Criton – 1945-09-22 – La Conférence de Londres

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Le Courrier d’Aix – 1945-09-22 – Le Chemin de la Paix.

 

La Conférence de Londres

Londres est en ce moment le centre de l’activité diplomatique. Comme toujours, la Conférence elle-même n’est là que pour offrir aux hommes d’Etat une occasion de discours en public et de contacts privés, le fond des questions, – en l’espèce le traité avec l’Italie, – ayant été réglé depuis longtemps dans le secret.

 

Le Discours Molotov

Molotov, qui est décidément un humoriste, a voulu refaire à Londres son « coup de San Francisco ». Toute la presse anglaise s’est dressée d’indignation quand il a réclamé pour l’U.R.S.S. un mandat sur la Tripolitaine ! « Pourquoi un mandat anglais sur la Mongolie extérieure ? ». Il a fait allusion aussi à l’idée d’un mandat collectif sur les colonies, ce qui touche les Anglais au point sensible.

Il ne faut pas, semble-t-il, prendre au sérieux ces prétentions russes sur la Méditerranée. La Russie veut marquer ses droits partout pour les monnayer contre des avantages précis dans des contrées qui l’intéressent ; on parle de Tripolitaine mais on pense à la Perse.

 

La Politique Russe

Ce qui nous touche davantage, ce sont les attaques de la presse russe contre le général de Gaulle. On va jusqu’à l’accuser de vouloir créer, par un bloc occidental, un « cordon sanitaire » contre l’U.R.S.S. On sent, dans ses relations avec la Suède, la France, la Suisse, l’Espagne et le Vatican, que la Russie n’entend pas s’accommoder d’autres forces en Europe que des forces prorusses et de régimes d’obédience soviétique.

Par ailleurs, devant les difficultés intérieures auxquelles nous avons fait allusion précédemment, Staline a riposté par une intensification de la propagande et du travail. Sans lui laisser le temps de souffler, il lance la Russie, bride abattue, dans la course à la production : reconstruction, « reconversion » des usines de guerre, édification de centres de fabrication géants ; une espèce de mégalomanie industrielle, fiévreuse et forcenée, doit se communiquer à tout le peuple ; slogans, records, cascades de chiffres, tout redouble.

Enfin, les méthodes radicales de la révolution de 1917 sont appliquées en Pologne et en Yougoslavie, aussi en Bulgarie et en Roumanie (quoique à un moindre degré) : terrorisme policier, massacre des officiers de l’ancienne armée, arrestation des évêques, meurtres de prêtres, emprisonnement des propriétaires et des notables et confiscation de leurs biens, pour décapiter ce qui pourrait être une opposition à la pénétration soviétique. C’est ce que Molotov appelle « des gouvernements démocratiques soutenus par la majorité de la population ».

Cependant, malgré cette énorme poussée et les excès de langage, la politique russe reste prudente.

 

Les Relations Franco-Anglaises

Comme nous l’avions fait prévoir, les relations Franco-anglaises seront difficiles à régler. A l’inverse de ce qui se passa avant 1914, c’est aujourd’hui l’Angleterre qui a besoin de l’alliance française.

Loin de chercher à constituer en Europe un bloc anti-Russe, le général de Gaulle veut éviter qu’il nous arrive une troisième fois d’être liés au sort de l’Angleterre et que nous soyons entraînés dans une guerre pour des intérêts qui ne nous touchent qu’indirectement.

Ou la paix qui s’ouvre n’est qu’un court entracte de quelques dix ans, et ce qui reste d’Europe sera submergé sans que les Anglais y puissent rien, – ou bien nous allons aboutir à une entente équilibrée entre les trois grandes Nations, et toute alliance particulière sera inutile….

 

Les Négociations Anglo-Américaines

Lord Keynes et Lord Halifax jouent en Amérique une rude partie. Après la dénonciation de l’accord prêts-bails, les crédits américains à la Grande-Bretagne sont pour celle-ci une question vitale. Cependant, les négociateurs anglais soutiennent que si les conditions américaines étaient inacceptables, l’Angleterre, à son grand regret se replierait sur elle-même et organiserait une autarchie dont le régime de guerre facilite la réalisation.

Par ailleurs, M. Hoover, ancien président des Etats-Unis et mentor du parti républicain, a fait un discours très écouté où il met en garde les Américains contre des largesses excessives et l’octroi dangereux de crédits à des pays plus ou moins solvables. Il s’agit là d’une autre forme d’isolationnisme qui n’est pas mort aux Etats-Unis. Cela pourrait peser sur les décisions de Truman ; il est peu probable que les Anglais obtiennent les 4 ou 5 milliards de dollars qu’ils sollicitent …..

 

L’Indochine

Un mot pour souligner l’importance de la visite de M. Soong au général de Gaulle. Les Chinois sont toujours aimables, mais on empêche les troupes françaises de pénétrer en Indochine …..

 

                                                                                                 CRITON

Criton – 1945-09-15 – Le Chemin de la Paix

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Le Courrier d’Aix – 1945-09-15 – Le Chemin de la Paix.

 

Partout on négocie ; les traités se préparent. Une nouvelle carte du monde va bientôt paraître. Les couleurs auront beaucoup changé.

 

Les Embarras de la Politique Anglaise

Londres est de mauvaise humeur ; l’opposition, les grands journaux disent : « Nous avons été seuls pendant dix-huit mois contre Hitler. Sans nous, le monde périssait. Maintenant on discute nos droits ; on nous présente la facture de nos propres sacrifices ».

Nous avons fait l’expérience amère de cette même ingratitude en 1918, amis Anglais, rappelez-vous.

C’est surtout la fin de l’accord prêts-bails qui a été cruellement ressentie à Londres. L’Angleterre, dispensatrice autrefois des crédits dans le monde, perdit après 1914 sa suprématie financière. En 1945, elle n’est plus qu’un pays débiteur qui doit ménager ses créanciers. Force est de solliciter des crédits américains !

Une vive irritation s’élève aussi contre la politique russe : « Qu’arriverait-il si les Russes disposaient de la bombe atomique ? C’est à l’Angleterre que revient la mission morale de sauver les peuples d’Europe d’un nouveau totalitarisme, de préserver la démocratie ».

En fait, tant qu’il n’y a dans le monde que trois puissances, l’Angleterre ne peut rien sans l’agrément de l’une des autres. Un intérêt anglais ne pourra être défendu contre l’ambition russe que si les Américains y consentent. C’est pourquoi l’alliance française serait bien précieuse. En France aussi, maintenant qu’il ne faut plus compter sur la Russie, l’idée reprend force, et Blum est à Londres pour préparer les voies.

 

Interview du Général de Gaulle

Pas de difficulté en apparence ; le général de Gaulle se rallie à l’idée d’un bloc occidental qui disposerait de la Ruhr et du Rhin, l’un et l’autre internationalisés. En réalité, le bloc, vu par Londres, est un bloc britannique, dirigé au gré des Anglais.

La France veut une alliance libre où chacun reste maître de sa part. Le prix de l’alliance française, c’est la rive gauche du Rhin, c’est aussi mettre à la disposition de l’industrie française une part importante du potentiel de la Ruhr qui en doublerait la puissance. Enfin, c’est rapprocher des Français les Belges qu’on tenait bien en mains.

Tout cela serait acceptable si l’on pouvait lier la France définitivement à la politique anglaise par une alliance en bonne forme. Mais les Français ne veulent pas aliéner leur liberté … « Alors, dit-on à Londres, la France change si souvent de gouvernement ; Pétain et l’armistice de 40 sont d’hier. Faut-il payer si cher l’appui d’une planche pourrie ? » Et à Paris on répond : Nous savons – l’affaire de Syrie est là – que devant son intérêt, l’Angleterre ne cède jamais ; alors nous voulons des gages, d’abord.

 

Les Relations Russo-Américaines

Ce qui inquiète l’Angleterre, c’est que sur bien des points, Russes et Américains sont d’accord. Cette entente, que nous avons soulignée, s’est manifestée ces jours-ci en deux occasions : le nouveau gouvernement allemand installé par les Russes dans leur zone a causé une vive émotion à Londres ; violation des accords de Potsdam, les Russes se moquent des Alliés.

Les Américains ont répondu avec calme que l’initiative russe n’était nullement secrète et parfaitement légitime.

En réalité, les Russes ont préféré, disent-ils, centraliser l’administration allemande pour l’ensemble de leur zone sous une direction unique, tandis que nous, Américains, préférons l’organiser sur le plan local. Il ne s’agit pas là d’un « gouvernement allemand ».

 

La Position de la Turquie

Par contre, et cela confirme encore l’entente russo-américaine, Saradjoglou, ministre turc, a déclaré que la Turquie était plus que jamais solide et unie autour de son Gouvernement, qu’elle n’avait rien à demander à personne et rien à donner.

Ce langage énergique prouve que les Américains ont obtenu des Russes qu’ils renoncent à leurs prétentions de modifier le régime turc et de recouvrer les provinces arméniennes.

 

L’Angleterre et l’Europe

En Europe, privé d’appui américain, M. Bevin poursuit la lutte difficile engagée par M. Eden : avec l’aide du roi Pierre et du chef croate Matchek, elle cherche à unir les vieux Serbes et les Croates contre la dictature de Tito.

Le régent de Grèce Damaskinos est à Londres, et le Gouvernement Vulgaris tient, malgré les sommations des communistes.

Enfin, le ministre Mazarik obtient pour la Tchécoslovaquie des crédits et des facilités commerciales qui maintiendront pour ce pays une porte ouverte sur l’Occident pour équilibrer la pression russe.

 

                                                                          CRITON

Criton – 1945-09-08 – Le Chemin de la Paix

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Le Courrier d’Aix – 1945-09-08 – Le Chemin de la Paix.

 

Le discours Bevin et le voyage du général de Gaulle sont des événements de première importance. L’avenir du monde se dessine plus clairement aujourd’hui.

 

Le Discours Bevin

Ce fut une grosse surprise pour tous ceux qui attendaient du Gouvernement travailliste un changement quelconque dans la politique extérieure anglaise. L’approbation totale donnée par M. Eden à son successeur, le passage significatif où Bevin se refuse à intervenir dans la politique intérieure espagnole, les allusions aux dictatures rouges qui tentent dans les Balkans de se substituer au nazisme et que l’Angleterre ne saurait admettre, la violente réaction de la presse russe contre ce langage « fasciste », enfin les déclarations des divers ministres britanniques, tout concourt à montrer qu’en politique étrangère, comme en matière économique et même sociale, le nouveau Gouvernement agira exactement comme l’eût fait le précédent.

Certains disent qu’il sera même plus conservateur car il n’aura pas besoin de faire, comme un gouvernement conservateur, des concessions à un adversaire de gauche.

La raison profonde de cette attitude, c’est que les Anglais quels que soient leurs désirs, ne peuvent rien entreprendre qui les sépare moralement des Etats-Unis tout-puissants et relâche la solidarité anglo-saxonne. L’Angleterre demeurera capitaliste, parce que les Etats-Unis le sont.

 

Le Président Truman

La politique américaine aussi se précise. Le président Truman conquiert rapidement la popularité. « Un homme de bon sens, disent les Américains, le meilleur que nous puissions avoir ». Agir avec bon sens, cela signifie ne rien faire que le citoyen moyen, qui n’a cure de politique, ne puisse comprendre et approuver. Politique et bon sens, comme ces mots, pour nous Français, sonnent mal ensemble ! Il se pourrait cependant que la force des choses nous oblige à les réconcilier.

 

Le voyage de Gaulle

Bien que Roosevelt ne soit plus, pas mal de préventions restaient à vaincre. L’accueil a été déférent, et les négociations semble-t-il menées dans un cadre très objectif, ont nettement défini les obligations et les droits de la France. On s’est rendu compte à Washington que notre politique avait radicalement changé, qu’on avait enfin compris les nécessités de l’heure. La France, comme l’Angleterre travailliste, ajustera sa politique intérieure et extérieure, économique et sociale, aux directives générales données par les U.S.A.

D’ailleurs, la fin de l’accord prêts-bails, qui a causé une vive émotion est venue à point pour forcer les hésitations. Du jour au lendemain, si l’accord prêts-bails n’était pas remplacé par des crédits à long terme, la France, plus encore que l’Angleterre, privée de matières premières et d’argent, courait à la faillite. En tout état de cause, nos finances, si malmenées depuis un an, requièrent un secours urgent.

 

Extrême-Orient

La question indochinoise, dont nous avons toujours souligné la gravité, rendait aussi pressant le voyage à Washington. On sait qu’une agitation indigène très vive va chercher à s’opposer au rétablissement de notre souveraineté, que nos troupes sont encore en France qui devaient s’embarquer. Sur ce point, Truman est beaucoup moins « anti-colonial » que Roosevelt. Il laisse la question indochinoise comme celle de Hong-Kong à débattre avec les Chinois. Ceux-ci cependant vont occuper le Nord et l’Ouest de l’Indochine. Il faudra négocier. Mais nos troupes vont rejoindre.

On s’explique mieux pourquoi la politique américaine avait été si complaisante à Potsdam aux intérêts russes en Europe. Il fallait éviter la guerre civile en Chine que les Russes étaient maîtres d’allumer à leur gré, et obtenir que Tchang-Kaï-Chek et Staline se missent d’accord : c’est chose faite. Les Russes, d’après les termes publiés, ont fait plus de concessions qu’on ne prévoyait.

La Mandchourie restera, en droit au moins, sous la souveraineté chinoise, ce qui laissera le pays ouvert à la pénétration étrangère. La Corée, de même, restera un marché accessible aux Américains.

 

Balkans

L’accord conclu, les Anglo-américains ont, de concert, manifesté publiquement qu’ils ne se désintéressaient pas des Balkans où les intrigues redoublent, en Roumanie, en Bulgarie, en Grèce. La place nous manque pour exposer ces luttes complexes. Bornons-nous à la Bulgarie.

Le jeu là-bas, est mené par le fameux Dimitroff, bulgare d’origine, naturalisé russe, membre du Kominterm et du Soviet Suprême. Le voilà redevenu bulgare. Il organise dans le pays un « Front national » où de gré ou de force, tous les partis constitués doivent s’insérer – nous connaissons la méthode – mais en Bulgarie, les moyens de persuasion sont énergiques, et les élections auraient été si triomphales que Washington et Londres ont mis leur veto. Et leur volonté fut faite ….

 

                                                                                                CRITON

Criton – 1945-09-01- Le Chemin de la Paix

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Le Courrier d’Aix – 1945-09-01 – Le Chemin de la Paix

 

Août 1945 marque dans l’histoire du monde une phase nouvelle. Depuis la chute de Napoléon, cent trente ans se sont écoulés, durant lesquels l’équilibre entre les puissances fut plus ou moins stable. Aucune ne parvint à dominer. Aujourd’hui s’ouvre l’ère de la prépondérance américaine.

 

La Cérémonie de Tokyo

La Conférence de San Francisco devait préparer ce chapitre nouveau de l’histoire. On se souvient que les Russes avaient réussi à en atténuer quelque peu l’éclat. Depuis, il y eut la bombe atomique et la capitulation du Japon. Les Etats-Unis ont voulu, en donnant à la cérémonie de Tokyo l’ampleur et la solennité qu’ils excellent à diffuser, faire savoir à l’univers qu’ils prennent en mains sa destinée.

 

Les Conséquences de Potsdam

On s’explique mieux pourquoi ils ont si aisément abandonné l’Europe aux Russes (car le drapeau rouge flotte à exactement deux cents kilomètres du Rhin). Tant par les rapatriés que par les rares journalistes qui ont pu traverser la ligne de partage des zones, se confirme la première impression que nous avions signalée : les Russes rencontrent partout des difficultés considérables, sauf – choses curieuse – en Allemagne, au moins pour l’heure.

 

Le Nouveau Gouvernement Allemand

En grand mystère, on a vu sortir enfin ce gouvernement allemand, que les Russes cherchent à former depuis Stalingrad. Nous avons suivi les phases de cette laborieuse préparation. L’original, c’est que le président du Conseil sera le maréchal Joukov lui-même auquel des ministres allemands, contrôlés par des secrétaires d’Etat russes, feront leur rapport et dont ils recevront les instructions.

Il y avait assez de communistes en Allemagne pour que tous les postes fussent remplis, et quelques démocrates, socialistes et chrétiens, ont offert leur concours, afin de conserver à des Allemands la direction de tous les rouages administratifs, petits et moyens. Peu importe l’autorité centrale, qui ne sera pas éternelle, pourvu que l’autorité visible, celle que le public connaît, soit allemande.

 

La Politique Russe

Par contre en Autriche, en Hongrie, en Roumanie et partiellement en Yougoslavie et en Bulgarie, le prestige de la Russie libératrice s’est effondré avec l’occupation. D’un côté, les pillages et les meurtres commis par les soldats, les pouvoirs locaux partout confiés à des aventuriers mal considérés, les pays occupés envahis par de petits propagandistes, juifs presque toujours, baragouinant toutes les langues, agitateurs professionnels et orateurs de carrefours, enfin l’arrogance des officiers et le caractère extrêmement primitif et misérable des hommes, tout cela dressa les populations contre le conquérant. Partout des sociétés secrètes comme il en pousse spontanément en Europe centrale, s’organisent contre le nouvel ennemi.

Enfin, chose plus que toute autre révélatrice, le subtil Benes, en Tchécoslovaquie, qui s’était lié à la Russie, cherche à faire machine arrière. D’un autre côté, le Russe, formidable d’endurance et de courage au combat, aime ensuite à se détendre. Rien, pas même la menace de mort, ne l’empêchera de se débaucher. Ceux qui ont vu à Berlin l’armée d’élite qui vainquit les Allemands ne peuvent la reconnaître.

Et puis, ces hommes privés de tout se sont laissé éblouir par la civilisation occidentale qu’ils découvraient. La plupart ont perdu la foi dans l’idéal communiste ; le retour des soldats pourrait être pour l’U.R.S.S. le signe d’une crise intérieure sérieuse. Tout cela, les Américains le prévoyaient. En livrant l’Europe centrale, ils savaient qu’ils faisaient aux Russes un cadeau embarrassant. Pour toutes les populations de nouveau opprimées, l’Amérique représente le salut. Les intrigues et l’argent auront beau jeu….

 

Le Retour de Washington

Nous ne sommes guère informés des résultats du voyage du général de Gaulle (à Washington). On ne semble pas pressé de régler les questions pendantes : le régime de la Ruhr, la répartition du charbon, la distribution des réparations. Revenu de New-York, il faut consulter Londres, et l’accord Franco-anglais sera sur ces questions très laborieux.

Par contre, les Américains, par une série de décrets, ont pris à l’endroit de l’industrie allemande, un ensemble de mesures restrictives telles que, si elles sont maintenues, les Allemands ne sont pas près de préparer leur revanche ; la leçon de 1939 a servi. Quel soulagement pour nous !

 

                                                                                                CRITON

 

Criton – 1945-08-25 – Le Chemin de la Paix

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Le Courrier d’Aix – 1945-08-25 – Le Chemin de la Paix.

 

La Guerre n’est plus. Depuis plusieurs semaines on la sentait finir. On a cependant été surpris d’apercevoir à l’horizon cette figure incroyable : la paix.

 

Le Chemin de la Paix

Il sera rude : la guerre a mélangé les peuples ; les ennemis se sont déchirés avec une sauvagerie inconnue depuis un millénaire ; les alliés se sont côtoyés avec des regards méfiants. Ils se sépareront plus étrangers que jamais. L’antagonisme et la haine n’ont jamais été si forts et surtout si universels ; y a-t-il deux peuples amis ?

Puis est venue la bombe atomique ; on a tremblé à la pensée qu’en une nuit toutes les villes d’un grand pays comme le nôtre pourraient, par surprise, être anéanties avec tout leur peuple ; une mort instantanée, imprévisible, saisirait une partie de l’univers.

Ce sombre tableau a du bon ; l’immensité du péril obligera les conducteurs de peuples à soupeser leur responsabilité. L’opinion émue, en Angleterre surtout, réclame qu’à tout prix on s’accorde. On voit à l’évidence que le problème de la paix est affaire purement morale. Il faut qu’elle soit dans la volonté et dans les cœurs, sinon l’humanité périra ; dépassée par le progrès technique, celle-ci n’a pas acquis le « supplément d’âme » qui serait nécessaire pour le dominer. L’abîme est devant nos yeux.

 

La Politique Américaine

Ce sont en fait les Etats-Unis qui possèdent aujourd’hui l’arme irrésistible. Le monde est à leur merci ; reconnaissons que les deux bombes jetées sur le Japon sont arrivées au moment psychologique pour faire le maximum d’effet. Comment vont-ils user de leur toute puissance ? On ne voit pas encore le plan dans son ensemble.

D’abord, la conférence de Potsdam a provoqué en France et en Angleterre de la déception, presque de la stupeur ; la Russie recevait en Europe tout ce qu’elle pouvait revendiquer. Les troupes soviétiques s’installent jusqu’au cœur de l’Allemagne pour une durée indéfinie. L’unité germanique est non seulement brisée, mais le rideau de fer entre les deux tronçons de l’Europe sera abaissé de Trieste à Stettin. Malgré les efforts de Churchill, tout s’est passé comme si Russes et Américains se partageaient la tâche d’un commun accord. En Extrême-Orient, on a laissé aux Russes les deux jours nécessaires pour entrer en guerre, et sous condition d’un accord avec la Chine de Tchang-Kaï-Chek qui ne vaudra que par la bonne foi des partenaires ; la Mandchourie, la Mongolie intérieure et pratiquement la Corée tombent sous la coupe soviétique, sans compter Port-Arthur et Sakhaline.

Qu’est-ce à dire ? Les Américains pensent-ils assurer la paix en donnant aux Russes, en plein essor (ils leur accordent en plus cette année un milliard de dollars pour leur reconstruction), tout ce qu’ils peuvent raisonnablement souhaiter, comme si l’histoire ne nous enseignait pas que l’appétit vient en mangeant ? Ou bien sûr, de la supériorité de leur civilisation, de leurs méthodes économiques, de leur système social, pensent-ils que, par la force des choses et de l’exemple, les peuples sous le joug russe, las de leur misère et de leur esclavage, se tourneront d’eux-mêmes, irrésistiblement, vers le soleil de Washington ?

En fait, cette entente russo-américaine a été très sensible aux Anglais. Dans son premier discours, comme chef de l’opposition, Churchill a protesté contre cette expansion slave au cœur de l’Europe, et surtout contre l’expulsion massive par la terreur des populations autochtones des pays annexés par la Russie et la Pologne. L’Angleterre, impuissante, voit l’Europe se briser sous ses yeux.

 

La Politique de la France

Et la France ? Il n’en a pas été question. Notre gouvernement s’est surtout effrayé de la position nettement anti-française prise par Staline à Potsdam. Isolé de tous les conseils, déçu dans l’alliance, qui paraissait logique entre la France et la Russie, force fut bien à notre pays d’en finir sans délai avec la politique suivie jusqu’ici. Par une nécessité géographique et morale à la fois, supérieure à toutes les volontés humaines, la France fait et fera partie du bloc Anglo-saxon. Il vaut mieux que ce soit de gré que de force.

Aussi, le général de Gaulle est-il à Washington où depuis des mois on nous attend. Truman l’a dit : les Etats-Unis veulent des bases, ils les auront ; ils veulent un certain ordre économique, compatible avec leurs échanges, et cela sera.

Et au fond, disons-le, nous n’y ferons pas une mauvaise affaire. On a trop méconnu en France ce qu’il y avait dans la politique américaine, – malgré toute l’âpreté mercantile que l’on voudra, – de profond respect de la justice et de générosité d’âme qui n’est pas exclusivement un calcul mais une foi qui peut à l’occasion se traduire dans les faits et assurer au monde un peu plus de bien-être et peut-être la paix.

 

                                                                                                           CRITON

Criton – 1945-08-04 – Les Elections Britanniques

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Le Courrier d’Aix – 1945-08-04 – La Guerre et le Monde.

 

Les Elections Britanniques

Le résultat des élections en Angleterre est un événement historique d’une portée considérable. Le complet succès des travaillistes et la chute de Churchill vont influer sur l’orientation du monde d’après-guerre, en Europe surtout.

On ne réalisait pas qu’un homme, qui avait, sans commettre une faute, sauvé son pays du plus grand désastre, pouvait être abattu d’un tel élan.

« Triomphe de la démocratie », dit-on évidemment. Les masses, comme les Athéniens du temps d’Aristide, se lassent de l’autorité d’un homme que sa gloire rend trop puissant, dont la grandeur les importune. Clémenceau en 19 en fit l’amère expérience ; tandis que les tyrans sanguinaires vont jusqu’au bout.

Mais ici il y a autre chose : la guerre en Angleterre a fourni aux citoyens une multitude d’emplois qui, dans la paix, risquent d’être inutiles. Les anglais ont voté pour le parti dont ils espèrent qu’il leur conservera leur situation.

On maintiendra les cadres sociaux du temps de guerre. Le machinisme, inexorablement, entraîne les sociétés humaines vers l’organisation de la ruche.

Quoi qu’il en soit, nous allons assister à un changement de personnel dans les sphères dirigeantes de la politique anglaise.

                                                                X  X  X  X

Au point de vue français, nous avons peu à perdre à la disparition de Eden du Foreign-Office. Churchill lui-même, quoique sincèrement francophile comme bon nombre de conservateurs, avait pour notre gouvernement actuel une aversion bien connue.

Nous aurions tort cependant de concevoir trop d’espérances. Rappelons-nous, le gouvernement travailliste de Mac Donald dont nous escomptions une compréhension plus juste de nos droits, les incartades injurieuses de Snowden.

Les milieux travaillistes n’ont jamais eu beaucoup de rapports avec la France. Ils y voient un vieux pays auquel les idées hardies et l’ardeur constructive manquent, un pays qui se plait dans le désordre et l’improvisation avec des poussés impérialistes et militaristes qui les inquiètent.

S’entendront-ils mieux avec Staline ? On compte beaucoup sur Sir Stinford Cripps, qui est bien en cour à Moscou, sur Bevin qui est un prolétaire…. On demande à voir.

Les Américains eux, tout en applaudissant, font la grimace…

 

Postdam

La conférence tire à sa fin et paraît, sauf imprévu, devoir se dissoudre sans résultat d’importance.

On sentait que Staline se rendait à la conférence à contrecœur ; la disparition de Churchill ajoute à la confusion. On parle d’un ajournement à l’automne, quand les nouveaux dirigeants anglais se seront mis au courant.

Cependant, l’occupation de Vienne par les Alliés, Français compris, est un succès qu’on ne saurait sous-estimer.

Le gouvernement Renner devenait vite impopulaire. Les Russes ne pouvaient plus nourrir les Viennois. Ils ont reculé devant la famine et l’hostilité des masses.

 

Grèce

La pauvre Grèce paie cher la rivalité Anglo-russe. Il semble que le cabinet Voulgaris va renoncer à son tour. La terreur blanche a succédé à la terreur rouge. Tito menace de plus en plus l’Epiré, et Moscou annonce qu’on s’y bat.

 

Extrême-Orient

L’ultimatum envoyé par les Alliés au Japon met fin aux espoirs d’une fin prochaine du conflit. Si l’on devait négocier la paix, les choses ne seraient pas devenues publiques.

Comme nous le pressentions, c’est l’échec des négociations Soung-Staline entre la Chine de Tchang-Kaï-Chek et les Soviets qui a fait avorter les pourparlers de paix. Les Russes ne renonceront pas à leurs ambitions en Mandchourie et envers la Chine, pas plus qu’à soutenir le gouvernement communiste en Chine du Nord.

L’équilibre paraît encore plus difficile à réaliser en Extrême-Orient qu’en Europe. Les Japonais peuvent espérer qu’un conflit entre Alliés leur laissera une petite chance.

Cependant, les Américains ont commencé le blocus de la côte ouest des îles japonaises. La nourriture, le carburant vont manquer, tandis que les usines sautent et les navires de guerre vont au fond.

Churchill, avant de partir, nous a fait espérer une fin prochaine ; acceptons-en l’augure.

 

                                                                                                CRITON

Criton – 1945-07-28 – Postdam

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Le Courrier d’Aix – 1945-07-28 – La Guerre et le Monde.

 

Postdam

Le sort du monde se règle dans le plus grand mystère entre trois personnages : diplomatie secrète, omnipotence des plus forts. Les peuples se résignent à toutes les tyrannies.

En Angleterre cependant, la presse s’est élevée contre ces méthodes dangereuses qui choquent tous les principes de la civilisation.

On ne sait rien de ce qui se passe à Postdam, sinon par certaines rumeurs qui ne sont pas optimistes. Comme après Yalta, ce n’est que longtemps après qu’on pourra reconstituer ce qui s’est passé.

 

La Russie et l’Europe

La seule information intéressante qui nous parvienne, concerne l’émotion provoquée à Moscou par des rapports secrets émanant de ses agents étrangers. Partout où les Russes ont pénétré, les hommes ont pu se rendre compte du niveau de vie, des mœurs et du degré de civilisation des soviétiques.

D’où un dégonflement subit des illusions populaires et une chute verticale des effectifs du parti communiste, particulièrement en Autriche où l’on estime qu’il a perdu les quatre cinquième de ses adhérents. De même en Hongrie, en Bulgarie, en Roumanie et en Tchéco-Slovaquie.

Seule l’Allemagne, que les Russes traitent avec de plus en plus de faveur, paraît mettre ses espérances dans une future alliance avec l’U.R.S.S.

En Italie et en France le parti perd largement du terrain ; le retour de certains prisonniers qui ont fait une excursion à pied entre Koenigsberg et Odessa, n’y est pas étranger.

 

L’Irlande

Un assez vif mouvement d’opinion et d’opposition au gouvernement de Valera se manifeste en Irlande.

L’isolement du pays devient de plus en plus difficile à supporter. On voudrait renouer des liens économiques avec l’Empire britannique, à condition que l’Ulster soit de nouveau rattaché à l’Irlande. Mais l’Angleterre et surtout Churchill, qui éprouve à l’égard de l’Eire une vive rancune, reste sourd à ces aspirations.

Les Irlandais ont appris avec une vive surprise et un peu d’inquiétude par M. de Valera, qu’ils étaient en République. Heureux peuple auquel le problème constitutionnel n’a pas donné d’insomnies. Comment peut-on être Irlandais ?

 

Opinion sur la France

Un journaliste américain de retour d’un voyage en Europe constatait que, sauf en Angleterre, l’éducation politique des masses, surtout des jeunes générations, était en régression profonde, particulièrement en France, disait-il, où le peuple, si avide autrefois de luttes politiques, s’en désintéresse totalement.

La politique est devenue le fait d’une petite minorité qui en vit et qui poursuit sa cuisine avec hargne et ardeur, au milieu de l’indifférence et même du mépris public. Cet état d’esprit semble à notre hôte des plus dangereux, car n’importe quel groupe pourrait se saisir du pouvoir sans provoquer de sérieuses réactions.

« Le sens de la liberté s’est perdu en France d’une façon qui déconcerte ». Les enquêtes officieuses ou officielles se multiplient dans notre pays. Nous regrettons de dire que le résultat nous est si nettement défavorable qu’à mille petits faits, on s’explique la crise de notre crédit et l’isolement croissant où l’on nous tient.

 

Extrême-Orient

Le mystère est toujours aussi épais sur la position respective des Russes et des Etats-Unis. Le président Truman s’efforce, en prenant position contre l’état-major qui veut envahir le Japon, de se concilier l’opinion américaine. « La vie de chaque américain est trop précieuse pour que nous laissions échapper une occasion d’abréger la guerre, pourvu que nos buts essentiels soient atteints ».

Et l’on entend un porte-parole officiel offrir au Japon une paix qui, tout en ruinant sa puissance, sauverait son honneur. Qu’y a-t-il de sincère là-dedans, l’avenir seul nous l’apprendra. Le problème d’Extrême-Orient paraît aussi se jouer à Postdam.

En attendant, la guerre suit son cours implacable. En fait, les Japonais réagissent peu et il ne serait pas du tout surprenant qu’ils se résignent, si réellement on leur en donne la possibilité. Ne pas s’opposer au destin et agir selon le temps est toute leur philosophie.

 

                                                                                                           CRITON

Criton – 1945-07-21 – Situation Diplomatique

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Le Courrier d’Aix – 1945-07-21 – La Guerre et le Monde.

 

Situation Diplomatique

L’activité est à son comble avec la Conférence des Trois à Postdam qui durera un mois sans doute. Il est assez malaisé de deviner les intentions des maîtres du monde derrière les politesses et les propos optimistes.

 

La Position de la France

Quoi qu’il en soit, quelques faits significatifs ne laissent aucun doute sur nos difficultés. Côté américain : tandis que nos murs se couvrent d’affiches réclamant l’annexion de la Sarre, un Sarrois est condamné à vingt ans de détention pour propagande en faveur du rattachement à la France.

Côté Russe, c’était hier le coup de théâtre dans l’affaire de la Constitution, quand les communistes français firent volte-face et prirent position contre le projet de Gaulle, sur ordre de Moscou. Un porte-parole russe disait : « Une France démocratique (entendez : une France où la lutte des partis entretient une faiblesse permanente aisément exploitée par nos agents) est incompatible avec la dictature camouflée de De Gaulle. L’affaire de la Constitution est là pour amuser la galerie, absorber l’activité politique dans des querelles personnelles ; l’attention ainsi détournée, le pouvoir personnel du général pourra s’affermir ».

Cette hostilité est encore illustrée par le scandale des prisonniers de guerre français retenus en Russie, sans pouvoir communiquer avec les leurs, tandis que les Anglo-américains sont rapatriés.

A Londres, on est encore plus net : « Le gouvernement de Gaulle, dit-on, est une dictature déguisée. Or, nous ne collaborerons qu’avec un gouvernement démocratique (entendez, qui suivra la ligne politique anglaise). Les Français sauront ce qu’il en coûte de faire cavalier seul. Ils n’obtiendront que le strict minimum pour vivre et rien pour s’équiper. Comme, par ailleurs, la politique économique et financière de votre gouvernement est exactement l’inverse de celle qu’il faudrait suivre pour provoquer une reprise, vous pouvez attendre ! » Effectivement….

A New-York enfin, notre participation à la campagne d’Extrême-Orient qu’on croyait réglée paraît encore soumise à certaines conditions. Ajoutons que l’affaire du Levant est au point mort et que, dans l’affaire de Tanger, notre point de vue n’a pas prévalu…

 

La Conférence de Postdam

Des nombreuses questions agitées à Postdam le problème allemand demeure le plus urgent et le plus aigu. Tout confirme que la Russie cherche à gagner du temps. Comme en 1918, malheureusement, le statu de l’Allemagne ne sera pas réglé par un acte international garanti par toutes les nations, ce qui, entre parenthèses, eut été le rôle primordial de la conférence de San Francisco.

L’Allemagne sera l’enjeu d’une lutte sourde entre impérialismes et rien ne garantit que les Allemands ne sauront pas encore en profiter pour redevenir puissants.

Déjà, voilà que les Anglo-américains abandonnent la « non fraternisation ». Puis il va falloir nourrir les Allemands cet hiver, relâcher les prisonniers pour remettre les transports et les industries essentielles en marche ; enfin rendre aux Allemands leur liberté politique pour faire échec au communisme !

Car les Russes, sous couleur d’épuration, laissent fuir ou exécutent tout ce qui pourrait représenter en Allemagne une autorité politique ou morale, officiers, diplomates, industriels, banquiers, etc. qui ne pouvaient subsister, sous Hitler, qu’en s’affiliant (plus ou moins) au parti nazi. Reste seul, le menu peuple ouvrier et paysan et quelques hommes politiques d’autrefois qu’on dirigera sans peine.

 

Tito et la Grèce

Un nouveau conflit vient menacer la Grèce et ajouter encore à ses malheurs. Tito, dont les ambitions sont appuyées par Moscou, menace d’envahir la Macédoine et l’Epire. Cela n’est sans doute qu’une manœuvre qui vise plus l’Angleterre que la Grèce même. Il s’agit d’obliger les Grecs à s’intégrer dans le bloc slave, et rejeter la tutelle anglaise s’ils veulent conserver leur territoire national et faire pression du même coup sur les Anglais pour reprendre Trieste.

 

Extrême-Orient

Les pourparlers de Moscou entre Staline et Soong sont suspendus. On sent, d’après le communiqué, que les relations de la Russie et de Tchang-Waï-Chek, ne se sont guère améliorées. Les Russes se trouvent assez forts pour ne rien céder de leurs ambitions en Mongolie, en Mandchourie et en Corée. Ils massent leurs meilleures troupes en Extrême-Orient.

Est-ce contre le Japon ? Les Etats-Unis veulent-ils en finir à eux seuls ? En tous cas, les opérations militaires vont leur train et ne laissent au Japon aucune espérance.

 

                                                                                                CRITON

Criton – 1945-07-14 – La Rencontre des “Trois”

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Le Courrier d’Aix – 1945-07-14 – La Guerre et le Monde.

 

La Rencontre des « Trois »

On sait peu de choses de la vive activité diplomatique qui précède la rencontre des « Trois ». Une foule de problèmes se posent à la fois : l’organisation de l’Allemagne, le statut de l’Autriche, l’indépendance politique de la Pologne, le sort des Détroits, la Perse ; le tout lié à la décision russe d’entrer en guerre contre le Japon.

 

Le Problème Allemand

L’état de l’Allemagne, tel que nous l’avons décrit demeure et préoccupe de plus en plus les Anglo-américains. En zone russe, sous la direction du « Wolkspartei communiste » une coalition antinazie s’est constituée ; un gouvernement allemand en sortirait naturellement à l’occasion, tel que les Russes le voulaient chez ceux qu’ils contrôlent ; une façade démocratique derrière laquelle des agents fidèles mènent le jeu.

Les Anglo-saxons, demeurés dans leur rôle de police, ont interdit les manifestations politiques, continuant à n’avoir avec le peuple allemand qu’un minimum de contact. Ils se rendent compte que cette situation ne peut durer ; sinon l’avenir de l’Allemagne leur échappera. Comment, maintenant que le partage en zones est arrêté, refaire l’unité ?

Même question pour l’Autriche où le gouvernement installé par Moscou demeure. Les Russes opposeront à tout changement une inertie calculée pendant que le temps travaille pour eux.

 

La Politique Intérieure Américaine

De grands changements politiques d’une vaste portée viennent d’avoir lieu aux Etats-Unis, et aussi en Russie sans qu’à notre connaissance, un seul journal français ne les aient commentés.

Le président Truman en peu de jours, a débarqué les principaux collaborateurs de Roosevelt ; Stettinius et Morgenthau, ministres des affaires étrangères et des finances et bon nombre d’autres qui symbolisaient en Amérique l’administration du défunt président, fort critiquée, et dont le maintien aurait aux prochaines élections provoqué une crise politique.

Il y a plus ; comme nous l’avons dit, l’isolationnisme mort, les Etats-Unis vont avoir à imposer au peuple le service militaire obligatoire. Cette mesure étant impopulaire, Truman veut qu’elle soit appuyée par tous les hommes politiques responsables des deux partis. Il veut que la politique extérieure qu’il suit ait, dans ses grandes lignes, l’assentiment général de façon que les conséquences désastreuses pour le parti démocrate et pour l’avenir du monde du désaveu infligé à Wilson en 1921, ne se reproduisent pas en 1948. D’aussi vastes responsabilités que celles que prennent les Etats-Unis en ce moment dans le monde doivent être assumées par toute la nation.

 

La Politique Intérieure Russe

On se tromperait fort, si l’on croyait qu’à l’intérieur de la Russie aucune agitation politique n’existe. Deux tendances s’affrontent : l’une représentée par Youkof et le militarisme triomphant ; militarisme à l’asiatique, fort d’une discipline brutale, d’une hiérarchie implacable, que les masses après la victoire, supportent péniblement. Les mécontents sont légion qui se disent trotskistes, c’est-à-dire vrais communistes, hostiles au militarisme et au nationalisme, intransigeants dans leur principes collectivistes et partisans de l’internationale ; appuyés sur la misère générale, ils sont forts.

Staline, servi par son génie politique, maintient facilement, entre les deux, son autorité. Un instant débordé et menacé par les militaires, il vient de mettre les civils, et parmi eux quelques redoutables chefs du G.P.U., sur le même plan ; Beria, en particulier a été fait maréchal et Staline est généralissime.

Contre les trotskistes jouent ses succès diplomatiques et le puissant courant nationaliste exalté par la victoire, le panslavisme renaissant, enfin l’appui, bien anémié toutefois, de l’Eglise orthodoxe ressuscitée. Tout cela a peu d’importance tant que Staline vit : mais sa mort provoquerait en Russie une crise dont les répercussions sont imprévisibles.

 

Extrême-Orient

Les pourparlers entre la Russie et la Chine qui sont l’événement de la semaine ont provoqué maint commentaire. Les temps sont proches où la Russie devra intervenir. Le Japon, serré de plus en plus par le blocus, bombardé chaque jour davantage par l’aviation et aussi maintenant par la flotte, pourrait s’effondrer. Il est temps pour Staline de s’entendre avec Tchang-Kaï-Chek.

Celui-ci est plus solide que jamais, la victoire aidant, et les Anglo-américains l’appuient totalement. Il existe et il existera une Chine unie ; donc peu de chances de maintenir ou de susciter des gouvernements dissidents. Problèmes mandchous, coréen et mongolien sont l’objet de marchandages. Cela réglé, il se pourrait que le coup de massue final soit bientôt assené au Japon.

 

                                                                                                           CRITON

Criton – 1945-07-07- Situation Générale

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Le Courrier d’Aix – 1945-07-07 – La Guerre et le Monde.

 

Situation Générale

La rencontre imminente des trois grands consacrera des accords qui semblent tout prêts et fera apparaître de nouvelles difficultés qu’il faudra se préparer à résoudre. Ainsi va le Monde.

 

Turquie et Syrie

L’affaire des Détroits, longtemps retenue arrive enfin au jour. Les Anglo-américains paraissent résignés à faire la part très large aux ambitions russes. Ceux-ci reprendraient d’abord Kars et Ardahan. Mais ils annexeraient aussi l’Azerbaïdjan, province Perse qu’ils occupent depuis 1942 quand les Anglo-américains débarquèrent en Iran et que le pays fut envahi sans être consulté par les trois alliés. La Turquie serait ainsi coupée de la Perse et les Russes à peu de distance de Mossoul. On apprend que pour consoler les Turcs, on leur offrira une partie de la Syrie dont Alep comme en 1939 on lui avait offert, de notre part, Alexandrette. Cela explique pourquoi tout le monde était si bien d’accord pour nous évincer.

Cependant les Syriens et surtout les Libanais, leur xénophobie assouvie, s’aperçoivent que notre départ comportera pour eux pas mal d’inconvénients. On cherche à négocier. Les catholiques surtout se sentent menacés sans la protection de la France. L’Archevêque de Damas est venu à Paris. Le Vatican de son côté et les Etats-Unis s’emploieront pour qu’un peu de notre œuvre soit sauvé là-bas.

Reste la question des Détroits. Les Russes veulent s’installer là où les tsars n’ont pu le faire et réclament des bases sur le Bosphore et les Dardanelles. Londres et Washington veulent que les bases soient en commun aux trois grandes puissances, et proposent le même régime pour Suez et Panama. Réussiront-ils ou sont-ils trop faibles en Orient, pour faire prévaloir leur volonté ?

 

Belgique

On s’aperçoit maintenant, comme il était évident à priori, que le retour de Léopold III n’était qu’une feinte. Il s’agissait de faire accepter à tous les partis, comme un compromis, non la rentrée d’un roi impopulaire, mais le maintien de la monarchie comme symbole de l’unité nationale. Le régent Charles règnera en fait et les Anglais seront satisfaits.

On a très adroitement, à propos de Léopold, excité les passions jusqu’à la fièvre, en sorte que la solution qu’on n’aurait pu faire accepter il y a un mois, apparaît aujourd’hui comme un soulagement et rencontre l’approbation unanime.

 

Problème Tchéco-Slovaque

Après avoir abandonné aux Russes la Ruthénie, c’est la province de Teschen que les Tchèques vont devoir livrer aux Polonais. Ceci est grave, car Teschen c’est le charbon pour l’industrie tchèque. Les Russes appuient la Pologne ; et pour se concilier dans le pays les éléments nationalistes, et pour tenir sur les Tchèques dont ils ne sont pas sûrs, c’est un puissant moyen de pression. Quant à la Pologne, en effet, malgré compromis et discours, c’est bien une occupation permanente et une annexion déguisée que les Russes veulent imposer.

 

San Francisco

Maintenant que les feux sont éteints, il est bon de faire le point car on ne semble pas avoir saisi en France l’objet de ce vaste meeting. Les Etats-Unis ont décidé de jouer après la guerre un rôle dans tous les points du globe. Il leur faut imposer au peuple la conscription en temps de paix, dont on parle ouvertement ; or l’Américain déteste la guerre et n’a aucun goût pour le métier militaire.

On cherche à lui faire accepter cet impôt comme une charge morale destinée à assurer la paix dans le monde, en même temps que la sauvegarde de ses intérêts. L’armée internationale que San Francisco avait pour objet de proposer permettra à des troupes américaines d’intervenir partout où il sera nécessaire. Ainsi, serait assurée une paix américaine, paix fondée sur la justice, qui apporterait au monde un bonheur inconnu jusqu’ici. Parallèlement, s’établirait un ordre économique conforme aux intérêts américains, fondé sur la concurrence et un échange aussi libre que possible des produits ; triompherait ainsi le capitalisme libéral auquel les Américains dans l’ensemble ont conservé toute leur confiance et qui leur a assuré une puissance en même temps qu’un bien-être dont les autres régimes se sont avérés incapables.

 

Extrême-Orient

La lutte suit son cours régulier et sans surprises ; l’affaire d’Indochine activement menée par notre gouvernement se présente plus favorablement. Nous avons obtenu des Etats-Unis une participation très large dans les opérations futures. Bien que les Chinois aient pénétré dans notre colonie, notre souveraineté, au moins en principe, n’est pas en question. Cependant les Japonais, au dernier moment, ont expulsé nos administrateurs et installé à leur place des indigènes. Si la situation se prolonge, comment reprendre plus tard les leviers de commande ?

 

                                                                                                           CRITON