Criton – 1945-07-14 – La Rencontre des “Trois”

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Le Courrier d’Aix – 1945-07-14 – La Guerre et le Monde.

 

La Rencontre des « Trois »

On sait peu de choses de la vive activité diplomatique qui précède la rencontre des « Trois ». Une foule de problèmes se posent à la fois : l’organisation de l’Allemagne, le statut de l’Autriche, l’indépendance politique de la Pologne, le sort des Détroits, la Perse ; le tout lié à la décision russe d’entrer en guerre contre le Japon.

 

Le Problème Allemand

L’état de l’Allemagne, tel que nous l’avons décrit demeure et préoccupe de plus en plus les Anglo-américains. En zone russe, sous la direction du « Wolkspartei communiste » une coalition antinazie s’est constituée ; un gouvernement allemand en sortirait naturellement à l’occasion, tel que les Russes le voulaient chez ceux qu’ils contrôlent ; une façade démocratique derrière laquelle des agents fidèles mènent le jeu.

Les Anglo-saxons, demeurés dans leur rôle de police, ont interdit les manifestations politiques, continuant à n’avoir avec le peuple allemand qu’un minimum de contact. Ils se rendent compte que cette situation ne peut durer ; sinon l’avenir de l’Allemagne leur échappera. Comment, maintenant que le partage en zones est arrêté, refaire l’unité ?

Même question pour l’Autriche où le gouvernement installé par Moscou demeure. Les Russes opposeront à tout changement une inertie calculée pendant que le temps travaille pour eux.

 

La Politique Intérieure Américaine

De grands changements politiques d’une vaste portée viennent d’avoir lieu aux Etats-Unis, et aussi en Russie sans qu’à notre connaissance, un seul journal français ne les aient commentés.

Le président Truman en peu de jours, a débarqué les principaux collaborateurs de Roosevelt ; Stettinius et Morgenthau, ministres des affaires étrangères et des finances et bon nombre d’autres qui symbolisaient en Amérique l’administration du défunt président, fort critiquée, et dont le maintien aurait aux prochaines élections provoqué une crise politique.

Il y a plus ; comme nous l’avons dit, l’isolationnisme mort, les Etats-Unis vont avoir à imposer au peuple le service militaire obligatoire. Cette mesure étant impopulaire, Truman veut qu’elle soit appuyée par tous les hommes politiques responsables des deux partis. Il veut que la politique extérieure qu’il suit ait, dans ses grandes lignes, l’assentiment général de façon que les conséquences désastreuses pour le parti démocrate et pour l’avenir du monde du désaveu infligé à Wilson en 1921, ne se reproduisent pas en 1948. D’aussi vastes responsabilités que celles que prennent les Etats-Unis en ce moment dans le monde doivent être assumées par toute la nation.

 

La Politique Intérieure Russe

On se tromperait fort, si l’on croyait qu’à l’intérieur de la Russie aucune agitation politique n’existe. Deux tendances s’affrontent : l’une représentée par Youkof et le militarisme triomphant ; militarisme à l’asiatique, fort d’une discipline brutale, d’une hiérarchie implacable, que les masses après la victoire, supportent péniblement. Les mécontents sont légion qui se disent trotskistes, c’est-à-dire vrais communistes, hostiles au militarisme et au nationalisme, intransigeants dans leur principes collectivistes et partisans de l’internationale ; appuyés sur la misère générale, ils sont forts.

Staline, servi par son génie politique, maintient facilement, entre les deux, son autorité. Un instant débordé et menacé par les militaires, il vient de mettre les civils, et parmi eux quelques redoutables chefs du G.P.U., sur le même plan ; Beria, en particulier a été fait maréchal et Staline est généralissime.

Contre les trotskistes jouent ses succès diplomatiques et le puissant courant nationaliste exalté par la victoire, le panslavisme renaissant, enfin l’appui, bien anémié toutefois, de l’Eglise orthodoxe ressuscitée. Tout cela a peu d’importance tant que Staline vit : mais sa mort provoquerait en Russie une crise dont les répercussions sont imprévisibles.

 

Extrême-Orient

Les pourparlers entre la Russie et la Chine qui sont l’événement de la semaine ont provoqué maint commentaire. Les temps sont proches où la Russie devra intervenir. Le Japon, serré de plus en plus par le blocus, bombardé chaque jour davantage par l’aviation et aussi maintenant par la flotte, pourrait s’effondrer. Il est temps pour Staline de s’entendre avec Tchang-Kaï-Chek.

Celui-ci est plus solide que jamais, la victoire aidant, et les Anglo-américains l’appuient totalement. Il existe et il existera une Chine unie ; donc peu de chances de maintenir ou de susciter des gouvernements dissidents. Problèmes mandchous, coréen et mongolien sont l’objet de marchandages. Cela réglé, il se pourrait que le coup de massue final soit bientôt assené au Japon.

 

                                                                                                           CRITON