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Le Courrier d’Aix – 1947-08-16 – La Vie Internationale.
Finances et Armements
La plaisanterie du jour en Amérique : prêter à l’Europe, c’est verser de l’eau dans un trou à rats rat hole, disent les adversaires du plan Marshall ; les autres répliquent : « d’accord, mais sans notre argent, les trous à rats deviendront des trous à renard Fox holes, (c’était pendant la guerre, les tranchées pour tireurs isolés).
Les Etats-Unis n’abandonneront pas l’Europe : après les escarmouches de l’autre semaine, tout se calme. Les ambassadeurs et les experts américains se sont réunis à Paris, ont arrêté pour la France le montant des avances et le niveau de la nouvelle dévaluation. Sur le charbon de la Ruhr, les conversations avec les Anglais vont commencer. Pour le niveau de production allemande, on consultera la France qui transmettra un mémorandum écrit. Il est probable que de nouvelles conversations à trois suivront. Et pour la forme, on fera une nouvelle invite à la Russie …
La Crise Anglaise
Toute l’attention s’est concentrée sur Londres. La position critique de l’économie anglaise a été exposée dans toute sa gravité. Débats, discours, controverses, rien n’y a manqué. Toute cette publicité visait d’abord à galvaniser les énergies, à faire supporter aux syndicats ouvriers des responsabilités nouvelles, aussi à faire accepter à l’opposition des mesures d’autorité ! On cherche ensuite à faire pression sur les Etats-Unis, pour obtenir de nouveaux crédits en attendant la réalisation du plan Marshall et suspendre la clause de convertibilité de la livre en dollars, qui venait à échéance selon les conventions de l’emprunt anglais aux Etats-Unis. Cette clause prévoyait que les créditeurs de l’Angleterre pouvaient, à partir de ce mois, convertir en dollars les sommes qui ne seraient pas compensées par des exportations anglaises équivalentes. Enfin, il fallait ranimer la solidarité impériale, obtenir des Dominions une aide et un soutien. Sur ces points, le gouvernement britannique a réussi. Les Américains assureront 350 milliards de dollars et suspendront la convertibilité. (La France obtiendra aussi 250 millions d’avance).
Les Dominions ont répondu à l’appel de la Métropole ; le Canada acceptera des livres en paiement ; l’Australie, la nouvelle Zélande, Singapour contribueront au maintien de l’équilibre économique et enverront des vivres supplémentaires et des matières premières. Par contre, les mesures de redressement proposées par M. Attlee ont été accueillies avec scepticisme et irritation jusque dans son propre parti. Chacun se rend compte que si grandes que soient les restrictions, elles ne sauraient suffire à rétablir la situation. Il manque 600 millions de livres, on en trouvera tout au plus deux cents.
L’anglais s’aperçoit surtout qu’il s’agit d’une crise provoquée « Self made crisis ». Il est absurde de continuer après les hostilités une politique qui s’imposait à une forteresse assiégée ; absurde de maintenir la fiction d’une livre au cours d’avant-guerre avec 9.000 millions de nos francs de dette intérieure et moitié autant d’extérieure ; on aboutit à une fiscalité telle qu’il n’y a plus aucun profit à entreprendre. Si avec cela on diminue la quantité de marchandises déjà rares à l’intérieur, qu’on provoque les représailles de l’étranger en interdisant ses films, en brimant le tourisme, ne va-t-on pas précipiter la crise au lieu de l’atténuer ? Il se pourrait que, faute de charbon, il y ait cet hiver 2 millions de chômeurs, parce que les syndicats ont refusé l’aide de la main-d’œuvre étrangère – précisément par peur du chômage. Le Gouvernement travailliste est aux abois ; le fiasco est inévitable. L’Amérique empêchera l’Angleterre d’en arriver à la dernière extrémité, car ce n’est pas son intérêt et parce que la situation extérieure ne le permet pas. De même pour la France. Mais elle ne fera rien pour épargner aux travaillistes une déconfiture, bien au contraire. Il faut dire que par les clauses de l’emprunt et le maintien du taux des changes, ils y ont volontiers poussé.
La Finlande
Un saisissant exemple de l’emprise du capitalisme soviétique nous vient de Finlande. D’abord comme pour les autres ex-satellites de l’axe, le traité de Paix conclu depuis des mois n’est pas ratifié par Moscou, ce qui autorise des exigences toujours nouvelles. Toutes les sociétés qui appartenaient à des Allemands, les chantiers navals en particulier, ont été confisqués.
La direction a été confiée à des chefs communistes finlandais que les Russes contrôlent. Mais comme cette saisie ne suffit pas à couvrir le chiffre des réparations exigé par l’U.R.S.S., la Finlande remettra cinquante pour cent des actions de toutes les affaires appartenant à l’Etat, les fabriques d’armes et de soie artificielle en particulier. Ensuite deux districts passent aux Russes avec une grande centrale électrique pour alimenter les riches mines de nickel de Petsamo préalablement annexées. Enfin, une dîme supplémentaire à fixer chaque année, payable en marchandises, sera prélevée sur la production finlandaise par priorité. A la Finlande, saignée à blanc, il ne restera plus que les deux yeux pour pleurer. Et cependant, on ne saurait accuser les Finlandais d’avoir attaqué la Russie en 1939, au temps du pacte Hitler-Staline.
La Course aux Armements
Aux Etats-Unis, la Commission de l’Armée approuve le développement des armements atomiques ; on apprend, de source russe d’ailleurs, que les Américains sont en train de mettre au point une bombe volante atomique, le V. 10, issu du V 2 allemand qui portera à dix mille kilomètres, à quatre mille milles de vitesse horaire. De nouvelles zones d’expérimentation vont être installées dans le Pacifique. Enfin, un plan industriel d’armement permettra de convertir à nouveau les usines en production de guerre. Côté russe, on ne chôme pas. Les mines d’uranium de l’Erzgebirge en Allemagne occupée, travaillent en secret avec des prisonniers de guerre et des civils requis dans la zone ; à Kiev, on fabrique des canons anti-aériens de 30 centimètres de diamètre, à Kharkov des tanks géants ; à Leningrad de l’aviation lourde et des appareils à réaction. Enfin, derrière l’Oural, dans les zones interdites, d’où les ouvriers ne sortent jamais, on multiplie les usines d’armement, la plupart souterraines. De ce train-là ….
CRITON