Criton – 1945-07-21 – Situation Diplomatique

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Le Courrier d’Aix – 1945-07-21 – La Guerre et le Monde.

 

Situation Diplomatique

L’activité est à son comble avec la Conférence des Trois à Postdam qui durera un mois sans doute. Il est assez malaisé de deviner les intentions des maîtres du monde derrière les politesses et les propos optimistes.

 

La Position de la France

Quoi qu’il en soit, quelques faits significatifs ne laissent aucun doute sur nos difficultés. Côté américain : tandis que nos murs se couvrent d’affiches réclamant l’annexion de la Sarre, un Sarrois est condamné à vingt ans de détention pour propagande en faveur du rattachement à la France.

Côté Russe, c’était hier le coup de théâtre dans l’affaire de la Constitution, quand les communistes français firent volte-face et prirent position contre le projet de Gaulle, sur ordre de Moscou. Un porte-parole russe disait : « Une France démocratique (entendez : une France où la lutte des partis entretient une faiblesse permanente aisément exploitée par nos agents) est incompatible avec la dictature camouflée de De Gaulle. L’affaire de la Constitution est là pour amuser la galerie, absorber l’activité politique dans des querelles personnelles ; l’attention ainsi détournée, le pouvoir personnel du général pourra s’affermir ».

Cette hostilité est encore illustrée par le scandale des prisonniers de guerre français retenus en Russie, sans pouvoir communiquer avec les leurs, tandis que les Anglo-américains sont rapatriés.

A Londres, on est encore plus net : « Le gouvernement de Gaulle, dit-on, est une dictature déguisée. Or, nous ne collaborerons qu’avec un gouvernement démocratique (entendez, qui suivra la ligne politique anglaise). Les Français sauront ce qu’il en coûte de faire cavalier seul. Ils n’obtiendront que le strict minimum pour vivre et rien pour s’équiper. Comme, par ailleurs, la politique économique et financière de votre gouvernement est exactement l’inverse de celle qu’il faudrait suivre pour provoquer une reprise, vous pouvez attendre ! » Effectivement….

A New-York enfin, notre participation à la campagne d’Extrême-Orient qu’on croyait réglée paraît encore soumise à certaines conditions. Ajoutons que l’affaire du Levant est au point mort et que, dans l’affaire de Tanger, notre point de vue n’a pas prévalu…

 

La Conférence de Postdam

Des nombreuses questions agitées à Postdam le problème allemand demeure le plus urgent et le plus aigu. Tout confirme que la Russie cherche à gagner du temps. Comme en 1918, malheureusement, le statu de l’Allemagne ne sera pas réglé par un acte international garanti par toutes les nations, ce qui, entre parenthèses, eut été le rôle primordial de la conférence de San Francisco.

L’Allemagne sera l’enjeu d’une lutte sourde entre impérialismes et rien ne garantit que les Allemands ne sauront pas encore en profiter pour redevenir puissants.

Déjà, voilà que les Anglo-américains abandonnent la « non fraternisation ». Puis il va falloir nourrir les Allemands cet hiver, relâcher les prisonniers pour remettre les transports et les industries essentielles en marche ; enfin rendre aux Allemands leur liberté politique pour faire échec au communisme !

Car les Russes, sous couleur d’épuration, laissent fuir ou exécutent tout ce qui pourrait représenter en Allemagne une autorité politique ou morale, officiers, diplomates, industriels, banquiers, etc. qui ne pouvaient subsister, sous Hitler, qu’en s’affiliant (plus ou moins) au parti nazi. Reste seul, le menu peuple ouvrier et paysan et quelques hommes politiques d’autrefois qu’on dirigera sans peine.

 

Tito et la Grèce

Un nouveau conflit vient menacer la Grèce et ajouter encore à ses malheurs. Tito, dont les ambitions sont appuyées par Moscou, menace d’envahir la Macédoine et l’Epire. Cela n’est sans doute qu’une manœuvre qui vise plus l’Angleterre que la Grèce même. Il s’agit d’obliger les Grecs à s’intégrer dans le bloc slave, et rejeter la tutelle anglaise s’ils veulent conserver leur territoire national et faire pression du même coup sur les Anglais pour reprendre Trieste.

 

Extrême-Orient

Les pourparlers de Moscou entre Staline et Soong sont suspendus. On sent, d’après le communiqué, que les relations de la Russie et de Tchang-Waï-Chek, ne se sont guère améliorées. Les Russes se trouvent assez forts pour ne rien céder de leurs ambitions en Mongolie, en Mandchourie et en Corée. Ils massent leurs meilleures troupes en Extrême-Orient.

Est-ce contre le Japon ? Les Etats-Unis veulent-ils en finir à eux seuls ? En tous cas, les opérations militaires vont leur train et ne laissent au Japon aucune espérance.

 

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