Criton – 1945-03-17 – La Guerre et le Monde

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Le Courrier d’Aix – 1945-03-17 – La Guerre et le Monde

 

Front de l’Ouest

L’audacieux passage du Rhin à Remagen, au sud de Bonn, a surpris les Allemands qui n’ont pu l’empêcher malgré de violents efforts et le sacrifice de 70 de leurs derniers avions. Cette opération, qui ne faisait pas partie du plan allié, n’aura sans doute qu’une portée morale. Car cette portion de la rive droite du Rhin se prête mal à de vastes mouvements militaires. Les Allemands une fois fixés sur ce point, le fleuve sera franchi ailleurs.

La rive gauche est maintenant occupée de Clèves à Coblence, la Moselle aussi a été traversée au sud de la ville. On pourrait s’attendre à une brusque poussée en force vers Mayence, où par la vallée du Main s’ouvre la grande voie de pénétration militaire de l’Allemagne du Sud où les Américains comptent s’installer.

Malgré les conditions effroyables dans lesquelles l’ennemi poursuit la lutte, la résistance continue, désespérée et héroïque, donnant à la fois la mesure de l’énergie et de la stupidité humaine.

Néanmoins, on prête à Churchill peu optimiste d’ordinaire, le sentiment d’un effondrement très proche. Le nombre quotidien de prisonniers augmente. Les signes de désagrégation des unités se multiplient ; en outre, l’essence manque, les transports de plus en plus irréguliers sont mitraillés nuit et jour. Ils sont également gênés par les mouvements de réfugiés, les uns repliés vers l’intérieur, les autres au contraire fuyant vers les lignes américaines pour en finir avec les bombardements. Cependant, d’autres font remarquer que la menace sous-marine a repris de l’importance ; de nombreux navires ont été coulés récemment par les engins à pilote unique. Dans la poche de Wesel, les Alliés ont eu affaire à des unités très combatives écrasées sur place par le feu formidable des nouveaux canons américains ; enfin, les V2 sont plus nombreux que jamais, qui dévastent la région d’Anvers et le sud de l’Angleterre.

 

Front de l’Est

A part la prise de Kustrin et l’extension de l’occupation de la côte balte à l’ouest de Dantzig, pas d’événement d’importance sur le front. Une offensive allemande en Hongrie autour du lac Balaton a obligé les Russes à un repli ; de même, quelques localités ont été abandonnées en Silésie. Goebbels en a profité pour donner sur la place de l’une d’elles un vigoureux coup de gueule, qui semblait encore être écouté avec ferveur.

 

L’Activité Diplomatique

La note de l’Agence Tass exprimant que les décisions de la conférence de Crimée concernant l’organisation future de la paix devaient être hors de discussion, et les propositions de Dumbarton-Oaks prises comme un tout, a péniblement surpris ceux qui croient à l’importance du pacte franco-russe. Cet incident montre d’une part l’entente profonde qui existe, pour le moment, entre les Etats-Unis et la Russie. Une autre preuve en est fournie par l’énergique pression américaine sur le gouvernement chinois de Tchoung-King pour obtenir un accord définitif avec les communistes et leur armée, faute de quoi la Chine ne serait pas admise aux délibérations internationales.

Même unité d’action, semble-t-il, dans la solution du problème yougoslave, réglé par un compromis qui laisse en fait au Maréchal Tito un pouvoir quasi-absolu. On apprend en outre, au fil d’un débat aux Communes, que Koenigsberg et la portion de Prusse-Orientale qui l’entoure deviendront russes après expulsion de la population allemande. A-t-on oublié déjà les serments de non-annexion et cela suppose-t-il d’autres « arrangements » ?

 

La Guerre en Extrême-Orient

Tandis qu’Iwoshima tient encore, Tokyo brûle et la conquête des Philippines s’achève. Les Anglais, avec leur ténacité habituelle, ont repris l’offensive vers Mandalay à travers la cruelle jungle birmane.

L’important pour nous est le drame indochinois que l’on sentait proche. Les Japonais désarment les troupes françaises, s’emparent de l’administration et en même temps favorisent les aspirations à la liberté parmi les Indochinois ; l’Annam vient de proclamer son indépendance. Chasser les Japonais, reprendre sur les indigènes une souveraineté perdue, retrouver un prestige ébranlé depuis 1940, voilà la tâche de demain. Nos sacrifices nous donneront seuls le droit de conserver cette pièce maîtresse de notre empire colonial. Elle en vaut la peine.

 

                                                                                                           CRITON