Criton – 1947-08-23 – Quelques Réflexions

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Le Courrier d’Aix – 1947-08-23 – La Vie Internationale.

 

Quelques Réflexions

 

Les Soviétiques exultent : le plan Marshall « en carafe » ! La conférence des 16 n’a pu formuler aucune proposition précise. On accusait l’U.R.S.S. d’être l’obstacle à tout accord ? Au contraire, ce sont les pays d’Europe Orientale qui, sous l’égide russe, viennent de constituer une union économique. Sans la Russie, pas de plan viable. Vous ne réussirez qu’à présenter la note de vos besoins ce que précisément nous, Russes, voulions faire … Tout cela est tristement vrai. Il n’y a pas lieu cependant de désespérer. Répétons-le : les circonstances sont trop pressantes pour que les obstacles ne finissent pas par tomber. L’accord se fera.

 

Bataille à Londres

Ça chauffe à Londres. La fissure au sein du parti Travailliste s’élargit. A la réunion des parlementaires, le gouvernement ne l’a emporté que de quatre voix. Le socialisme anglais tend à ressembler au nôtre : Une gauche qui pousse au collectivisme ; une droite qui détient le pouvoir et, mesurant les difficultés de l’heure, voudrait faire une politique réaliste et nationale sans être lâchée par l’autre fraction. Les extrémistes anglais n’ont rien trouvé de mieux comme remède à la crise que de précipiter la nationalisation de l’industrie sidérurgique ! Idéologie avant tout.

Nous avions noté voilà deux ans que l’Angleterre, à son tour, devenait la proie des passions politiques qui peuvent être fatales à un corps social épuisé, énervé par l’angoisse et les privations.  Le sens de l’intérêt national alors se perd ; ce qui nous est advenu après l’autre guerre et s’est hélas accentué depuis. Et cela aussi bien à gauche qu’à droite ; ni conservateurs ni travaillistes ne proposent à la crise des remèdes sérieux.

Nous avons vainement cherché dans les revues les mieux cotées un exposé concret. Désire-t-on ne rien voir ? Ceci entre autres : l’Etat en Angleterre comme en France exerce sur les changes un contrôle rigoureux ; Par là, il monopolise en fait le commerce extérieur de la nation. Si une seule maison de commerce chargée de toutes les transactions n’équilibre plus ses comptes, le pays entier risque de mourir de faim. Ce qui se produirait fatalement si les Etats-Unis n’intervenaient.

Si au contraire, le change était simplement surveillé et chaque entreprise libre de conclure ses marchés au dehors, l’appel des affaires, malgré tous les obstacles, amorcerait les échanges et ferait tourner la machine. Le capital des pays riches fournirait les moyens de produire et se payerait en participation dans les sociétés qu’il alimente, sans que pour cela les Anglais, en l’espèce, perdent le contrôle de leurs firmes. C’est ce qui est en train de s’opérer en Italie. Dans un pays comme l’Angleterre où l’équilibre du budget est sérieusement maintenu, le change après quelques à-coups se serait arrêté à un niveau où la balance des comptes s’ajusterait. Evidemment, les prix auraient monté ; cela eut entrainé un certain désordre social : un écart plus large entre riches et pauvres.

Mais ce sont choses inévitables après les guerres ruineuses. La Russie n’y échappe pas plus que la France. Ce fut de tous les temps ;  une certaine égalité ne peut revenir qu’avec la prospérité. Et même si par artifice, on réalisait l’égalité dans la misère, cet état deviendrait vite insupportable et une inégalité plus grave que l’ancienne en résulterait. De même, l’indépendance économique et financière pour laquelle les Anglais luttent désespérément sera d’autant plus atteinte qu’ils auront plus longtemps tardé à faire la part du feu. La crise est grave et s’aggravera. Le gouvernement Attlee s’enferrera de plus en plus. Il s’est fait donner, en blanc, les pleins pouvoirs, mesure impopulaire. Il veut contrôler la répartition de la main-d’œuvre, obliger tout le monde au travail comme en temps de guerre, imposer à chacun l’emploi que l’Etat juge nécessaire sans tenir compte des goûts et des habitudes.

Voilà, disent ses adversaires, la pente vers le totalitarisme. Cette atteinte à la liberté individuelle, le citoyen anglais ne la tolère pas. Churchill a parlé : la Chambre de Lords, en révolte, a décidé de siéger en septembre alors que les Communes, à majorité travailliste, s’ajourneraient à octobre, fait sans précédent. L’âme anglaise est profondément agitée. Souhaitons pour le salut commun que ce grand pays trouve l’issue raisonnable entre l’idéologie qui le gagne et l’orgueilleux entêtement qu’il n’a pas renoncé.

 

Union Douanière Européenne

Comme toujours, lorsqu’on ne peut faire bouillir la marmite, on rêve de châteaux en Espagne. Jamais on a tant parlé d’Union Européenne, et l’on n’est même pas capable de décider du régime de la Ruhr. La chose a pris cependant un tour sérieux ; le Quai d’Orsay, par la bouche de M. Alphand, a proposé aux seize nations qui discutent du plan Marshall, une union douanière.

Manœuvre diplomatique pour prouver nos bonnes intentions ou pour mettre les Anglais dans l’embarras ? Comment concevoir une union douanière dans le désordre présent en Europe. Une union douanière n’est possible qu’entre pays de niveau économique sensiblement égal, dont les monnaies présentent des garanties équivalentes, dont les niveaux de vie se valent et dont les prix de revient industriels, par conséquent, peuvent être harmonisés. Sinon, la pauvreté de l’un aspire la richesse de l’autre. C’est pourquoi, les Italiens ont proposé ces temps-ci une union douanière à la France. Naturellement, les Anglais qui cherchent en ce moment à renforcer leurs liens économiques avec les Dominions ont aussitôt fait des réserves. C’est sans doute ce qu’on voulait démontrer.

 

L’Espagne

L’affaire d’Espagne, quel plus triste d’exemple de la passion politique s’opposant à l’intérêt national ? La fermeture de la frontière des Pyrénées, nous a fait perdre des milliards. Les Anglo-Saxons, comme prévu, se sont bien gardés de nous suivre. Et maintenant, il faut faire venir de sa retraite du Mexique le leader socialiste espagnol Indolacio Pinto pour nous « conseiller » de renouer avec Franco ! Humiliation bien évitable et qui réjouit les ennemis que nous nous sommes faits bien inutilement en Espagne. La sottise eut été la même si nous avions rompu avec Tito. Que le dictateur soit blanc ou rouge, est-ce une raison pour se priver d’oranges ?…

 

                                                                                                CRITON

Criton – 1947-08-16 – Finances et Armements

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Le Courrier d’Aix – 1947-08-16 – La Vie Internationale.

 

Finances et Armements

 

La plaisanterie du jour en Amérique : prêter à l’Europe, c’est verser de l’eau dans un trou à rats rat hole, disent les adversaires du plan Marshall ; les autres répliquent : « d’accord, mais sans notre argent, les trous à rats deviendront des trous à renard Fox holes, (c’était pendant la guerre, les tranchées pour tireurs isolés).

Les Etats-Unis n’abandonneront pas l’Europe : après les escarmouches de l’autre semaine, tout se calme. Les ambassadeurs et les experts américains se sont réunis à Paris, ont arrêté pour la France le montant des avances et le niveau de la nouvelle dévaluation. Sur le charbon de la Ruhr, les conversations avec les Anglais vont commencer. Pour le niveau de production allemande, on consultera la France qui transmettra un mémorandum écrit. Il est probable que de nouvelles conversations à trois suivront. Et pour la forme, on fera une nouvelle invite à la Russie …

 

La Crise Anglaise

Toute l’attention s’est concentrée sur Londres. La position critique de l’économie anglaise a été exposée dans toute sa gravité. Débats, discours, controverses, rien n’y a manqué. Toute cette publicité visait d’abord à galvaniser les énergies, à faire supporter aux syndicats ouvriers des responsabilités nouvelles, aussi à faire accepter à l’opposition des mesures d’autorité ! On cherche ensuite à faire pression sur les Etats-Unis, pour obtenir de nouveaux crédits en attendant la réalisation du plan Marshall et suspendre la clause de convertibilité de la livre en dollars, qui venait à échéance selon les conventions de l’emprunt anglais aux Etats-Unis. Cette clause prévoyait que les créditeurs de l’Angleterre pouvaient, à partir de ce mois, convertir en dollars les sommes qui ne seraient pas compensées par des exportations anglaises équivalentes. Enfin, il fallait ranimer la solidarité impériale, obtenir des Dominions une aide et un soutien. Sur ces points, le gouvernement britannique a réussi. Les Américains assureront 350 milliards de dollars et suspendront la convertibilité. (La France obtiendra aussi 250 millions d’avance).

Les Dominions ont répondu à l’appel de la Métropole ; le Canada acceptera des livres en paiement ; l’Australie, la nouvelle Zélande, Singapour contribueront au maintien de l’équilibre économique et enverront des vivres supplémentaires et des matières premières. Par contre, les mesures de redressement proposées par M. Attlee ont été accueillies avec scepticisme et irritation jusque dans son propre parti. Chacun se rend compte que si grandes que soient les restrictions, elles ne sauraient suffire à rétablir la situation. Il manque 600 millions de livres, on en trouvera tout au plus deux cents.

L’anglais s’aperçoit surtout qu’il s’agit d’une crise provoquée « Self made crisis ». Il est absurde de continuer après les hostilités une politique qui s’imposait à une forteresse assiégée ; absurde de maintenir la fiction d’une livre au cours d’avant-guerre avec 9.000 millions de nos francs de dette intérieure et moitié autant d’extérieure ; on aboutit à une fiscalité telle qu’il n’y a plus aucun profit à entreprendre. Si avec cela on diminue la quantité de marchandises déjà rares à l’intérieur, qu’on provoque les représailles de l’étranger en interdisant ses films, en brimant le tourisme, ne va-t-on pas précipiter la crise au lieu de l’atténuer ? Il se pourrait que, faute de charbon, il y ait cet hiver 2 millions de chômeurs, parce que les syndicats ont refusé l’aide de la main-d’œuvre étrangère – précisément par peur du chômage. Le Gouvernement travailliste est aux abois ; le fiasco est inévitable. L’Amérique empêchera l’Angleterre d’en arriver à la dernière extrémité, car ce n’est pas son intérêt et parce que la situation extérieure ne le permet pas. De même pour la France. Mais elle ne fera rien pour épargner aux travaillistes une déconfiture, bien au contraire. Il faut dire que par les clauses de l’emprunt et le maintien du taux des changes, ils y ont volontiers poussé.

 

La Finlande

Un saisissant exemple de l’emprise du capitalisme soviétique nous vient de Finlande. D’abord comme pour les autres ex-satellites de l’axe, le traité de Paix conclu depuis des mois n’est pas ratifié par Moscou, ce qui autorise des exigences toujours nouvelles. Toutes les sociétés qui appartenaient à des Allemands, les chantiers navals en particulier, ont été confisqués.

La direction a été confiée à des chefs communistes finlandais que les Russes contrôlent. Mais comme cette saisie ne suffit pas à couvrir le chiffre des réparations exigé par l’U.R.S.S., la Finlande remettra cinquante pour cent des actions de toutes les affaires appartenant à l’Etat, les fabriques d’armes et de soie artificielle en particulier. Ensuite deux districts passent aux Russes avec une grande centrale électrique pour alimenter les riches mines de nickel de Petsamo préalablement annexées. Enfin, une dîme supplémentaire à fixer chaque année, payable en marchandises, sera prélevée sur la production finlandaise par priorité. A la Finlande, saignée à blanc, il ne restera plus que les deux yeux pour pleurer. Et cependant, on ne saurait accuser les Finlandais d’avoir attaqué la Russie en 1939, au temps du pacte Hitler-Staline.

 

La Course aux Armements

Aux Etats-Unis, la Commission de l’Armée approuve le développement des armements atomiques ; on apprend, de source russe d’ailleurs, que les Américains sont en train de mettre au point une bombe volante atomique, le V. 10, issu du V 2 allemand qui portera à dix mille kilomètres, à quatre mille milles de vitesse horaire. De nouvelles zones d’expérimentation vont être installées dans le Pacifique. Enfin, un plan industriel d’armement permettra de convertir à nouveau les usines en production de guerre. Côté russe, on ne chôme pas. Les mines d’uranium de l’Erzgebirge en Allemagne occupée, travaillent en secret avec des prisonniers de guerre et des civils requis dans la zone ; à Kiev, on fabrique des canons anti-aériens de 30 centimètres de diamètre, à Kharkov des tanks géants ; à Leningrad de l’aviation lourde et des appareils à réaction. Enfin, derrière l’Oural, dans les zones interdites, d’où les ouvriers ne sortent jamais, on multiplie les usines d’armement, la plupart souterraines. De ce train-là ….

 

                                                                           CRITON

Criton – 1947-08-09 – Le Vrai Danger

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Le Courrier d’Aix – 1947-08-09 – La Vie Internationale.

 

Le Vrai Danger

 

Le plan Marshall aboutira sous une forme sans doute différente de la conception primitive, mais il sera mis en œuvre, parce qu’il ne peut en être autrement. Cependant, les discussions, atermoiements, controverses et coups d’épingle qui s’échangent entre les trois alliés, France, Angleterre, Etats-Unis, ont créé une ambiance de scepticisme et de défiance mutuelle, après l’enthousiasme des premiers jours, qui nuira certainement au succès. La situation est la même depuis trente ans. Face à la Russie aujourd’hui comme face à l’Allemagne hier, les Alliés par leurs disputes s’affaiblissent mutuellement jusqu’au jour où l’adversaire sûr de leur impuissance, joue son va-tout.

 

La Ruhr (Suite)

Les controverses frisent le ridicule. Voyons plutôt : le général Clay, chef de l’armée d’occupation en Allemagne, a son plan économique. Il veut redresser tout seul le potentiel industriel du pays. Le département d’Etat, en l’espèce M. Marshall, lui dit : « Halte là, c’est mon affaire ». J’ai des alliés à consulter et à ménager ; je dois décider, Truman approuve ; on nomme M. Forrestal, ministre de la Défense nationale, pour dominer de son autorité les ministres des trois armes dont M. Royal, ministre de la Guerre, qui a partie liée avec Clay. Forrestal va en Allemagne, aplanit la querelle. M. Royal se venge en déclarant qu’on se passera des Français pour fixer la capacité de production allemande, mais M. Marshall a écrit à Bidault qu’on ne ferait rien sans lui. Bevin de son côté ne veut pas parler charbon. Il veut qu’on envisage la question dans son ensemble. On discute ; on commencera par le charbon, mais sans les Français. Ensuite les Français seront invités à une conférence d’ensemble, quand le problème du charbon sera réglé, mais comme il commande tout le reste ! Là-dessus Bevin discourt ; il a le malheur de dire que les Français ont changé leur politique sur la Ruhr. Le Quai d’Orsay proteste violemment. Pendant ce temps, Staline se sert et s’amuse ; il y a de quoi !

 

Le Plan Marshall

L’opinion américaine s’énerve, d’autant qu’est est assez mal disposée pour l’Europe. Du côté républicain, M. Taft, le favori actuel pour la course présidentielle, veut bien qu’on aide l’Europe, mais pour l’équipement industriel seulement afin qu’elle se suffise au plus tôt. Les Américains ont été fort vexés de ce que les dirigeants d’Europe leur ont dit, plus ou moins ouvertement, qu’ils aidaient l’Europe par intérêt. Car devant une production surabondante, ils étaient bien obligés, pour éviter une crise, de trouver des débouchés, même gratuits. C’est la thèse des Soviétiques traduite en termes plus diplomatiques par Bidault et Bevin. Le résultat est que les crédits dont on ne peut se passer, « seront calculés au plus juste », qu’il faudra les mendier jusqu’au dernier cent, chaque fois qu’en Angleterre ou en France la situation économique et financière deviendra plus alarmante, et Dieu sait qu’elle n’y manquera pas !

 

La Politique Russe

La politique russe pendant ce temps grandit en insolence. A l’O.N.U., on discutait de l’envoi d’une Commission permanente aux frontières de la Grèce. Gromyko laisse voter tous les articles ; cela prend deux journées, puis brusquement il oppose son veto. L’affaire est par terre. En Autriche, le Gouvernement vient de refuser 150.000 tonnes de charbon que lui offrait l’U.R.S.S. en échange de l’essence que les Russes emportent chez eux. Là-dessus, les Soviets s’emparent d’une raffinerie de pétrole qui appartient aux Anglo-Saxons ! L’U.R.S.S. ne ratifie pas le traité de paix avec l’Italie, parce que cette ratification ferait courir les délais convenus pour l’évacuation militaire des pays ex-ennemis. Bien entendu, les Russes n’ont pas la moindre intention de retirer leurs troupes d’Autriche, de Hongrie. Ils préfèrent que les soldats anglais et américains demeurent en Italie, car la présence de ces armées étrangères est la meilleure propagande pour le communisme quand on sait exciter les passions xénophobes. Nous en avons fait l’expérience. A Berlin, les Soviétiques font une telle guerre des nerfs aux trois autres, que la ville vit en plein désordre ; le maire élu qui n’a pas l’agrément des Russes ne peut exercer ses fonctions, tandis que l’ancien, battu mais russophile, continue à signer les édits. La plus belle histoire est la découverte par les agents du contrôle américain de tout un matériel de précision pour l’armée rouge fabriqué dans la zone américaine de Berlin par une firme allemande. L’incident est peu de chose puisque toute l’Europe centrale œuvre pour l’armement soviétique, mais c’est un indice du travail souterrain qui s’opère en Allemagne. N’oublions pas que les Soviets gardent toujours en réserve Von Paulus et les généraux qui se sont ralliés au bolchévisme. Il circule en Allemagne des bruits sur quelques divisions allemandes qui seraient à l’entraînement quelque part à l’Est. Ces rumeurs, probablement fausses, mais répandues à dessein par l’U.R.S.S., s’accompagnent d’une intense propagande en faveur de l’unité de l’Allemagne sabotée par les Anglo-Saxons et les Français qui veulent imposer le fédéralisme,  qui arrachent la Sarre et l’Alsace-Lorraine aux Germains – Parfaitement –. Nous l’avons entendu nous-même à la radio d’un jeune Saxon qui terminait par « Vive le cinquième Reich ! » Certains Allemands voient déjà la revanche sous forme d’une force populaire allemande soutenue par la puissante armée rouge écrasant les faibles gardiens de l’Ouest et libérant la patrie. A ceux qui en doutent, nous conseillons d’écouter Leipzig. C’est pourquoi la question de la Ruhr ne serait vraiment vitale que si nous avions comme en 1919 vingt ans devant nous, et l’Allemagne comme seule puissance continentale. Dans l’état présent, elle est parfaitement indifférente : avant que la Ruhr ait produit les 12.000 tonnes d’acier qu’on veut lui accorder, la face du monde aura bien changé.

 

                                                                                                CRITON

Criton – 1947-08-02 – Les Positions se Précisent

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Le courrier d’Aix – 1947-08-02 – La Vie Internationale.

 

Les Positions se précisent

 

Nos lecteurs ont pu entendre, tant à la Chambre que sur la place, des vérités qui leur sont familières : la pression d’un énorme impérialisme Russe presque à nos frontières, le changement profond intervenu dans le problème allemand, les données nouvelles de notre sécurité. Il est regrettable qu’on ne se soit pas avisé de tout cela quand il était temps d’y pourvoir. Il est maintenant trop tard. Dans la limite de nos faibles vues humaines, le conflit est inévitable.

 

Toujours la Ruhr

La discussion demeure confuse. M. Bidault a dit au parlement le mot juste : « Mieux vaut importer une tonne de charbon de la Ruhr que d’y envoyer trois tonnes de notre fer ». C’est toute la question pour nous, rien de plus. Les choses d’ailleurs s’arrangeront. M. Bevin avait besoin de se montrer agressif pour complaire à son public, et tenir pour la nationalisation de la Ruhr pour des raisons doctrinales chères aux travaillistes. Il servait aussi les intérêts de l’industrie britannique. Applaudissements unanimes. M. Bidault avait besoin aussi d’un succès parlementaire pour se permettre ensuite de consentir aux Américains les concessions nécessaires. Pourvu que ceux-ci donnent tous apaisements sur ce que l’opinion française considère comme sa sécurité, le reste passera. Le contrôle de la Ruhr passera aux Etats-Unis. Il est beaucoup question que ceux-ci offrent comme bouquet une alliance militaire aux franco-anglais contre l’Allemagne, bien entendu, ce qui serait une manière de sceller le bloc occidental et de justifier les crédits devant le Congrès. Mais pourquoi les Etats-Unis sont-ils pressés de fixer le sort de l’Allemagne et son niveau de production qui ne sera pas atteint avant des années puisqu’en principe Molotof revient en novembre pour rediscuter la question.

 

L’Echec des Pourparlers Commerciaux Anglo-Russes

Encore une porte qui se ferme. Déception à Londres où l’on espérait garder le contact avec l’U.R.S.S. pour diminuer la pression des U.S.A. et recevoir de Russie des marchandises qu’il faudra payer en dollars. Les Russes ont-ils négocié seulement pour savoir le prix qu’y mettraient les Anglais ? Ou bien le blé qu’ils prétendaient livrer n’est-il que dans les statistiques ? La récolte est belle en Ukraine mais il n’y a ni silos pour la loger, ni wagons pour la répartir.

 

La Situation Britannique

La crise économique anglaise est si alarmante qu’une crise politique pourrait s’en suivre. Attlee va-t-il céder la place à Bevin comme premier ? A quoi bon puisque les Anglais ne veulent pas des seuls remèdes efficaces, comme l’admission d’une main-d’œuvre étrangère massive, la dévaluation de la livre, le recours à une certaine inflation, la fin des contrôles étatiques. Il est paradoxal que ce grand pays encore riche doté d’un magnifique empire colonial et de dominions fidèles, s’accable lui-même de restrictions croissantes, pour des préjugés d’orthodoxie financière et des craintes de chômage imaginaires.

On avoue cependant à Londres que la socialisation et la planification sous la forme du moins où l’ont conçu jusqu’ici les travaillistes ont fait faillite. Les Trade-Unions vont accepter –chose énorme – l’institution d’avantages spéciaux à certaines catégories de travailleurs, primes à la production, toutes formes modernes du taylorisme. L’exemple de la France où patrons et ouvriers reviennent à la discussion directe de leurs intérêts sans en passer par le gouvernement, a frappé les esprits. Le vieux socialisme serait-il dépassé par les réalités économiques, et cela n’est qu’un commencement avant d’avoir été réalisé ?

 

Le Bloc Oriental

Les Soviétiques accélèrent la besogne. En Hongrie et en Roumanie, on achève de liquider l’opposition. Les « petits propriétaires » ont renoncé à l’existence politique (sauf une fraction ralliée au pouvoir), Maniu est en prison à Bucarest et le parti agrarien dissous, Petkov en Bulgarie est condamné à mort. Plus d’opposition en pays Russe.

Dimitroff, le leader bulgare a rencontré Tito à Belgrade, complétant ainsi les accords qui sondent entre eux politiquement et économiquement les pays soumis à Moscou. A Prague cependant on voit avec effroi l’industrie tchèque coupée du monde occidental. Des regrets et des plaintes s’expriment dans la presse. Bien en vain.

Nous ne voudrions pas cependant donner l’impression que derrière le rideau de fer tout n’est que misère, geôles, lamentations. De puissants efforts de reconstruction réalisent parfois des prodiges grâce à l’enthousiasme de ces peuples encore primitifs pour l’œuvre collective. Le travail y est plus joyeux souvent qu’en occident et la propagande a suscité des ardeurs, des émulations, créé cette âme de défricheurs qui a soulevé la Russie révolutionnaire. A côté des brutalités et des horreurs, il ne fut pas méconnaître les créations de la foi.

 

La Guerre d’Indonésie

Les Hollandais après de longues négociations avec les leaders indonésiens et une silencieuse préparation militaire, ont pris les armes et, quoi qu’on en publie, la reconquête de Java se poursuit à vive allure et sans grande effusion de sang. Anglais et Américains feignent de s’indigner du procédé et l’O.N.U. est alertée. Cependant, ce sont les puits de pétrole et les plantations de caoutchouc où les capitaux anglo-saxons dominent que les Hollandais ont d’abord libéré. La paisible population javanaise n’a nullement soutenu les maîtres qu’en principe elle s’était donnés. Le retour des Hollandais semble le bienvenu. La suite nous dira la force réelle de ces minorités turbulentes dans les anciennes colonies d’Extrême-Orient. Le succès des Hollandais pourrait être de grande conséquence.

 

                                                                                                CRITON

Criton – 1947-07-26 – La Bataille de la Ruhr

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Le courrier d’Aix – 1947-07-26 – La Vie Internationale.

 

La Bataille de la Ruhr

 

Voilà l’Europe coupée en deux. Il faut faire vivre ce corps estropié. A l’Est, la difficulté est d’ordre économique. A l’Ouest, elle est surtout politique : qui tient le Ruhr domine l’Europe Occidentale, le charbon et l’acier. Les Anglais y sont ; ils veulent y rester.

 

Imbroglio d’Intérêts

La nationalisation de la Ruhr, les Anglais n’y ont pas renoncé, comme nous le pensions. Nationaliser, c’est empêcher le capital américain de contrôler les entreprises et de s’assurer une participation aux brevets allemands d’inventions qui pourraient surclasser la technique américaine. C’est aussi pouvoir surveiller les exportations pour qu’elles ne concurrencent pas les industries britanniques. Par contre, les Anglais désirent élever la capacité de production allemande qui permettrait de payer la nourriture qui actuellement coûte aux Anglais des dollars. Les Français agitent l’épouvantail de la Ruhr, arsenal du pangermanisme. Mais il s’agit au fond d’autre chose : réserver une large part du charbon à l’industrie française et se défendre d’une concurrence jadis redoutable par ses bas prix de revient.

Les Anglais, au contraire, veulent demeurer les dispensateurs de la houille et régler aussi la capacité industrielle des pays du continent. Enfin, le groupe « Benelux » (Belgique, Hollande, Luxembourg) ne peut vivre que par une Allemagne active dont les exportations alimentent les ports d’Anvers et de Rotterdam. Leur intérêt est de pousser au maximum la production allemande dont la concurrence les gêne peu. Même si ces divergences finissaient par s’aplanir, il reste que l’Allemagne de l’Ouest et ses quarante millions d’habitants sur un maigre territoire, ne pourra subsister que par une surproduction industrielle difficile à placer en des temps normaux. C’est la situation laissée par le traité de Versailles cent fois aggravée. De tels artifices finissent toujours mal.

 

Le Capitalisme Soviétique

L’U.R.S.S. veut achever d’appliquer le plan Molotof. Les difficultés politiques ont été supprimées par la force, mais l’Europe Centrale n’en est pas plus viable. Voilà un territoire considérable dont la capacité industrielle est déjà faible et qui dépendra exclusivement de l’U.R.S.S. pour son ravitaillement en matières premières et en capitaux. La production agricole pourra-t-elle reprendre sans outillage ? Et où trouverait-elle des débouchés si l’Occident lui est fermé ? Pour organiser à son profit l’Europe Centrale, l’U.R.S.S. n’a eu qu’à reprendre les méthodes et la place du IIIème Reich. Capitalisme de proie s’il en est, car il asservit les entreprises sans leur fournir, comme le capitalisme privé, des moyens d’action. D’abord sous prétexte de réparations, les Soviets se sont emparés de toutes les participations allemandes. Secundo, dans les pays vaincus, ils ont imposé des réparations dont la Roumanie et la Hongrie s’acquittent en livrant une part du capital des entreprises nationales, tertio, dans tous les pays, amis ou ennemis, ils ont créé des sociétés mixtes qui, les nationalisations aidant, ont permis aux Soviets de contrôler les principales branches de l’activité économique. La Russie a dans les sociétés la majorité absolue et exploite à son profit. Les partenaires fournissent l’outillage et le travail. Ainsi ont-ils fait main basse partout sur le pétrole et la navigation fluviale. Ils se sont même emparés des actions des banques nationales qui, comme en Hongrie, appartenaient à des Français.

En zone allemande d’occupation une partie des usines a été démantelée et transportée en Russie. Le reste est géré par une « Sovietische Gesellschaft »  vaste société anonyme qui englobe presque toute l’industrie allemande. C’est le plus grand trust de l’Univers au sens exact du terme. Des sociétés mixtes fonctionnent en Pologne et vont s’abattre sur la Tchécoslovaquie. En fait de communisme, c’est une conquête financière, la forme la plus brutale d’exploitation humaine où les Allemands étaient passés maîtres.

 

En Grèce

La Grèce et l’Autriche seules, résistent. En Grèce, les Soviets savent qu’ils risquent une guerre si les Américains doivent vider la place. Ils ne se sont pas jusqu’ici montrés en personne. Ils continuent par le truchement de leurs satellites à entretenir la guerre civile dont le pays meurt peu à peu. Si grave que soit la situation, elle n’ira pas au-delà de la formation d’un gouvernement rebelle qui tiendra l’abcès ouvert.

 

Autriche

Plus dangereuse à notre sens, la situation en Autriche. Sous prétexte que les Allemands les avaient développés, les Russes se sont emparés des pétroles de Zistersdorf, des compagnies fluviales, de l’industrie lourde de leur zone. Ils ont même créé une banque d’Etat soviétique à Vienne. En Slovénie, les Yougoslaves entretiennent la guérilla. Le chancelier Figl néanmoins résiste, malgré la pression du général Koutousov. L’Autriche participera aux avantages du plan Marshall. Les Russes consentiront-ils à laisser entrer et sortir le produit des échanges ? Les Américains ont déjà exigé de superviser la distribution des secours qu’ils envoient en zone Russe.

 

Conclusion

La position américaine s’affaiblit ; des intérêts divergents opposent les Etats-Unis à leurs alliés d’Europe. La Russie organise son espace, Allemagne comprise, sans eux et contre eux ; le Congrès américain peu compréhensif rogne les crédits à l’Europe.

Enfin Bevin vient de faire un discours où tout comme M. Laski, il secoue le joug du dollar en termes assez rudes. Il y a deux hommes en Bevin, le ministre qui est homme d’Etat, le président de syndicats qui joue les démagogues. Ce double langage n’est pas de mise en ces temps fatidiques où tôt ou tard il faut renoncer ou se battre.

 

                                                                                      CRITON

 

Criton – 1947-07-19 – Face à Face

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Le Courrier d’Aix – 1947-07-19 – La Vie Internationale.

 

Face à Face

 

Plus d’équivoque ; l’U.R.S.S. a coupé les ponts. L’Europe est divisée en deux camps. L’Oriental complètement unifié par la Russie, agité cependant d’aspirations puissantes vers la liberté. L’Occidental encore informe au point de vue économique présente une certaine unité morale. Comme l’a dit Bevin, ces forces morales affrontent une fois de plus l’idéologie.

 

L’Affaire Tchèque

En mars 1939, le président tchèque Hacha était sommé à Berchtesgaden où Hitler, furieux, lui dicta ses ordres ; en juillet 1947, deux ministres tchèques sont invités à Moscou pour se soumettre avec empressement aux vœux de Staline ; le ton seul a changé. Benes se croyait très fort : il avait accepté pour la Tchécoslovaquie de se rendre à Paris pour mettre en œuvre le plan Marshall. Il donnait ainsi satisfaction au peuple tchèque qui craint les Russes et fortifiait sa popularité. Il espérait, si Moscou acceptait, jouer le médiateur entre les deux blocs, convaincu que l’intérêt soviétique était de laisser une porte au rideau de fer. Point du tout, Staline attendait les pèlerins de Prague au seuil du Kremlin. Il leur présenta ses vœux ; aucune participation à la conférence de Paris. Ne rien recevoir désormais des Américains. La Russie se charge du bonheur des peuples slaves : on remit aux tchèques le texte d’un traité de commerce avec l’U.R.S.S. valable pour cinq ans : les produits manufacturés tchéco-slovaques destinés à l’exportation seront à présent réservés à la Russie, les machines-outils en particulier ; de même, les minerais. L’U.R.S.S. enverra en échange du lin, du bois et surtout du blé… Cette année, la récolte s’annonce brillante en Ukraine et le blé russe paraît dans toutes les négociations, à Moscou avec les Anglais, là avec les Tchèques…… La fin de l’indépendance Tchécoslovaque, dernière maille de la chaîne de fer qui se ferme sur l’Europe Centrale, sera sans doute dans l’histoire comme naguère l’Anschluss, une date fatale.

 

Les Evénements d’Athènes

Les arrestations d’Athènes sont une triste réplique à ce coup. Nous avions dit combien la pression soviétique sur la Grèce s’accentuait. Un putsch communiste était en préparation, combiné avec une offensive des guérillas, renforcés cette fois par une brigade internationale ; le prestige des Américains, qui avaient pris la Grèce sous leur protection était en jeu. La Grèce aux mains des rouges, il leur fallait, ou s’en aller, ou envoyer des soldats. Le gouvernement grec avec l’assentiment américain comme l’a expressément dit le ministre de l’intérieur, a étouffé le complot dans l’œuf ; des milliers d’arrestations dans tout le pays, et le parti communiste hors la loi. Les guérillas par contre ont pris l’offensive et d’Albanie pénétré en Epire. Les Américains équipent en hâte l’armée régulière qui semble l’emporter. Les Balkans jouent leur rôle traditionnel de foyer d’incendie.

 

La Conférence des seize nations

A Paris, tout va bien ; on ne discute plus, on se félicite. Les Italiens, grands bénéficiaires du conflit russo-américain, traités en amis par Washington, ont fait entendre leur voix. Le comte Sforza nous a montré qu’à un italien qui a tout perdu, il reste encore la parole et qu’il sait en user.

Bref, plus de Molotof, on respire, on conclut, on signe. En trois jours, tout est dit. Quand on est décidé à s’entendre ……

 

La Détresse Anglaise

Un à un les espoirs de reprise économique s’évanouissent en Angleterre ; la semaine de cinq jours dans les charbonnages a été un fiasco ; partout la production diminue ; le prêt américain s’épuise. On voit s’élargir le déficit de la balance des comptes. M. Morrison puis M. Dalton chancelier de l’Echiquier ont fait de sombres pronostics : « La douzième heure va sonner ». L’automne sera l’échéance redoutée : « L’Europe saigne à mort ». Et de regarder avec une fraternelle tristesse vers la France qui s’en va du même mal. Cependant, l’expérience de ces vingt dernières années auraient dû apprendre qu’il n’y a que deux systèmes économiques viables dans l’état présent des choses. L’économie de libre entreprise ou l’économie totalitaire. Les systèmes bâtards comme l’anglais mènent à la sclérose et le nôtre à l’anarchie.

Il y a dans ces sombres appels de l’Angleterre une part de sincérité que les faits soulignent assez. Il y a aussi une part de chantage. Il s’agit d’obtenir des Américains un crédit indirect qui serait cette fois sans intérêt, un cadeau qui en serait un sans en avoir l’air, puisqu’il serait fait à toute l’Europe non russifiée. Le Congrès américain parfois méchamment anti-britannique, a déjà montré qu’il veillait. Il n’examinera le prêt-bail qu’en janvier, déception.

 

Négociations et Exercices

Comme dans toute situation grave, il y a des aspects clairs à côté d’autres sombres. Les Russes qui ont rompu partout avec les « pays capitalistes » continuent à négocier avec les Anglais un accord commercial. Aboutira, aboutira pas. Seuls Dieu et Staline le savent.

Pendant ce temps, les forteresses volantes s’entraînent à des bonds transatlantiques à longue distance et les soucoupes volantes éclairent les espaces célestes.

 

                                                                                                CRITON

Criton – 1947-07-12 – Rétrospective

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Le Courrier d’Aix – 1947-07-12 – La Vie Internationale.

 

Rétrospective

 

La diplomatie ne nous avait pas habitués à une hâte pareille. En quatre jours, les conversations de Paris étaient liquidées. Le lendemain partent les invitations à vingt-deux pays d’Europe pour arrêter les propositions à faire aux Etats-Unis. La conférence doit s’ouvrir dès ce samedi : quatre jours aux intéressés pour répondre oui ou non. Certes le temps presse, il y a « famine de dollars » et sous peine d’asphyxie, les importations doivent continuer. Mais s’arrêteraient-elles ? N’avons-nous pas nous-mêmes épuisé nos crédits depuis longtemps ?

 

Bevin

Bevin a mené l’affaire de main de maître ; bousculant les usages, il a imposé le fait accompli. Quand on sut à Londres que Molotof viendrait à Paris, il y eut un moment d’angoisse. Les Russes avaient en effet dix façons de faire échouer le plan Marshall. A elle seule, la participation soviétique pouvait empêcher le Congrès américain de voter les crédits. En tout état de cause, on sait qu’il marchandera quelque temps. Molotof vint donc pour faire traîner les choses, selon son habitude. Mais Bevin le mit aussitôt devant l’ultimatum : accepter en gros le plan franco-anglais ou refuser et partir. La tentative conciliatrice de Bidault le quatrième jour, était de pure forme. Il fallait ménager les partis politiques à l’intérieur. Molotof et ses 91 suivants reprirent l’avion. Londres respirait ; la presse anglaise, malgré les regrets d’usage, ne put contenir sa joie. Le bloc occidental était formé.

Il était d’ailleurs impossible aux Soviets, si l’on y réfléchit, d’accepter les plans français ou anglais ; car les pays étaient invités à mettre en commun leurs ressources, autant qu’à partager les secours ; qui plus est, ils étaient tenus de développer pour le bien de toute l’Europe celles de leurs productions qui manquent aux autres, le charbon en Pologne, par exemple. La Russie se trouvait privée de ce fait de tout ce qu’elle tire de ses colonies intérieures, le courant des échanges eut été complètement détourné : le rideau de fer économique n’existerait plus ; sous une apparence de coopération au bien-être commun, on demandait à l’U.R.S.S. de renverser sa politique.

 

Les Discours

De retour à Londres, Bevin prononça le plus véhément discours de sa carrière :

« Nous n’avons pas de vassaux ; nous ne formons pas de gouvernements ; nous ne nommons pas de premiers ministres. Quant à la diplomatie du dollar, c’est une insanité ». Et plus loin : « Tant que je serai ministre des Affaires Etrangères, j’aiderai le grand continent américain à poursuivre sa mission ». Et en s’adressant à la Russie : « La Grande-Bretagne est capable de perdre patience, un moment viendra où nous dirons : nous en avons assez ».

 

Réactions Russes

Les Russes ne se sont pas mis en frais pour expliquer leur refus. Les arguments sont si spécieux que leurs partisans mêmes ont glissé. Car l’idée d’une aide américaine est chère aux peuples qui souffrent. Les communistes italiens ont même été obligés d’appuyer le plan Marshall. Les Russes vont donc renforcer encore leur emprise sur les pays conquis ; aucun des satellites ne participera à la conférence de Paris. Seule la Tchécoslovaquie a obtenu la permission, on ne sait à quelles conditions.

 

L’Allemagne

Le rideau de fer ne tardera pas à être avancé en Allemagne. On prépare un parlement et un gouvernement allemand de la zone soviétique d’occupation. Le bruit courait que Berlin serait abandonné par les trois autres alliés, ce qui est peu probable, mais significatif. C’est toujours la politique du « j’y suis, j’y reste ». Mais ce n’est là qu’une politique de combat : l’Europe ainsi partagée est inviable. Les Russes ne paraissent guère s’en soucier. De l’autre côté, on voit se réaliser les conditions de l’appui américain : la zone française fusionnera avec les autres, en fait tout au moins ; la Ruhr augmentera sa production et ne sera pas nationalisée.  Peu à peu l’Allemagne de l’Ouest s’intégrera politiquement et économiquement au bloc occidental, si les événements lui en laissent le temps.

 

Chine et Indochine

La question chinoise devient de plus en plus dramatique. Devant les échecs de ses troupes refoulées par les communistes, Tchang-Kaï-Chek voit son prestige s’effondrer. L’anarchie chinoise reparait à la faveur de l’inflation et de la misère. Les inondations ajoutent au désarroi. En Corée, les Américains qui se partagent l’occupation du pays avec les Russes voient échouer tout espoir d’établir un gouvernement démocratique. Pour limiter les dégâts et s’acquitter des promesses faites à la France, les Etats-Unis ont enfin révisé leur politique en Indo-Chine. On sait quelle lourde responsabilité les Américains portent dans les difficultés qui nous ont accablés là-bas. Ils se posent maintenant en médiateurs, après que nos armes ont fait leurs preuves. On s’achemine vers un compromis entre la puissance protectrice et les éléments nationalistes conservateurs. L’Empereur Bao-Daï reviendrait ; l’ancien Viet-Minh, d’Hochi-Minh serait écarté et un substantiel crédit en dollars scellerait le nouvel état de choses. Les Américains ont enfin compris qu’il fallait fermer le pays à l’influence russe ; leur échec en Chine a servi.

 

                                                                                                CRITON

Criton – 1947-07-05 – Mesures pour Rien

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Le Courrier d’Aix – 1947-07-05 – La Vie Internationale.

 

Mesures pour Rien

 

Dans l’état présent de tension entre la Russie et les puissances occidentales, tension qui s’accroît sensiblement chaque jour, il était bien clair que les entretiens de Paris ne pouvaient aboutir à un accord. La conférence ainsi provoquée ne répondait qu’à des desseins tactiques de diplomatie qui compliquait les problèmes sans les éclaircir.

 

La Note de l’Agence Tass

On avait commencé avec le sourire, comme il convient. Les Russes amenaient une délégation de 91 membres comme pour un travail sérieux. On délibérait à huis clos. Trois jours s’étaient à peine écoulés, que l’agence officielle russe, sans se soucier des promesses de discrétion, publiait une note qui semble mener l’affaire du plan Marshall à une impasse. Cette note repousse d’abord le plan français : celui-ci entendait confier à des comités spécialisés, la rédaction d’un rapport qui établirait les possibilités et les besoins de l’économie européenne dans son ensemble, selon le vœu de Marshall. Les Russes veulent au contraire que chaque pays dresse lui-même la liste de ses besoins. Un programme d’ensemble « favoriserait, dit Moscou, l’ingérence de certains pays dans les affaires économiques intérieures d’autres pays ». On fait comprendre ensuite que ce sont les pays qui ont le plus souffert de l’invasion allemande et le plus contribué à sa défaite qui devraient avoir la majeure partie des secours envisagés. On raconte, ainsi que nous l’avions fait prévoir, que les Russes demandaient 80% des avantages pour eux et leurs satellites. Quant aux pays vaincus, ils devraient être consultés, mais on sous-entend qu’ils seraient servis, s’il en reste.

Par ailleurs, on se rendait bien compte qu’une aide globale à l’Europe impliquait que soit fixé au moins sur le plan économique le sort de l’Allemagne. C’était donc reprendre à Paris les discussions qui avaient échoué à Moscou. C’était poser aussi le problème de l’indépendance autrichienne. Mais pour cela, comme le dit la note Tass, les Etats-Unis doivent être présents aux discussions.

En bref, s’il est toujours prudent de ne pas anticiper quand les Soviétiques discutent, on ne voit pas comment on aboutirait à un résultat, si modeste soit-il.

 

Les Conflits Locaux

Derrière cette mise en scène diplomatique, les Soviétiques continuent à pousser à fond leurs moyens d’action sur tous les pays qu’ils occupent ou pressent de près. Les Anglo-Saxons ripostent comme ils peuvent, mais force est de constater qu’ils ne réussissent guère. Au risque d’être monotone, il faut toujours reprendre notre petite revue habituelle.

 

En Grèce

Tandis que les guérillas armées par les satellites de Moscou accentuent leur action et sont arrivés à encercler Salonique, les Russes ont opposé leur veto à l’établissement d’une commission internationale permanente de contrôle aux frontières troublées de la Grèce. L’O.N.U. qui était officiellement chargée du problème grec et dont le rapport établissait la culpabilité de la Bulgarie, de la Yougoslavie et de l’Albanie dans l’organisation des troubles, est une fois de plus paralysée. A coup de vetos « la belle paralytique » comme on l’appelle, joue un rôle qui tourne au ridicule. Les Américains s’en rendent pleinement compte. Ils ne peuvent cependant pas perdre la face en Grèce et seront un jour ou l’autre obligés d’envoyer des troupes, ce qui au point de vue intérieur serait une mauvaise histoire.

 

En Roumanie

Dans les autres pays occupés par l’U.R.S.S. l’épuration redouble d’intensité et les camps de concentration se remplissent. En Roumanie, en particulier, la répression est si brutale que les Anglais ont envoyé au gouvernement Groza une protestation très vive. Mais cela est bien platonique. Depuis la Saxe où le camp de Torgau a soulevé les appels émus de l’évêque et des pasteurs de Berlin, en passant par ceux de Pologne, de Yougoslavie, de Bulgarie et de Hongrie, pour ne rien dire des Kidnappages d’Autriche, des persécutions antireligieuses en Croatie, et même de l’épuration très vaste entreprise par Kaganovitch en Ukraine ; le même régime de terreur s’étend……

 

En Chine

Tchang-Kaï-Chek en péril a fait appel aux Américains. Il a décrété la conscription et obtenu des armes et des munitions des Etats-Unis pour lutter contre les communistes. Cela prend la tournure d’une autre guerre d’Espagne.

 

En Suède

Enfin, un autre brandon de discorde s’allume en Suède. Les Suédois avaient, on s’en souvient, malgré les protestations américaines, conclu avec la Russie un accord commercial d’une portée assez vaste. Beaucoup d’articles indispensables aux Soviets allaient venir de Suède. Le programme aurait été saboté par les industriels suédois et de son côté l’état-major du pays commence un programme considérable de réarmement : les relations russo-suédoises tournent à l’aigre.

 

Un Appel de Rome

L’Osservatore Romano, organe officieux du Vatican, a publié une série d’articles très remarqués où sont exposés les périls que court la paix :

« Celle-ci, dit-il, n’est pas assurée parce que personne ne veut la guerre ; bien au contraire. Car pour garantir la paix, chacun élève devant soi une muraille de Chine qui, à son tour, inspire des craintes réciproques d’agression, et la guerre peut venir de l’effort désespéré pour se délivrer du mutuel cauchemar ».

Suit un nouvel appel à la sagesse et à la bonne volonté ; peut-il encore être entendu ?

 

                                                                                                CRITON

 

Criton – 1947-06-28 – La Rencontre de Paris

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Le Courrier d’Aix – 1947-06-28 – La Vie Internationale.

 

La Rencontre de Paris

 

Les Russes ont accepté l’invitation de Bevin et Bidault pour établir en commun le plan à proposer aux Américains. Cette nouvelle qui a fait sensation, a été accueillie apparemment avec satisfaction. Certains auraient, en secret, préféré un refus, à Londres surtout. Mais les Russes ont senti le piège et après avoir violemment critiqué le plan Marshall, ils en ont reconnu l’intérêt, sous réserves, toutefois ….

 

Les Raisons de Moscou

Le coup d’Etat en Hongrie, la fuite du premier Nagy aux Etats-Unis, avaient vivement ému l’opinion mondiale. Bevin, suivi quelques jours après par Attlee, avait manifesté leur indignation, et dans un discours qui a fait sensation, le chef des rebelles travaillistes Crossman avouait qu’il s’était trompé sur la bonne foi des Soviets et se ralliait à la ferme politique de Bevin. Aux Etats-Unis, comme bien on pense, les événements de Hongrie ont été exploités à fond. Isolée moralement, la Russie, en refusant de collaborer à la reconstruction de l’Europe avec l’aide américaine s’enfermait définitivement derrière le rideau de fer. Peut-être était-ce ce que l’on désirait au fond dans l’autre camp. C’était alors laisser le champ libre aux Anglais en Europe Occidentale et perdre tout contrôle sur l’ouest de l’Allemagne et l’arsenal de la Ruhr. Mais l’effet d’un tel refus aurait surtout été désastreux dans les pays conquis, Yougoslavie, Pologne, Roumanie et Bulgarie où l’opposition, malgré des persécutions farouches, reste forte, où la misère croit, où la population voit en rêve la pluie de dollars. C’eût été enfin perdre tout contrôle sur la Tchécoslovaquie qui ne pouvait pas refuser les secours américains.

 

La Conférence

Donc Molotof sera à Paris. Il est peu probable qu’il y fasse une obstruction systématique comme à Moscou. Bevin et Bidault, pressés par le besoin, sont décidés à aboutir. On sait à Washington que pour l’économie européenne, chaque jour compte, tant l’effondrement menace. Molotof n’aura aucune peine cependant à retarder la préparation du plan sans faire pour cela preuve de mauvaise volonté. Il présentera les besoins russes en chiffres exorbitants qui obligeront à des rabais ; l’essentiel serait d’effrayer le Congrès américain, qui décide souverainement, par des charges excessives et de retarder jusqu’en 1948 un vote sans lequel rien ne peut être entrepris.

 

L’Opposition aux Etats-Unis

Car il ne faut jamais perdre de vue que les propositions Marshall sont faites par un gouvernement démocrate dont les décisions dépendent du bon vouloir d’un Congrès Républicain. Déjà l’inévitable M. Hoover, soutenu par la fraction la plus obtuse du parti républicain, alerte le contribuable américain qui en dernier ressort doit payer les secours à l’Europe. Ils voient la situation en comptable. On va avancer de l’argent à fonds perdus à des gens qui ne remboursent jamais. M. Hoover en sait quelque chose qui fit prêter à l’Allemagne par les hommes d’affaires de son parti, quelques milliards de dollars qu’ils perdirent en 1931. Il faudra donc présenter les besoins européens avec tact non en dollars, ce qui effraye, mais en machines et en blé, ce qui plaît aux producteurs d’outre atlantique. En définitive, nous pensons que les Russes s’arrangeront pour montrer l’insuffisance des crédits américains et laisser les pays satellites sur l’impression que ces secours sont stériles. Les espoirs des peuples seraient déçus, c’est là l’essentiel.

D’autre part, il serait assez curieux de voir les Etats-Unis avancer quelque chose aux Russes alors qu’ils vont, sous prétexte de préserver les ressources nationales, suspendre leurs exportations de pétrole en U.R.S.S. !

 

Les Grèves

Tout cela est fort intéressant surtout pour les pays au bord du gouffre qui attendent d’un secours leur salut, mais ne change rien au fond de la lutte chaque jour plus âpre entre les deux blocs. Les Bolchévistes continuent, sur le plan des grèves, à remporter partout des succès. Ils tiennent par là en France et en Italie le sort de la monnaie, et par là de l’édifice social même. En Angleterre, la production de charbon diminue, des grèves sporadiques éclatent, l’absentéisme recommence.

 

Le Labour Bill

Aux Etats-Unis, la cause révolutionnaire vient d’être servie par la nouvelle loi sur les relations du travail et de l’entreprise dite Taft Hartley Bill, qui restreint les pouvoirs des associations ouvrières et soumet le droit de grève à des restrictions sérieuses. Poussés par le groupement des industriels qui les fait élire, les Républicains avaient hâte de voter cette loi : ils l’ont fait malgré le veto du président Truman.

Malgré une certaine hésitation du public hostile aux grèves, mais soucieux de toutes les libertés, le résultat ne s’est pas fait attendre : mineurs et dockers quittent le travail, et les bateaux pour l’Europe peuvent attendre.

 

L’Invasion de la Chine

Bevin nous avait prévenus que la situation en Extrême-Orient allait vers le pire. Le gouvernement Tchang-Kaï-Chek, depuis qu’il a été abandonné par les Américains, se désagrège et les défaites militaires se succèdent. Les communistes font de rapides progrès ; la Mandchourie est reconquise. A l’autre aile, les Mongols qui sont doublés par les Russes ont envahi le Sin-Kiang, sur lequel veillaient naguère les Américains. En quelques bonds ils menacent le Sud de la Chine. Tchang-Kaï-Chek proteste en vain. On sent que là-bas quelque chose s’effondre…

 

                                                                                      CRITON

Criton – 1947-06-21 – Le Plan Marshall

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Le Courrier d’Aix – 1947-06-21 – La Vie Internationale.

 

LE  PLAN  MARSHALL

 

L’offre américaine d’aide à l’Europe a fait diversion à la dépression des esprits. La situation internationale vient d’être jugée avec beaucoup de gravité au parlement britannique. A la suite du coup d’état russe en Hongrie, de l’insolente réponse de Molotof aux demandes d’enquête, le mot danger de guerre a été prononcé. Ceux qui jugent nos chroniques pessimistes trouveraient à la lecture de ces débats matière à réflexion.

 

Le Plan Marshall

Il se résume ainsi : « Proposez, nous payons ». Les plans seront sans doute difficiles à concilier, mais il y a une volonté de faire vite ; la crise est pressante et sans l’aide américaine, le prochain hiver serait fatal à ce qui reste d’Europe.

 

Les Origines du Plan

La politique inaugurée le 17 mars par le discours Truman, l’aide à la Grèce et à la Turquie avait soulevé des critiques et des inquiétudes. On n’oppose pas à la menace d’expansion soviétique une croisade ou un défi, on propose un plan. Que veut la Russie ? Maintenir l’Europe dans la misère, le chaos économique, les rivalités politiques. Elle cherche à contrecarrer tout ce qui pourrait ramener la prospérité. Eh bien, cette prospérité, c’est nous Américains qui l’imposerons. Ainsi présenté, le plan Marshall a reçu en Angleterre et aux Etats-Unis une approbation sans réserve. D’abord parce que l’Américain moyen croit que la mission de son pays est de ramener l’abondance sur terre ; cela flatte son amour-propre et ses sentiments religieux. Ensuite parce que la hantise de ce même Américain est une nouvelle crise économique. Or, les prophètes la voient venir en 1950, si d’ici là, les clients du vieux continent ne sont pas remis sur pied et en mesure de payer de leurs produits les achats qu’ils font aux Etats-Unis. Ce qui plait également c’est que ce plan pour la prospérité est généreux et essentiellement pacifique. L’Américain ne voudrait pas passer pour provocateur. Enfin, l’offre faite à la Russie de coopérer achève d’apaiser toutes les consciences en rendant raison à M. Wallace lui-même.

 

Le Rôle de l’Angleterre

Pour l’Angleterre et M. Bevin, l’offre faite au Royaume-Uni de prendre en main la direction du plan est un gros succès.

Les Etats-Unis paraissaient jusqu’ici peu favorables à la constitution d’un bloc occidental inspiré par l’Angleterre. C’était rendre à ce pays son rôle traditionnel d’arbitre en Europe et ajouter considérablement à sa puissance. C’était aussi risquer entre les mains du gouvernement travailliste, de voir se constituer un ensemble économique à structure socialiste préjudiciable au commerce américain. A peine le Plan Marshall annoncé, M. Stassen, candidat républicain à la Présidence, a réclamé pour la Ruhr le maintien du régime capitaliste. Il est évident que des négociations secrètes se poursuivaient depuis quelque temps entre Américain et Anglais, que des concessions mutuelles ont été faites, des assurances précises données par les Anglais en matière économique. Par contre, en accordant aux Britanniques la direction des affaires européennes, l’Amérique leur enlève toute possibilité de se désolidariser d’elle en cas de conflit. Devant la gravité de la situation, c’est certainement l’argument qui l’a emporté. Jamais en effet les relations  anglo-américaines n’ont été si étroites ; l’opinion anglaise en quelques semaines s’est complètement retournée. On est loin maintenant du manifeste : « Restez à gauche des rebelles du parti travailliste ».

 

L’Accueil en France

Les Français ont reçu l’offre américaine avec beaucoup d’empressement ; la situation en effet ne souffre aucun retard. La visite de M. Bevin à Paris, les entretiens d’experts, tout montre que l’affaire sera menée rondement, que tout était prêt, que la France agira  en plein accord avec les Anglo-Américains.

 

L’Attitude Soviétique

L’U.R.S.S. voit naturellement dans le plan une manifestation de l’impérialisme du dollar, un moyen de coloniser l’Europe par l’argent. L’U.R.S.S. a été invitée, sommée presque, de dire oui ou non d’ici au 23. On s’attend à un refus ; mais ce n’est pas certain, Molotof peut vouloir s’immiscer dans la discussion pour retarder l’application des mesures à prendre et si possible les faire échouer. On sera bientôt fixé.

 

Le Congrès de Zurich

Le Congrès international des Socialistes à Zurich a été le triste reflet du chaos européen. Le parti socialiste gouverne cependant en Angleterre, en France, en Belgique et en Scandinavie. Il est très puissant en Hollande, en Suisse, en Italie. Il a la majorité en Allemagne et une minorité solide en Autriche et en Hongrie. Il s’est montré cependant impuissant à constituer une internationale agissante. On n’a même pas pu se mettre d’accord pour l’admission de la social-démocratie de M. Schumacher. Le délégué polonais s’est montré hostile, et plus nationaliste que socialiste. Les Français hésitent à tendre la main aux socialistes allemands qui leur semblent recouvrir un nouveau pangermanisme, par contre, la peur de mécontenter les communistes a paralysé plus d’une délégation. On a voté pour Nenni contre son concurrent Saragat anticommuniste. L’internationale socialiste en est encore à chercher sa voie ; il y a un demi-siècle que cela dure ; aussi, que de capitulations en cours de route !

 

                                                                                                CRITON