Criton – 1945-06-23 – La Guerre et le Monde

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Le Courrier d’Aix – 1945-06-23 – La Guerre et le Monde

 

Les Négociations. Le Problème Polonais

Après les démonstrations de force, il s’agit pour les Anglo-Saxons de tirer parti de leur puissance. Les Russes ont cédé avec l’intention de ressaisir leurs avantages par des moyens obliques. Ainsi, au moment de former le gouvernement polonais ils ont inauguré le procès public des délégués arrêtés. Ceux-ci, évidemment, avaient combattu la Russie aussi bien que l’Allemagne. Les Soviets peuvent exiger d’un gouvernement polonais qu’il soit amical et en exclure leurs ennemis. Les Britanniques qui savaient à quoi s’en tenir sur leurs protégés, soutiennent que la Pologne ne saurait se donner des institutions libres que si les Russes l’évacuent. Mais cela pourra-t-il se faire, sinon par la force ?

 

Politique Soviétique

La politique soviétique est difficile à atteindre car elle emprunte tous les déguisements : en Syrie et en Algérie, les émeutes anti-françaises ont été appuyées par les agents du Kominterm camouflés en hitlériens ; à Trieste, ils sont devenus des nationalistes serbes ; en Tchécoslovaquie, ils sont parlementaristes et démocrates ; en Finlande, ils appuient les banquiers et les capitalistes contre le parti socialiste démocrate !

 

La Situation Italienne

L’Italie aussi s’agite. Les Anglo-Saxons avaient espéré maintenir un gouvernement fantôme de coalition et d’allure démocratique, élire un parlement et conserver la monarchie. Mais ils ont dû compter avec les Condottiere du maquis en Italie du Nord, décidés à jouer un rôle, appuyés de partisans armés. On fait un gouvernement composite où tous les chefs de partis devront s’accorder tandis que l’administration du pays demeure tout entière aux mains des Américains.

 

Au Vatican

L’événement de la semaine fut la nouvelle de la nomination prochaine d’un cardinal américain aux fonctions de Secrétaire d’Etat. Cela est l’aboutissement de longs pourparlers. Nous avons déjà entretenu nos lecteurs du rôle éminent que les Etats-Unis comptaient jouer en Italie pour assurer à l’Eglise une protection effective, pour demeurer en liaison avec la Suisse. Pour préserver le pays de la révolution, les Américains doivent établir dans la péninsule une base permanente. Le Vatican en choisissant un prélat américain pour diriger sa politique, consacre la déchéance de l’Europe comme centre de la chrétienté et du monde civilisé.

 

Rôle des Etats-Unis

Les Etats-Unis assument là une tâche et une responsabilité considérables ; en face de la poussée pan-slave et du nihilisme bolchévique, assurer l’équilibre et la paix du continent. Il semble que l’opinion française s’aperçoit – un peu tard –  et aussi notre diplomatie, que la position des Etats-Unis en Europe ne sera point temporaire comme en 1918, mais définitive. La déconvenue de Syrie aidant, la réception d’Eisenhower à Paris a été d’une chaleur significative.

 

L’Affaire de Syrie

Les Anglais, avec beaucoup d’habileté, s’efforcent de calmer l’opinion française. Le « Foreign Office » cherche même à persuader l’opinion anglaise que si l’Angleterre a dû se substituer à la France en Syrie, c’est la faute de De Gaulle « ennemi de l’Angleterre et de la démocratie » ! Churchill de son côté a su trouver de bonnes paroles et fait une promesse voilée de compensation éventuelle. Les bonnes paroles touchent quand on les sait sincères. Elles exaspèrent quand on en doute ; l’affaire de Syrie a surpris et blessé le peuple français ; coup traditionnel de la méthode politique britannique que rien ne saurait excuser.

 

L’Affaire Belge

La Belgique aussi s’agite. Derrière le roi Léopold pourtant bien impopulaire, des intérêts économiques durement touchés cherchent une revanche. L’occasion paraît mal choisie. Une crise nouvelle, certaine, renforcera les partis révolutionnaires. Peut-être à Londres ne voit-on pas que des inconvénients au chaos belge ?

 

Extrême-Orient

La lutte demeure implacable et méthodique. Destruction par l’aviation des villes moyennes du Japon, après les grandes ; derniers combats à Okinawa ; nouveaux débarquements à Bornéo où les puits de pétrole flambent. Comme le doit tout bouddhiste, les Japonais savent que « la loi du temps » a ramené le malheur, et qu’il est vain de s’opposer. Ils admettraient de se soumettre car il faut agir selon le temps. Mais ils sauront mourir aussi et même plus volontiers. Car le Nippon sait que l’Anglo-Saxon qui s’est fixé un but, n’en démord point et ne se repose que satisfait, la tâche achevée, sur le cadavre de son ennemi…

 

                                                                                                           CRITON