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Le Courrier d’Aix – 1945-02-17 – La Guerre et le Monde
Front de l’Est
Semaine d’attente. Les Russes que l’on croyait à l’assaut de Berlin, poussent vers la Saxe et s’approchent de Dresde, et plus au sud, pénètrent dans l’important bassin industriel tchèque autour de Moraska-Ostraka.
Pourquoi cette manœuvre ? D’abord, parce qu’il est de bonne stratégie d’attaquer où l’ennemi ne s’attend pas. Sans doute aussi parce qu’il y avait dans ce secteur au nord de Breslau, des unités démoralisées et des chefs convaincus de la défaite. On apprend, en effet, que la résistance allemande est fort inégale. Les hommes des forteresses luttent farouchement. Les unités en campagne s’effondrent souvent au premier choc. Les uns se rendent, peu nombreux au début, beaucoup plus les derniers jours, la plupart volent des vêtements civils, se dispersent et vivent de rapines.
Une autre explication de la stratégie russe pourrait être d’ordre politique. On suppose que les Anglo-Américains qui ont si fortement soutenu l’effort de guerre de leur allié ont exigé que les trois armées se rencontrent au cœur de l’Allemagne et non sur le Rhin, que la victoire apparaisse commune comme l’ont été les ressources de chacun.
La Conférence des Trois
Le communiqué publié à l’issue de la conférence ressemble à tous ceux que nous avons lus depuis 1918. Il est d’usage de s’en féliciter. Ce qui est certain, c’est que jusqu’au jour V dont on a sans doute réglé à peu près la date et les circonstances, l’accord des alliés, l’unité de leur action seront rigoureusement maintenus. A ce moment, l’Allemagne sera partagée en quatre zones par avance délimitées : chacun des alliés occupera la sienne. On verra ensuite.
Par contre le passage relatif à la Pologne ne devrait pas faire illusion. Il est dit qu’au comité de Lublin se joindront des personnalités démocratiques émigrées. On ne précise pas lesquelles. Il est probable qu’un habile remaniement du gouvernement polonais de Londres permettra de sauver la face et allègera la conscience anglaise de ce lourd fardeau. La mention faite de la Yougoslavie indique que les divergences entre Tito-Soubatchich et le roi Pierre ont une signification à longue portée. La lutte d’influence n’est pas, dans le pays, résolue comme en Pologne. Le plus curieux passage du document officiel est non seulement la mention des réparations que l’Allemagne devra payer, mais le fait que la commission nommée à cet effet siègera à Moscou ! Cela rejoint ce que nous disions du parti que comptent tirer les Russes de la main-d’œuvre allemande et des matières premières extraites du pays.
Le Problème de l’Allemagne du Sud
Tandis que la conférence se déroulait en Crimée, d’autres négociations se poursuivaient plus discrètement ailleurs ; à Rome, où Harry Hopkins, bras droit de Roosevelt a fait un long séjour et visité beaucoup le Vatican. Diverses personnalités catholiques d’Allemagne s’y trouvaient aussi. On s’est entretenu d’un futur Etat catholique d’Allemagne du Sud et d’Autriche.
Dans un récent discours, le courageux évêque de Fribourg expose aux Allemands chrétiens que l’heure est proche où ils pourront reprendre sur leurs enfants l’influence morale et religieuse que les nazis leur ont enlevée et qu’ils peuvent espérer de la solidarité chrétienne un soulagement à leurs maux. L’affaire ne paraît pas du goût de Moscou qui a mobilisé à cette occasion le Saint-Synode orthodoxe tout frais reconstitué pour protester publiquement contre les menées du pape tendant à soustraire au châtiment les criminels nazis. C’est qu’à Moscou, on attache une grande importance à l’élimination des coupables en Allemagne. Il y aura de l’ « épuration » dans la zone confiée aux Russes.
Front de l’Ouest
Les Allemands se battent avec moins d’ardeur ; l’avance alliée est générale. Les Anglais, en prenant Clèves, s’approchent du Rhin. Les Américains devant Brün ne tarderont pas à déboucher dans la plaine de Cologne tandis que les Français remontant le Rhin, achèvent de libérer notre Alsace ravagée. Lorsque la rive gauche du fleuve sera bien tenue en certains points, le dernier acte du grand drame s’ouvrira. Le Général de Gaulle a répété en Alsace-Lorraine reconquise que le Rhin serait, sur tout son cours, une route française.
Balkans
En Grèce, tout s’apaise. Sir Walter Citrine a rapporté quelques clichés édifiants des atrocités commises par l’E.L.A.S. et la sagesse politique anglaise a été approuvée par tous les Anglais.
Extrême-Orient
L’Ile de Luçon a été coupée en deux et Cavite pris. Les Japonais subissent des pertes plus considérables qu’on ne prévoyait. La flotte américaine établit son Q.G. à Guam, ce qui fait prévoir une action navale à proximité du Japon même.
CRITON