Criton – 1945-03-10 – La Guerre et le Monde

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Le Courrier d’Aix – 1945-03-10 –La Guerre et le Monde

 

Front de l’Ouest

La prise de Cologne, quatrième ville du Reich, représente pour les Américains une grande satisfaction morale. Les armées alliées vont maintenant étendre leur pénétration tout le long du fleuve, obligeant l’ennemi à disperser ses défenses pour empêcher partout le passage. On prévoit que l’opération s’effectuera sans difficulté majeure.

Alors, enfin, le dernier acte s’ouvrira. Dès maintenant, l’Allemagne, amputée du bassin silésien, se voit privée de celui de la Ruhr, balayé par les obus américains. Sans charbon, la paralysie de la machine de guerre est certaine à bref délai. Cette obstination à continuer la lutte dépasse notre compréhension. Deux ans après Stalingrad, après que la défaite finale apparut inévitable, comment le bon sens et le patriotisme avisé ne l’ont-ils pas emporté ?

Cependant, l’Allemagne fléchit rapidement ; le ravitaillement a été supprimé à Berlin une semaine entière ; des émeutes ont éclaté. Des exercices de défense des barricades ont été sabotés par la Volksturm. Des femmes ont refusé de manier les engins antichars. La répression devient hésitante. Sur le front de l’Ouest, des unités entières ont été anéanties presque sans réagir. Les correspondants anglais parlent d’une véritable boucherie : 45.000 prisonniers ont été faits en quelques jours.

 

Front de l’Est

L’action de l’armée rouge a été presque limitée au front nord. Le but principal était d’occuper toute la rive droite de l’Oder. Il ne reste plus qu’à achever la prise de Stettin. Les Russes, en atteignant la Baltique à Koslin, ont coupé de toute retraite terrestre les armées qui tiennent encore Koenigsberg et Dantzig. Leur évacuation par mer devient périlleuse par l’action combinée des aviations anglo-américaines et russes.

Tout est prêt à l’Est pour une attaque en force vers les plaines de l’Allemagne du Nord. Le signal sera donné quand le Rhin aura été franchi, sans doute entre Wesel et Arnhem en même temps peut-être qu’un débarquement au Jutland viendra menacer Hambourg.

 

L’Activité Diplomatique

Toujours animées, les conversations diplomatiques, dont il est difficile de juger les résultats, laissent une impression plutôt confuse. A la conférence de San Francisco, la France ne sera pas « invitante », c’est-à-dire qu’elle ne recommandera pas l’adoption du plan de sécurité collective de Dumbarton Oaks, auquel les Etats-Unis attachent tant d’importance.

Les conversations franco-anglaises ne paraissent pas avoir abouti au pacte d’alliance dont on ne parle plus guère ; de même, les conversations franco-belges n’ont résolu que des questions de détail. La coopération politique avec la France sur la question rhénane, l’union douanière projetée, restent en suspens.

Les Français s’épargneraient bien des déceptions au sujet des débats extérieurs s’ils méditaient les chiffres suivants. A la conférence de Bretton Woods, où nous siégions, on a évalué, pour établir le capital d’une banque internationale, l’importance de chacun des pays participants. Si l’on représente la France et son Empire par 1, les Etats-Unis valent 7, la Grande-Bretagne, sans les Dominions, ainsi que l’U.R.S.S., 3 ; la Chine 1,30. A peine dépassons-nous l’Inde, 0,90 ; le Canada, 0,66  et la Hollande 0,60, qui, réunis, pèsent un tiers de plus que nous !

Dans un monde où contrairement à ce qui s’écrit chaque jour, la puissance matérielle, le chiffre, comptera de plus en plus, où la compétition pour les richesses se fera plus âpre que jamais, la grandeur sera fonction de la productivité.

La Guerre en Extrême-Orient

La prise d’Owoshima, malgré les efforts énormes des Américains, n’est pas encore achevée. Les Japonais, conscients de l’importance de l’île, se font tuer sur place. Elle tombera quand même.

Les Anglais, en Birmanie, après une longue pause, reprennent la marche vers Mandalay. Il semble probable qu’un débarquement en Indochine est à l’étude. Il s’agirait d’isoler par terre, comme les Alliés le font par mer, les conquêtes japonaises du Sud, des bases de ravitaillement ; vaste entreprise à laquelle les Français prendraient une part importante.

 

                                                                                                                      CRITON