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Le Courrier d’Aix – 1946-10-05 – La Vie Internationale.
Reflet d’Optimisme
L’affaire Wallace a suscité une série de déclarations destinées à calmer la psychose de guerre par des réflexions pondérées. D’abord Eden, puis le maréchal Staline enfin le général Smuts. Parallèlement, la lutte sur le terrain diplomatique se poursuivait sans donner aucun signe d’apaisement.
L’Interview de Staline
Les déclarations de Staline ont suscité beaucoup de commentaires. Elles étaient d’ailleurs destinées beaucoup plus au peuple russe qu’à l’opinion étrangère. La radio et la presse soviétique leur ont donné le maximum de publicité. Il fallait d’abord calmer les inquiétudes en affirmant aux citoyens de l’U.R.S.S. qu’il n’y avait pas de danger de guerre. Dire ensuite que la bombe atomique n’était pas l’arme toute puissante qu’on pouvait craindre et qu’elle ne pouvait effrayer que les faibles. Enfin, que le régime économique et social de l’U.R.S.S. n’était pas un obstacle à la collaboration avec les nations occidentales. Mais rien n’était dit des efforts que la diplomatie russe pouvait faire pour faciliter cette coopération. Largement commentées en Amérique et en Angleterre, les déclarations ont été accueillies surtout aux U.S.A. avec beaucoup de réservations et de scepticisme. Nous attendons des actes et non des paroles, lit-on partout.
Le Discours du Général Smuts
Le général Smuts, premier ministre de l’Union Sud-Africaine est, après Churchill, le plus clairvoyant des hommes d’Etat du Commonwealth britannique. Pendant la guerre, ses observations se sont révélées étonnamment justes. Lui non plus ne croit pas à la guerre pour cette génération, pour une raison économique surtout : les nations susceptibles de la faire ont assez de ressources pour n’être pas obligées de convoiter celles de leurs voisins, ensuite parce que les peuples sont trop épuisés pour mettre assez d’ardeur à la faire. Smuts ne nie pas pour cela les dangers qui demeurent. Il ne pense pas qu’ils puissent être écartés. Mais avec le temps on peut espérer arriver à envisager la constitution progressive d’une sorte de super-état qui limiterait la souveraineté des nations et les obligerait à renoncer aux moyens violents. Une idée de la guerre, aujourd’hui utopique, pourrait s’acclimater dans les esprits jusqu’à devenir réalisable. C’est en effet la seule solution possible, dont l’O.N.U. n’est encore qu’un chétif embryon.
L’Opinion d’Eden
Beaucoup plus réservé Eden, lui, croit à la vertu des conversations. Diplomate de carrière, il tenait à rassurer les éléments conservateurs qui redoutent les aventures et suivaient autrefois plus volontiers Chamberlain que Churchill. Vis-à-vis des travaillistes et du peuple anglais en général, il voulait dissiper le préjugé bien établi que les capitalistes ont intérêt à la guerre et ne craignent pas d’y pousser.
Signalons, pour être complet deux autres opinions. Celle de Sumner Welles, l’ancien secrétaire aux affaires étrangères américain qui, tout en approuvant les déclarations de Wallace a protesté contre les accusations de celui-ci contre l’impérialisme britannique.
Le général Eisenhower, pour écarter les soupçons de bellicisme qui suivent naturellement les militaires, a fait à la paix une déclaration passionnée : il exhorte à la haine contre la guerre et veut mettre la bombe atomique hors la loi.
Enfin, M. Byrnes a affirmé non sans ironie qu’il remerciait le président Truman d’avoir approuvé la politique qu’il suivait, montrant ainsi que quel que soit le parti au pouvoir aux Etats-Unis, aujourd’hui comme demain, la politique du pays ne subirait aucune déviation.
Les Faits
Les événements de la semaine n’ont cependant apporté à ces considérations raisonnables aucun appui. La Conférence de Paris multiplie ses efforts pour aboutir à quelque chose qu’on puisse signer. Mais le débat de Trieste n’a marqué aucun progrès. Les Etats-Unis et la Grande-Bretagne ont fait adopter à la majorité, contre le bloc slave, une résolution recommandant la libre navigation sur le Danube, question de première importance.
La lutte ouverte en Grèce continue malgré l’arrivée du roi Georges et les communistes grecs armés et encadrés par des Russes poursuivent la guérilla.
Enfin, et cela est plus sérieux encore, une nouvelle note soviétique assez semblable à la première, exige des Turcs des négociations directes sur la question des Détroits. La Turquie l’a aussitôt repoussée, maintenant que le problème est d’ordre international, et ne peut être discuté. L’Angleterre et l’Amérique ont fait des déclarations dans le même sens.
- Byrnes en outre a décidé que quel que soit le calendrier des assemblées, le problème allemand viendrait en discussion en novembre. En présence de ce raidissement des deux partis, il est bien évident qu’on n’évitera pas le dilemme : ou une action militaire ou un compromis qui implique du côté russe des concessions substantielles que rien jusqu’ici ne fait prévoir, ce qui n’est heureusement pas une raison pour qu’elles ne se produisent point.
CRITON