Criton – 1945-05-19 – La Guerre et le Monde

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Le Courrier d’Aix – 1945-05-19 – La Guerre et le Monde.

 

Les cloches ont sonné ; les peuples ont manifesté leur joie, mais les diplomates sont soucieux.

On croyait qu’un accord existait sur les problèmes essentiels : nous avions cru pouvoir préciser, par exemple, le partage des zones d’occupation. Aucune confirmation officielle n’est venue. On apprenait par contre que les Russes avaient interdit l’accès de leur zone en Allemagne à tout étranger et qu’on y procédait en toute hâte l’épuration. Plus grave encore, Staline aurait avisé Churchill que les accords de Yalta étaient caducs.

Aussi le discours du Premier anglais était-il attendu avec impatience. Mais il ne contenait rien de significatif sinon les silences et cette phrase imprécise : « En Europe, nous devons nous assurer que les mots de liberté, démocratie et libération ne prennent pas un autre sens que celui que nous leur avions donné. »

Enfin, l’échec de la conférence de San Francisco, que les grands leaders ont quittée a produit une impression pénible. Les travaux se poursuivent dans l’ombre des Comités où, selon la tradition, des juristes épluchent des formules. En dernier ressort, on annonce que pour rétablir la situation une nouvelle entrevue Churchill-Truman-Staline s’impose.

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La Question d’Extrême-Orient, elle aussi, a évolué dans l’ombre. Churchill à l’automne, nous prédisait que la guerre contre le Japon serait terminée bientôt après celle d’Europe M on nous parle aujourd’hui, tant à Londres qu’à Washington, de dix-huit mois à deux ans, temps nécessaire pour que les Japonais enfermés dans leurs îles par le blocus, aient épuisé leurs stocks.

Les Japonais, sentant la partie perdue ont fait des offres de paix que les Russes se sont chargés de transmettre. Or les Anglo-Américains ne veulent accepter qu’une capitulation sans condition, c’est-à-dire l’occupation militaire des îles nippones et, à titre de précaution, pour assurer la sécurité collective, l’installation définitive de bases navales en tous les points stratégiques du Pacifique.

Les Russes, à San Francisco, ont déposé un amendement demandant que les mêmes bases fussent surveillées par tous les membres du Conseil des Nations, et non par les seuls Anglo-Américains. La Russie se verrait en effet, après la victoire commune, cernée en Asie, comme devant la Baltique et la Méditerranée par les canons des flottes et de l’aviation anglo-saxonnes.

On comprend que, forte de ses énormes sacrifices (la Russie a perdu 6 millions de soldats et autant de civils tandis que la Grande-Bretagne per 276.000 hommes et 60.000 civils), la Russie cherche à tirer le maximum d’avantages de sa position. Si elle ne peut sauver le Japon de la destruction, elle peut, par divers moyens, à l’abri de la neutralité prolonger de beaucoup la lutte sans pour cela risquer de perdre la possession finale des territoires (Corée, Mandchourie, Port-Arthur) qu’elle convoite. Car quelle armée pourrait, sur la terre d’Asie, s’opposer à la Russie actuelle ? Les Anglo-Saxons acceptent le challenge ; comme tojjours ils iront jusqu’au bout, quoi qu’il en coûte.

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En Europe, On ne saurait dissimuler que les problèmes comme ceux de Trieste ou de Pologne et même d’Allemagne et d’Autriche ne soient graves.

Sans doute tout s’arrangera lorsque les Russes, qui ont un besoin urgent de répit et de paix, sentiront qu’un mur leur est opposé.

Mais il faudrait arriver à un accord plus solide, sinon les profits de la victoire seraient bien minces. Pour l’immédiat, on va chercher à gagner du temps, mais le temps n’arrange pas toujours les choses, comme nous l’avons vu de 19 à 39, ni les conférences et les pactes, dont ceux qui ont suivi ces années-là avec attention n’attendent vraiment rien. Car les promesses ne valent que par la bonne volonté des hommes.

Des opérations militaires, peu à dire : Aux Philippines, en Birmanie, comme à Taracan et à Owashima, les Japonais après une période de flottement se sont ressaisis. Mais le blocus autour d’eux se resserre inexorablement ; les îles Riou-Kiou sont sous le feu de la flotte alliée. Les ports de Tokyo et de Nagoya sont bloqués. Toutes les garnisons japonaises de l’extérieur sont pratiquement isolées. Rien ne peut sauver les Nippons de la dent d’adversaires pour qui ni le temps ni l’argent ne comptent.

 

                                                                                                CRITON