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Le Courrier d’Aix – 1946-11-02 – La Vie Internationale.
La Nouvelle Politique Russe en Allemagne
Les assises de la politique mondiale sont à New-York. Après le discours du président Truman que l’on salua comme une promesse de Paix, les discussions ont retrouvé leur acuité : le droit de veto, le cas Franco reviennent sur le tapis. Molotof a repris ses accusations coutumières contre les projets de domination mondiale des Anglo-Saxons.
Derrière ces palabres, un fait domine : le brusque changement de la politique russe en Allemagne.
Les Déportations d’Ouvriers Allemands
L’U.R.S.S. n’a pas tardé à tirer les conséquences de l’échec de ses partisans aux élections de Berlin. Jusqu’ici les Russes avaient cherché à séduire l’électeur Allemand pour qu’il approuve la formation d’un régime communisant. Ils espéraient que le mouvement parti de leur zone, gagnerait toute l’Allemagne. C’est l’inverse qui s’est produit : les Allemands de plus en plus se tournent vers les Anglo-Saxons. Alors cette politique bienveillante de l’U.R.S.S. se transforme en oppression brutale ; les Allemands sentaient que la situation pouvait se retourner. Brusquement la police Russe a fait irruption dans les usines. Elle a dirigé le matériel, les ouvriers, les ingénieurs et leurs familles, en un tournemain vers les trains qui partaient en Russie. Ce coup de force a soulevé l’émotion. Les leaders Allemands des syndicats et des offices techniques démissionnent en masse ; les Anglo-Saxons protestent en vain bien entendu.
Les Déclarations de Staline
Staline aussitôt a fait des déclarations d’ordre très général destinées à rassurer et à minimiser l’événement. En réalité, cette politique russe peut avoir deux buts différents entre lesquels elle choisira selon l’opportunité : ou bien poursuivre l’organisation d’un « protectorat » présidé par un ministère fantoche type polonais, mais cela implique un certain soutien des masses ou au moins leur résignation ; ou bien, si la Russie devait rendre à l’Allemagne son unité politique qui ne se ferait pas, comme elle l’espérait sous son égide. Ne laisser qu’un pays vidé de sa substance sans industrie, ni outillage, dépourvu de spécialistes et de techniciens, un Allemagne qui serait à reconstruire aux frais des Anglo-Saxons. Les déportations actuelles visent surtout à transférer en Russie l’industrie de l’optique, la première du monde, avec tous ses secrets ; le coup vient des fabriques d’armement qui travaillaient à plein et qui sont ou vont être transportées. On voit que le Reich Allemand dont on parle par habitude a bien cessé d’exister.
La Situation de Bevin
La crise politique anglaise, depuis longtemps latente, a fini par éclater avec le discours Bevin. Le congrès des Trade-Union a voté une motion qui équivaut à un désaveu de la politique du ministre.
L’Angleterre est en passe de connaître ce que fut depuis 40 ans le drame français : l’intrusion des passions politiques dans la direction des affaires étrangères. Un grand homme comme Churchill hier, Bevin aujourd’hui, veut faire une politique d’intérêt national. Ils font alors l’effet d’un réactionnaire à une masse ignorante, habilement manœuvrée par les agents de l’adversaire, qui veut qu’on rompe avec Franco, qu’on abandonne la Palestine, qu’on rende le Soudan à l’Egypte ou aux Soudanais, etc. au risque de détruire tout le système de défense impériale et d’inquiéter les Dominions qui chercheraient appui ailleurs. Contrastant avec sa fougue habituelle, Bevin a dit d’un ton las ce qu’il croyait nécessaire. Par ailleurs, il s’est formé en Angleterre dans certains salons aristocratiques une opinion pro-soviétique, dont les reflets se glissent jusque dans le « Times », comme il s’était formé autour de Ribbentrop des salons pro-nazis. En accusant Churchill d’être un fauteur de guerre, comme le faisait Hitler, Staline sait que derrière Churchill c’est Bevin qui est atteint et toute la politique britannique actuelle : Attlee a courageusement soutenu son collègue mais Bevin a trop d’ennemis pour demeurer longtemps encore en place.
Le Désarroi Américain
Les élections aux U.S.A. sont imminentes. Truman dont le crédit très affaibli, pêche des voix pour son parti. Une victoire des républicains paraît cependant certaine, qui sera le prélude d’un changement complet de personnel politique d’ici 1948. Bien qu’en matière extérieure l’unanimité soit presque faite et Byrnes très appuyé, l’ambiance se prête mal à une action vigoureuse. On pense trop à sa place et à l’électeur. On voit qu’en présence de flottements, les Soviétiques se hâtent de marquer des points.
CRITON