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Le Courrier d’Aix – 1946-10-26 – La Vie Internationale.
Impérialisme Economique et Impérialisme Politique
La suite de la Conférence de Paris se tiendra à New-York ; les délégués sont en mer : leurs polémiques ne cessent pas pour autant, et les ministres à terre discourent.
Le Discours de Byrnes
La politique américaine à l’égard de l’U.R.S.S. est celle de la main tendue. A condition que de son côté, la Russie ne se dérobe pas.
Byrnes reprend néanmoins l’opinion d’Harriman que les Soviets ne s’attendent pas à la coopération pacifique des deux mondes, et constate la tension toujours croissante des relations Russo-Américaines. Contre ces dispositions psychologiques il fait appel au bon sens et à la bonne volonté. Des déclarations assez analogues du sénateur Vanderberghe font ressortir la quasi-unanimité de l’Opinion américaine en matière de politique extérieure.
Le Raidissement Américain
Dans tous les secteurs litigieux, l’action américaine se fait plus sévère : Note très rude à Tito au sujet des Américains internés ; manifestations énergiques contre la condamnation de Mgr Stepniak, le prélat croate ; refus de crédit à la Tchécoslovaquie décidément attachée au camp russe ; intransigeance dans l’affaire du Danube ; sans la question des élections bulgares, nouvelle note à la Pologne ; le bloc slave n’est pas ménagé et la polémique avec Molotov continue ; Impérialisme économique, dit celui-ci. L’autre réplique : méthodes hitlériennes, dictature des mitraillettes.
Le Pacte Secret Staline-Hitler
Il est difficile de ne pas leur donner également raison. Côté Russe, on vient de donner aux communes un commencement de publicité au traité secret annexe du pacte de non-agression signé en août 39, entre les deux dictateurs et récemment trouvé dans les archives du Reich. On en connaissait déjà l’existence et la teneur : Pour les Russes, partage de la Pologne, annexions des pays Baltes, de la Bucovine, de la Bessarabie, protectorat sur la Roumanie, la Bulgarie et la Grèce. Avant de s’entretuer, les deux complices s’étaient servis, mais ni l’un ni l’autre, n’avaient d’illusion sur leurs desseins réciproques.
Les Élections Allemandes
Les élections de Berlin ont marqué d’une façon éclatante la rupture qui se consomme entre les deux Allemagnes ; là où les Russes ne commandent pas, à Berlin même, le Parti social-démocrate l’emporte sur le pacte social communiste unifié, création des Soviets. La suite ne tardera pas : Les Russes vont créer un gouvernement central pour leur zone, une « République allemande du peuple » – le protectorat dont nous parlions l’autre jour. Chose significative, des personnes échappées de la zone russe racontent que la population a l’impression d’être toujours sous le régime nazi. On craint la police, on parle à voix basse, on se méfie du voisin. Peu à peu, au contraire, en zone anglo-saxonne, la liberté s’organise, la politique alimente à plein ses querelles comme au temps de la République de Weimar. Les Anglo-Saxons sont décidés à rendre à l’Allemagne en leur pouvoir sa capacité économique. A quand la nouvelle ligne Siegfried ?
Les Récriminations d’Amey
Nous sentions depuis quelques temps un peu de mauvaise humeur se glisser dans les relations Anglo-Américaines : l’économique en est la cause : « Les Etats-Unis semblent vouloir détruire l’unité économique de l’Empire Britannique basée sur le système préférentiel et l’étalon Sterling, et placer chaque membre du Commonwealth sous la dépendance générale du système américain ». On discute en effet en ce moment l’organisation du commerce mondial, et les Américains cherchent à utiliser leur puissance financière pour imposer au monde une politique de tarifs réduits et sans discrimination. Si la cohésion du Commonwealth britannique a magnifiquement résisté moralement à la guerre économiquement, le bloc s’est effrité. Toutes les discussions anglo-américaines tendent à maintenir ou à faire sauter le mur du tarif préférentiel qui présente déjà pas mal de brèches. On a vu lors de l’emprunt, la passion que les Anglais mettent à défendre leur système. Que n’en mettons-nous autant en France ? Reviendra-t-on sur l’invraisemblable erreur des barrières de change entre nos colonies et nous ? Tandis que les Britanniques défendent, au prix des plus grands sacrifices, l’étalon sterling.
La Capitulation du Siam
La restitution des provinces arrachées à l’Indochine Française par le Siam à l’instigation des Japonais est chose faite ; sous la pression anglo-américaine, le Siam a cédé. Les Américains ont compris enfin que le prestige de la race blanche en Extrême-Orient devait être maintenu en bloc et que l’humiliation des Français était une perte d’influence pour eux. De même, en Indonésie où au début, du temps de Roosevelt, les Etats-Unis avaient soutenu les indigènes contre les Hollandais et les Anglais, la situation s’est retournée. Ce sont là d’heureuses nouvelles.
CRITON