combat continuera jusqu’à ce qu’il ne reste plus de troupes organisées, jusqu’à ce que le désordre rende tout mouvement stratégique irréalisable.
Les correspondants de guerre relatent que le peuple allemand qu’ils interrogent se désintéresse non seulement de ses dirigeants, mais encore des faits de guerre. Il vit une existence de bête terrée, errante, épuisée par la faim, la terreur des bombardements, les épidémies aussi qui se répandent. Situation inquiétante pour les Alliés eux-mêmes.
Front de l’Est
Peu d’événements sauf la prise de Kolberg ; Stettin serrée de près ; l’affreuse agonie de Dantzig où deux millions d’humains encerclés meurent de faim.
En Hongrie, l’offensive allemande s’est éteinte, l’avance reprend vers l’Autriche et la Tchécoslovaquie. Koenigsberg, encerclée aussi, se défend, protégée par les inondations provoquées alentour.
En Italie, les destructions méthodiques de la ligne du Brenner rend pratiquement prisonnières les unités de la péninsule.
Problèmes Politiques
Vif accès de mauvaise humeur en Angleterre : on rappelle avec amertume que l’armée anglaise n’a connu que des secteurs ingrats, aucune victoire éclatante. D’abord Caen dans la campagne de Normandie, puis la malheureuse tentative d’Arnheim en septembre. Aujourd’hui, le marécage hollandais. On déplore même la part minuscule faite à l’armée française dont on prétend qu’elle ne serait pas admise à franchir le Rhin.
C’est sans plaisir aussi qu’on a su que des envois importants de vivres et de vêtements, et de gros crédits allaient favoriser l’Italie. Ainsi, nos astucieux voisins qui savent sourire et tendre la main sont peu à peu traités en alliés par les Etats-Unis. Il y a à cela de sérieuses raisons : les Américains s’intéressent à l’Italie à cause de Rome et du Vatican. La force morale de la papauté compte dans le monde entier ; pour s’exercer, il faut que l’Italie vive sans risque de révolution. L’Europe perdra dans le monde de demain beaucoup de son importance ; la majorité du monde catholique sera au-delà des mers.
De plus, on sait que Moscou traite la papauté en puissance hostile. La politique russe, comme on le devine d’après les récents événements de Roumanie, cherchera à isoler par une frontière hermétique comme était celle de l’U.R.S.S. avant 39, tous les pays de l’Europe centrale, de la Baltique à l’Adriatique. Il est normal que les Etats-Unis, pour protéger la plus grande autorité spirituelle de leur énorme puissance, pour communiquer aussi avec la Suisse, coffre-fort de l’Europe, se fassent une place en Italie.
La Guerre en Extrême-Orient
La campagne se poursuit toujours aussi brillante, aussi méthodiquement exécutée. Une grande bataille aéronavale dans les eaux japonaises est une nouvelle victoire des E.U. Owoshima est tombée et les bombardiers légers s’y installent, arrosant chaque jour de bombes incendiaires Kobé, Nagoya, Tokyo. Maintenant ce sont les nombreuses installations militaires des îles autour du Japon qui sont attaquées. Les Philippines sont peu à peu reprises. En Birmanie, Mandalay a enfin cédé.
Notre Indochine résiste au-delà de tout espoir. Le Tonkin tient ; la guérilla s’organise pour le jour où une armée française apportera la délivrance.
CRITON