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Le Courrier d’Aix – 1945-06-02 – La Guerre et le Monde.
Situation Diplomatique
Malgré les apparences tumultueuses que revêt inévitablement un monde qu’une immense secousse vient d’ébranler, la semaine a paru aux observateurs attentifs très apaisante.
Discours de Stettinius
- Stettinius a fait à San Francisco le discours d’un homme qui connaît les intentions et les besoins réels des peuples et de leurs chefs, qui sait pour quelles raisons un nouveau conflit prochain est impossible.
Répétons-le, la Russie n’entrera pas en lutte avec ses alliés. La situation alimentaire du pays est encore critique. Elle a besoin pour reconstituer son potentiel industriel de certains outillage qu’après la disparition de l’industrie allemande, les Etats-Unis sont seuls en mesure de fournir, et qu’il faudrait aux Russes des années pour construire eux-mêmes ; nous sommes d’ailleurs, toutes proportions gardées, dans le même cas. Enfin, Churchill a annoncé que la rencontre des trois Grands aurait lieu en juillet.
L’Affaire de Trieste
Ce qui n’a pas empêché Tito de faire un discours véhément où, comme d’usage, les menaces et les protestations de bonne volonté alternent. Les Anglo-Américains, loin d’être intimidés, poussent leurs troupes où il faut. Il s’ensuit des heurts assez brutaux, mais le canon reste muet.
En Italie, l’effervescence révolutionnaire des Comités de Libération, la pression des bandes armées se sont sensiblement calmées. Trieste, l’assassinat en Yougoslavie de patriotes italiens, il n’en fallait pas plus pour ébaucher une union nationale encore imparfaite, mais moins irréalisable que par le passé.
San Francisco
La Conférence, l’orage passé, poursuit son cours. Par-delà les querelles un peu byzantines sur le veto, on sent de mieux en mieux qu’il s’agit de constituer en Europe une armée internationale où tous les peuples auront, sinon des forces, du moins assez de figurants pour engager leur responsabilité, leur amour-propre et leur honneur. Cette armée, une fois constituée et installée, il ne sera pas sans danger de l’attaquer et par ce moyen artificiel mais sérieux, l’équilibre européen se reconstituera sous une autre forme. Dans un avenir plus lointain, la même tentative sera peut-être proposée pour l’Asie.
Syrie et Liban
Les incidents syro-libanais, auxquels le monde devrait cependant être accoutumé, ont pris les proportions d’un grand événement. Les Anglais, et plus modérément les Américains, ont pris à l’égard de notre occupation une attitude scandalisée qui ne saurait tromper.
Les Anglais, qui depuis la guerre ont aidé à la constitution d’une ligue panarabe, se sont fait les protecteurs de l’Islam, à des fins qui se devinent. On a oublié très opportunément les luttes de Palestine, les combats contre les Arabes au temps déjà effacé du Sionisme. L’Angleterre trouve, à propos de l’affaire de Syrie, l’occasion de témoigner aux chefs arabes et roitelets du Proche-Orient, l’intérêt qu’elle prend à défendre partout l’indépendance des peuples musulmans.
Mais au fond, on serait fort ennuyé si nous cédions, à moins de prendre notre place ; comédie et drame se confondent en ce coin du monde. Nul n’est dupe.
Extrême-Orient
Les hostilités toujours violentes, paraissent laisser les adversaires au même point. Les hécatombes d’Okinawa se multiplient sans résultat décisif. Et les « pilotes de la mort » ébrèchent un peu la flotte américaine sans en diminuer sérieusement la puissance.
La Russie reste énigmatique et l’on ne parle plus de négociations. Mais Tokyo et Yokohama brûlent et le blocus pas à pas se resserre ; les trous sont un à un bouchés. Comme au cours de toute cette campagne, le programme des Américains est étudié et exécuté, évalué, avec toute la précision dont ils sont capables. Les jours du Japon sont exactement comptés et déjà les usines de guerre retournent à leur œuvre de paix …. En Amérique.
CRITON