Criton – 1946-11-09 – Les Hostilités Invisibles

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Le Courrier d’Aix – 1946-11-09 – La Vie Internationale.

 

Les Hostilités Invisibles

 

Rarement semaine fut plus dépourvue d’événements. On parle de colloques mystérieux, de projets sensationnels. Les débats portés de Paris à New-York n’ont changé ni de ton, ni d’atmosphère ; on chicane, sans rien conclure. Passons.

 

La Guerre qui n’Ose Dire son Nom

  1. Jaeger, dans  « le Monde» a donné ce titre à un résumé excellent de ce que l’on sait sur la lutte que se livrent dans le monde, par l’intermédiaire de factions adverses, les Soviétiques et les Anglo-Saxons. Dans toute l’Europe occupée par les Russes, en Grèce, en Palestine, en Perse, en Chine et dans tout l’Extrême-Orient à un moindre degré, dans les deux Amériques, des mercenaires constitués en bandes armées s’affrontent : séquelle de la lutte fasciste contre bolchévisme qui éclata en 1936 en Espagne et ne s’est jamais éteinte. Les premiers ont changé de protecteur, Hitler est mort, et Wallace dans un de ses derniers discours, disait à ses compatriotes qu’ils seraient écœurés s’ils savaient sur quels éléments en Europe orientale et centrale s’appuient les Américains. Il n’y a pas en effet dans les bandes Croates, Polonaises, Hongroises, Roumaines, Bulgares qui reçoivent des armes et de l’argent de Washington et de Londres, que d’honnêtes démocrates. D’ailleurs les terroristes à la solde de Moscou qui opèrent dans le monde entier, sont de même trempe.

Jusque sur le territoire des Etats-Unis, des émigrants suspects se rassemblent, des armes débarquent on ne sait d’où, des mots d’ordre se répandent, des grèves surgissent inopinément.

Cette division en deux camps, endémique en France, est devenue quelque chose d’international comme la rivalité des Guelfes et des Gibelins. Dans l’organisation de cette guerre souterraine, les Soviétiques ont une bonne expérience, mais les autres ont aussi leurs méthodes : au terrorisme de leurs adversaires, ils opposent une police éprouvée dans la lutte contre le crime et d’excellentes troupes de choc, en particulier Polonais et Croates, beaucoup d’espions déguisés en marchands, et des dollars.

Tito et Bierut s’en plaignent assez fort, et en Grèce, de récentes opérations contre ces communistes menées par des troupes soi-disant régulières prouvent qu’il y a encore des comitadjis dans les parages.

 

Nouveaux Aspects de la Politique Russe

De plus en plus, les U.S.A. sont devenus l’ennemi n° 1 et l’on fait des avances à Londres. Les Russes subissent en effet en Extrême-Orient une perte de position et de prestige qui les affecte. La Chine de Tchang-Kaï-Chek, étayée par les Américains, refoule les communistes vers le Nord et s’installe en Mandchourie. Un vaste mouvement nationaliste, nettement anti-communiste, se propage dans tout l’Orient. Ce nationalisme existait déjà, mais il avait confondu son action avec celle  des agitateurs éduqués par Moscou : c’était le cas notamment en Indonésie et en Indochine. Aujourd’hui, ces deux courants se combattent partout. Les nationalistes, gens d’ordre, se sont vus débordés par les terroristes et menacés d’être confondus avec eux dans l’esprit des masses, et discrédités. Ces nationalismes s’appuient sur les Américains et suivent plus ou moins leurs suggestions parce que les Américains ne sont pas des colonisateurs et que leur présence utile au commerce n’est pas humiliante pour l’indigène. L’influence des U.S.A. se renforce de plus en plus, au détriment du communisme. C’est pourquoi Staline veut exploiter le mouvement pacifiste et anti-impérialiste des Trade-Unions. En proposant un plan aux Communes sur la conscription, il savait flatter les masses britanniques. Il a essayé de persuader les émissaires travaillistes à Moscou que les intérêts britanniques en Extrême-Orient sont aussi menacés que ceux des Russes par les U.S.A.  A part Hong-Kong en effet, sentinelle avancée, les terribles pertes anglaises en Chine semblent irréparables. Les Russes de leur côté, craignent un développement nationaliste dans leur Asie Centrale musulmane où l’agitation, comme nous l’avons vu, ne manque pas. Dans cette gigantesque lutte à trois partenaires, chacun a ses points faibles et ses atouts. On en joue comme peut-être jamais dans l’Histoire.

 

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Criton – 1946-11-02 – La Nouvelle Politique Russe en Allemagne

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Le Courrier d’Aix – 1946-11-02 – La Vie Internationale.

 

La Nouvelle Politique Russe en Allemagne

 

Les assises de la politique mondiale sont à New-York. Après le discours du président Truman que l’on salua comme une promesse de Paix, les discussions ont retrouvé leur acuité : le droit de veto, le cas Franco reviennent sur le tapis. Molotof a repris ses accusations coutumières contre les projets de domination mondiale des Anglo-Saxons.

Derrière ces palabres, un fait domine : le brusque changement de la politique russe en Allemagne.

 

Les Déportations d’Ouvriers Allemands

L’U.R.S.S. n’a pas tardé à tirer les conséquences de l’échec de ses partisans aux élections de Berlin. Jusqu’ici les Russes avaient cherché à séduire l’électeur Allemand pour qu’il approuve la formation d’un régime communisant. Ils espéraient que le mouvement parti de leur zone, gagnerait toute l’Allemagne. C’est l’inverse qui s’est produit : les Allemands de plus en plus se tournent vers les Anglo-Saxons. Alors cette politique bienveillante de l’U.R.S.S. se transforme en oppression brutale ; les Allemands sentaient que la situation pouvait se retourner. Brusquement la police Russe a fait irruption dans les usines. Elle a dirigé le matériel, les ouvriers, les ingénieurs et leurs familles, en un tournemain vers les trains qui partaient en Russie. Ce coup de force a soulevé l’émotion. Les leaders Allemands des syndicats et des offices techniques démissionnent en masse ; les Anglo-Saxons protestent en vain bien entendu.

 

Les Déclarations de Staline

Staline aussitôt a fait des déclarations d’ordre très général destinées à rassurer et à minimiser l’événement. En réalité, cette politique russe peut avoir deux buts différents entre lesquels elle choisira selon l’opportunité : ou bien poursuivre l’organisation d’un « protectorat » présidé par un ministère fantoche type polonais, mais cela implique un certain soutien des masses ou au moins leur résignation ; ou bien, si la Russie devait rendre à l’Allemagne son unité politique qui ne se ferait pas, comme elle l’espérait sous son égide. Ne laisser qu’un pays vidé de sa substance sans industrie, ni outillage, dépourvu de spécialistes et de techniciens, un Allemagne qui serait à reconstruire aux frais des Anglo-Saxons. Les déportations actuelles visent surtout à transférer en Russie l’industrie de l’optique, la première du monde, avec tous ses secrets ; le coup vient des fabriques d’armement qui travaillaient à plein et qui sont ou vont être transportées. On voit que le Reich Allemand dont on parle par habitude a bien cessé d’exister.

 

La Situation de Bevin

La crise politique anglaise, depuis longtemps latente, a fini par éclater avec le discours Bevin. Le congrès des Trade-Union a voté une motion qui équivaut à un désaveu de la politique du ministre.

L’Angleterre est en passe de connaître ce que fut depuis 40 ans le drame français : l’intrusion des passions politiques dans la direction des affaires étrangères. Un grand homme comme Churchill hier, Bevin aujourd’hui, veut faire une politique d’intérêt national. Ils font alors l’effet d’un réactionnaire à une masse ignorante, habilement manœuvrée par les agents de l’adversaire, qui veut qu’on rompe avec Franco, qu’on abandonne la Palestine, qu’on rende le Soudan à l’Egypte ou aux Soudanais, etc. au risque de détruire tout le système de défense impériale et d’inquiéter les Dominions qui chercheraient appui ailleurs. Contrastant avec sa fougue habituelle, Bevin a dit d’un ton las ce qu’il croyait nécessaire. Par ailleurs, il s’est formé en Angleterre dans certains salons aristocratiques une opinion pro-soviétique, dont les reflets se glissent jusque dans le « Times », comme il s’était formé autour de Ribbentrop des salons pro-nazis. En accusant Churchill d’être un fauteur de guerre, comme le faisait Hitler, Staline sait que derrière Churchill c’est Bevin qui est atteint et toute la politique britannique actuelle : Attlee a courageusement soutenu son collègue mais Bevin a trop d’ennemis pour demeurer longtemps encore en place.

 

Le Désarroi Américain

Les élections aux U.S.A. sont imminentes. Truman dont le crédit très affaibli, pêche des voix pour son parti. Une victoire des républicains paraît cependant certaine, qui sera le prélude d’un changement complet de personnel politique d’ici 1948. Bien qu’en matière extérieure l’unanimité soit presque faite et Byrnes très appuyé, l’ambiance se prête mal à une action vigoureuse. On pense trop à sa place et à l’électeur. On voit qu’en présence de flottements, les Soviétiques se hâtent de marquer des points.

 

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Criton – 1946-10-26 – Impérialisme économique et Impérialisme politique

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Le Courrier d’Aix – 1946-10-26 – La Vie Internationale.

 

Impérialisme Economique et Impérialisme Politique

 

La suite de la Conférence de Paris se tiendra à New-York ; les délégués sont en mer : leurs polémiques ne cessent pas pour autant, et les ministres à terre discourent.

 

Le Discours de Byrnes

La politique américaine à l’égard de l’U.R.S.S. est celle de la main tendue. A condition que de son côté, la Russie ne se dérobe pas.

Byrnes reprend néanmoins l’opinion d’Harriman que les Soviets ne s’attendent pas à la coopération pacifique des deux mondes, et constate la tension toujours croissante des relations Russo-Américaines. Contre ces dispositions psychologiques il fait appel au bon sens et à la bonne volonté. Des déclarations assez analogues du sénateur Vanderberghe font ressortir la quasi-unanimité de l’Opinion américaine en matière de politique extérieure.

 

Le Raidissement Américain

Dans tous les secteurs litigieux, l’action américaine se fait plus sévère : Note très rude à Tito au sujet des Américains internés ; manifestations énergiques contre la condamnation de Mgr Stepniak, le prélat croate ; refus de crédit à la Tchécoslovaquie décidément attachée au camp russe ; intransigeance dans l’affaire du Danube ; sans la question des élections bulgares, nouvelle note à la Pologne ; le bloc slave n’est pas ménagé et la polémique avec Molotov continue ; Impérialisme économique, dit celui-ci. L’autre réplique : méthodes hitlériennes, dictature des mitraillettes.

 

Le Pacte Secret Staline-Hitler

Il est difficile de ne pas leur donner également raison. Côté Russe, on vient de donner aux communes un commencement de publicité au traité secret annexe du pacte de non-agression signé en août 39, entre les deux dictateurs et récemment trouvé dans les archives du Reich. On en connaissait déjà l’existence et la teneur : Pour les Russes, partage de la Pologne, annexions des pays Baltes, de la Bucovine, de la Bessarabie, protectorat sur la Roumanie, la Bulgarie et la Grèce. Avant de s’entretuer, les deux complices s’étaient servis, mais ni l’un ni l’autre, n’avaient d’illusion sur leurs desseins réciproques.

 

Les Élections Allemandes

Les élections de Berlin ont marqué d’une façon éclatante la rupture qui se consomme entre les deux Allemagnes ; là où les Russes ne commandent pas, à Berlin même, le Parti social-démocrate l’emporte sur le pacte social communiste unifié, création des Soviets. La suite ne tardera pas : Les Russes vont créer un gouvernement central pour leur zone, une « République allemande du peuple » – le protectorat dont nous parlions l’autre jour. Chose significative, des personnes échappées de la zone russe racontent que la population a l’impression d’être toujours sous le régime nazi. On craint la police, on parle à voix basse, on se méfie du voisin. Peu à peu, au contraire, en zone anglo-saxonne, la liberté s’organise, la politique alimente à plein ses querelles comme au temps de la République de Weimar. Les Anglo-Saxons sont décidés à rendre à l’Allemagne en leur pouvoir sa capacité économique. A quand la nouvelle ligne Siegfried ?

 

Les Récriminations d’Amey

Nous sentions depuis quelques temps un peu de mauvaise humeur se glisser dans les relations Anglo-Américaines : l’économique en est la cause : « Les Etats-Unis semblent vouloir détruire l’unité économique de l’Empire Britannique basée sur le système préférentiel et l’étalon Sterling, et placer chaque membre du Commonwealth sous la dépendance générale du système américain ». On discute en effet en ce moment l’organisation du commerce mondial, et les Américains cherchent à utiliser leur puissance financière pour imposer au monde une politique de tarifs réduits et sans discrimination. Si la cohésion du Commonwealth britannique a magnifiquement résisté moralement à la guerre économiquement, le bloc s’est effrité. Toutes les discussions anglo-américaines tendent à maintenir ou à faire sauter le mur du tarif préférentiel qui présente déjà pas mal de brèches. On a vu lors de l’emprunt, la  passion que les Anglais mettent à défendre leur système. Que n’en mettons-nous autant en France ? Reviendra-t-on sur l’invraisemblable erreur des barrières de change entre nos colonies et nous ? Tandis que les Britanniques défendent, au prix des plus grands sacrifices, l’étalon sterling.

 

La Capitulation du Siam

La restitution des provinces arrachées à l’Indochine Française par le Siam à l’instigation des Japonais est chose faite ; sous la pression anglo-américaine, le Siam a cédé. Les Américains ont compris enfin que le prestige de la race blanche en Extrême-Orient devait être maintenu en bloc et que l’humiliation des Français était une perte d’influence pour eux. De même, en Indonésie où au début, du temps de Roosevelt, les Etats-Unis avaient soutenu les indigènes contre les Hollandais et les Anglais, la situation s’est retournée. Ce sont là d’heureuses nouvelles.

 

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Criton – 1946-10-19 – Réconciliation Franco-Allemande ?

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Le Courrier d’Aix – 1946-10-19 – La Vie Internationale.

 

Réconciliation Franco-Allemande ?

 

La liquidation de la Conférence de Paris se poursuit avec diligence. Pour reprendre un jugement lapidaire : elle a plutôt rapproché l’heure de la guerre que celle de la paix. Aucun problème crucial n’est résolu. Mais les discussions ont creusé davantage le fossé entre l’Ouest et l’Est.

 

Déclaration de Harriman

L’ancien ambassadeur des Etats-Unis à Moscou, aujourd’hui successeur au ministère du commerce du célèbre Wallace, a résumé ainsi plusieurs années d’expérience diplomatique en U.R.S.S. : « Les dirigeants Soviétiques sont convaincus que les deux systèmes communiste et capitaliste ne peuvent coexister dans le même monde ; Qu’ils ont adopté une ligne de conduite visant à contrecarrer par tous les moyens l’Angleterre et les Etats-Unis ; qu’une politique de grande vigilance et de méfiance à l’égard des intentions soviétiques s’impose ». Cette déclaration, si elle ne nous apprend rien, aura beaucoup de poids pour l’opinion américaine.

 

Nouveaux discours de Smuts

Smuts, après Churchill, reprend l’idée d’un groupement européen. Cette fédération, soit que l’Angleterre en prenne l’initiative, soit qu’elle se constitue en dehors d’elle, repose sur une condition préalable : la réconciliation franco-allemande :

« La réconciliation franco-allemande pourrait modifier toute la scène politique en Europe comme l’union entre la France et la Grande-Bretagne proposée par Churchill en juin 40 aurait pu changer le cours de l’histoire. Mais ces idées et ces vues d’un génie comme Churchill sont en dehors de la conception de la foule dont l’esprit et les réactions se manifestent bien moins rapidement », et Smuts conclut : « Je crains que l’Europe ne puisse pas attendre jusqu’à ce grand revirement de pensée. Le cas est trop « urgent ».

L’insistance avec laquelle les deux plus grands hommes d’Etat actuels affirment ces idées nous oblige à un examen attentif.

 

France et Allemagne

Nous n’avons cessé de dire ici même que le problème Franco-Allemand avait totalement changé d’aspect depuis la défaite d’Hitler. La politique étrangère française toujours en retard d’une guerre, comme son organisation militaire, envisage le problème allemand comme en 1920. Or, il n’y a plus en Europe qu’une puissance militaire, la Russie. Une pression formidable s’exerce d’Est en Ouest. Elle a atteint l’Oder. La population allemande au-delà de ce fleuve, a fui les territoires qu’elle occupait. Dans la zone occupée par les Russes, les officiers soviétiques s’installent avec leurs familles. Cette infiltration s’étend jusqu’à 200 kilomètres du Rhin. Devant le danger commun, pensent Churchill et Smuts, ce qui reste de l’Europe occidentale doit s’unir et même se fondre. A cela nous présenterons deux objections : d’abord s’il s’agit de constituer une force capable par elle-même de résister à la poussée slave, il n’y faut pas songer. Militairement a dit Montgomery, rien ne peut s’opposer à l’occupation de l’Europe par les Russes. Politiquement, comment, même si on le désirait, cette réconciliation Franco-Allemande serait-elle réalisable ?  Nous n’occupons que le dixième du pays et n’avons que peu d’accès aux zones Anglo-Américaine, aucune à la zone Russe, et surtout, disons-le nettement, l’Allemagne n’existe plus. La zone russe peu à peu devient un protectorat, comme Hitler l’avait installé en Bohême-Moravie. Une nouvelle guerre seule pourrait en chasser les Soviets. Bon gré mal gré, et parfois de bon gré (car les relations entre Russes et Allemands ne sont pas partout mauvaises, loin de là), la collaboration Germano-Russe s’organise d’autant mieux que l’Allemand aime à être dirigé. Par ailleurs, le système d’occupation militaire (auquel entre parenthèse les Russes ont substitué une occupation presque invisible) est incompatible avec toute tentative de réconciliation morale. Enfin, le tronçon d’Allemagne qui reste aux Alliés de l’Ouest, constitue un pays déséquilibré, inviable économiquement, sans tête, incapable de nourrir une population trop nombreuse. Pour toutes ces raisons, un bloc occidental où l’Allemagne jouerait un rôle est impossible à l’heure présente et sans doute pour longtemps. La faute en est à tous, et M. Churchill lui-même n’y est pas étranger.

 

La Lutte en Perse

A côté de ces grandes idées politiques dont le propre est de rester à l’état d’utopie, la politique réaliste des Soviets se traduit en actes. Tandis que l’attention se concentre sur Trieste, la question du Danube et celle des Détroits, derrière un écran de fumée, l’avance Russe en Perse fait des progrès tels, que Staline a proposé au gouvernement de Téhéran une alliance militaire ; en style diplomatique, on sait ce que cela signifie. Du plus fort au plus faible, c’est l’annexion déguisée. Mais pourquoi devant fait aussi grave, les Anglais sont-ils si discrets ?

 

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Criton – 1946-10-12 – La Bascule Diplomatique

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Le Courrier d’Aix – 1946-10-12 – La Vie Internationale.

 

La Bascule Diplomatique

Semaine d’attente : Molotov est à Moscou. On espère, sans trop y croire, que de ses délibérations avec Staline, sortira une offre de paix. Pour tromper la monotonie, d’ailleurs laborieuse de la Conférence de Paris, les diplomates se livrent au jeu des hypothèses.

 

Les Relations Anglo-Américaines

On a beaucoup remarqué que la presse et la radio soviétiques avaient suspendu leurs polémiques contre l’Angleterre et concentraient leurs attaques sur les Etats-Unis ; cette évolution n’est pas d’hier. Mais on a été surpris d’entendre de la part des Russes qu’il était possible pour les Etats qui s’orientent vers le socialisme, d’arriver à une entente avec l’U.R.S.S. plus aisément qu’avec les états attachés au capitalisme c’est-à-dire les Etats-Unis. On a remarqué aussi que du côté anglais, les événements de Perse, pourtant sérieux, ne soulevaient plus la même émotion : enfin l’Angleterre a accepté que la Russie et la Turquie négocient séparément la question des Détroits, pourvu que leurs décisions soient soumises ultérieurement à l’approbation d’une conférence internationale. Il est encore difficile de mesurer la portée de ces faits, ce qui est sûr c’est que MM. Attlee et Laski nourrissent l’espoir d’un accord avec l’U.R.S.S. depuis fort longtemps et qu’ils comptent, s’ils réussissaient, sur un regain considérable de popularité pour le parti travailliste assez déprimé, comme on sait.

 

L’Attitude Américaine

Ce qui donne quelque poids à ces propos, c’est la polémique Attlee-Truman au sujet de la Palestine. Le Président, nullement désarçonné par l’affaire Wallace, a fait sensation en proclamant le désir des Etats-Unis de voir se réaliser immédiatement avant que la conférence anglo-judéo-arabe n’ait terminé ses travaux, une émancipation juive en Palestine. Le Président, à la veille des élections, n’hésite pas, pour rallier les voix israélites, à prendre parti pour les Juifs contre les Arabes dans la question palestinienne. Le gouvernement anglais qui désirait au contraire ménager les arabes et faire trainer les négociations, a vivement protesté contre cette décision de Truman, l’affaire en est là. Il est certain que la Maison Blanche fait tous ses efforts pour soutenir Bevin contre Attlee et l’aile gauche des travaillistes que l’on voudrait rejeter dans l’opposition. Moscou se trouve du même coup arbitre d’une situation dont elle entend tirer le maximum de profits.

 

Les Révoltes en Perse

Les Russes ne perdent pas de temps. Ils poussent leurs pions sans répit. Les rébellions en Perse font tache d’huile et peu à peu les provinces en révolte se détachent plus ou moins du gouvernement de Téhéran. Voilà la rébellion à Chiraz. Petit à petit, d’autonomie en autonomie, le cercle s’étend vers le Sud au bord même de la zone pétrolière sous influence anglaise. Calme par contre en Irak et aux confins syriens où les Anglais poursuivent patiemment leur dessein d’une grande Syrie ; l’éviction des Français fut la première étape ; la dernière, c’est-à-dire la fédération de la Syrie de l’Irak et de la Transjordanie, semble proche ; c’est pourquoi l’intervention américaine dans l’affaire palestinienne est grosse de conséquences. Les intérêts anglais et américains en Proche-Orient ont toujours frisé le conflit, question de pétrole avant tout. Les Américains ont leur clientèle là-bas. Et les rivalités de personnes sont toujours compliquées.

 

Le Discours Byrnes

Le ministre Byrnes dont  l’autorité est sortie renforcée aux U.S.A. par l’affaire Wallace, a affirmé de nouveau la fermeté de l’attitude américaine  vis-à-vis des Soviets et de Tito. Dans la question de la navigation danubienne, dans l’affaire de Trieste, dans les règlements des incidents où périrent des aviateurs américains, l’attitude des Etats-Unis demeure inflexible. Seule la puissance militaire peut donner à réfléchir aux dictateurs slaves.

 

Trieste

Autour de cette malheureuse ville, les négociations se poursuivent entrecoupées d’incidents locaux. Nous renonçons à exposer les solutions compliquées dont aucune d’ailleurs n’a pu s’imposer. En fait, Trieste et la Vénétie Julienne demeureront un foyer d’intrigues et de querelles tant qu’un des deux partis ne se sera pas imposé.

 

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Criton – 1946-10-05 – Reflet d’Optimisme

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Le Courrier d’Aix – 1946-10-05 – La Vie Internationale.

 

Reflet d’Optimisme

 

L’affaire Wallace a suscité une série de déclarations destinées à calmer la psychose de guerre par des réflexions pondérées. D’abord Eden, puis le maréchal Staline enfin le général Smuts. Parallèlement, la lutte sur le terrain diplomatique se poursuivait sans donner aucun signe d’apaisement.

 

L’Interview de Staline

Les déclarations de Staline ont suscité beaucoup de commentaires. Elles étaient d’ailleurs destinées beaucoup plus au peuple russe qu’à l’opinion étrangère. La radio et la presse soviétique leur ont donné le maximum de publicité. Il fallait d’abord calmer les inquiétudes en affirmant aux citoyens de l’U.R.S.S. qu’il n’y avait pas de danger de guerre. Dire ensuite que la bombe atomique n’était pas l’arme toute puissante qu’on pouvait craindre et qu’elle ne pouvait effrayer que les faibles. Enfin, que le régime économique et social de l’U.R.S.S. n’était pas un obstacle à la collaboration avec les nations occidentales. Mais rien n’était dit des efforts que la diplomatie russe pouvait faire pour faciliter cette coopération. Largement commentées en Amérique et en Angleterre, les déclarations ont été accueillies surtout aux U.S.A. avec beaucoup de réservations et de scepticisme. Nous attendons des actes et non des paroles, lit-on partout.

 

Le Discours du Général Smuts

Le général Smuts, premier ministre de l’Union Sud-Africaine est, après Churchill, le plus clairvoyant des hommes d’Etat du Commonwealth britannique. Pendant la guerre, ses observations se sont révélées étonnamment justes. Lui non plus ne croit pas à la guerre pour cette génération, pour une raison économique surtout : les nations susceptibles de la faire ont assez de ressources pour n’être pas obligées de convoiter celles de leurs voisins, ensuite parce que les peuples sont trop épuisés pour mettre assez d’ardeur à la faire. Smuts ne nie pas pour cela les dangers qui demeurent. Il ne pense pas qu’ils puissent être écartés. Mais avec le temps on peut espérer arriver à envisager la constitution progressive d’une sorte de super-état qui limiterait la souveraineté des nations et les obligerait à renoncer aux moyens violents. Une idée de la guerre, aujourd’hui utopique, pourrait s’acclimater dans les esprits jusqu’à devenir réalisable. C’est en effet la seule solution possible, dont l’O.N.U. n’est encore qu’un chétif embryon.

 

L’Opinion d’Eden

Beaucoup plus réservé Eden, lui, croit à la vertu des conversations. Diplomate de carrière, il tenait à rassurer les éléments conservateurs qui redoutent les aventures et suivaient autrefois plus volontiers Chamberlain que Churchill. Vis-à-vis des travaillistes et du peuple anglais en général, il voulait dissiper le préjugé bien établi que les capitalistes ont intérêt à la guerre et ne craignent pas d’y pousser.

Signalons, pour être complet deux autres opinions. Celle de Sumner Welles, l’ancien secrétaire aux affaires étrangères américain qui, tout en approuvant les déclarations de Wallace a protesté contre les accusations de celui-ci contre l’impérialisme britannique.

Le général Eisenhower, pour écarter les soupçons de bellicisme qui suivent naturellement les militaires, a fait à la paix une déclaration passionnée : il exhorte à la haine contre la guerre et veut mettre la bombe atomique hors la loi.

Enfin, M. Byrnes a affirmé non sans ironie qu’il remerciait le président Truman d’avoir approuvé la politique qu’il suivait, montrant ainsi que quel que soit le parti au pouvoir aux Etats-Unis, aujourd’hui comme demain, la politique du pays ne subirait aucune déviation.

 

Les Faits

Les événements de la semaine n’ont cependant apporté à ces considérations raisonnables aucun appui. La Conférence de Paris multiplie ses efforts pour aboutir à quelque chose qu’on puisse signer. Mais le débat de Trieste n’a marqué aucun progrès. Les Etats-Unis et la Grande-Bretagne ont fait adopter à la majorité, contre le bloc slave, une résolution recommandant la libre navigation sur le Danube, question de première importance.

La lutte ouverte en Grèce continue malgré l’arrivée du roi Georges et les communistes grecs armés et encadrés par des Russes poursuivent la guérilla.

Enfin, et cela est plus sérieux encore, une nouvelle note soviétique assez semblable à la première, exige des Turcs des négociations directes sur la question des Détroits. La Turquie l’a aussitôt repoussée, maintenant que le problème est d’ordre international, et ne peut être discuté. L’Angleterre et l’Amérique ont fait des déclarations dans le même sens.

  1. Byrnes en outre a décidé que quel que soit le calendrier des assemblées, le problème allemand viendrait en discussion en novembre. En présence de ce raidissement des deux partis, il est bien évident qu’on n’évitera pas le dilemme : ou une action militaire ou un compromis qui implique du côté russe des concessions substantielles que rien jusqu’ici ne fait prévoir, ce qui n’est heureusement pas une raison pour qu’elles ne se produisent point.

 

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Criton – 1946-09-28 – Conséquences de l’Affaire Wallace

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Le Courrier d’Aix – 1946-09-28 – Le Chemin de la Paix.

 

Conséquences de l’Affaire Wallace

 

Le discours du ministre du Commerce américain, ses entretiens avec Truman, sa brusque démission dominent l’actualité internationale.

Ce n’est pas seulement une crise politique intérieure aux Etats-Unis, mais l’expression d’un courant d’opinion qui avait des sympathies en différents pays, et qui, pour le moment du moins, semble avoir perdu la partie.

 

Les Contradictions du Président Truman

Wallace, soutenu dans la coulisse par Sumner Welles, est l’ancien vice-président de Roosevelt ; à ce titre, ils se présente comme le confident de sa pensée et son continuateur : néo-dépliste de la première heure, il a l’inimitié des milieux d’affaires, des républicains et des démocrates du Sud. Sa position est celle de leader de la gauche du parti démocrate, des masses laborieuses et de tous les pacifistes. Le président Truman l’avait d’abord suivi soit par conviction, soit pour rendre à son parti une chance électorale. Mais l’opinion dans sa large majorité ayant vivement réagi contre une politique où l’on voyait de la faiblesse et le retour aux fautes du passé, le président s’est ravisé. Il a cru pouvoir, sans se compromettre, arranger l’affaire. Mais d’énergiques pressions de la part de Byrnes et des généraux l’ont laissé désemparé. Il a désavoué et renvoyé son ministre. Bien plus, le successeur de Wallace, l’ex-ambassadeur à Moscou, Harriman, est très sympathique à Wall Street, ami de Byrnes, et qui récemment avait fait sur la politique de Moscou des réserves plutôt sévères. Ce revirement complet du président Truman mettra probablement fin à son prestige et à sa carrière politique.

 

La Crise du Parti Travailliste

L’affaire était liée à la crise grave qui secoue le parti travailliste anglais. Contre Bevin, partisan d’une politique de fermeté, le groupe Attlee-Laski menait une lutte sourde. Cette gauche travailliste qui représente 70% du parti, menaçait de se détacher publiquement de l’autre pour faire triompher une politique de conciliation avec l’U.R.S.S. et une politique sociale plus hardie à l’intérieur. Bevin n’était plus ministre que nominalement. Heureusement chez les socialistes, nous savons que les pires dissensions se résolvent toujours par le vote d’une motion nègre-blanc et non par un knock-out comme aux Etats-Unis. L’unité sera maintenue.

En résumé, ces courants que leurs adversaires appelaient « les tendances vers un nouveau Munich » ont subi un premier échec. Cependant, il s’agit d’un mouvement profond. La Russie fera tous ses efforts pour l’encourager et s’en servir. Il comprend beaucoup de personnalités qui ne se sont pas encore exprimées. Nous en verrons d’autres manifestations et des retours périodiques. La marche des événements n’en sera pas pour cela modifiée.

 

Le Discours Churchill

Pendant ce temps, on commentait le discours de Zurich diversement accueilli. Il est difficile en apparence d’en saisir le but. Prononcé en Suisse, il avait pour thème l’organisation d’une fédération européenne, une union de peuples divers sur le modèle helvétique. Mais les Etats-Unis d’Europe restent du domaine de l’utopie et Churchill ne pense pas qu’ils puissent se réaliser pour l’Europe entière. Il s’agirait au fond d’une fédération occidentale qui, si les circonstances étaient favorables, s’étendrait à l’Orient et dans le cas contraire pourrait s’y opposer. Bloc occidental en somme, l’obstacle c’est la France, c’est-à-dire une coopération étroite entre la  France et l’Allemagne. Churchill voudrait que la France, décidément trop faible pour jouer sur le continent son rôle de bouclier de l’empire britannique puisse être renforcée par une bonne armée allemande qui monterait la garde : la collaboration en somme. Peu probable qu’en France, il y ait beaucoup d’amateurs. Il est difficile d’interpréter autrement le discours puisque M. Churchill nous prévient à mots couverts qu’il ne voit pas grandes chances d’une compréhension mutuelle des Russes et des démocraties occidentales. Il en faut pas sourire. C’est probablement par la force des choses et malgré toutes les répugnances, ce que l’avenir réalisera.

 

L’Affaire de Trieste et l’Echec de la Conférence de Paris

La Conférence du Luxembourg agonise. Elle est morte. Pourra-t-on sauver les apparences ? Le seul problème d’importance qu’elle pouvait résoudre était Trieste. Or, à l’heure présente elle semble à peu près dessaisie de la question ; Molotof, ayant conduit les discussions à une impasse, a poussé à des négociations directes entre Tito et l’Italie. C’est le communiste Reale qui discute, ce qui fait prévoir un accord. De Gasperi l’acceptera-t-il ? Si oui, les délégués n’auront qu’à rentrer chez eux ; on assure qu’à Paris, ils ne se sont pas ennuyés ….

 

L’Epuration chez les Soviets

Une crise intérieure dont il est difficile de mesurer l’ampleur secoue pendant ce temps la machine soviétique. L’épuration frappe partout, hier c’étaient les écrivains, les cinéastes. Aujourd’hui la presse, les Izvestia, la Pravda. Au Caucase, les déportations se multiplient dans les républiques soi-disant autonomes. Qui mène le jeu ? Souhaitons que les difficultés qui s’accusent dans tous les pays ramènent la raison parmi les hommes.

 

                                                                                      CRITON

Criton – 1946-09-21 – La Politique Américaine et le Discours Wallace

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Le Courrier d’Aix – 1946-09-21 – Le Chemin de la Paix.

 

La Politique Américaine et le Discours Wallace

 

Le Discours Wallace

Le discours du ministre du Commerce Wallace, approuvé par le président Truman, a provoqué dans le monde une sensation considérable.

En gros, il proclame qu’entre la Russie et les Etats-Unis une guerre n’est pas inévitable, qu’elle ne le sera que si les Etats-Unis se mettaient au service de l’impérialisme anglais en Proche-Orient et en Méditerranée, et qu’en partageant le monde en deux zones d’influence : l’une du tiers du globe pour la Russie , monde socialisé, et l’autre des deux tiers restants, aux Etats-Unis, monde libéral.

La paix serait assurée pourvu que les Russes ouvrent les portes de l’Europe Orientale au commerce américain.

Programme en contradiction apparente avec celui que poursuit le secrétaire aux affaires étrangères Byrnes. Ce discours sensationnel signifie-t-il un changement de la politique des Etats-Unis ?

 

Signification du Discours

Qu’on ne s’y trompe point. Ce discours est avant tout fonction de préoccupations électorales, comme le livre d’Elliott Roosevelt qui le préparait.

Mais, à la différence de ce qui se passe en France, si la politique extérieure américaine prend soin de s’adapter aux tendances de l’opinion, elle n’en subit au fond jamais les exigences, quel que soit le parti au pouvoir ; les décisions de politique étrangère, tant en Angleterre qu’en Amérique sont prises uniquement en fonction de l’intérêt national.

Une véritable psychose de guerre s’était emparée du public américain ; l’incident avec la Yougoslavie, l’attaque des aviateurs avait été prise pour un petit « Pearl Harbour », on ne parlait que des préparatifs scientifiques à la guerre. La bourse de New-York venait brusquement de connaître une panique sensationnelle. Les affaires s’arrêtaient. Il fallait rassurer le monde du business, calmer les ex-isolationnistes et les fermiers du Middlewest, donner avant les élections des gages de pacifisme à Chicago.

Wallace s’en charge, mais Byrnes continue.

Le président Truman, dont la popularité a baissé depuis les grèves où son autorité n’a pu s’exercer, a cru opportun de rallier des partisans. De plus, crier à l’impérialisme anglais qui entraîne sans cesse la pacifique Amérique dans des guerres, fait toujours recette.

Enfin, et ceci est plus habile, il fallait donner à la Russie, au cas où le Kremlin voudrait faire machine arrière, une porte de sortie et dans le cas contraire bien plus probable, donner au monde une expression des désirs pacifiques des U.S.A.

On ne s’est guère ému à Londres. Moscou n’a pas montré d’enthousiasme.

Plus que jamais demeure l’impression que quelles que soient les paroles, les jeux sont faits. Aux Etats-Unis d’ailleurs, le discours a été sévèrement commenté en général. Si c’était là un sondage de l’opinion, celle-ci consciente de la gravité de la situation, penche plutôt dans son ensemble vers une politique de fermeté.

 

Trieste et l’Albanie

Pendant ce temps, l’orage permanent qui se déplace sans cesse se concentre sur Trieste et l’Albanie.

Molotof à Paris veut faire échouer les travaux des commissions internationales sur la question, et mettre aux prises l’Italie et la Yougoslavie. L’Albanie, tout en accusant la Grèce de provocations armées à sa frontière, mobilise 75.000 hommes encadrés par les Russes ; en Grèce les terroristes continuent. Un conflit en Epire du Nord menace.

On apprend par ailleurs que la zone russe en Allemagne est un vaste arsenal de guerre soviétique ; toutes les usines d’armement travaillent au maximum ; de leur côté, les Américains ont expédié chez eux les derniers savants autrichiens et allemands sans emploi pour les intéresser à leur production de guerre. La dernière trouvaille serait un procédé biochimique susceptible de stériliser la terre et d’anéantir toute production agricole sur des pays entiers ; la victoire par la famine ! Les recherches bactériologiques ne chôment pas non plus. Ceci n’est pas hélas, du feuilleton.

 

Le Problème Allemand

On se bat à coup d’élections, et les communistes ont en général subi un échec. Leur succès relatif en zone soviétique est très inférieur aux prévisions.

Le discours Byrnes avait fait espérer aux Allemands une modification de leurs frontières de l’Est aux dépens des Polonais. Les Russes avaient organisé contre l’Amérique, en Pologne, des manifestations orageuses, ce qui n’empêche pas les leaders du parti unifié allemand patronné par Moscou de promettre aux électeurs que les Russes rendraient à l’Allemagne communiste de demain la Silésie et la Poméranie. Mais dès le lendemain des élections, Molotof déclarait que la frontière de l’Est était définitive.

Ce qui rend peu probable un apaisement prochain, c’est le travail de sape que l’U.R.S.S. fait exécuter partout contre l’édifice social de ses adversaires. L’occupation des immeubles vides de Londres par les squatters est l’œuvre des communistes. De pareilles se préparent en France si un changement politique survient ; les terroristes en Palestine sont des recrues de Moscou, etc. …..

 

                                                                                                CRITON

Criton – 1946-09-14 – L’Enjeu Allemand

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Le Courrier d’Aix – 1946-09-14 – Le Chemin de la Paix.

 

L’Enjeu Allemand

 

L’évolution du problème allemand suit le développement prévu. Les Etats-Unis ont fait, par la voix de M. Byrnes, connaître leurs projets. Il n’y a rien là que nous ne connaissions déjà. Exactement comme en 1918-19, les rivalités des vainqueurs permettront l’avènement d’un nouveau Reich.

Nos lecteurs étaient préparés à cette fatale conclusion.

 

Le Discours de Byrnes

L’Allemagne est devenue, non une dépouille mais un enjeu. C’est à qui des Russes et des Américains rendra aux Allemands l’espérance. Aujourd’hui, les partis pro-anglo-saxons se réjouissent ; les pro-russes se taisent. Il ne faut pas cependant critiquer sans comprendre.

Le projet américain est beaucoup moins inquiétant pour l’avenir que ne l’étaient ceux de Wilson et de Lloyd-George.

La Sarre sera française et cette fois définitivement ; l’Allemagne serait une fédération d’états plus ou moins autonomes, ce que en 19 nous avions demandé et point obtenu. De plus, le contrôle de l’industrie allemande serait assumé et il ne tiendra qu’à nous d’y veiller. Nous n’avons pas de ce côté l’impression qu’on nous marchandera les garanties.

C’est sur un plan constructif dans le domaine où il faut faire de l’efficace et du définitif, que notre gouvernement doit porter son effort, bien plus que sur des revendications d’autonomie en Rhénanie et dans la Ruhr qui n’ont et n’ont jamais eu de chances d’aboutir. Une obstruction aux desseins anglo-américains serait là encore vaine et dangereuse.

En politique, quand on n’est pas le plus fort, il faut s’accommoder ; encore faut-il le faire avec adresse.

 

Les Elections en Saxe

Les Russes font la grimace.

Ils avaient organisé des élections « démocratiques » ; l’opposition n’avait ni journaux, ni papier, ni radio. Tous les fonctionnaires, comme au temps d’Hitler devaient, sous peine de révocation, faire de la propagande pour le parti unifié socialo-communiste. Celui-ci néanmoins n’a obtenu que 54% des voix.

Le peuple allemand se laisse flatter des deux côtés mais la peur du joug russe pèsera sur leurs suffrages. Pour enlever le morceau, on prêtait aux Soviétiques l’intention de rendre à l’Allemagne, aux dépens des Polonais, une partie des provinces de l’Est, sinon la Prusse Orientale. Mais c’était ranimer la haine chez les Polonais ; le risque était trop grave, d’autant que la division des partis en Pologne est toujours une menace de guerre civile.

 

L’Accord Austro-Italien

On ne s’attendait guère à ce que l’Autriche et l’Italie s’accordassent sur la question du Tyrol du Sud.

Sagesse des nations ou bien pression des Anglo-saxons ? Les deux sans doute.

Il fallait que le Brenner comme toutes les portes en Europe libre, disons plutôt libérale, fût ouvert. C’est une manière indirecte de lier l’avenir de l’Italie aux intérêts d’une fédération européenne de l’Ouest où l’Autriche serait un avant-poste et donner au commerce italien un espoir de développement en Europe Centrale, grâce à l’intermédiaire d’une Autriche amie.

C’était d’ailleurs, reconnaissons-le, la première politique de Mussolini.

 

Les Révélations du Fils Roosevelt

Franklin Roosevelt n’est pas le seul grand homme trahi par les siens.

Les mémoires de son fils Elliott contiennent trop d’invraisemblances pour qui a pénétré la politique de ces dernières années, pour mériter crédit. Elles ne prouvent qu’une chose à savoir qu’Elliott est un imbécile.

Il y a aussi là-dessous d’astucieuses combinaisons politiques à l’approche des élections.

Roosevelt était un grand homme d’Etat, d’une dissimulation peu commune. Son jeu, comme son sourire, étaient impénétrables. Ce qu’il disait n’était jamais sa vraie pensée. On s’en est aperçu d’après sa préparation de la guerre. Comme tout Américain, il avait quelques idées schématiques, abstraites qui ont nui à la souplesse de l’action, et même à la clairvoyance. Ce que nous apprenons aujourd’hui, si nous ne nous en doutions déjà, c’est que Churchill s’était opposé à la politique pro-russe de son interlocuteur. Celui-ci, ne voulant associer les Russes à la victoire, entendait sans nul doute limiter la puissance anglaise, lui conserver en Orient un rival pour l’affaiblir, et le plier ainsi plus aisément aux desseins américains. Churchill avait dit, si nos souvenirs sont justes, que si la Russie avait résisté en 17 et que les Cosaques étaient arrivés, comme cette fois, à Berlin en vainqueurs, une seconde guerre mondiale aurait rapidement suivi la première comme aujourd’hui menace la troisième. Churchill préfèrerait une victoire plus onéreuse et plus lente au prix même d’un effondrement des Russes à une foudroyante avance de ceux-ci. Hitler, lorsque tout parut perdu a laissé les Soviétiques avancer pour que l’Allemagne future profitât des dissensions entre les Alliés.

Churchill, qui pressentait tout cela, aurait voulu que les fournitures prêts-bails destinées à la Russie allassent aux Anglais. Beaucoup de politiques avisés étaient alors de cet avis. En tous cas, l’événement a donné tort à Roosevelt. Bon gré mal gré, les Etats-Unis d’aujourd’hui font la politique de Churchill, celle du bloc Anglo-saxon. Les accords de Yalta auxquels Churchill n’a pu s’opposer ont eu pour conséquence l’impossibilité de rétablir la paix. Nous n’avons pas fini d’en souffrir.

 

                                                                                      CRITON

 

Criton – 1946-09-07 – La Diplomatie Armée

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Le Courrier d’Aix – 1946-09-07 – Le Chemin de la Paix.

 

La Diplomatie Armée

 

Commenter la Conférence de Paris serait se répéter : même atmosphère hargneuse, mêmes discussions stériles. Une réunion très secrète des quatre Grands ne semble pas avoir eu grands résultats. On parait cependant décidé à aller plus vite en besogne au moins pour ce sur quoi l’on s’accorde. Peu de choses au fond.

 

Le Voyage de Molotof

Devant la résistance énergique des Etats-Unis, l’arrivée de la flotte américaine devant Athènes, Salonique et Smyrne, l’élection d’un roi en Grèce consolidant la position anglo-saxonne, Molotof a dû prendre de nouvelles instructions ; le problème allemand va fatalement surgir devant la Conférence.

La France, en créant, sur le papier du moins, un état allemand de sa zone, semble se rallier à une thèse fédéraliste, en accord peut-être avec les Etats-Unis et à l’opposé des intentions russes.

Le problème autrichien et celui du Danube seront âprement débattus.

 

Le Bloc Latin

Serpent de mer de la diplomatie pendant les entr’actes, l’idée d’un bloc latin reparaît. L’intéressant, c’est qu’il ne vient plus d’Europe mais de l’Amérique du Sud.

L’union de la France, de l’Italie et de l’Espagne n’a sur le plan de l’équilibre des forces aucune valeur actuelle ; sur le plan politique, les trois pays se sont presque toujours jalousés et contrecarrés.

Autre chose serait un bloc, avant tout moral et culturel où les peuples latins des deux mondes et leurs empires joueraient le rôle d’une opinion appuyée par un moyen considérable de pression économique.

 

Petites Histoires

A défaut de grands événements, l’actualité ne manque pas de fournir des faits significatifs :

Le Scandale Ukrainien.

C’est la presse Russe elle-même qui donne une large publicité au colossal scandale administratif de l’industrie ukrainienne. Sans doute pour nous préparer à une épuration-maison de grand style. Dignes émules des fonctionnaires de Gogol, les dirigeants de l’industrie d’Ukraine envoyaient à Moscou des statistiques mirifiques où le plan quinquennal progressait à pas de géants. Mais les locomotives n’existaient que sur le papier et ces messieurs raflaient l’argent. 85%, une paille, des fonctionnaires ukrainiens trempaient dans l’affaire !…

 

L’espionnage aux Etats-Unis.

On nous prépare en Amérique à des révélations ; l’espionnage russe aurait pénétré par des voies mystérieuses jusqu’au grand Etat-Major. Est-ce un coup de publicité pour alarmer l’opinion et la préparer au pire ? Il se pourrait que ce soit vrai et nous avons ici émis l’hypothèse toute gratuite que les Soviets aient eu vent de ce qui se tramait à Washington. Ces rumeurs presque officielles confirmeraient la chose.

 

Les Musulmans d’U.R.S.S.

L’agitation des pays arabes ne pouvant s’arrêter aux frontières de l’U.R.S.S., ce qui se chuchote au Caire est entendu à  Bagdad et à Tachkent. Aussi apprend-on que les Russes, devant des complots en Asie soviétique, nous ont donné une bonne idée. Quelques 500.000 Tcherkesses ont été accompagnés en Sibérie, toujours accueillante ; il manquait quelques chefs à l’arrivée. Ces gens n’avaient-ils pas été pendant la guerre d’infâmes collaborateurs qui avaient endossé l’uniforme de la Wehrmarcht contre la patrie russe ?

Voilà un cas qui n’est pas sans analogie avec le Vietnam, le Destour et autres séparatismes. Que dirait-on à Paris, si à l’exemple du grand Staline, nous leur offrions un déplacement au Cameroun ou en Guyane ?

 

Les Prisonniers de Guerre.

Pour renforcer leur position en Allemagne, les Russes ont  libéré les prisonniers allemands qui, peu à peu, regagnent leurs foyers. Les Anglais qui ont besoin de concilier les Allemands, cherchent à créer chez eux un mouvement d’opinion pour le rapatriement des prisonniers de guerre. Pour la France où beaucoup de régions agricoles vivent grâce à cette main-d’œuvre, cet aspect de la rivalité anglo-russe risque d’avoir de fâcheuses répercussions.

 

                                                                                                CRITON