Criton – 1945-04-07 – La Guerre et le Monde

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Le Courrier d’Aix – 1945-04-07 – La Guerre et le Monde.

 

Front de l’Ouest

Les événements sont si éloquents qu’ils rendent superflu tout commentaire. Le développement des opérations et le rythme de l’avance sont conformes aux prévisions. Aucune grande bataille ne peut survenir, car il n’y a plus de front ; l’armée allemande de la Ruhr, coupée puis encerclée par les Britanniques au nord et les Américains au sud, est en voie de destruction. La Hollande, débordée par les troupes anglaises qui se dirigent vers le nord, est rapidement évacuée. Les unités en fuite sont massacrées par l’aviation.

Au centre, une résistance assez cohérente s’appuie sur la Fulda. Plus au sud, la ligne d’occupation varie d’heure en heure en direction de Nuremberg.

Enfin, dans la région de Mannheim-Carlsruhe, ce sont les Français qui ont à leur tour franchi le Rhin. Cette nouvelle, qui a une signification morale et politique, a causé une grande joie. On pouvait craindre que nos armes ne figurent pas au rendez-vous des nations victorieuses à Leipzig et à Berlin.

L’impression recueillie par les Alliés sur les sentiments des Allemands est curieuse en ce sens que ce peuple dont on avait unifié la pensée, manifeste en ce moment les tendances les plus diverses, toutes les nuances, de l’accablement à la satisfaction. Ce qui déconcerte le plus ces gens crédules, est l’énormité des mensonges dont ils voient qu’ils ont été abreuvés. La masse se soumet aux ordres des vainqueurs avec sa ponctualité habituelle. Dans l’ensemble, les fanatiques s’avèrent peu nombreux. Il y avait au nazisme une immense opposition, particulièrement dans le sud. Dans beaucoup de cas, en Franconie, la fin de la guerre paraît une libération morale autant que physique comme un retour à la vérité et à la foi.

 

Front de l’Est

Le signal du dernier assaut n’est pas encore donné, ce qui confirme l’impression moins rapide qu’on ne l’escomptait dans les milieux politiques. L’essentiel de l’effort russe porte actuellement sur Vienne et sans doute ultérieurement, en direction de Prague.

Il ne serait d’ailleurs pas exact de dire qu’il n’y a plus d’armée allemande à l’est. Les défenses de l’Oder sont encore solidement tenues, et de sanglants combats demeurent probables. La propagande nazie a créé l’épouvantail des hordes asiatiques répandues sur le Reich. Le soldat se défend encore de tous ses moyens pour protéger l’existence des siens.

 

L’Activité Diplomatique

L’ampleur et l’importance des événements militaires ont détourné l’attention des conversations.

La conférence de San Francisco soulève peu de passions. Nous sommes loin des espoirs de la Société des Nations et de la paix perpétuelle, qui soutenaient beaucoup la foi en la civilisation en 1918. On parle d’une troisième guerre mondiale comme d’un événement inévitable mais possible. Les petites nations ont vite fait le point ; la vie sera dure aux faibles ; la domination âprement disputée entre les grands. La France cherche à ranimer le vieil idéal en se posant en défenseur de l’égalité morale des peuples. Soutenue en cela par le Vatican, elle voudrait que la paix du monde ne dépende pas de la volonté de quelques hommes ou même d’un seul.

Notre délégation sera conduite par M. Paul Boncour ; le vieux berger s’y reconnaîtra-t-il ? n’aurait-on pu trouver un apôtre plus jeune aux accents nouveaux ?

En marge de la conférence, on a souligné avec indignation que le français n’y serait pas langue diplomatique mais remplacé par l’espagnol avec le russe et naturellement l’anglais. Cette humiliation, d’ailleurs absurde, était-elle nécessaire ?

 

La Guerre en Extrême-Orient

Comme on s’y attendait, les Américains ont débarqué aux îles Riou-Kiou, sur la plus importante : Okinawa. Une fois installés, ils ne seront qu’à moins de huit cents kilomètres de leurs principaux objectifs et les communications du Japon avec la Chine du sud seront coupées.

En Indochine, la lutte continue. On compte sur une campagne de libération par l’armée française à la fin de l’automne, à moins que d’ici là….

 

                                                                                                           CRITON