ORIGINAL-Criton-1945-04-28 pdf
Le Courrier d’Aix – 1945-04-28 – La Guerre et le Monde.
Front de l’Ouest
La fin est proche, plus proche qu’on n’osait l’espérer il y a quelques jours encore. L’élan décisif des troupes françaises a forcé l’entrée de la vallée du Danube. Stuttgart, Ulm ont été dépassés ; les Américains, de leur côté, ont franchi le fleuve ; Munich va être atteinte. Le fameux « réduit » bavarois est peut-être un mythe. D’autre part, la jonction des Américains et des Russes est chose faite ; Berlin tombe. Seuls les Anglais rencontrent une résistance opiniâtre autour de Brême et de Hambourg.
Les derniers nazis semblent avoir mis leur dernier espoir en Norvège dont ils cherchent à protéger l’accès en tenant les ports de la Mer du Nord et le Danemark. Mais les poches de résistance fondent avec une telle rapidité qu’on peut s’attendre à ce que la tourmente du désespoir emporte la volonté des plus tenaces.
Il était temps. Les Anglais font ressortir que cette dernière phase de la guerre fut une lutte contre la montre. Ils ont découvert en Allemagne des dépôts énormes d’armes secrètes, de V3, de bombes à gaz, qu’il n’eût fallu que quelques semaines aux Allemands pour projeter sur l’Angleterre. C’est l’aviation qui a gagné la guerre, en retardant constamment par ses destructions la mise en place des engins préparés. On s’explique ainsi que les Allemands aient espéré jusqu’au bout, contre toute vraisemblance.
Front de l’Est
Les Russes ont consacré toutes leurs forces à la gloire de planter sur les ruines de Berlin le drapeau rouge. Pour des raisons diplomatiques, l’avance en Autriche et en Tchécoslovaquie a été arrêtée. Ils attendent les Américains aux points convenus.
Dans toutes les régions où sont installés les Russes, hommes et femmes sont soumis au travail obligatoire. Les Allemands connaissent la peine qu’ils ont infligée aux vaincus d’hier.
Problèmes Politiques
Le problème polonais demeure au centre des préoccupations. Les Russes ont signé un pacte définitif avec leur gouvernement polonais. Les démarches de plus en plus conciliantes du président Mikolajezik, de Londres, sont restées sans réponse. MM. Steltinius et Eden cherchent, avant la conférence de San Francisco, avec M. Molotof, une solution honorable.
Comment exclure du gouvernement polonais les divisions qui se battent vaillamment en Italie et en Allemagne du Nord, les partis représentés à Londres, les valeureux combattants de la Résistance qui ont continué jusqu’au bout l’œuvre des malheureux défenseurs de Varsovie l’an passé. Le problème est posé et préoccupe beaucoup les Anglais dont la parole est engagée.
On agite également le problème suédois. Si la Norvège est le dernier refuge des nazis qu’il faudra exterminer dans ce pays difficile, les Suédois ne devront-ils pas sortir de leur neutralité pour aider enfin les nations unies ? Qui les retient ? Est-ce le souci de la neutralité dont, à Stockholm, on s’est fait une sorte de religion ? Est-ce que du côté Russe, où la Suède n’est guère sympathique, qu’on s’oppose à son intervention, comme auparavant à celle de la Turquie ? Nous saurons bientôt de quel côté a penché la balance.
La Guerre en Extrême-Orient
On a été surpris des mots élogieux des condoléances prodiguées par la presse et le gouvernement japonais à l’occasion de la mort du président Roosevelt. Hier, on apprenait la rupture avec l’Allemagne hitlérienne, le renvoi des officiels allemands du Japon, la fermeture des frontières aux fugitifs de marque. Tout confirme que les Japonais cherchent une issue.
Le discours de M. Churchill et les déclarations de M. Truman laissent peu d’espoir d’une autre paix que celle qui suivra la victoire totale. Mais là encore, il y a la Russie qui peut avoir sur le sort du Japon une influence décisive. Et Moscou n’a pas dit son dernier mot.
En attendant, la lutte se poursuit sans événement notable mais le lacet qui étrangle les îles nipponnes se resserre un peu chaque jour. Notre poignée de héros lutte avec succès en Indochine et des secours réussissent à leur parvenir par parachute. On commence à connaître les ténébreuses tractations qui ont livré notre colonie aux Japonais.
On va savoir bientôt aussi, puisque Pétain va rentrer en France en voiture cellulaire, ce qui s’est tramé avant 1939 entre lui et les chefs nazis et ce qui a préparé notre désastre.
Quelques patriotes ont failli payer de leur honneur d’avoir dévoilé en 1940 aux Français confiants, ce qu’ils savaient des coulisses politiques où s’était agité le maréchal. Ces Français-là auront demain la joie amère de s’entendre donner raison.
CRITON