Criton – 1945-05-05 – La Guerre et le Monde

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Le Courrier d’Aix – 1945-05-05 – La Guerre et le Monde.

 

La Situation en Europe

Comme nous le pressentions, nous touchons aux derniers jours de cette guerre. Le fameux réduit était bien un mythe, et partout les nazis se disloquent et se liquident eux-mêmes.

On devine les querelles entre survivants. Himmler a demandé la capitulation ; Hitler s’y opposait. Himmler l’a peut-être tué, avant de négocier avec les alliés, et Doenitz, successeur désigné par Hitler en annonçant la mort du führer, a beau proclamer que la guerre continue, l’événement fera tomber les armes des mains des Allemands.

Ce n’est plus la ligne de front que nous avons à décrire, ce sont les taches qui, sur la carte ne sont pas encore occupées par les Alliés. Dans les Alpes austro-bavaroises, de même qu’en Italie, plus grande résistance. En Autriche, les chars alliés circulent librement. Par contre, pour des raisons peut-être militaires, peut-être politiques, Prague et la Bohême ne sont pas libérées.

Au Nord, la jonction n’est pas encore faite entre les Russes venus de Stettin et les Anglais près de Lübeck. Restent à délivrer le Danemark, la Norvège et la partie occidentale de la Hollande. Les négociations entre Seiss-Inquart et les Anglais pour ravitailler le pays font espérer une reddition prochaine.

Le parti nazi est disloqué ; il n’y a plus pratiquement de chef. Chacun agira à sa guise. Ce qui rend difficile à prévoir le jour du dernier combat. En fait, la suite des opérations militaires importe peu ! Ce sont les problèmes plus angoissants de l’organisation de la paix qui retiennent l’attention.

 

La Conférence de San Francisco

Cette conférence qui paraissait bien académique a pris tout de suite un caractère orageux. Les Français en général ne s’y intéressaient pas « Alors que la guerre n’est pas finie, il est bien tôt de vouloir prévenir les agressions futures. Parlons plutôt de sauver de la faim les peuples délivrés, de fixer les frontières, dresser les plans de la reconstruction, régler le statut de l’Allemagne, restaurer l’ordre économique, le commerce international, etc. etc. ».

C’est que l’on ne voyait pas les buts du président Roosevelt en organisant la conférence : Réunir sur le sol des Etats-Unis victorieux, une assemblée de tous les peuples qu’il fallait impressionner par le spectacle d’une nation à l’apogée de sa puissance, au maximum de son effort de guerre, riche, ordonnée, prospère. Montrer aux autres grands et demi-grands avec quel empressement la quasi-totalité des petites nations, surtout les américaines, se rangeaient aux avis des E.U. Surtout, il s’agissait, sous prétexte d’organiser la sécurité collective par une force internationale, de s’assurer d’une part, légalement et pour toujours, la possession de bases navales et militaires dans tous les coins du monde, et d’autre part une porte ouverte, un droit de contrôle sur les petits et moyens états que d’autres voudraient pratiquement annexer en fermant leurs frontières.

Tandis que les Anglais se taisaient, fidèles à leur politique traditionnelle du « Wait and See », les Russes déchainaient le conflit dès le premier jour, en exigeant que les Etats-Unis ne s’attribuent pas la présidence et que les quatre grandes puissances l’exercent à tour de rôle. A peine Molotof avait-il satisfaction qu’un autre conflit éclatait à propos de l’Argentine que la Russie voulait exclure à cause de son attitude pro-nazie. Ici, insuccès. On réclama, en manière de contre-proposition, l’admission d’une Pologne libre, et Molotof n’entraîna avec lui que la Tchéco-Slovaquie, la Yougoslavie et, grave échec aux Anglais, la Grèce. La France, qui sait tout le prix de l’alliance russe pour sa sécurité, s’abstint très sagement.

Enfin, dernier conflit : le nouveau gouvernement autrichien formé à l’instigation des Russes à Vienne n’est pas reconnu par l’Angleterre et les Etats-Unis. Le général Smuts, grand homme d’Etat et bon prophète, s’est montré bien pessimiste : paix ou trêve encore !

 

La Guerre en Extrême-Orient

Les Japonais ont réagi et les Américains sont sérieusement accrochés à Okinawa et aux Philippines. Les « pilotes de la mort » ont fait quelques dégâts à la flotte des E.U. Par contre, les Anglais en Birmanie ont fait des progrès considérables. Rangoon encerclé grâce à un débarquement au sud, parait devoir tomber. On suit en France les événements avec beaucoup d’attention à cause de l’Indochine. Derrière ces faits de guerre se déroulent des tractations mystérieuses à l’orientale. La paix et la guerre se marchandent.

 

                                                                                                           CRITON