Criton – 1945-06-30 – Les Réparations

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Le courrier d’Aix – 1945-06-30 – La Guerre et le Monde.

 

Les Réparations

Peu d’événements cette semaine : assez cependant pour rester soucieux. D’abord la Russie nous refuse le droit de siéger à Moscou à la Conférence des réparations, droit que les anglo-saxons nous accordaient. Fidèle à un dessein précis, la politique russe cherche à nous éviter. N’avons-nous pas cependant un droit de priorité aux réparations, nous qui étions en 1940 envahis et ravagés tandis que les Russes, d’accord avec Hitler, dépeçaient paisiblement la Pologne après la Finlande ?

 

Les Zones d’Occupation

En même temps, la nouvelle délimitation des zones d’occupation nous fait perdre le Wurtemberg et la partie de la Bavière qu’on nous croyait réservés. Encore rien n’est définitif.

 

L’Affaire de Syrie

Nos appels, dans le conflit Syrien, ont rencontré la froideur générale. Une note américaine coupe court aux projets de conférence. Pour sauver la face, nous proposons une enquête internationale afin de préparer un accord. Sans doute, l’enquête durera assez pour que les choses s’arrangent d’elles-mêmes, dans le sens que veulent les Anglais. Par ailleurs, la question turque va se poser bientôt, et cela pourrait changer l’aspect des choses.

 

L’Affaire d’Espagne

Enfin Laval, le vieux forban, a réussi à provoquer entre Franco et le gouvernement français une tension aigüe.

On devine l’affaire : Laval sait tout des intrigues de Madrid quand Pétain était ambassadeur. Renseigné par un intime du Maréchal, membre du C.S.A.R., qui assurait la liaison, il inspira les projets de réorganisation du pouvoir en France après la défaite prévue. Il sait les interventions de Franco, son rôle d’intermédiaire entre Pétain et l’attaché allemand.

Franco tient à éviter les indiscrétions et cherche aussi à sauver sa position en promettant aux Anglo-saxons, pour préserver l’Espagne d’une révolution profitable aux intrigues russes, de restaurer une monarchie dont il parle toujours et qui ne vient jamais.

On dit aussi que cette querelle subite avec la France est en relation avec la question marocaine qui se réveillerait bientôt.

 

Le Discours Parri

Tandis que nous mesurons notre isolement, le nouveau premier italien célèbre les bienfaits de ses hôtes Anglo-saxons, le concours généreux apporté à l’Italie, la reprise industrielle. Les groupes de résistance ont été désarmés en musique et décorés ; l’ordre règne.

Un petit attentat à Suse dans un poste français nous avertit que nos prétentions frontalières se heurteront à des résistances qui trouveront des appuis.

 

L’Affaire Belge

Le retour de Léopold III ne paraît pas aussi hasardeux qu’il semblait. Une large fraction de l’opinion voit sur la monarchie une garantie d’ordre et de travail. En Belgique comme ailleurs, certains résistants sont tombés dans un profond discrédit par leur incompétence et leurs excès. Enfin l’Angleterre, pour ses desseins propres appuie fortement le roi.

 

Les Elections Anglaises

La lutte porte exclusivement sur la question économique et sociale : les conservateurs veulent restaurer la liberté individuelle, traditionnelle, que les nécessités de la guerre ont contrainte. Rendre sa chance à l’initiative privée, rétablir la concurrence, réduire le rôle de l’Etat à surveiller l’Economie et à prévenir les abus.

Les Travaillistes luttent pour la nationalisation des entreprises, l’achèvement du programme d’économie dirigée, l’organisation de l’activité individuelle dans un plan général, la sécurité apaisant la liberté. La décision de l’électeur anglais aura une grande influence sur la politique sociale des pays de l’Europe Occidentale et leur avenir économique.

En Politique extérieure point de conflit : l’Angleterre, en accord avec les Dominions, semble avoir définitivement choisi sa voie ; comme Smuts l’a souligné, l’Empire britannique s’associera étroitement aux Etats-Unis, pour imposer sa paix au monde.

 

San Francisco

Pour ne rien omettre, disons que tout s’est bien passé à San Francisco. M. Truman a été applaudi, mais il se pourrait que Stettinius perde sa place.

Le drame polonais continuera de se jouer ; la formation d’un gouvernement qui a les apparences d’une coalition permet aux Anglo-saxons de se féliciter officiellement d’avoir sauvé l’indépendance polonaise. Cela pour la forme, car le problème national polonais demeure et rebondira bientôt. On sent que les concessions faites aux Russes par les Anglo-saxons ne sont que provisoires.

 

Extrême-Orient

La guerre continue. Les alliés ont repris le pétrole de Bornéo ; l’attaque du Japon même pourrait être proche. On parle officiellement d’une flotte qui s’avance. L’inquiétude à Tokyo touche au désespoir.

On demande des nouvelles de l’Indochine.

 

                                                                                                CRITON

Criton – 1945-06-23 – La Guerre et le Monde

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Le Courrier d’Aix – 1945-06-23 – La Guerre et le Monde

 

Les Négociations. Le Problème Polonais

Après les démonstrations de force, il s’agit pour les Anglo-Saxons de tirer parti de leur puissance. Les Russes ont cédé avec l’intention de ressaisir leurs avantages par des moyens obliques. Ainsi, au moment de former le gouvernement polonais ils ont inauguré le procès public des délégués arrêtés. Ceux-ci, évidemment, avaient combattu la Russie aussi bien que l’Allemagne. Les Soviets peuvent exiger d’un gouvernement polonais qu’il soit amical et en exclure leurs ennemis. Les Britanniques qui savaient à quoi s’en tenir sur leurs protégés, soutiennent que la Pologne ne saurait se donner des institutions libres que si les Russes l’évacuent. Mais cela pourra-t-il se faire, sinon par la force ?

 

Politique Soviétique

La politique soviétique est difficile à atteindre car elle emprunte tous les déguisements : en Syrie et en Algérie, les émeutes anti-françaises ont été appuyées par les agents du Kominterm camouflés en hitlériens ; à Trieste, ils sont devenus des nationalistes serbes ; en Tchécoslovaquie, ils sont parlementaristes et démocrates ; en Finlande, ils appuient les banquiers et les capitalistes contre le parti socialiste démocrate !

 

La Situation Italienne

L’Italie aussi s’agite. Les Anglo-Saxons avaient espéré maintenir un gouvernement fantôme de coalition et d’allure démocratique, élire un parlement et conserver la monarchie. Mais ils ont dû compter avec les Condottiere du maquis en Italie du Nord, décidés à jouer un rôle, appuyés de partisans armés. On fait un gouvernement composite où tous les chefs de partis devront s’accorder tandis que l’administration du pays demeure tout entière aux mains des Américains.

 

Au Vatican

L’événement de la semaine fut la nouvelle de la nomination prochaine d’un cardinal américain aux fonctions de Secrétaire d’Etat. Cela est l’aboutissement de longs pourparlers. Nous avons déjà entretenu nos lecteurs du rôle éminent que les Etats-Unis comptaient jouer en Italie pour assurer à l’Eglise une protection effective, pour demeurer en liaison avec la Suisse. Pour préserver le pays de la révolution, les Américains doivent établir dans la péninsule une base permanente. Le Vatican en choisissant un prélat américain pour diriger sa politique, consacre la déchéance de l’Europe comme centre de la chrétienté et du monde civilisé.

 

Rôle des Etats-Unis

Les Etats-Unis assument là une tâche et une responsabilité considérables ; en face de la poussée pan-slave et du nihilisme bolchévique, assurer l’équilibre et la paix du continent. Il semble que l’opinion française s’aperçoit – un peu tard –  et aussi notre diplomatie, que la position des Etats-Unis en Europe ne sera point temporaire comme en 1918, mais définitive. La déconvenue de Syrie aidant, la réception d’Eisenhower à Paris a été d’une chaleur significative.

 

L’Affaire de Syrie

Les Anglais, avec beaucoup d’habileté, s’efforcent de calmer l’opinion française. Le « Foreign Office » cherche même à persuader l’opinion anglaise que si l’Angleterre a dû se substituer à la France en Syrie, c’est la faute de De Gaulle « ennemi de l’Angleterre et de la démocratie » ! Churchill de son côté a su trouver de bonnes paroles et fait une promesse voilée de compensation éventuelle. Les bonnes paroles touchent quand on les sait sincères. Elles exaspèrent quand on en doute ; l’affaire de Syrie a surpris et blessé le peuple français ; coup traditionnel de la méthode politique britannique que rien ne saurait excuser.

 

L’Affaire Belge

La Belgique aussi s’agite. Derrière le roi Léopold pourtant bien impopulaire, des intérêts économiques durement touchés cherchent une revanche. L’occasion paraît mal choisie. Une crise nouvelle, certaine, renforcera les partis révolutionnaires. Peut-être à Londres ne voit-on pas que des inconvénients au chaos belge ?

 

Extrême-Orient

La lutte demeure implacable et méthodique. Destruction par l’aviation des villes moyennes du Japon, après les grandes ; derniers combats à Okinawa ; nouveaux débarquements à Bornéo où les puits de pétrole flambent. Comme le doit tout bouddhiste, les Japonais savent que « la loi du temps » a ramené le malheur, et qu’il est vain de s’opposer. Ils admettraient de se soumettre car il faut agir selon le temps. Mais ils sauront mourir aussi et même plus volontiers. Car le Nippon sait que l’Anglo-Saxon qui s’est fixé un but, n’en démord point et ne se repose que satisfait, la tâche achevée, sur le cadavre de son ennemi…

 

                                                                                                           CRITON

Criton – 1945-06-16 – La Guerre et le Monde

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Le Courrier d’Aix – 1945-06-16 – La Guerre et le Monde

 

La Situation Diplomatique

Depuis quelques jours, il était clair, comme nous le disions, que des décisions capitales se préparaient : nous y voilà.

Que s’est-il passé ? L’obstruction brutale que fit Molotof à San Francisco avait blessé profondément les Américains, d’autant que cela coïncidait avec la mort de Roosevelt et que le nouveau président avait besoin de succès pour affirmer son prestige.

On envoya donc M. Hopkins à Moscou. Celui-ci, qui passe pour expéditif, fit en quelques entretiens sentir le poids décisif de certains arguments auxquels nous avons fait précédemment allusion. Le résultat fut immédiat. Sur tous les points, les Russes ont cédé.

 

San Francisco  –  Trieste  –  Pologne

Ils ont d’abord retiré leurs objections au projet de veto : La conférence de San Francisco s’achèvera, comme primitivement prévu, sur un discours satisfait du président Truman. Le maréchal Tito a retiré, sans murmure, ses troupes de Trieste, accepté la nouvelle ligne de démarcation qui le chasse de Pola, de la Vénétie Julienne et de la Corinthie.

Enfin, les délégués polonais, cavalièrement jetés en prison, ont été libérés. Une conférence aura lieu à Moscou où les partis émigrés seront représentés, un gouvernement national polonais sera formé en présence des ambassadeurs de Grande-Bretagne et des Etats-Unis…

Tout porte à croire que, du même coup, la question d’Extrême-Orient et certains aspects du problème allemand ont reçu une solution….

 

La Parade de Francfort

En outre, sitôt après la conférence des chefs d’armées à Berlin, où Joukov s’était montré un peu arrogant, celui-ci était invité à Francfort sur-le-Main à une parade militaire monstre où le général russe fut décoré, tandis que passaient sur sa tête, dans un fracas terrifiant, quinze cents avions anglo-américains. Joukov en fut, dit-on, fort impressionné….

 

Problème Allemand

Un journal anglais, reconnaissait hier, comme nous, que les Alliés de l’Ouest avaient adopté en Allemagne une attitude malheureuse. Les Anglo-Américains se présentent en force de police ; tout contact avec la population est sévèrement interdit : Les Français, pour des raisons bien compréhensibles, n’ont pas cru devoir se retenir de piller et de se livrer à quelques désordres assez mal jugés au dehors, ce qui du point de vue politique (qui seul nous occupe ici) pourrait avoir des conséquences fâcheuses et durables.

Les Russes au contraire mettent sur pied une nouvelle Allemagne ; les prisonniers jugés bons sont libérés, même plusieurs des fameux généraux. Des syndicats ouvriers se constituent, inspirés et suscités par des Russes….

A Londres et à Washington on se rend compte qu’il faut prendre parti et s’occuper de l’organisation intérieure de l’Allemagne, qui doit reprendre un certain équilibre politique et social. Il est évident que le compartimentage en zones fermées n’est pas viable et que, directement ou indirectement, les Anglo-Saxons vont faire sentir leur présence dans la zone Russe d’où on voulait les éliminer.

 

L’Affaire de Syrie

Il est clair, au moment où la toute-puissance anglo-américaine se déploie, que la tentative de porter l’affaire de Syrie sur le plan international n’avait aucune chance de succès.

Bien plus, les communistes syriens, sur un mot d’ordre, se sont déclarés contre la France…

Les délégués des pays arabes se sont rangés aux côtés de l’Angleterre en s’opposant à une conférence des cinq puissances…

 

Extrême-Orient

Du côté militaire, on lutte pour la possession des champs pétrolifères de Bornéo, d’importance capitale pour l’approvisionnement de la flotte alliée, et dont les Japonais tiraient encore une grande part de leur carburant. Ceux-ci résistent, là comme à Okinawa où les Américains sont à plus rude épreuve qu’ils ne le prévoyaient. Un nouveau type d’avion nippon sans hélice, leur cause quelque souci….

Mais l’événement d’importance pour nous est l’offensive chinoise aux frontières d’Indochine. Les Chinois auraient même pénétré, près du Yuman, de 50 kilomètres dans notre colonie.

Pendant ce temps, notre corps expéditionnaire attend toujours les navires américains qui doivent le transporter sur le champ de bataille.

Il n’est pas besoin de souligner la gravité des choses. L’Indochine est indispensable à l’indépendance économique de la France. Veut-on nous en priver ? Craint-on notre présence en Extrême-Orient comme en Syrie ? Ou bien n’est-ce qu’un moyen de pression, toujours masqué par des paroles flatteuses, sur un gouvernement français dont, ni à Londres, ni à Washington, ni à Moscou on n’apprécie… la politique ?

Ici même, on a prêté peu d’attention à un discours de M. Herriot, où il est fait une allusion chaleureuse à notre amitié avec les Anglo-Saxons ; ce qui a été vivement commenté à Londres où, comme à Moscou et à Washington, le vieux président, pour des raisons diverses, est persona grata.

Où tend cette conspiration de l’isolement où l’on pousse la France ?

 

                                                                                                           CRITON

Criton – 1945-06-09 – La Guerre et le Monde

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Le Courrier d’Aix – 1945-06-09 – La Guerre et le Monde

 

L’Affaire de Syrie

On hésitait à croire, la semaine passée, malgré de sinistres présages, que l’Angleterre, cinq ans après Mersel-Kébir, expulserait la France de Syrie, au risque de compromettre à nouveau et pour longtemps, de bonnes relations pourtant nécessaires aux deux pays.

Eh bien non ! Notre flotte et notre prestige en Orient, sont de vieilles rivalités que rien n’a apaisées et où  il entre plus de passion encore que d’intérêt. Car l’Angleterre s’apercevra un jour qu’en chassant les Français de Damas, comme lorsqu’elle coula notre flotte, elle a commis une faute. Il n’y avait pas de raison vitale pour humilier à nouveau un peuple encore étourdi par ses malheurs et l’absence de nos troupes se fera sentir en Orient à l’heure du prochain soulèvement.

Le général de Gaulle a fait de l’affaire syrienne un exposé remarquable de sincérité et de modération. Cependant si injuste que soit notre infortune, ayons le courage de reconnaître combien il est dangereux de pratiquer une politique extérieure supérieure à ses moyens. On ravive des suspicions, suscite des hostilités pour se trouver ensuite humilié et seul.

Notre économie très affaiblie est complètement tributaire de nos alliés ; Nous sommes travaillés à l’intérieur par des forces d’inspiration étrangère qui visent à entretenir cette faiblesse. La question est de survivre, non de jouer un grand rôle. C’est en vain, croyons-nous, que notre diplomatie cherche à internationaliser le problème syrien.

La Russie, sollicitée d’intervenir, a répondu par une note vague dont il ne faut rien attendre. Les Russes préfèrent n’avoir en Orient que les Anglais pour adversaires. Comme leur propagande là-bas est essentiellement xénophobe, elle serait fatalement appelée à heurter nos intérêts et par là, à affaiblir la situation de ses agents en France même.

 

Les Iles du Dodécanèse

On apprend de source russe, que le patriarche Damaskinos d’Athènes a rendu visite aux insulaires du Dodécanèse croyant, comme allant de soi, que les îles faisaient retour à la Grèce.

Mais les Anglais ont déclaré que le problème serait examiné plus tard ! Rhodes est une position clef qu’on ne saurait laisser à d’autres ….

Toute l’affaire du Levant a été préparée à Londres minutieusement et de longue main.

 

La Défense Britannique en 1940

Fort à propos, les Anglais nous ont révélé les formidables moyens qu’ils possédaient en 40 pour défendre leur île par une ceinture de feu et les raisons pour lesquelles Hitler n’a pas osé tenter l’invasion. Et les Français accusaient naïvement les Anglais d’avoir négligé, comme nous, avant-guerre, leur préparation militaire !

 

San Francisco

Tandis que nous sommes sous le coup brutal des événements de Syrie, les affaires mondiales continuent d’évoluer vers un équilibre provisoire. A San Francisco, la conférence s’estompe lentement.

Les Russes tiennent ferme pour le veto qui en permettant à un pays d’empêcher tous les autres d’intervenir dans une querelle entre lui et quelque autre, rend au fond toute organisation de sécurité internationale parfaitement illusoire. On laissera sans doute le problème pendant.

 

A Berlin

A Berlin, se sont rencontrés les chefs militaires, et les difficultés majeures que l’on pouvait craindre dans l’organisation de l’Allemagne paraissent écartées. Staline a fait décorer Eisenhower et Montgomery de son ordre de 1re classe et De Lattre de l’ordre de seconde. On a le sens de la hiérarchie à Moscou. La diplomatie russe semble d’ailleurs chercher n’avoir avec la France que le minimum de contact… Par contre ayant poussé ses avantages au maximum et ne pouvant aller au-delà sans risquer un conflit elle se prépare à signer des accords avec ses grands partenaires.

 

Extrême-Orient

Bateaux japonais coulés, nouveaux progrès locaux, bombardement de Kobé, la lutte poursuit son rythme, mais les grandes actions se forgent dans le silence. Pendant ce temps, la Chine, un instant près de succomber, se ressaisit et ses armées remportent des succès.

Une Chine homogène et puissante correspond aux intérêts américains. En est-il de même pour les nôtres ? On attend que soient exactement définis nos droits et nos obligations dans cette partie du monde, car il y a des événements qui rendent méfiants…

 

                                                                                                           CRITON

Criton – 1945-06-02 – La Guerre et le Monde

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Le Courrier d’Aix – 1945-06-02 – La Guerre et le Monde.

 

Situation Diplomatique

Malgré les apparences tumultueuses que revêt inévitablement un monde qu’une immense secousse vient d’ébranler, la semaine a paru aux observateurs attentifs très apaisante.

 

Discours de Stettinius

  1. Stettinius a fait à San Francisco le discours d’un homme qui connaît les intentions et les besoins réels des peuples et de leurs chefs, qui sait pour quelles raisons un nouveau conflit prochain est impossible.

Répétons-le, la Russie n’entrera pas en lutte avec ses alliés. La situation alimentaire du pays est encore critique. Elle a besoin pour reconstituer son potentiel industriel de certains outillage qu’après la disparition de l’industrie allemande, les Etats-Unis sont seuls en mesure de fournir, et qu’il faudrait aux Russes des années pour construire eux-mêmes ; nous sommes d’ailleurs, toutes proportions gardées, dans le même cas. Enfin, Churchill a annoncé que la rencontre des trois Grands aurait lieu en juillet.

 

L’Affaire de Trieste

Ce qui n’a pas empêché Tito de faire un discours véhément où, comme d’usage, les menaces et les protestations de bonne volonté alternent. Les Anglo-Américains, loin d’être intimidés, poussent leurs troupes où il faut. Il s’ensuit des heurts assez brutaux, mais le canon reste muet.

En Italie, l’effervescence révolutionnaire des Comités de Libération, la pression des bandes armées se sont sensiblement calmées. Trieste, l’assassinat en Yougoslavie de patriotes italiens, il n’en fallait pas plus pour ébaucher une union nationale encore imparfaite, mais moins irréalisable que par le passé.

 

San Francisco

La Conférence, l’orage passé, poursuit son cours. Par-delà les querelles un peu byzantines sur le veto, on sent de mieux en mieux qu’il s’agit de constituer en Europe une armée internationale où tous les peuples auront, sinon des forces, du moins assez de figurants pour engager leur responsabilité, leur amour-propre et leur honneur. Cette armée, une fois constituée et installée, il ne sera pas sans danger de l’attaquer et par ce moyen artificiel mais sérieux, l’équilibre européen se reconstituera sous une autre forme. Dans un avenir plus lointain, la même tentative sera peut-être proposée pour l’Asie.

 

Syrie et Liban

Les incidents syro-libanais, auxquels le monde devrait cependant être accoutumé, ont pris les proportions d’un grand événement. Les Anglais, et plus modérément les Américains, ont pris à l’égard de notre occupation une attitude scandalisée qui ne saurait tromper.

Les Anglais, qui depuis la guerre ont aidé à la constitution d’une ligue panarabe, se sont fait les protecteurs de l’Islam, à des fins qui se devinent. On a oublié très opportunément les luttes de Palestine, les combats contre les Arabes au temps déjà effacé du Sionisme. L’Angleterre trouve, à propos de l’affaire de Syrie, l’occasion de témoigner aux chefs arabes et roitelets du Proche-Orient, l’intérêt qu’elle prend à défendre partout l’indépendance des peuples musulmans.

Mais au fond, on serait fort ennuyé si nous cédions, à moins de prendre notre place ; comédie et drame se confondent en ce coin du monde. Nul n’est dupe.

 

Extrême-Orient

Les hostilités toujours violentes, paraissent laisser les adversaires au même point. Les hécatombes d’Okinawa se multiplient sans résultat décisif. Et les « pilotes de la mort » ébrèchent un peu la flotte américaine sans en diminuer sérieusement la puissance.

La Russie reste énigmatique et l’on ne parle plus de négociations. Mais Tokyo et Yokohama brûlent et le blocus pas à pas se resserre ; les trous sont un à un bouchés. Comme au cours de toute cette campagne, le programme des Américains est étudié et exécuté, évalué, avec toute la précision dont ils sont capables. Les jours du Japon sont exactement comptés et déjà les usines de guerre retournent à leur œuvre de paix …. En Amérique.

 

                                                                                                           CRITON

Criton – 1945-05-26 – La Guerre et le Monde

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Le Courrier d’Aix – 1945-05 26 – La Guerre et le Monde.

 

L’impression profonde produite par l’attitude russe à San Francisco, aura des répercussions étendues. D’abord, dans les milieux parlementaires américains, l’isolationnisme assoupi s’est réveillé. Le citoyen des Etats-Unis a, pour les complications européennes, une aversion instinctive. Il n’aime pas les problèmes insolubles.

De plus, une campagne sourde, dont l’origine est évidente, a cherché à indisposer les populations délivrées à l’égard des libérateurs d’outre-Atlantique. Ceux-ci ont été affectés par le malaise et n’aspirent qu’au retour.

Au contraire, les milieux diplomatiques américains ont ressenti comme un échec personnel l’amoindrissement de leur prestige aux yeux des nations qu’on voulait impressionner. Stettinius, conseillé par le vieux Cordell Hull, a vivement réagi. D’abord, l’armée américaine d’occupation en Europe, qui devait n’être que de 400.000 hommes, s’élèvera à un million. Ensuite, la France qui depuis l’affaire Giraud, avait été tenue à l’écart, a été sollicitée d’entrer dans les conseils alliés ; notre part dans l’occupation de l’Allemagne sera élargie ; on reparle du bloc occidental ; notre contribution à la lutte contre le Japon, sera d’importance et à défaut d’une conférence Staline-Churchill-Truman qui paraît improbable, De Gaulle serait appelé à être le troisième.

Nous ne pouvons que nous réjouir de cette évolution. Déjà, dans l’affaire de Syrie, l’attitude anglaise se fait conciliante, et nous avons pu reprendre notre autorité dans le pays, malgré de nouveaux incidents avec les gouvernements locaux, comme par le passé.

Avec l’Italie, nous pourrons, sans trop soulever d’opposition, procéder aux rectifications de frontière qui s’imposent, et peut-être sauvegarder l’indépendance morale des populations du duché d’Aoste, encore attachées à la France, malgré une italianisation souvent brutale, que le fascisme n’avait fait que poursuivre.

Le retour de faveur dont notre pays va jouir, n’ira pas sans risques. Car notre position en Europe ne nous permet pas de paraître faire bloc contre les ambitions slaves.

L’affaire de Trieste, toujours aigüe, a soulevé en Italie les passions nationales. Comme nous l’avions indiqué, les anglo-américains ont fait les sacrifices nécessaires pour jouir en Italie d’une position privilégiée. On a l’impression que la Russie retiendra le maréchal Tito et cherchera un accord pour ne pas discréditer le parti communiste italien et son chef Togliati, ancien membre influent du Comintern, auprès de ses compatriotes. La Russie a besoin, en Italie comme ailleurs, d’agents actifs et influents à son service, pour faire échec aux menées anglo-saxonnes.

En Grèce, la partie se joue avec des alternances de succès et d’échec pour les deux blocs rivaux. La situation financière critique du pays rend l’intervention des anglo-américains nécessaire ; le dollar et la livre ont leur pouvoir.

En Bulgarie, les ambitions de Tito en Macédoine, rendent aussi quelques chances au parti de l’indépendance nationale. Même en Roumanie, les intrigues se nouent et se dénouent ; les Balkans seront toujours les Balkans.

En Allemagne, les Anglo-américains mesurent l’erreur qu’ils ont commise en partageant le pays en zones d’occupation, au lieu de lui conserver une unité administrative surveillée par un contrôle interallié. La zone russe est fermée et l’on risque de se trouver bientôt devant un gouvernement populaire allemand dont les intrigues se propageront à travers tout le pays et prépareront l’unité future quand l’occupation, tôt ou tard, prendra fin.

En Extrême-Orient, rien de saillant sur le plan militaire. Les bombardements et les destructions de convois continuent.

L’attitude de la Russie reste obscure : comme nous l’avions annoncé, les partis industriels et pacifistes ont trouvé à Moscou des intermédiaires pour essayer d’obtenir une pax de compromis. Leur échec était prévu.

On incline à penser que les Russes entreront en guerre au moment opportun pour s’assurer les territoires qu’ils convoitent et reprendre leur jeu en Chine du Nord. Cependant, on ne peut rien assurer ; toutes les surprises sont possibles.

En tout état de cause, les Américains détruiront le Japon et s’assureront des positions stratégiques telles, que le Pacifique tout entier sera solidement tenu.

 

                                                                                                           CRITON

Criton – 1945-05-19 – La Guerre et le Monde

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Le Courrier d’Aix – 1945-05-19 – La Guerre et le Monde.

 

Les cloches ont sonné ; les peuples ont manifesté leur joie, mais les diplomates sont soucieux.

On croyait qu’un accord existait sur les problèmes essentiels : nous avions cru pouvoir préciser, par exemple, le partage des zones d’occupation. Aucune confirmation officielle n’est venue. On apprenait par contre que les Russes avaient interdit l’accès de leur zone en Allemagne à tout étranger et qu’on y procédait en toute hâte l’épuration. Plus grave encore, Staline aurait avisé Churchill que les accords de Yalta étaient caducs.

Aussi le discours du Premier anglais était-il attendu avec impatience. Mais il ne contenait rien de significatif sinon les silences et cette phrase imprécise : « En Europe, nous devons nous assurer que les mots de liberté, démocratie et libération ne prennent pas un autre sens que celui que nous leur avions donné. »

Enfin, l’échec de la conférence de San Francisco, que les grands leaders ont quittée a produit une impression pénible. Les travaux se poursuivent dans l’ombre des Comités où, selon la tradition, des juristes épluchent des formules. En dernier ressort, on annonce que pour rétablir la situation une nouvelle entrevue Churchill-Truman-Staline s’impose.

                                                      XXXXXXXXXXXX

 

La Question d’Extrême-Orient, elle aussi, a évolué dans l’ombre. Churchill à l’automne, nous prédisait que la guerre contre le Japon serait terminée bientôt après celle d’Europe M on nous parle aujourd’hui, tant à Londres qu’à Washington, de dix-huit mois à deux ans, temps nécessaire pour que les Japonais enfermés dans leurs îles par le blocus, aient épuisé leurs stocks.

Les Japonais, sentant la partie perdue ont fait des offres de paix que les Russes se sont chargés de transmettre. Or les Anglo-Américains ne veulent accepter qu’une capitulation sans condition, c’est-à-dire l’occupation militaire des îles nippones et, à titre de précaution, pour assurer la sécurité collective, l’installation définitive de bases navales en tous les points stratégiques du Pacifique.

Les Russes, à San Francisco, ont déposé un amendement demandant que les mêmes bases fussent surveillées par tous les membres du Conseil des Nations, et non par les seuls Anglo-Américains. La Russie se verrait en effet, après la victoire commune, cernée en Asie, comme devant la Baltique et la Méditerranée par les canons des flottes et de l’aviation anglo-saxonnes.

On comprend que, forte de ses énormes sacrifices (la Russie a perdu 6 millions de soldats et autant de civils tandis que la Grande-Bretagne per 276.000 hommes et 60.000 civils), la Russie cherche à tirer le maximum d’avantages de sa position. Si elle ne peut sauver le Japon de la destruction, elle peut, par divers moyens, à l’abri de la neutralité prolonger de beaucoup la lutte sans pour cela risquer de perdre la possession finale des territoires (Corée, Mandchourie, Port-Arthur) qu’elle convoite. Car quelle armée pourrait, sur la terre d’Asie, s’opposer à la Russie actuelle ? Les Anglo-Saxons acceptent le challenge ; comme tojjours ils iront jusqu’au bout, quoi qu’il en coûte.

                                                      XXXXXXXXXXXXXX

 

En Europe, On ne saurait dissimuler que les problèmes comme ceux de Trieste ou de Pologne et même d’Allemagne et d’Autriche ne soient graves.

Sans doute tout s’arrangera lorsque les Russes, qui ont un besoin urgent de répit et de paix, sentiront qu’un mur leur est opposé.

Mais il faudrait arriver à un accord plus solide, sinon les profits de la victoire seraient bien minces. Pour l’immédiat, on va chercher à gagner du temps, mais le temps n’arrange pas toujours les choses, comme nous l’avons vu de 19 à 39, ni les conférences et les pactes, dont ceux qui ont suivi ces années-là avec attention n’attendent vraiment rien. Car les promesses ne valent que par la bonne volonté des hommes.

Des opérations militaires, peu à dire : Aux Philippines, en Birmanie, comme à Taracan et à Owashima, les Japonais après une période de flottement se sont ressaisis. Mais le blocus autour d’eux se resserre inexorablement ; les îles Riou-Kiou sont sous le feu de la flotte alliée. Les ports de Tokyo et de Nagoya sont bloqués. Toutes les garnisons japonaises de l’extérieur sont pratiquement isolées. Rien ne peut sauver les Nippons de la dent d’adversaires pour qui ni le temps ni l’argent ne comptent.

 

                                                                                                CRITON

Criton -1945-05-12- La Guerre et le Monde

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Le Courrier d’Aix – 1945-05-12 – La Guerre et le Monde

 

La Situation en Europe

La Bête est morte. Les Nazis ont, comme ils l’avaient juré, entrainé l’Allemagne dans leur chute. Une Nation disparaît pour longtemps, sinon pour toujours. Avec une incroyable obstination, pendant trente mois de défaites ininterrompues, tout un peuple s’est laissé broyer jusqu’à la fin.

Crions notre joie : la mort a passé sur nous. Nous avons fait l’expérience de l’esclavage auquel nous étions destinés. Quel que soit l’avenir, la France vient d’échapper au seul danger qui devait être mortel.

Cependant, dans son profond bon sens, le peuple français pressent que la lutte pour son existence n’est pas finie avec la disparition de son ennemi. Le 8 mai 1945 n’est pas le 11 novembre 18. Ce fut alors non seulement une délivrance, mais un grand espoir. La paix semblait devant nous. Des principes généreux devaient assurer l’indépendance et la sécurité des peuples, petits et grands. Le règne du mensonge étai tfini. Qui aujourd’hui l’oserait croire ?

Les Allemands ont donc capitulé. Après avoir tenté de résister encore, les troupes de Bohême se sont rendues à leur tour. L’Allemagne n’aura, comme nous l’avons dit, pas de gouvernement propre. Les Alliés, chacun dans leur zone, administreront le pays.

D’après les bruits, la part faite à la France serait belle : la région comprise entre Rhin et Moselle depuis Coblentz au Nord ; le Pays de Bade et le Wurtemberg jusqu’à Ulm à l’Est, et la frontière suisse au Sud ; enfin une partie de l’Autriche.

Les Russes occuperaient l’Allemagne jusqu’à l’Elbe ; les Anglais le littoral de la Mer du Nord, le Canal de Kiel, Brême et Hambourg. Les Américains le centre jusqu’à la Saxe et la Bavière. L’Autriche serait dévolue à chacun des quatre Alliés.

La lutte n’était pas encore terminée qu’un conflit aigu éclatait à propos de Trieste. Les Anglais, accourus en hâte, l’enlevaient aux troupes du maréchal Tito qui achevaient de la conquérir. Trieste, débouché de l’Europe centrale, position clé de la Méditerranée.

Obligés de renoncer à la Grèce, les Anglais veulent à tout prix conserver quelques points stratégiques en Europe méditerranéenne. Aussi a-t-on vu Churchill envoyer à Bonomi un télégramme de félicitations à l’occasion de la délivrance ! L’Italie va être admise à San Francisco. L’éponge est passée : politique d’abord !

 

La Conférence de San Francisco

L’arrestation et la disparition en Russie de la délégation polonaise de Londres, a été rendue publique. Une note conjointe anglo-américaine annonce que par suite de l’affaire, les pourparlers concernant la Pologne sont rompus. Grosse émotion dans le monde entier, même en France, ù le procédé a été jugé un peu médiéval.

Il n’y a pas lieu de s’émouvoir outre mesure. Le lendemain, on annonçait que les pourparlers sur les crédits à long terme que l’Amérique doit consentir à la  Russie se poursuivaient. M. Mikolaczik, président du Gouvernement polonais de Londres, était invité à Moscou et devait participer au Gouvernement de Varsovie.

Les Russes, par leur position en Extrême-Orient, tiennent en main un atout considérable dont ils jouent à fond pour s’établir en Europe. En bons Orientaux, ils savent faire alterner l’amabilité et l’intimidation. Nous en verrons d’autres au cours de cette lutte entre impérialismes dont les petits Etats feront les frais. Mais un grand conflit n’est pas pour demain.

 

La Guerre en Extrême-Orient

La grande bataille d’Okinawa continue. Les Japonais s’accrochent avec acharnement. Par contre, la victoire anglaise en Birmanie prépare la libération prochaine de toute l’Asie du Sud. Anglais et Américains veulent achever le Japon comme ils ont fait de l’Allemagne. Mais la décision russe reste tout aussi mystérieuse.

On a beaucoup remarqué, ces derniers temps, comme le bloc anglo-américain s’était raffermi. L’influence anglaise en Europe reposait sur l’équilibre européen. Celui-ci est définitivement rompu. Le vœu profond des Etats-Unis est de diriger l’ensemble des deux empires et des dominions pour contrôler l’ensemble du monde, moins l’Asie russe et l’Europe.

L’Angleterre se résignera-t-elle à cette politique nouvelle qui lui répugne ? Cherchera-t-elle avec les Etats-Unis à conserver en Europe occidentale des positions solides jusqu’à la limite du possible ? Ou laissera-t-on l’Europe à son destin ? Telle semble en ces jours d’armistice la situation des grandes politiques.

 

                                                                                                                      CRITON

Criton – 1945-05-05 – La Guerre et le Monde

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Le Courrier d’Aix – 1945-05-05 – La Guerre et le Monde.

 

La Situation en Europe

Comme nous le pressentions, nous touchons aux derniers jours de cette guerre. Le fameux réduit était bien un mythe, et partout les nazis se disloquent et se liquident eux-mêmes.

On devine les querelles entre survivants. Himmler a demandé la capitulation ; Hitler s’y opposait. Himmler l’a peut-être tué, avant de négocier avec les alliés, et Doenitz, successeur désigné par Hitler en annonçant la mort du führer, a beau proclamer que la guerre continue, l’événement fera tomber les armes des mains des Allemands.

Ce n’est plus la ligne de front que nous avons à décrire, ce sont les taches qui, sur la carte ne sont pas encore occupées par les Alliés. Dans les Alpes austro-bavaroises, de même qu’en Italie, plus grande résistance. En Autriche, les chars alliés circulent librement. Par contre, pour des raisons peut-être militaires, peut-être politiques, Prague et la Bohême ne sont pas libérées.

Au Nord, la jonction n’est pas encore faite entre les Russes venus de Stettin et les Anglais près de Lübeck. Restent à délivrer le Danemark, la Norvège et la partie occidentale de la Hollande. Les négociations entre Seiss-Inquart et les Anglais pour ravitailler le pays font espérer une reddition prochaine.

Le parti nazi est disloqué ; il n’y a plus pratiquement de chef. Chacun agira à sa guise. Ce qui rend difficile à prévoir le jour du dernier combat. En fait, la suite des opérations militaires importe peu ! Ce sont les problèmes plus angoissants de l’organisation de la paix qui retiennent l’attention.

 

La Conférence de San Francisco

Cette conférence qui paraissait bien académique a pris tout de suite un caractère orageux. Les Français en général ne s’y intéressaient pas « Alors que la guerre n’est pas finie, il est bien tôt de vouloir prévenir les agressions futures. Parlons plutôt de sauver de la faim les peuples délivrés, de fixer les frontières, dresser les plans de la reconstruction, régler le statut de l’Allemagne, restaurer l’ordre économique, le commerce international, etc. etc. ».

C’est que l’on ne voyait pas les buts du président Roosevelt en organisant la conférence : Réunir sur le sol des Etats-Unis victorieux, une assemblée de tous les peuples qu’il fallait impressionner par le spectacle d’une nation à l’apogée de sa puissance, au maximum de son effort de guerre, riche, ordonnée, prospère. Montrer aux autres grands et demi-grands avec quel empressement la quasi-totalité des petites nations, surtout les américaines, se rangeaient aux avis des E.U. Surtout, il s’agissait, sous prétexte d’organiser la sécurité collective par une force internationale, de s’assurer d’une part, légalement et pour toujours, la possession de bases navales et militaires dans tous les coins du monde, et d’autre part une porte ouverte, un droit de contrôle sur les petits et moyens états que d’autres voudraient pratiquement annexer en fermant leurs frontières.

Tandis que les Anglais se taisaient, fidèles à leur politique traditionnelle du « Wait and See », les Russes déchainaient le conflit dès le premier jour, en exigeant que les Etats-Unis ne s’attribuent pas la présidence et que les quatre grandes puissances l’exercent à tour de rôle. A peine Molotof avait-il satisfaction qu’un autre conflit éclatait à propos de l’Argentine que la Russie voulait exclure à cause de son attitude pro-nazie. Ici, insuccès. On réclama, en manière de contre-proposition, l’admission d’une Pologne libre, et Molotof n’entraîna avec lui que la Tchéco-Slovaquie, la Yougoslavie et, grave échec aux Anglais, la Grèce. La France, qui sait tout le prix de l’alliance russe pour sa sécurité, s’abstint très sagement.

Enfin, dernier conflit : le nouveau gouvernement autrichien formé à l’instigation des Russes à Vienne n’est pas reconnu par l’Angleterre et les Etats-Unis. Le général Smuts, grand homme d’Etat et bon prophète, s’est montré bien pessimiste : paix ou trêve encore !

 

La Guerre en Extrême-Orient

Les Japonais ont réagi et les Américains sont sérieusement accrochés à Okinawa et aux Philippines. Les « pilotes de la mort » ont fait quelques dégâts à la flotte des E.U. Par contre, les Anglais en Birmanie ont fait des progrès considérables. Rangoon encerclé grâce à un débarquement au sud, parait devoir tomber. On suit en France les événements avec beaucoup d’attention à cause de l’Indochine. Derrière ces faits de guerre se déroulent des tractations mystérieuses à l’orientale. La paix et la guerre se marchandent.

 

                                                                                                           CRITON

Criton – 1945-04-28 – La Guerre et le Monde

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Le Courrier d’Aix – 1945-04-28 – La Guerre et le Monde.

 

Front de l’Ouest

La fin est proche, plus proche qu’on n’osait l’espérer il y a quelques jours encore. L’élan décisif des troupes françaises a forcé l’entrée de la vallée du Danube. Stuttgart, Ulm ont été dépassés ; les Américains, de leur côté, ont franchi le fleuve ;  Munich va être atteinte. Le fameux « réduit » bavarois est peut-être un mythe. D’autre part, la jonction des Américains et des Russes est chose faite ; Berlin tombe. Seuls les Anglais rencontrent une résistance opiniâtre autour de Brême et de Hambourg.

Les derniers nazis semblent avoir mis leur dernier espoir en Norvège dont ils cherchent à protéger l’accès en tenant les ports de la Mer du Nord et le Danemark. Mais les poches de résistance fondent avec une telle rapidité qu’on peut s’attendre à ce que la tourmente du désespoir emporte la volonté des plus tenaces.

Il était temps. Les Anglais font ressortir que cette dernière phase de la guerre fut une lutte contre la montre. Ils ont découvert en Allemagne des dépôts énormes d’armes secrètes, de V3, de bombes à gaz, qu’il n’eût fallu que quelques semaines aux Allemands pour projeter sur l’Angleterre. C’est l’aviation qui a gagné la guerre, en retardant constamment par ses destructions la mise en place des engins préparés. On s’explique ainsi que les Allemands aient espéré jusqu’au bout, contre toute vraisemblance.

 

Front de l’Est

Les Russes ont consacré toutes leurs forces à la gloire de planter sur les ruines de Berlin le drapeau rouge. Pour des raisons diplomatiques, l’avance en Autriche et en Tchécoslovaquie a été arrêtée. Ils attendent les Américains aux points convenus.

Dans toutes les régions où sont installés les Russes, hommes et femmes sont soumis au travail obligatoire. Les Allemands connaissent la peine qu’ils ont infligée aux vaincus d’hier.

 

Problèmes Politiques

Le problème polonais demeure au centre des préoccupations. Les Russes ont signé un pacte définitif avec leur gouvernement polonais. Les démarches de plus en plus conciliantes du président Mikolajezik, de Londres, sont restées sans réponse. MM. Steltinius et Eden cherchent, avant la conférence de San Francisco, avec M. Molotof, une solution honorable.

Comment exclure du gouvernement polonais les divisions qui se battent vaillamment en Italie et en Allemagne du Nord, les partis représentés à Londres, les valeureux combattants de la Résistance qui ont continué jusqu’au bout l’œuvre des malheureux défenseurs de Varsovie l’an passé. Le problème est posé et préoccupe beaucoup les Anglais dont la parole est engagée.

On agite également le problème suédois. Si la Norvège est le dernier refuge des nazis qu’il faudra exterminer dans ce pays difficile, les Suédois ne devront-ils pas sortir de leur neutralité pour aider enfin les nations unies ? Qui les retient ? Est-ce le souci de la neutralité dont, à Stockholm, on s’est fait une sorte de religion ? Est-ce que du côté Russe, où la Suède n’est guère sympathique, qu’on s’oppose à son intervention, comme auparavant à celle de la Turquie ? Nous saurons bientôt de quel côté a penché la balance.

 

La Guerre en Extrême-Orient

On a été surpris des mots élogieux des condoléances prodiguées par la presse et le gouvernement japonais à l’occasion de la mort du président Roosevelt. Hier, on apprenait la rupture avec l’Allemagne hitlérienne, le renvoi des officiels allemands du Japon, la fermeture des frontières aux fugitifs de marque. Tout confirme que les Japonais cherchent une issue.

Le discours de M. Churchill et les déclarations de M. Truman laissent peu d’espoir d’une autre paix que celle qui suivra la victoire totale. Mais là encore, il y a la Russie qui peut avoir sur le sort du Japon une influence décisive. Et Moscou n’a pas dit son dernier mot.

En attendant, la lutte se poursuit sans événement notable mais le lacet qui étrangle les îles nipponnes se resserre un peu chaque jour. Notre poignée de héros lutte avec succès en Indochine et des secours réussissent à leur parvenir par parachute. On commence à connaître les ténébreuses tractations qui ont livré notre colonie aux Japonais.

On va savoir bientôt aussi, puisque Pétain va rentrer en France en voiture cellulaire, ce qui s’est tramé avant 1939 entre lui et les chefs nazis et ce qui a préparé notre désastre.

Quelques patriotes ont failli payer de leur honneur d’avoir dévoilé en 1940 aux Français confiants, ce qu’ils savaient des coulisses politiques où s’était agité le maréchal. Ces Français-là auront demain la joie amère de s’entendre donner raison.         

 

                                                                                                           CRITON