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Le Courrier d’Aix – 1946-10-12 – La Vie Internationale.
La Bascule Diplomatique
Semaine d’attente : Molotov est à Moscou. On espère, sans trop y croire, que de ses délibérations avec Staline, sortira une offre de paix. Pour tromper la monotonie, d’ailleurs laborieuse de la Conférence de Paris, les diplomates se livrent au jeu des hypothèses.
Les Relations Anglo-Américaines
On a beaucoup remarqué que la presse et la radio soviétiques avaient suspendu leurs polémiques contre l’Angleterre et concentraient leurs attaques sur les Etats-Unis ; cette évolution n’est pas d’hier. Mais on a été surpris d’entendre de la part des Russes qu’il était possible pour les Etats qui s’orientent vers le socialisme, d’arriver à une entente avec l’U.R.S.S. plus aisément qu’avec les états attachés au capitalisme c’est-à-dire les Etats-Unis. On a remarqué aussi que du côté anglais, les événements de Perse, pourtant sérieux, ne soulevaient plus la même émotion : enfin l’Angleterre a accepté que la Russie et la Turquie négocient séparément la question des Détroits, pourvu que leurs décisions soient soumises ultérieurement à l’approbation d’une conférence internationale. Il est encore difficile de mesurer la portée de ces faits, ce qui est sûr c’est que MM. Attlee et Laski nourrissent l’espoir d’un accord avec l’U.R.S.S. depuis fort longtemps et qu’ils comptent, s’ils réussissaient, sur un regain considérable de popularité pour le parti travailliste assez déprimé, comme on sait.
L’Attitude Américaine
Ce qui donne quelque poids à ces propos, c’est la polémique Attlee-Truman au sujet de la Palestine. Le Président, nullement désarçonné par l’affaire Wallace, a fait sensation en proclamant le désir des Etats-Unis de voir se réaliser immédiatement avant que la conférence anglo-judéo-arabe n’ait terminé ses travaux, une émancipation juive en Palestine. Le Président, à la veille des élections, n’hésite pas, pour rallier les voix israélites, à prendre parti pour les Juifs contre les Arabes dans la question palestinienne. Le gouvernement anglais qui désirait au contraire ménager les arabes et faire trainer les négociations, a vivement protesté contre cette décision de Truman, l’affaire en est là. Il est certain que la Maison Blanche fait tous ses efforts pour soutenir Bevin contre Attlee et l’aile gauche des travaillistes que l’on voudrait rejeter dans l’opposition. Moscou se trouve du même coup arbitre d’une situation dont elle entend tirer le maximum de profits.
Les Révoltes en Perse
Les Russes ne perdent pas de temps. Ils poussent leurs pions sans répit. Les rébellions en Perse font tache d’huile et peu à peu les provinces en révolte se détachent plus ou moins du gouvernement de Téhéran. Voilà la rébellion à Chiraz. Petit à petit, d’autonomie en autonomie, le cercle s’étend vers le Sud au bord même de la zone pétrolière sous influence anglaise. Calme par contre en Irak et aux confins syriens où les Anglais poursuivent patiemment leur dessein d’une grande Syrie ; l’éviction des Français fut la première étape ; la dernière, c’est-à-dire la fédération de la Syrie de l’Irak et de la Transjordanie, semble proche ; c’est pourquoi l’intervention américaine dans l’affaire palestinienne est grosse de conséquences. Les intérêts anglais et américains en Proche-Orient ont toujours frisé le conflit, question de pétrole avant tout. Les Américains ont leur clientèle là-bas. Et les rivalités de personnes sont toujours compliquées.
Le Discours Byrnes
Le ministre Byrnes dont l’autorité est sortie renforcée aux U.S.A. par l’affaire Wallace, a affirmé de nouveau la fermeté de l’attitude américaine vis-à-vis des Soviets et de Tito. Dans la question de la navigation danubienne, dans l’affaire de Trieste, dans les règlements des incidents où périrent des aviateurs américains, l’attitude des Etats-Unis demeure inflexible. Seule la puissance militaire peut donner à réfléchir aux dictateurs slaves.
Trieste
Autour de cette malheureuse ville, les négociations se poursuivent entrecoupées d’incidents locaux. Nous renonçons à exposer les solutions compliquées dont aucune d’ailleurs n’a pu s’imposer. En fait, Trieste et la Vénétie Julienne demeureront un foyer d’intrigues et de querelles tant qu’un des deux partis ne se sera pas imposé.
CRITON