Criton – 1947-07-19 – Face à Face

ORIGINAL-Criton-1947-07-19

Le Courrier d’Aix – 1947-07-19 – La Vie Internationale.

 

Face à Face

 

Plus d’équivoque ; l’U.R.S.S. a coupé les ponts. L’Europe est divisée en deux camps. L’Oriental complètement unifié par la Russie, agité cependant d’aspirations puissantes vers la liberté. L’Occidental encore informe au point de vue économique présente une certaine unité morale. Comme l’a dit Bevin, ces forces morales affrontent une fois de plus l’idéologie.

 

L’Affaire Tchèque

En mars 1939, le président tchèque Hacha était sommé à Berchtesgaden où Hitler, furieux, lui dicta ses ordres ; en juillet 1947, deux ministres tchèques sont invités à Moscou pour se soumettre avec empressement aux vœux de Staline ; le ton seul a changé. Benes se croyait très fort : il avait accepté pour la Tchécoslovaquie de se rendre à Paris pour mettre en œuvre le plan Marshall. Il donnait ainsi satisfaction au peuple tchèque qui craint les Russes et fortifiait sa popularité. Il espérait, si Moscou acceptait, jouer le médiateur entre les deux blocs, convaincu que l’intérêt soviétique était de laisser une porte au rideau de fer. Point du tout, Staline attendait les pèlerins de Prague au seuil du Kremlin. Il leur présenta ses vœux ; aucune participation à la conférence de Paris. Ne rien recevoir désormais des Américains. La Russie se charge du bonheur des peuples slaves : on remit aux tchèques le texte d’un traité de commerce avec l’U.R.S.S. valable pour cinq ans : les produits manufacturés tchéco-slovaques destinés à l’exportation seront à présent réservés à la Russie, les machines-outils en particulier ; de même, les minerais. L’U.R.S.S. enverra en échange du lin, du bois et surtout du blé… Cette année, la récolte s’annonce brillante en Ukraine et le blé russe paraît dans toutes les négociations, à Moscou avec les Anglais, là avec les Tchèques…… La fin de l’indépendance Tchécoslovaque, dernière maille de la chaîne de fer qui se ferme sur l’Europe Centrale, sera sans doute dans l’histoire comme naguère l’Anschluss, une date fatale.

 

Les Evénements d’Athènes

Les arrestations d’Athènes sont une triste réplique à ce coup. Nous avions dit combien la pression soviétique sur la Grèce s’accentuait. Un putsch communiste était en préparation, combiné avec une offensive des guérillas, renforcés cette fois par une brigade internationale ; le prestige des Américains, qui avaient pris la Grèce sous leur protection était en jeu. La Grèce aux mains des rouges, il leur fallait, ou s’en aller, ou envoyer des soldats. Le gouvernement grec avec l’assentiment américain comme l’a expressément dit le ministre de l’intérieur, a étouffé le complot dans l’œuf ; des milliers d’arrestations dans tout le pays, et le parti communiste hors la loi. Les guérillas par contre ont pris l’offensive et d’Albanie pénétré en Epire. Les Américains équipent en hâte l’armée régulière qui semble l’emporter. Les Balkans jouent leur rôle traditionnel de foyer d’incendie.

 

La Conférence des seize nations

A Paris, tout va bien ; on ne discute plus, on se félicite. Les Italiens, grands bénéficiaires du conflit russo-américain, traités en amis par Washington, ont fait entendre leur voix. Le comte Sforza nous a montré qu’à un italien qui a tout perdu, il reste encore la parole et qu’il sait en user.

Bref, plus de Molotof, on respire, on conclut, on signe. En trois jours, tout est dit. Quand on est décidé à s’entendre ……

 

La Détresse Anglaise

Un à un les espoirs de reprise économique s’évanouissent en Angleterre ; la semaine de cinq jours dans les charbonnages a été un fiasco ; partout la production diminue ; le prêt américain s’épuise. On voit s’élargir le déficit de la balance des comptes. M. Morrison puis M. Dalton chancelier de l’Echiquier ont fait de sombres pronostics : « La douzième heure va sonner ». L’automne sera l’échéance redoutée : « L’Europe saigne à mort ». Et de regarder avec une fraternelle tristesse vers la France qui s’en va du même mal. Cependant, l’expérience de ces vingt dernières années auraient dû apprendre qu’il n’y a que deux systèmes économiques viables dans l’état présent des choses. L’économie de libre entreprise ou l’économie totalitaire. Les systèmes bâtards comme l’anglais mènent à la sclérose et le nôtre à l’anarchie.

Il y a dans ces sombres appels de l’Angleterre une part de sincérité que les faits soulignent assez. Il y a aussi une part de chantage. Il s’agit d’obtenir des Américains un crédit indirect qui serait cette fois sans intérêt, un cadeau qui en serait un sans en avoir l’air, puisqu’il serait fait à toute l’Europe non russifiée. Le Congrès américain parfois méchamment anti-britannique, a déjà montré qu’il veillait. Il n’examinera le prêt-bail qu’en janvier, déception.

 

Négociations et Exercices

Comme dans toute situation grave, il y a des aspects clairs à côté d’autres sombres. Les Russes qui ont rompu partout avec les « pays capitalistes » continuent à négocier avec les Anglais un accord commercial. Aboutira, aboutira pas. Seuls Dieu et Staline le savent.

Pendant ce temps, les forteresses volantes s’entraînent à des bonds transatlantiques à longue distance et les soucoupes volantes éclairent les espaces célestes.

 

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