Criton – 1945-04-21 – La Guerre et le Monde

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Le Courrier d’Aix – 1945-04-21 – La Guerre et le Monde.

 

Front de l’Ouest

Avec ses alternances d’avances rapides et de brusques arrêts, l’invasion de l’Allemagne se poursuit normalement ; la jonction des Alliés est imminente ; la chute de Berlin prochaine.

C’est, une fois de plus, l’armée américaine qui a marqué les succès spectaculaires. Tandis que les Anglais piétinent devant Brême qu’on croyait prise, et sont encore assez loin de Hambourg, tandis que les Français dont nous signalions la tâche difficile, se heurtent à une vive résistance devant Stuttgart, les Américains ont pris Leipzig, franchi l’Elbe, occupé Magdebourg, malgré des contre-attaques devant lesquelles ils ont dû momentanément céder, et réussi enfin à entrer dans Nuremberg au sud, la ville sainte du nazisme.

Ils ont même pénétré légèrement en Bohême, de telle sorte que la ligne du front part actuellement de Tchécoslovaquie au sud, passe par Chemnitz, Leipzig, le cours inférieur de l’Elbe et décrit un arc de cercle vers l’Ouest, au nord de Brunschwick et de Hanovre, jusqu’aux abords de Brême.

Néanmoins, il s’agit là d’une série de pointes et il ne faudrait pas croire que les territoires à l’intérieur de cette ligne sont effectivement occupés. On a des échos des difficultés énormes que rencontrent nos Alliés à s’installer dans un pays où toute autorité légale a disparu, sans cadres administratifs, sans fonctionnaires responsables. Heureusement, les poches de résistance fondent rapidement. Celle de la Ruhr s’est évanouie presque sans combats.

Les fanatiques, qu’on évalue à deux cent mille, se rassemblent aux points  qu’ils veulent essayer de protéger : l’accès de la vallée du Danube au sud, duquel se trouverait prêt le fameux « réduit », et l’accès à la Mer du Nord et au canal de Kiel. On verra, dans cette dernière phase de la lutte qui commence, s’ils sont capables de résister.

On s’est enfin décidé à déboucher l’estuaire de la Gironde, pour débloquer le port de Bordeaux sans lequel la France ne peut recevoir les matières premières indispensables à son relèvement ; l’action a été brutale, rapide et pas trop coûteuse.

Par contre, on se demande s’il était bien nécessaire de reprendre cette campagne d’Italie qui fut si meurtrière ; tandis que nos Alliés cherchent à atteindre la vallée du Pô, les Français commencent à briser, non sans difficulté, la ligne fortifiée des Alpes qui défend l’accès du Piémont. Souhaitons qu’on ne paye pas ces gloires nouvelles de sacrifices excessifs.

 

Front de l’Est

L’assaut contre Berlin a commencé. D’ici peu, les Alliés y feront conjointement leur entrée. Les Allemands eux-mêmes admettent qu’ils ne conservent plus d’espoir. En Autriche et en Tchécoslovaquie, les armées russes progressent lentement, ayant sans doute atteint les points de rendez-vous : Linz et Brno.

 

Evénements et Diplomatie

L’opinion française a vite réalisé la perte immense que représente pour nous la mort de Roosevelt. Il avait de la France une connaissance et une opinion précises, et lui portait une sympathie touchante. S’il résistait parfois assez sèchement à nos aspirations, on était sûr qu’aucun des droits essentiels de la France ne serait méconnu. Il nous jugeait en réaliste, et nous réservait une place qui devait correspondre exactement dans son esprit à l’importance que nous conservons dans le monde nouveau.

Il faut craindre que ses successeurs, faute de prestige, constamment attentifs aux remous de la politique intérieure, retenus par le souci de l’opinion, mènent une politique rigide et strictement nationale et ne puissent prendre les décisions libérales dont un grand homme est capable.

Tandis que l’Amérique se ressaisit, la Russie mène son jeu à grande allure. Successivement, Benes et Tito ont signé à Moscou les accords qu’on leur a soumis. On voudrait savoir si les clauses économiques arrêtées impliquent une fermeture des frontières de l’Europe centrale à tout commerce international autre que le troc d’Etat à Etat.

Par contre, la solution du problème polonais traîne. La Pologne sera-t-elle la seule nation à n’être pas représentée à San Francisco ? Malgré les efforts anglo-américains, il semble que tout soit mis en œuvre pour que l’union polonaise demeure impossible.

 

La Guerre en Extrême-Orient

Les Japonais résistent désespérément à Okinawa et jettent sur la flotte américaine les « avions-suicides », mais le cercle autour d’eux continue à se fermer par la mer.

Les Anglais, en Birmanie, viennent de remporter des succès qui paraissent décisifs, et la frontière du Siam s’ouvrira bientôt à leurs troupes. On fait entendre que les Français, se joignant à eux, pourraient par cette voie, atteindre l’Indochine, appuyés par un débarquement à l’Est dans le golfe du Tonkin. On prévoit aussi une attaque contre Haïnan. Les temps sont-ils proches ?

                                                                                                           CRITON