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Le Courrier d’Aix – 1945-06-09 – La Guerre et le Monde
L’Affaire de Syrie
On hésitait à croire, la semaine passée, malgré de sinistres présages, que l’Angleterre, cinq ans après Mersel-Kébir, expulserait la France de Syrie, au risque de compromettre à nouveau et pour longtemps, de bonnes relations pourtant nécessaires aux deux pays.
Eh bien non ! Notre flotte et notre prestige en Orient, sont de vieilles rivalités que rien n’a apaisées et où il entre plus de passion encore que d’intérêt. Car l’Angleterre s’apercevra un jour qu’en chassant les Français de Damas, comme lorsqu’elle coula notre flotte, elle a commis une faute. Il n’y avait pas de raison vitale pour humilier à nouveau un peuple encore étourdi par ses malheurs et l’absence de nos troupes se fera sentir en Orient à l’heure du prochain soulèvement.
Le général de Gaulle a fait de l’affaire syrienne un exposé remarquable de sincérité et de modération. Cependant si injuste que soit notre infortune, ayons le courage de reconnaître combien il est dangereux de pratiquer une politique extérieure supérieure à ses moyens. On ravive des suspicions, suscite des hostilités pour se trouver ensuite humilié et seul.
Notre économie très affaiblie est complètement tributaire de nos alliés ; Nous sommes travaillés à l’intérieur par des forces d’inspiration étrangère qui visent à entretenir cette faiblesse. La question est de survivre, non de jouer un grand rôle. C’est en vain, croyons-nous, que notre diplomatie cherche à internationaliser le problème syrien.
La Russie, sollicitée d’intervenir, a répondu par une note vague dont il ne faut rien attendre. Les Russes préfèrent n’avoir en Orient que les Anglais pour adversaires. Comme leur propagande là-bas est essentiellement xénophobe, elle serait fatalement appelée à heurter nos intérêts et par là, à affaiblir la situation de ses agents en France même.
Les Iles du Dodécanèse
On apprend de source russe, que le patriarche Damaskinos d’Athènes a rendu visite aux insulaires du Dodécanèse croyant, comme allant de soi, que les îles faisaient retour à la Grèce.
Mais les Anglais ont déclaré que le problème serait examiné plus tard ! Rhodes est une position clef qu’on ne saurait laisser à d’autres ….
Toute l’affaire du Levant a été préparée à Londres minutieusement et de longue main.
La Défense Britannique en 1940
Fort à propos, les Anglais nous ont révélé les formidables moyens qu’ils possédaient en 40 pour défendre leur île par une ceinture de feu et les raisons pour lesquelles Hitler n’a pas osé tenter l’invasion. Et les Français accusaient naïvement les Anglais d’avoir négligé, comme nous, avant-guerre, leur préparation militaire !
San Francisco
Tandis que nous sommes sous le coup brutal des événements de Syrie, les affaires mondiales continuent d’évoluer vers un équilibre provisoire. A San Francisco, la conférence s’estompe lentement.
Les Russes tiennent ferme pour le veto qui en permettant à un pays d’empêcher tous les autres d’intervenir dans une querelle entre lui et quelque autre, rend au fond toute organisation de sécurité internationale parfaitement illusoire. On laissera sans doute le problème pendant.
A Berlin
A Berlin, se sont rencontrés les chefs militaires, et les difficultés majeures que l’on pouvait craindre dans l’organisation de l’Allemagne paraissent écartées. Staline a fait décorer Eisenhower et Montgomery de son ordre de 1re classe et De Lattre de l’ordre de seconde. On a le sens de la hiérarchie à Moscou. La diplomatie russe semble d’ailleurs chercher n’avoir avec la France que le minimum de contact… Par contre ayant poussé ses avantages au maximum et ne pouvant aller au-delà sans risquer un conflit elle se prépare à signer des accords avec ses grands partenaires.
Extrême-Orient
Bateaux japonais coulés, nouveaux progrès locaux, bombardement de Kobé, la lutte poursuit son rythme, mais les grandes actions se forgent dans le silence. Pendant ce temps, la Chine, un instant près de succomber, se ressaisit et ses armées remportent des succès.
Une Chine homogène et puissante correspond aux intérêts américains. En est-il de même pour les nôtres ? On attend que soient exactement définis nos droits et nos obligations dans cette partie du monde, car il y a des événements qui rendent méfiants…
CRITON