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Le Courrier d’Aix – 1946-09-28 – Le Chemin de la Paix.
Conséquences de l’Affaire Wallace
Le discours du ministre du Commerce américain, ses entretiens avec Truman, sa brusque démission dominent l’actualité internationale.
Ce n’est pas seulement une crise politique intérieure aux Etats-Unis, mais l’expression d’un courant d’opinion qui avait des sympathies en différents pays, et qui, pour le moment du moins, semble avoir perdu la partie.
Les Contradictions du Président Truman
Wallace, soutenu dans la coulisse par Sumner Welles, est l’ancien vice-président de Roosevelt ; à ce titre, ils se présente comme le confident de sa pensée et son continuateur : néo-dépliste de la première heure, il a l’inimitié des milieux d’affaires, des républicains et des démocrates du Sud. Sa position est celle de leader de la gauche du parti démocrate, des masses laborieuses et de tous les pacifistes. Le président Truman l’avait d’abord suivi soit par conviction, soit pour rendre à son parti une chance électorale. Mais l’opinion dans sa large majorité ayant vivement réagi contre une politique où l’on voyait de la faiblesse et le retour aux fautes du passé, le président s’est ravisé. Il a cru pouvoir, sans se compromettre, arranger l’affaire. Mais d’énergiques pressions de la part de Byrnes et des généraux l’ont laissé désemparé. Il a désavoué et renvoyé son ministre. Bien plus, le successeur de Wallace, l’ex-ambassadeur à Moscou, Harriman, est très sympathique à Wall Street, ami de Byrnes, et qui récemment avait fait sur la politique de Moscou des réserves plutôt sévères. Ce revirement complet du président Truman mettra probablement fin à son prestige et à sa carrière politique.
La Crise du Parti Travailliste
L’affaire était liée à la crise grave qui secoue le parti travailliste anglais. Contre Bevin, partisan d’une politique de fermeté, le groupe Attlee-Laski menait une lutte sourde. Cette gauche travailliste qui représente 70% du parti, menaçait de se détacher publiquement de l’autre pour faire triompher une politique de conciliation avec l’U.R.S.S. et une politique sociale plus hardie à l’intérieur. Bevin n’était plus ministre que nominalement. Heureusement chez les socialistes, nous savons que les pires dissensions se résolvent toujours par le vote d’une motion nègre-blanc et non par un knock-out comme aux Etats-Unis. L’unité sera maintenue.
En résumé, ces courants que leurs adversaires appelaient « les tendances vers un nouveau Munich » ont subi un premier échec. Cependant, il s’agit d’un mouvement profond. La Russie fera tous ses efforts pour l’encourager et s’en servir. Il comprend beaucoup de personnalités qui ne se sont pas encore exprimées. Nous en verrons d’autres manifestations et des retours périodiques. La marche des événements n’en sera pas pour cela modifiée.
Le Discours Churchill
Pendant ce temps, on commentait le discours de Zurich diversement accueilli. Il est difficile en apparence d’en saisir le but. Prononcé en Suisse, il avait pour thème l’organisation d’une fédération européenne, une union de peuples divers sur le modèle helvétique. Mais les Etats-Unis d’Europe restent du domaine de l’utopie et Churchill ne pense pas qu’ils puissent se réaliser pour l’Europe entière. Il s’agirait au fond d’une fédération occidentale qui, si les circonstances étaient favorables, s’étendrait à l’Orient et dans le cas contraire pourrait s’y opposer. Bloc occidental en somme, l’obstacle c’est la France, c’est-à-dire une coopération étroite entre la France et l’Allemagne. Churchill voudrait que la France, décidément trop faible pour jouer sur le continent son rôle de bouclier de l’empire britannique puisse être renforcée par une bonne armée allemande qui monterait la garde : la collaboration en somme. Peu probable qu’en France, il y ait beaucoup d’amateurs. Il est difficile d’interpréter autrement le discours puisque M. Churchill nous prévient à mots couverts qu’il ne voit pas grandes chances d’une compréhension mutuelle des Russes et des démocraties occidentales. Il en faut pas sourire. C’est probablement par la force des choses et malgré toutes les répugnances, ce que l’avenir réalisera.
L’Affaire de Trieste et l’Echec de la Conférence de Paris
La Conférence du Luxembourg agonise. Elle est morte. Pourra-t-on sauver les apparences ? Le seul problème d’importance qu’elle pouvait résoudre était Trieste. Or, à l’heure présente elle semble à peu près dessaisie de la question ; Molotof, ayant conduit les discussions à une impasse, a poussé à des négociations directes entre Tito et l’Italie. C’est le communiste Reale qui discute, ce qui fait prévoir un accord. De Gasperi l’acceptera-t-il ? Si oui, les délégués n’auront qu’à rentrer chez eux ; on assure qu’à Paris, ils ne se sont pas ennuyés ….
L’Epuration chez les Soviets
Une crise intérieure dont il est difficile de mesurer l’ampleur secoue pendant ce temps la machine soviétique. L’épuration frappe partout, hier c’étaient les écrivains, les cinéastes. Aujourd’hui la presse, les Izvestia, la Pravda. Au Caucase, les déportations se multiplient dans les républiques soi-disant autonomes. Qui mène le jeu ? Souhaitons que les difficultés qui s’accusent dans tous les pays ramènent la raison parmi les hommes.
CRITON