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Le Courrier d’Aix – 1946-09-21 – Le Chemin de la Paix.
La Politique Américaine et le Discours Wallace
Le Discours Wallace
Le discours du ministre du Commerce Wallace, approuvé par le président Truman, a provoqué dans le monde une sensation considérable.
En gros, il proclame qu’entre la Russie et les Etats-Unis une guerre n’est pas inévitable, qu’elle ne le sera que si les Etats-Unis se mettaient au service de l’impérialisme anglais en Proche-Orient et en Méditerranée, et qu’en partageant le monde en deux zones d’influence : l’une du tiers du globe pour la Russie , monde socialisé, et l’autre des deux tiers restants, aux Etats-Unis, monde libéral.
La paix serait assurée pourvu que les Russes ouvrent les portes de l’Europe Orientale au commerce américain.
Programme en contradiction apparente avec celui que poursuit le secrétaire aux affaires étrangères Byrnes. Ce discours sensationnel signifie-t-il un changement de la politique des Etats-Unis ?
Signification du Discours
Qu’on ne s’y trompe point. Ce discours est avant tout fonction de préoccupations électorales, comme le livre d’Elliott Roosevelt qui le préparait.
Mais, à la différence de ce qui se passe en France, si la politique extérieure américaine prend soin de s’adapter aux tendances de l’opinion, elle n’en subit au fond jamais les exigences, quel que soit le parti au pouvoir ; les décisions de politique étrangère, tant en Angleterre qu’en Amérique sont prises uniquement en fonction de l’intérêt national.
Une véritable psychose de guerre s’était emparée du public américain ; l’incident avec la Yougoslavie, l’attaque des aviateurs avait été prise pour un petit « Pearl Harbour », on ne parlait que des préparatifs scientifiques à la guerre. La bourse de New-York venait brusquement de connaître une panique sensationnelle. Les affaires s’arrêtaient. Il fallait rassurer le monde du business, calmer les ex-isolationnistes et les fermiers du Middlewest, donner avant les élections des gages de pacifisme à Chicago.
Wallace s’en charge, mais Byrnes continue.
Le président Truman, dont la popularité a baissé depuis les grèves où son autorité n’a pu s’exercer, a cru opportun de rallier des partisans. De plus, crier à l’impérialisme anglais qui entraîne sans cesse la pacifique Amérique dans des guerres, fait toujours recette.
Enfin, et ceci est plus habile, il fallait donner à la Russie, au cas où le Kremlin voudrait faire machine arrière, une porte de sortie et dans le cas contraire bien plus probable, donner au monde une expression des désirs pacifiques des U.S.A.
On ne s’est guère ému à Londres. Moscou n’a pas montré d’enthousiasme.
Plus que jamais demeure l’impression que quelles que soient les paroles, les jeux sont faits. Aux Etats-Unis d’ailleurs, le discours a été sévèrement commenté en général. Si c’était là un sondage de l’opinion, celle-ci consciente de la gravité de la situation, penche plutôt dans son ensemble vers une politique de fermeté.
Trieste et l’Albanie
Pendant ce temps, l’orage permanent qui se déplace sans cesse se concentre sur Trieste et l’Albanie.
Molotof à Paris veut faire échouer les travaux des commissions internationales sur la question, et mettre aux prises l’Italie et la Yougoslavie. L’Albanie, tout en accusant la Grèce de provocations armées à sa frontière, mobilise 75.000 hommes encadrés par les Russes ; en Grèce les terroristes continuent. Un conflit en Epire du Nord menace.
On apprend par ailleurs que la zone russe en Allemagne est un vaste arsenal de guerre soviétique ; toutes les usines d’armement travaillent au maximum ; de leur côté, les Américains ont expédié chez eux les derniers savants autrichiens et allemands sans emploi pour les intéresser à leur production de guerre. La dernière trouvaille serait un procédé biochimique susceptible de stériliser la terre et d’anéantir toute production agricole sur des pays entiers ; la victoire par la famine ! Les recherches bactériologiques ne chôment pas non plus. Ceci n’est pas hélas, du feuilleton.
Le Problème Allemand
On se bat à coup d’élections, et les communistes ont en général subi un échec. Leur succès relatif en zone soviétique est très inférieur aux prévisions.
Le discours Byrnes avait fait espérer aux Allemands une modification de leurs frontières de l’Est aux dépens des Polonais. Les Russes avaient organisé contre l’Amérique, en Pologne, des manifestations orageuses, ce qui n’empêche pas les leaders du parti unifié allemand patronné par Moscou de promettre aux électeurs que les Russes rendraient à l’Allemagne communiste de demain la Silésie et la Poméranie. Mais dès le lendemain des élections, Molotof déclarait que la frontière de l’Est était définitive.
Ce qui rend peu probable un apaisement prochain, c’est le travail de sape que l’U.R.S.S. fait exécuter partout contre l’édifice social de ses adversaires. L’occupation des immeubles vides de Londres par les squatters est l’œuvre des communistes. De pareilles se préparent en France si un changement politique survient ; les terroristes en Palestine sont des recrues de Moscou, etc. …..
CRITON