Criton -1945-05-12- La Guerre et le Monde

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Le Courrier d’Aix – 1945-05-12 – La Guerre et le Monde

 

La Situation en Europe

La Bête est morte. Les Nazis ont, comme ils l’avaient juré, entrainé l’Allemagne dans leur chute. Une Nation disparaît pour longtemps, sinon pour toujours. Avec une incroyable obstination, pendant trente mois de défaites ininterrompues, tout un peuple s’est laissé broyer jusqu’à la fin.

Crions notre joie : la mort a passé sur nous. Nous avons fait l’expérience de l’esclavage auquel nous étions destinés. Quel que soit l’avenir, la France vient d’échapper au seul danger qui devait être mortel.

Cependant, dans son profond bon sens, le peuple français pressent que la lutte pour son existence n’est pas finie avec la disparition de son ennemi. Le 8 mai 1945 n’est pas le 11 novembre 18. Ce fut alors non seulement une délivrance, mais un grand espoir. La paix semblait devant nous. Des principes généreux devaient assurer l’indépendance et la sécurité des peuples, petits et grands. Le règne du mensonge étai tfini. Qui aujourd’hui l’oserait croire ?

Les Allemands ont donc capitulé. Après avoir tenté de résister encore, les troupes de Bohême se sont rendues à leur tour. L’Allemagne n’aura, comme nous l’avons dit, pas de gouvernement propre. Les Alliés, chacun dans leur zone, administreront le pays.

D’après les bruits, la part faite à la France serait belle : la région comprise entre Rhin et Moselle depuis Coblentz au Nord ; le Pays de Bade et le Wurtemberg jusqu’à Ulm à l’Est, et la frontière suisse au Sud ; enfin une partie de l’Autriche.

Les Russes occuperaient l’Allemagne jusqu’à l’Elbe ; les Anglais le littoral de la Mer du Nord, le Canal de Kiel, Brême et Hambourg. Les Américains le centre jusqu’à la Saxe et la Bavière. L’Autriche serait dévolue à chacun des quatre Alliés.

La lutte n’était pas encore terminée qu’un conflit aigu éclatait à propos de Trieste. Les Anglais, accourus en hâte, l’enlevaient aux troupes du maréchal Tito qui achevaient de la conquérir. Trieste, débouché de l’Europe centrale, position clé de la Méditerranée.

Obligés de renoncer à la Grèce, les Anglais veulent à tout prix conserver quelques points stratégiques en Europe méditerranéenne. Aussi a-t-on vu Churchill envoyer à Bonomi un télégramme de félicitations à l’occasion de la délivrance ! L’Italie va être admise à San Francisco. L’éponge est passée : politique d’abord !

 

La Conférence de San Francisco

L’arrestation et la disparition en Russie de la délégation polonaise de Londres, a été rendue publique. Une note conjointe anglo-américaine annonce que par suite de l’affaire, les pourparlers concernant la Pologne sont rompus. Grosse émotion dans le monde entier, même en France, ù le procédé a été jugé un peu médiéval.

Il n’y a pas lieu de s’émouvoir outre mesure. Le lendemain, on annonçait que les pourparlers sur les crédits à long terme que l’Amérique doit consentir à la  Russie se poursuivaient. M. Mikolaczik, président du Gouvernement polonais de Londres, était invité à Moscou et devait participer au Gouvernement de Varsovie.

Les Russes, par leur position en Extrême-Orient, tiennent en main un atout considérable dont ils jouent à fond pour s’établir en Europe. En bons Orientaux, ils savent faire alterner l’amabilité et l’intimidation. Nous en verrons d’autres au cours de cette lutte entre impérialismes dont les petits Etats feront les frais. Mais un grand conflit n’est pas pour demain.

 

La Guerre en Extrême-Orient

La grande bataille d’Okinawa continue. Les Japonais s’accrochent avec acharnement. Par contre, la victoire anglaise en Birmanie prépare la libération prochaine de toute l’Asie du Sud. Anglais et Américains veulent achever le Japon comme ils ont fait de l’Allemagne. Mais la décision russe reste tout aussi mystérieuse.

On a beaucoup remarqué, ces derniers temps, comme le bloc anglo-américain s’était raffermi. L’influence anglaise en Europe reposait sur l’équilibre européen. Celui-ci est définitivement rompu. Le vœu profond des Etats-Unis est de diriger l’ensemble des deux empires et des dominions pour contrôler l’ensemble du monde, moins l’Asie russe et l’Europe.

L’Angleterre se résignera-t-elle à cette politique nouvelle qui lui répugne ? Cherchera-t-elle avec les Etats-Unis à conserver en Europe occidentale des positions solides jusqu’à la limite du possible ? Ou laissera-t-on l’Europe à son destin ? Telle semble en ces jours d’armistice la situation des grandes politiques.

 

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