Criton – 1947-11-01 – Invectives

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Le Courrier d’Aix – 1947-11-01 – La Vie Internationale.

 

Invectives

 

« La guerre froide » s’échauffe. On n’en est encore qu’aux injures. C’est l’O.N.U. qui est le théâtre de cet échange d’aménités : la « diplomatie du ruisseau », comme disent les Anglais que ces mœurs offusquent. Avec un parfait synchronisme, tous les organes soviétiques du monde orchestrés par Vychinski lancent un violent assaut contre les Etats-Unis. Nous ne tarderons pas à savoir ce que cela signifie.

 

La Diplomatie Américaine

Les invectives, la constitution du Kominform, la fuite de Micholaïtchik, chef du parti paysan polonais en Suède, la démission du ministre bulgare à Berne, les arrestations de socialistes en Pologne et ailleurs, ont largement servi la politique américaine. Truman s’est décidé à convoquer le Congrès pour le 17 Novembre, afin de voter les crédits à la France et à l’Italie et de décider du plan Marshall ; les élections en France et en Italie ont fait le reste et l’opinion des sénateurs est beaucoup plus favorable que le mois passé à une aide très large à l’Europe.

Cependant, la politique ne perd pas ses droits : c’est sur les modalités de cette aide qu’elle s’exerce.

Les sénateurs républicains qui préparent l’élection présidentielle, ne veulent pas paraître suivre aveuglément Truman. Ils ne veulent pas engager l’avenir. Pour des crédits immédiats, d’accord, mais les électeurs attendent des républicains une diminution des impôts obstinément refusée par Truman. Il y a quatre milliards d’excédents budgétaires cette année, on s’en servira. Mais on refusera de s’engager au-delà. Nous savons bien que cette aide aux pays d’Europe en deçà du rideau de fer, était une nécessité pour les Etats-Unis comme pour nous. Si les Américains cessaient d’envoyer leur blé et leur charbon en France, les prix s’effondreraient aux Etats-Unis et la crise qui s’ensuivrait leur coûterait beaucoup plus cher que le cadeau qu’ils nous font. L’exportation de vivres en Europe maintient des cours élevés, trop même, car ils montent sans cesse. Mais cela fait des bénéfices pour les fermiers et des recettes fiscales correspondantes. Ce que l’on perd en libéralité se retrouve en prospérité intérieure.

 

Les Négociations Anglo-Américaines

On en a la preuve par le succès des négociations commerciales anglo-américaines : le plan d’austérité britannique est un coup dur pour le commerce américain. Cessant d’acheter aux Etats-Unis, les Anglais savaient bien que leurs partenaires feraient des concessions pour ne pas perdre un aussi vaste marché que l’Empire britannique. En s’associant à la métropole, les Dominions ont fait une excellente affaire ; les Etats-Unis ont été obligés de réduire leurs tarifs douaniers. Ils ont cédé en particulier sur la question de la laine, qui intéressait au plus haut point l’Australie. En revanche, les Anglais ont renoncé à certains tarifs dits de préférence impériale. Les deux partis se déclarent satisfaits, mais la discussion a été si serrée que le ministre américain Clayton a dû démissionner pour avoir été un peu trop loin dans la réduction des tarifs américains. On l’a accusé, lui représentant des intérêts cotonniers, d’avoir fait bon marché d’autres intérêts économiques.

 

L’Allemagne

L’affaire du démontage des 682 usines allemandes de la bizone est de plus en plus virulente. Lord Pakenham, délégué anglais pour l’Allemagne et le général Clay délégué américain, maintiennent que, bon gré, mal gré, les démontages s’effectueront. Les Allemands protestent de plus en plus fort, et menacent, et ils pourraient bien avoir gain de cause. Ils ont trouvé des alliés parmi les membres du Congrès américain qui viennent de faire une tournée en Europe. Ceux-ci veulent que l’Allemagne se suffise et cesse de coûter un milliard de dollars par an au contribuable américain. En Angleterre aussi, les travaillistes de gauche trouvent qu’il est trop tard pour affaiblir le potentiel industriel de l’Allemagne, alors qu’on prétend vouloir la relever. Il fallait, dit-on, agir comme les Russes, qui se sont servis tout de suite dans le désarroi de la défaite. Bref, le général Clay démissionne et il est bien probable qu’un bon nombre des usines restera en place. Ce premier succès pourrait bien inciter les Allemands à en rechercher d’autres. Par ailleurs, on prête aux Russes l’intention de demander un plébiscite pour l’unité politique du Reich auquel à coup sûr, la majorité des Allemands répondrait affirmativement. Les Américains, poussés au début par les intérêts commerciaux anglais et la volonté de leurs propres militaire, se sentent maintenant engagés en Allemagne dans une mauvaise voie et veulent à tout prix soustraire l’Allemagne occidentale à l’influence soviétique. Là, comme d’autres, les Allemands tireront le bénéfice de la rivalité des deux blocs.

 

Proche et Moyen-Orient

Les Russes ont accepté sans trop protester le refus du parlement Persan d’accepter les concessions pétrolières que la Russie voulait obtenir en Iran du Nord. Par contre, ils ont repris contre la Turquie leurs attaques qui avaient depuis plusieurs mois, cessé ; offensive là aussi verbale. Il est bien probable que tout ce bruit qui dessert considérablement leur cause – les dirigeants du Kremlin ne peuvent l’ignorer – n’est pas exclusivement fait, comme semble le croire Churchill, pour tenir en haleine le peuple soviétique. Sans doute la presse et la radio russes, à longueur de journée parlent des fauteurs de guerre qui veulent jeter sur lui les bombes atomiques. Mais l’opinion en Russie ne compte guère. Les Etats-Unis se raidissent de plus en plus : dans un récent discours Eisenhower jusqu’ici optimiste, a fait allusion à la force américaine qui pourrait avoir à s’exercer. Byrne, dans ses mémoires qui font grand bruit, parle de pousser les Russes hors d’Allemagne, si besoin est par la force. Si un conflit proprement dit n’est pas probable, attendons-nous toutefois à quelques émotions.

 

                                                                                            CRITON

Criton – 1947-10-25 – Le Plan de la Politique Soviétique

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Le courrier d’Aix – 1947-10-25 – La Vie Internationale.

 

Le Plan de la Politique Soviétique

 

Dans la plupart des pays du monde, la cristallisation des deux blocs s’opère, accélérée par les manœuvres successives de la politique soviétique. Les semaines qui viennent montreront, par des actes nouveaux où tend cette politique et les répliques qu’elle peut susciter : essayons de la définir.

 

L’Extrême-Orient

Le Général Wedemeyer envoyé par les Etats-Unis en Chine déclarait «  A moins d’un redressement total et de réformes fondamentales, la Chine, sera sous peu dans l’orbite de l’U.R.S.S. » C’est avouer l’échec complet de la politique des Etats-Unis sur le continent asiatique et, partant, le succès total prochain des Soviets. On se rappelle les étapes : en 45, annexion à peine déguisée de la Mongolie extérieure ; fin 46, celle de la Mongolie intérieure. Après l’abandon à la Conférence de Yalta, de Daïren et Port-Arthur au Sud, de Sakhaline et des Kouriles à l’Ouest, la Mandchourie était enserrée par les Russes, et les efforts du gouvernement Tchang-Kaï-Chek pour la reconquérir ont été vains ; les communistes chinois, appuyés par les Russes, la tiennent. Plus au sud, l’avance des communistes se poursuit sans arrêt ; le gouvernement national enregistre échec sur échec et se désagrège.

Récemment, le gouvernement soviétique qui avait fait échouer tous les pourparlers avec les Américains sur la Corée (dont on sait que le sud est occupé par les Etats-Unis et le nord par les Soviets) a fait une proposition sensationnelle : Evacuation simultanée de la Corée par les Russes et les Américains. Les Américains n’ont pas acquiescé. En effet, les Russes ont préparé le Gouvernement qu’ils souhaitent, constitué une armée rouge de deux cent mille hommes. En partant, les Etats-Unis laissent le pays aux Soviets, en demeurant, ils sont en position difficile pour s’y maintenir et risquent d’être chassés par un mouvement populaire. La chute de Tchang-Kaï-Chek, joint au départ des Anglais de Birmanie et des Indes, laisserait l’Asie Orientale entière à la pénétration soviétique. Eventualité particulièrement redoutable pour le dernier bastion : l’Indo-Chine Française.

Enfin, le départ des Anglais de Palestine ouvrira un nouvel espace libre. Seules la Perse et la Turquie résistent solidement malgré des infiltrations nombreuses. Là, les Etats-Unis ont un intérêt vital : le pétrole.

 

L’Europe

La même tactique se poursuit en Europe. Les Anglo-Saxons ne tiennent plus à la Grèce ; les Russes nous préparent à une action, peut-être violente de ce côté ; l’importance inusitée que donne la radio soviétique aux attaques de Vychinski où, entre parenthèse, il est parlé du bloc Franco-Anglo-Américain pour la première fois, montre l’intérêt capital que Moscou porte au problème. Vychinski somme les troupes britanniques et les conseillers américains de vider les lieux.

 

L’Allemagne

A la conférence de Novembre, il est probable que les Russes feront pour l’Allemagne la même proposition que pour la Corée : Evacuation des pays d’Europe par les Soviets et simultanément de l’Allemagne et de tous les Franco-Anglo-Américains ; l’heure serait bien choisie : la Hongrie, la Pologne, la Bulgarie, la Tchécoslovaquie ont été mises au pas, l’affaire des démantèlements a dressé l’opinion allemande contre les Anglo-Américains en zone occidentale. Les Russes préparent l’installation d’un gouvernement central Allemand à Berlin, symbole de l’Unité allemande, et les 100.000 hommes de Von Paulus attendent sur les bords de la Mer Noire de faire leur entrée dans le Reich. Le départ des Américains laisserait cette armée allemande, la seule force militaire avec celle des Russes et des Yougoslaves sur le continent Européen ! La suite serait facile à prévoir. Evidemment ni les Américains, ni les Anglais, ni les Français ne partiront. Mais alors ils perdront la face ; on les accusera de s’opposer à la libération de l’Europe des forces militaires d’occupation et d’être responsables de tous les maux que les populations devront endurer. Ils seront maudits de tous ceux que la présence d’uniformes étrangers exaspère, et la propagande aura beau jeu. Ce n’est pas sans raison que le Kominterm a été reconstitué ces derniers jours sous couleur de « Kominform ». Les Russes savaient qu’à la veille d’élections en France et en Italie, ils porteraient un coup dur à leurs partisans dans tous les pays. Mais selon toute apparence, ils ont préféré leur donner un moyen d’action plus nette pour l’agitation révolutionnaire, les dirigeants futurs de ces deux pays étant des ennemis à combattre par tous les moyens. Un gouvernement nationaliste Français devient une très belle cible et un bon moyen d’influencer les Allemands qu’il s’agit maintenant de gagner à la cause Soviétique. On voit que les dernières barrières qui s’opposent à une hégémonie Russe sur l’Eurasie sont désormais bien fragiles et que les soviétiques sont plus près de réaliser sans avoir à combattre le rêve qui fit succomber Hitler. Il y a, comme nous le disions, beaucoup de témérité et de machiavélisme dans ces plans. Ils provoquent la réaction de tous ceux qu’ils menacent. Mais jusqu’ici, aucune opposition ne les a entravés ; tout est resté verbal et le succès pousse à plus d’audace. C’est comme cela que les malheurs arrivent.

 

                                                                                                       CRITON

Criton – 1947-10-18 – La Vie Internationale

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Le Courrier d’Aix – 1947-10-18 – La Vie Internationale.

 

Ebauches d’Alliances 

 

La lutte entre les deux mondes n’a pas que de sombres aspects. Elle vaut à la France en particulier une heureuse émulation des adversaires. 290 millions de dollars du côté américain et la possibilité d’un nouveau blé électoral de la part des Russes. Réjouissons-nous donc.

 

Le Partage de la Palestine

La question palestinienne, avec l’annonce du départ des Anglais, revient au premier plan. Une menace d’abord qui était prévisible : la guerre sainte des pays arabes contre le nouvel état juif, si l’O.N.U. décide le partage de la Palestine entre deux souverainetés, l’une arabe, l’autre juive. Cette menace se traduit par des concentrations militaires du côté syrien. Il est difficile de savoir s’il s’agit d’une manœuvre arabe pour faire pression sur les grandes puissances, ou d’une action concertée des Arabes et des Anglais pour faciliter la tâche de ces derniers. Un résultat est en tous cas atteint. Le terrorisme juif s’est calmé et les représailles anglaises ont cessé. Autre coup de théâtre : L’U.R.S.S. se prononce sous conditions toutefois, pour le partage de la Palestine tout comme les Anglais et les Américains. Les grandes puissances sont donc, ô miracle, d’accord pour une fois. L’U.R.S.S. a agi évidemment pour hâter le départ des Anglais du Proche-Orient et leur enlever tout prétexte à demeurer. Néanmoins deux des satellites, dont la Tchéco-Slovaquie, se sont prononcés en sens contraire. Cette discordance a été très remarquée. Il est possible que d’ici le règlement final, la position russe se modifie. Comme dans toute affaire orientale, la situation est très confuse. Les Anglais ont obtenu jusqu’ici un succès certain, répétant leur manœuvre aux Indes. Ils espèrent tirer leur épingle du jeu sans dommage pour leurs intérêts en Terre Sainte. Ils ont réussi à amener les Etats-Unis, après tant de vains efforts, à prendre position pour le Sionisme et même la Russie !

 

L’Allemagne

La politique anglo-saxonne en Allemagne parait très mal engagée, à la veille de nouvelles discussions avec les Russes ou plus probablement d’une rupture avec eux.

Voici qu’un nouveau programme de démantèlements d’usines s’exécute en zone anglo-américaine. Usines, non de guerre mais de production courante. Les Allemands protestent violemment. On veut, disent-ils, relever notre capacité de production pour que nous puissions payer notre nourriture, et on nous en enlève les moyens en même temps. On veut, les Anglais surtout, supprimer par avance toute concurrence de notre part sur les marchés étrangers ; les Russes nous dépouillent mais les Anglais nous enlèvent toute espérance. On a supposé que les Américains, en publiant la liste finale des démantèlements d’usines allemandes, voulaient en finir avec les réparations, et couper court aux revendications russes pour un prélèvement sur la production courante de l’Allemagne. Quoi qu’il en soit, cette politique incohérente dresse l’opinion des Allemands contre les Anglo-Saxons au moment où la Russie va chercher à créer une Allemagne soviétique. Or, qu’on le veuille ou non, l’attitude des Allemands sera d’une importance primordiale en cas de conflit. Ils le savent bien d’ailleurs, et n’attendent leur résurrection que de la guerre.

 

Un Nouveau Pacte Anti-Komintern

La querelle du Chili et de la Yougoslavie n’était qu’un départ ; l’Argentine a suivi et l’on commence à parler d’une alliance des états de l’Amérique latine contre le communisme. En cas de rupture à l’O.N.U. si les Russes et leurs satellites se retirent (la radio russe dans ses compte-rendu semble bien nous préparer à cet événement), on verrait se constituer une alliance générale contre le bloc slave dont les Etats-Unis prendraient la tête.

 

L’Autriche

La malheureuse Autriche demeure le centre de la lutte des deux blocs. L’U.R.S.S. multiplie les coups de force. Aujourd’hui on saisit une usine ; demain, on enlèvera un archiduc de Habsbourg : hier, quatre chefs de la police viennoise étaient révoqués par le général Kurasof et remplacés par des communistes autrichiens. Le Chancelier Figl ne cède pas ; il proteste. Que faire contre la force ?

 

Allocution Pontificale

C’est seulement par la force, a dit le Pape aux légionnaires américains, que certains ennemis de la Justice peuvent être amenés  à composer. C’est un grand moyen, pourvu qu’elle s’exerce pour une cause légitime. Notre époque, a-t-il ajouté, rappelle l’action de Lépante quand les puissances qui représentaient la civilisation chrétienne se sont unies pour vaincre une colossale menace venue de l’Est.

 

                                                                                            CRITON

 

Criton – 1947-10-11 – La Guerre Diplomatique

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Le Courrier d’Aix – 1947-10-11 – La Vie Internationale.

 

La Guerre Diplomatique

 

Résurrection du Komintern ! Evénement qui n’apporte ni nouveauté, ni surprise et qui marquera cependant une date : la déclaration de guerre diplomatique entre la Russie et le bloc Anglo-Saxon.

 

Le Comité de Belgrade

C’est donc un conseil permanent du communisme international qui va siéger à Belgrade. Deux des successeurs éventuels de Staline, Ivanov et Malenkov l’ont fondé. En fait, la discipline des partis communistes en Europe et ailleurs ne pourrait être plus rigoureuse, le nouvel organisme est simplement une manifestation qui risque plutôt de gêner certains adhérents et de créer des dissidences. On en signale une au Japon. Cela signifie que la Russie, en révoquant l’acte de Mai 1943 par lequel, pour s’attacher la confiance de ses alliés, elle avait dissous le Komintern, reprend officiellement la lutte pour la Révolution mondiale.

 

Premières Réactions

La première vient du Chili ; le Gouvernement chilien accusant les diplomates yougoslaves d’être les instigateurs de la grève du charbon, expulse les messagers de Tito. Aux Etats-Unis, on en conclut à la nécessité d’aider plus efficacement au sauvetage de la France et de l’Italie pour les soustraire à l’influence de Moscou. En Angleterre, les conservateurs sont plutôt satisfaits : le masque est jeté : tant mieux. Les travaillistes au contraire sont irrités, comme les socialistes de tous les pays, de l’attaque violente du manifeste de Varsovie publié ces jours-ci par le congrès communiste : Attlee, Bevin, Blum, Sarajat y sont traités de réactionnaires, d’ennemis du peuple, etc….. Or le socialisme cherchait malgré l’évidente impossibilité, à garder une position neutre entre les deux blocs. Bon gré, mal gré, il lui faut se ranger sous la bannière américaine ce qui risque de le perdre auprès de ses électeurs.

 

Appréciation

Plus on étudie la politique Russe, plus on se convainc que la passion idéologique l’emporte. L’orgueil démesuré, le fanatisme, la témérité d’un Idanov a remplacé la ruse et la prudence toute orientale du vieux Djougachvili, dit Staline. Il est bien clair qu’un geste comme celui d’aujourd’hui ne présente pour la Russie que des désavantages, et fait le jeu de ses ennemis. Il va affaiblir la position de ses partisans en France et en Italie ; on va le voir aux élections. Il va justifier toutes les représailles policières. Il va rendre l’opinion américaine plus compréhensive pour l’aide à l’Europe. Il va partout donner l‘alerte et des prétextes à une pressante contre-offensive. Alors, comment l’expliquer ? Voici notre sentiment.

Il faut se représenter les inspirateurs actuels de la politique du Kremlin, comme des primaires imbus de la théorie marxiste et néo-marxiste de leurs maîtres. L’idée maîtresse, c’est que le capitalisme succombera à une crise économique à laquelle sa structure le condamne. Il suffit donc de provoquer cette crise. Pour cela, l’action révolutionnaire et le sabotage à l’intérieur, la peur et la guerre des nerfs sur le terrain diplomatique (en frappant le moral des pays capitalistes) conjugués avec les grèves et les crises monétaires entretenues par les revendications perpétuelles des travailleurs et la hausse des prix, suffisent à précipiter la chute. Une action militaire au dehors, une insurrection au-dedans et l’édifice s’écroulera. Les Russes sont convaincus que leur heure est proche et les apparences leur donnent raison. La crise du dollar constitue une menace pour la prospérité des Etats-Unis ; en même temps, elle risque de paralyser l’industrie des pays d’Europe faute de matières premières, et celle des Etats-Unis faute de débouchés payants. Les Russes sont convaincus que la crise ( ?) , la guerre est inévitable : Les capitalistes, croient-ils, ne désirent pas la paix ; l’industrie de guerre et la guerre même est la soupape de sureté pour leurs profits. Ils  sont obligés d’y recourir quand rien ne va plus pour eux. A l’heure présente, il faut pousser à fond pour que le monde capitaliste ne retrouve pas son équilibre ; d’ici un an ou deux, les difficultés seront telles que le monde, incapable de se survivre, n’opposera qu’une faible résistance à l’invasion. Nous allons donc voir l’offensive se précipiter. Demain, ce sera le retrait collectif des puissances slaves de l’O.N.U., la création d’une république populaire allemande de l’Est. Pauvres et sinistres calculs qui ressemblent bien à ceux d’Hitler ; si inextricable que paraisse la situation actuelle des pays démocratiques, la crise ne sera pas mortelle, loin de là. Elle ira s’atténuant ; la peur qui paralyse d’abord stimule ensuite. A défaut de programme viable, on trouvera des expédients.

Il n’est pas exact que le capitalisme d’aujourd’hui soit comme celui d’hier, nécessairement soumis au cycle des crises. Il a les moyens d’atténuer les pointes de prospérité comme de dépression. Mais le plus grave dans l’aveuglement des Soviétiques, c’est de croire à la fatalité de leur victoire, c’est par là que l’intoxication des préjugés idéologiques va précipiter le monde dans un conflit qui sera fatal non au monde capitaliste, mais au malheureux peuple russe. Les Américains arment. Ils savent que la situation est sans issue, ils patientent en apparence. A l’heure où ils se sauront prêts, et cette heure ils ne sont pas loin de la connaître, ils frapperont un coup mortel. S’ils voulaient faire le jeu du capitalisme, les Russes d’aujourd’hui n’agiraient pas autrement.

 

                                                                                      CRITON

Criton – 1947-10-04 – Demi-Mesures

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Le Courrier d’Aix – 1947-10-04 – La Vie Internationale.

 

Demi-Mesures

 

Cette semaine n’apporte aucun fait nouveau d’importance. C’est dans ces moments creux, que l’on fait le point. Découragement et pessimisme ont gagné les sphères où jusqu’ici on faisait profession de croire que la situation internationale n’était pas sans issue. La violence des discours Neil, le meurtre de Petkov ont permis à beaucoup de mesurer le péril. Cela peut être salutaire.

 

Les Secours à l’Europe

Cahin caha, la machine politique américaine va trouver une voie, pour assurer aux nations en détresse le minimum vital : le président Truman va convoquer le Congrès en session spéciale pour voter un secours d’urgence à la France et à l’Italie ; un peu aussi à l’Autriche, très peu et peut-être trop tard. Car d’ici la mi-décembre, ces pays tiendront-ils ? Et qu’est-ce que six cent millions de dollars en regard des difficultés présentes ? C’est à peu près ce que nous avions fait prévoir.

 

Les Responsables

Cette coopération si difficile entre la France, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis, a été entravée par des maladresses politiques dont on se serait passé. M. Bevin, dont l’étoile pâlit beaucoup ces temps-ci et qui ne parait pas finalement devenir premier ministre, en a sa large part. Des mots malchanceux sur les prêteurs américains, l’allusion à la redistribution de l’or, des propos blessants à l’égard des Juifs américains à propos de l’affaire palestinienne, des phrases claironnantes sur l’indépendance britannique, il n’en fallait pas plus pour indisposer les sénateur Mayen aux Etats-Unis. Les tergiversations de la politique Française qui persiste par peur d’une opinion mal informée à se raidir sur la question allemande, le discours de M. Herriot au congrès radical très neutraliste où Staline et Truman recevaient le même hommage d’éloquence, font douter les Américains de la position de la France. Que chacun pense comme il l’entend, il y a des moments où le silence est d’or. Du côté américain, les discours discordants de plusieurs officiels, la querelle des militaires et des civils sur l’Allemagne, tout cela aussi était superflu quand une unité de vue et d’action est une question vitale.

 

L’Affaire Palestinienne

Malgré les conseils répétés de Churchill et peut-être à cause d’eux, le gouvernement travailliste a voulu jusqu’ici se maintenir en Palestine, au prix de sacrifices énormes en argent et en hommes. Il cède aujourd’hui et parle de remettre le mandat anglais sur le pays, à l’O.N.U. Solution pénible mais fatale, à plus ou moins brève échéance, plus difficile à mesure que la situation s’aggravait. Il est à craindre qu’il n’éclate en Palestine (à moins que les Américains n’interviennent, ce qu’ils ont refusé jusqu’ici) une guerre analogue à celle qui menace aux Indes. On parle de la formation d’une armée arabe en Syrie ; l’intransigeance arabe sur l’Etat Juif est chaque jour plus forte. Par leur obstination, les terroristes juifs seront peut-être débarrassés des Anglais, mais, ils seront aussi jetés à la mer. On pense à Londres que bon gré, mal gré, à la veille des élections présidentielles aux U.S.A. les Américains seront bien obligés de prendre l’affaire en mains.

 

Les Troubles en Italie

Tout se passe comme si le temps travaillait pour les Soviets. Bien que l’agitation sociale, les démonstrations et marches de la faim, n’aient pas eu le caractère révolutionnaire qu’on redoutait, le gouvernement de Gasperi a la vie bien précaire. Comme le nôtre, il est impuissant à imposer un programme et ne vit que d’expédients et de compromis politiques. C’est au fond tout ce que ses adversaires désirent : prolonger le malaise, aviver les mécontentements. Car il n’est pas probable qu’en Italie, comme en France, une aventure révolutionnaire réussisse, et un échec serait grave pour les meneurs ; la menace leur suffit. Dans les deux pays cependant, dans tous les domaines, la situation instable est difficile à tenir. Il faudra bien verser soit à droite, soit à gauche. L’issue est pour beaucoup entre les mains des Américains. Mais ils n’appliqueront que des demi-mesures, toujours par peur de l’opinion.

 

L’Affaire Petkov

Le meurtre légal du patriote bulgare a soulevé une émotion considérable. Voilà encore une maladresse capitale, celle-là au passif des Soviétiques. Ils devraient pourtant se souvenir de Matteotti, de Sacco  et Vanzetti, de Niemoller et d’autres affaires dont ils avaient su tirer si grand parti. Il y a des crimes que l’histoire fait payer cher à leurs auteurs. Celui de Petkov est de ceux-là.

 

L’Allemagne

Lentement avec des manœuvres et contre-manœuvres, la politique soviétique en Allemagne que nous avons déjà exposée, fait son chemin. D’ici peu, la coupure définitive de l’Allemagne en deux, sera accomplie ; nous aurons une république soviétique allemande plus ou moins camouflée. Les récalcitrants aux projets Russes ont été peu à peu éliminés. Disparitions, kidnappages, camps de concentration. Des officiels comme le Docteur Paul de Thuringe se sont enfuis en zone américaine. Par contre, les Soviétiques cherchent à se concilier le parti catholique allemand. Ils veulent aboutir à former un gouvernement central, avec Berlin pour capitale où avec une majorité communiste, les autres partis seraient néanmoins représentés comme en Hongrie. Les apparences démocratiques seraient sauvées et c’est alors que l’on verrait apparaitre Von Paulus et le 5° Reich. Ce n’est pas nous qui le disons, mais Walter Lippmann.

« Pour se concilier cette nouvelle Allemagne et en faire une alliée, ou bien on lui rendra ses provinces de l’Est au détriment de la Pologne partagée pour la 5ème fois, ou bien, ce qui est beaucoup plus probable, on lui offrira l’Alsace-Lorraine et l’embouchure du Rhin ».

Si les tanks soviétiques pénètrent un jour dans Paris, soyez-en sûrs, il y aura des Allemands dedans.

 

                                                                           CRITON

Criton – 1947-09-27 – Idéologies

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Le Courrier d’Aix – 1947-09-27 – La Vie Internationale.

 

Idéologies

 

Semaine de discours ; une avalanche ; Marshall avait débuté en exposant son projet de constituer à l’O.N.U. un comité intérimaire où le veto ne jouerait pas, où certains problèmes comme le problème grec pourraient être décidés à la simple majorité. Là-dessus, le procureur Vychinski a prononcé un réquisitoire claironnant où les Etats-Unis et l’Angleterre étaient attaqués avec toute la violence coutumière ; alors chaque pays feint de s’effrayer et donne son avis. Le plus habile fut celui de Bidault, car chacun l’a interprété selon ses préférences : les uns y voient une attitude de médiation entre les deux adversaires ; les autres, un ralliement de la politique française aux vues des Etats-Unis. Le but cherché est atteint : contenter tout le monde, sans se compromettre.

 

Les Raisons du Débat

A première vue, tant de paroles semblent vaines et les efforts de Marshall pour sauver l’O.N.U. assez malheureux, puisque c’est pour l’U.R.S.S. une occasion d’accentuer son intransigeance et un prétexte à se retirer. Il y a cependant des raisons profondes à l’attitude américaine qui ne sont pas, comme on l’en accuse, de vouloir truster l’O.N.U. à son profit pour en faire un instrument de sa puissance. Chacun sait que tôt ou tard, le plus grand conflit de l’histoire ne saurait se résoudre pacifiquement. Ce qu’on sait moins, c’est que dans cette lutte, la technique des armements ne jouera pas un rôle aussi décisif que dans les guerres précédentes. Bien que les guerres de 1914 et de 1939 aient comporté un aspect idéologique fort important, les idéaux en conflit étaient un facteur secondaire ;  les doctrines du manifeste des 93, comme celles de « Mein Kampf » sont mortes avec la défaite de leurs auteurs. Il n’en serait pas de même demain ; l’idéologie stalinienne a un caractère international. Les armes seules ne peuvent le détruire. Si elle n’était discréditée d’abord dans l’opinion de la grande majorité des esprits, la lutte une fois terminée sur le terrain militaire, reprendrait sous forme de guerre civile et la victoire du fort par les armes serait illusoire et sans fruit. C’est pourquoi, les Etats-Unis et l’Angleterre tiennent tant à l’O.N.U. et à cet égard les violences de Vychinski les servent. Il faut au jour de la lutte, entraîner les hommes contre ce qu’ils croiront être l’ennemi de leur civilisation.

 

Les Idéologies

Insistons, puisque nous en avons le loisir, sur l’antagonisme des idées. Une récente histoire soviétique de la philosophie, d’ailleurs condamnée en U.R.S.S. pour sa modération, représente la pensée de Karl Marx et de ses disciples Lénine et Staline comme la révolution capitale dans l’ordre des idées sociales, historiques autant que proprement philosophiques, quelque chose comme pour nous serait le cartésianisme et la révolution française réunis en une seule doctrine. Or, dans les ouvrages parus dans nos pays d’occident, c’est à peine s’il est fait mention de Karl Marx ; sa pensée comme philosophe est tenue pour négligeable. Pour nos économistes et nos sociologues, le marxisme fut, il y a trois quarts de siècle, une construction parmi d’autres comme la mode était aux grandes synthèses utopiques et prophétiques. Cette interprétation du mouvement historique s’appuyait sur des faits passagers qui la rendaient alors plausible. Elle a perdu de sa vraisemblance comme toutes les thèses avec l’évolution des données sur lesquelles elle s’appuyait. Elle n’est plus qu’un panneau réclame pour une agitation intéressée. D’un côté un évangile, de l’autre un fait divers de l’histoire des idées. De ce qui l’emportera demain dans l’esprit des hommes de l’une ou de l’autre appréciation dépend, autant que de la bombe atomique, le sort de la civilisation.

 

Le Problème des Crédits

Revenons au bifteck. Le problème qui se pose après la conclusion heureuse du rapport des seize nations approuvé par M. Clayton, est de savoir par quel artifice financier les Etats-Unis pourront faire parvenir à l’Europe des secours immédiats. En Amérique, l’opinion est divisée : faut-il réunir le Congrès en session extraordinaire pour lui faire voter les crédits et dans ce cas le seraient-ils à temps ? Vaut-il mieux que les esprits mûrissent et soient prêts à accepter un programme de crédits bien étudiés et dont l’efficacité sera certaine ? Comment faire d’ici là ? Il y a pas mal d’expédients possibles et qui seront de préférence utilisés : assouplissement des méthodes de prêts de grands organismes : banque de reconstruction, etc., raclement de fonds de tiroir, mobilisation de l’or récupéré sur les Allemands et autres, le tout suffira-t-il ? De plus, il faut que les principaux intéressés, l’Angleterre et la France, par des mesures spectaculaires, mettent de l’ordre dans leurs finances et prouvent leur aptitude à un relèvement par leurs  propres moyens. Réformes indispensables pour décider le Congrès américain en temps opportun à une générosité décisive.

 

Les Indes

On a beaucoup félicité et à juste titre, Lord Mountbatten, dernier vice-roi des Indes de l’habileté avec laquelle il avait mis les Hindous et les Musulmans de l’Inde face à face avec leur indépendance. Celle-ci a eu des débuts sanglants et les deux nouveaux gouvernements de l’Inde et du Pakistan ont éprouvé de façon concrète qu’ils n’étaient pas en mesure de se passer des Anglais. En sorte que si l’Angleterre est partie, les Anglais restent. Les deux nouveaux Etats demeureront des Dominions, et le premier gouverneur sera Lord Mountbatten lui-même. L’administration hindoue sera conseillée par les mêmes Anglais qui la régissaient auparavant, et la nouvelle armée indienne par les officiers qui la commandaient jusqu’ici. Les princes hindous, quoique libérés non sans regret d’une tutelle britannique qui avait assis leur fortune, jouiront d’assez d’autonomie pour maintenir, avec le concours des Anglais, leur situation prospère. Enfin, très habilement, les gros marchands britanniques en associant des hindous à leurs entreprises pensent conserver dans la péninsule leur prééminence commerciale. On ne peut qu’admirer comment en se retirant en apparence, les Anglais ont rétabli leur situation morale ; ennemis haïs hier, ils sont, pour le moment du moins, des collaborateurs précieux et sympathiques. Quel que soit l’avenir de cette idylle, les Anglais ont cédé à l’inévitable avec le maximum de chances ; l’exemple est à étudier et si possible à suivre.

En Indochine, en particulier, il semble que la solution Baodaï puisse être favorablement influencée par le succès des Britanniques.

 

                                                                                                CRITON

Criton – 1947-09-20 – La Voie Difficile

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Le Courrier d’Aix – 1947-09-20 – La Vie Internationale.

 

La Voie Difficile

 

Sans être désespérée, la situation prend un tour assez dramatique. La conférence de novembre n’aura sans doute pas lieu et c’est la rupture diplomatique entre les deux mondes. L’Europe occidentale se noie. Et le sauveteur, son croc en main, discute les conditions du salut. Entre hommes de bonne foi, l’accord serait aisé ; mais il est entendu qu’un diplomate serait déshonoré s’il n’était un maquignon. Et comme la crise presse, il faut conclure ou s’abandonner.

 

Le Comité des Seize

Les Seize nations ont déposé leur rapport ; mais M. Clayton, venu des Etats-Unis, s’aperçoit que le jeu a été faussé. Il faut recommencer. Les délégués n’ont fait qu’additionner leurs besoins, chacun les a chiffrés au maximum et on a présenté l’addition : 30 milliards de dollars ! Quant à la contribution de chacun au salut commun, peu de chose. Comme l’Angleterre avait les plus gros chiffres à solliciter, Bevin a cru très fort de les noyer dans la masse indivise ; l’emprunt eut été masqué dans le fonds commun. Mais les Etats-Unis veulent que chacun présente ses besoins et ses ressources, pour traiter avec tous en conséquence. Enfin et surtout, les Etats-Unis entendent que les nations européennes constituent un tout économique, ce qui n’est pas impossible, mais au bout d’années d’adaptations progressives. Est-ce que les Etats-Unis ne tendraient pas à rendre permanent un comité économique mixte où travailleraient les Américains et les délégués des Seize ? Ce comité, chargé de répartir les secours et les ressources constituerait un directoire économique qui se substituerait aux gouvernements dans ce domaine et, qui sait, de proche en proche, dans d’autres. On grignoterait les souverainetés nationales. Les Etats-Unis d’Europe – tel semble bien le but de Clayton – arbitrés par les U.S.A. Les avantages d’une telle solution ne sont pas douteux si on le compare au chaos, à la déliquescence où vont se décomposant de grands pays comme le nôtre. Mais n’est-ce pas déguiser la fin des nations ? Sans voir trop loin, le comité des Seize va donc faire un nouveau rapport sous l’œil sévère de M. Clayton et la nouvelle rédaction sera O.K., on l’espère. Il faut reconnaître que ce rapport des Seize était ridiculement pauvre. Bien entendu, la tâche de l’expert est de réduire en propositions réalisables et chiffrées, ce qu’il peut y avoir de sensé dans les vues grandioses de politiciens éloquents et ignares, mais de là à ces miettes de programme entourées de si et de mais !…

 

Mirauda

Les Anglais avaient bien des malheurs mais voilà que l’Argentine s’en mêle ! Le « Toréador » de M. Perón, dictateur du « corned beef », menace de priver les Anglais de la moitié de ce qui leur reste du shilling de viande hebdomadaire ! On le paye en livres et ces livres n’étant pas convertibles en dollars sont sans valeur pour les Argentins. Et pourtant, de la monnaie de singe, en somme.

 

Les Grèves en Italie

Avec l’Autriche et la Grèce, l’Italie devient le champ clos de la lutte entre Américains et Soviétiques. Aux prêts des Etats-Unis à l’industrie privée et un gouvernement de Gasperi qui commençaient à rétablir la confiance en Italie, les Soviets opposent une terrible menace : au moment de la récolte de riz, un million d’ouvriers agricoles en Piémont et en Lombardie se mettent en grève. C’est l’alimentation du pays qui est en danger pour l’hiver difficile qui vient. Comme la récolte américaine sera insuffisante pour sauver les peuples d’Europe occidentale de la famine, l’agitation révolutionnaire aura beau jeu. L’autorité du gouvernement italien est déjà faible et ne résisterait pas à un putsch communiste qui se prépare. C’est pourquoi les conversations très importantes qui se déroulent entre Myron Taylor et le Pape peuvent avoir une influence décisive sur la paix sociale dans la péninsule. La lutte sera chaude entre les factions antagonistes prêtes à tous les excès.

 

Le Veto et l’O.N.U.

Les Etats-Unis veulent sauver l’O.N.U. de son impuissance présente. M. Marshall a prononcé un discours très catégorique et fait prévoir une procédure adroite pour tourner le « veto » dont les Soviets ont fait un constant moyen d’obstruction. Il n’est pas question de supprimer le droit de veto au Conseil de Sécurité, mais de le rendre inopérant dans certains cas. Car aucune des grandes puissances ne veut se priver dans un avenir imprévisible de ce moyen suprême de sauvegarder ses intérêts qui seraient à la merci d’un simple vote majoritaire. Comment concilier ce droit avec le fonctionnement normal d’une assemblée internationale dont la raison d’être est une limitation de la souveraineté de chaque état devant la volonté collective ? Comment limiter les cas où un état devra se plier à une résolution qui le gêne. La France en particulier, de par sa faiblesse même, ne peut pas renoncer à ce droit de veto qui garantit seul ses intérêts vitaux assez aisément méconnus par les autres. La France qui n’a pas derrière elle une clientèle fidèle à l’O.N.U. pour l’appuyer ? Bidault a été très affirmatif sur ce point.

D’autre part, si on trouve le moyen de tourner le veto, les Russes ne vont-ils pas, comme jadis l’Allemagne, profiter de l’occasion pour se retirer de l’Assemblée Internationale ce qui lui enlèverait son sens et sa raison d’être ? Déjà Molotof n’assistera pas à la prochaine réunion de l’O.N.U. Est-ce le prélude à un départ ? En tout état de cause, un tribunal international dans l’état actuel du monde, n’apparait-il pas anachronique ?

 

Controverses

Une série d’articles anonymes de haute portée avait défini dans la revue « Foreign Affairs», la politique américaine en face de l’U.R.S.S. Emanant d’une autorité du « State Department » il préconisait une résistance limitée et de longue haleine des Etats-Unis sur le pourtour du rideau de fer, comptant sur le temps pour faire apparaître les faiblesses internes de l’état soviétique et les oppositions qui, selon l’auteur, grandissent aussi bien autour de lui que dans son sein même. A ces vues optimistes et patientes Walter Lippmann s’oppose avec passion. C’est rééditer en somme, dit-il en substance, la politique de coups de frein pratiquée par les Chamberlain et Daladier contre Hitler. On sait que ces efforts stériles ont plutôt servi une politique de bluff et d’audace. Ils n’ont pu prévenir la catastrophe. Le « State Department » en ranimant ces illusions ne court-il pas au même sort ?

 

                                                                                                CRITON

Criton – 1947-09-13 – Vers la Solution

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Le Courrier d’Aix – 1947-09-13 – La Vie Internationale.

 

Vers la Solution

 

Voyages, consultations. Conférences se multiplient. Il se confirme de plus en plus que l’Europe Occidentale sera sauvée de la crise qui l’étreint. Mais l’Angleterre et la France payeront cher la politique qui les y a conduites. Les crédits seront consentis à des conditions sévères d’assainissement financier et d’effort économique, de direction politique aussi. Et fatalement, les deux empires français et britannique en sortiront diminués. Mais cela est l’histoire de demain.

 

Le Discours Bevin

  1. Bevin sera bientôt le premier de l’Angleterre. Comme préface à son avènement, il a lancé un vigoureux discours qui a été diversement apprécié. Deux points essentiels : il recherchera une union douanière entre les pays du « Commonwealth ». Mais cela suppose que les Dominions, le Canada en particulier, y consentira. Ce qui n’a pu se faire jusqu’ici, est-il maintenant possible ? On en peut douter et comment concilier cette union impériale avec l’union douanière européenne dont M. Bevin était il y a peu de temps l’apôtre ? Il faut sans doute choisir, à moins que tout cela ne soit que mots en l’air et démagogie.

Second point : vieille histoire aussi, la redistribution de l’or américain. Cela fait également plaisir à l’électeur britannique qui voudrait bien que les lingots enterrés à Fort Knox reprennent le chemin de la banque d’Angleterre. Mais la plaisanterie n’a pas été goûtée à Washington. Les lingots à peine à Londres, dit-on, reviendraient d’eux-mêmes en Amérique pour payer une deuxième fois les achats anglais qui seraient de la sorte opérés gratis. Soyons sérieux, M. Bevin. On a surtout reproché au ministre d’avoir traité à la légère le plan Marshall dont il était si enthousiaste, il y a trois mois. Comme nous l’avions dit, il comptait sur le plan pour obtenir un emprunt qui n’en aurait pas l’air. Mais les Américains ne sont pas si naïfs que l’électeur britannique.

 

Les Grèves du Yorkshire

Les mineurs anglais sont en grève, 40.000 tonnes de charbon perdues par jour. Pourquoi ? Salaires, journées de travail ? Non, une querelle de syndicats. Les mineurs du fond ne veulent pas que les employés de la surface leur imposent la largeur des filons à découper ! Chaque union est jalouse de son autonomie et entend gérer sa besogne à son gré. Or cette grève est d’une importance cruciale pour le pays, le travail des industries, l’exportation vitale, le bien-être de chacun, l’avenir du travaillisme, le sort du ministère, l’orientation politique de tout le continent peut-être. Mais les mineurs n’en ont cure. C’est, nous le répétons, de cette absence d’éducation politique et de sens national de la part de ceux qui disposent en fait du pouvoir, que peut naître la réaction collective qui les fera s’écrouler. Le socialisme ne peut s’imposer que par un travail acharné et discipliné.

 

L’Anticommunisme

Les actions de Moscou sont en baisse. L’obstruction faite au plan Marshall a créé un malaise dans l’opinion de tous les peuples. Un puissant courant d’opposition et de révolte a pris corps dans les profondeurs mystérieuses de la conscience collective : voici les faits.

 

En Hongrie

Les élections n’ont pas aussi bien marché que ne l’espéraient les Russes. Malgré les truquages habituels, reconnus par leurs auteurs mêmes, l’opposition est restée forte (plus de 40%) et surtout voici que les socialistes refusent de faire bloc dans un gouvernement à direction communiste. On discute, on se bat même, mais les opposants tiennent tête.

 

Balkans

En Yougoslavie, le maréchal Tito n’a pas la vie facile : les guérillas se sont enflées subitement et plus de 50.000 hommes combattent dans les montagnes. Vieux Serbes et Croates prennent le maquis. En Bulgarie, la condamnation à mort du patriote Pesthok a remué les masses. On a différé l’exécution. En Grèce, par contre, le gouvernement s’est constitué. Sous la pression énergique et quelque peu cavalière des Américains, l’ex-premier Tsaldaris, bien que chef du parti le plus nombreux, a cédé la présidence du Conseil à Sophoulis et l’Union nationale s’est faite ni de gré ni de force. On verra ce que vaut la solution. Mais le nouveau gouvernement appuyé par les Etats-Unis sera plus fort contre les guérillas du Nord qui, par ailleurs, marquent le pas.

Enfin, n’annonce-t-on pas la formation à Cuba d’un « gouvernement national Russe » contre les « usurpateurs » du Kremlin. Une farce sans doute, mais significative car l’opposition se regroupe dans tous les pays parmi les émigrés russes. D’anciens blancs se joignent aux ex-démocrates de la Douma du genre Milioukov. Des terroristes aussi, Ukrainiens ou Géorgiens, d’anciens « collaborateurs », société un peu mêlée, comme on voit.

 

Tchécoslovaquie

Le torchon brûle aussi en Tchécoslovaquie. Une coalition de quatre partis se forme contre les communistes. A sa tête le ministre socialiste Laushmann qui a failli démissionner à propos de mesures démagogiques proposées par le premier Gottwald : une indemnité aux fermiers. En Slovaquie enfin, les communistes avaient profité de l’invasion du pays par les bandes d’Ukrainiens blancs pour faire distribuer des armes à leurs partisans, alors que les troupes régulières contenaient facilement les quelque deux mille partisans de Bérédot. La population slovaque, très fortement catholique et hostile à l’administration de Prague, réagit pour sauvegarder son autonomie.

 

La Conférence de Rio de Janeiro

La Conférence pan-américaine qui avait pour thème la défense du continent occidental contre un agresseur non dénommé, a été un succès pour la politique Truman, plus moral que concret, certes, mais jamais en tous cas la solidarité des peuples d’Amérique ne s’est mieux affirmée du Groenland à l’Argentine elle-même.

 

Corée et Japon

Par contre, la tension entre la Russie et les Etats-Unis s’est encore accentuée, s’il se peut ; on la dit même grave, et Washington est très agité.

L’U.R.S.S. refuse de participer à l’élaboration d’un traité de paix avec le Japon et s’oppose en Corée à toute discussion pour l’établissement d’un gouvernement unique qui réunirait les deux zones d’occupation, la russe et l’américaine. En Chine, enfin le général américain Wedemeyer s’emploie à réformer le gouvernement de Tchang-Kaï-Chek dont le prestige s’était évanoui dans l’anarchie, l’inflation, la corruption, tandis que les communistes, meilleurs administrateurs et relativement plus honnêtes et plus disciplinés, commençaient à gagner les faveurs de la population au détriment du Kouo-Min-Tang. Les Américains ont à faire face dans tous les coins du monde et jusqu’en Indochine où ils essayent de négocier la paix, un peu à nos dépens d’ailleurs. Ils s’y mettent de toutes leurs forces mais l’expérience leur manque, et ils n’étaient nullement préparés à une tâche mondiale, pas plus en matière de commerce international où les Anglais sont irremplaçables, qu’en matière politique où les vieilles équipes, anglaises, françaises et même russes connaissaient toutes les ficelles.

L’état d’esprit isolationniste qui a persisté jusqu’à ces dernières années a confronté l’Amérique avec des tâches qui, comme toutes les grandes entreprises ne s’improvisent pas.

D’où quelques bévues et mécomptes.

 

                                                                                                CRITON

Criton – 1947-09-06 – Craintes et Espoirs

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Le Courrier d’Aix – 1947-09-06 – La Vie Internationale.

 

Craintes et Espoirs

 

L’Oncle Sam ne nous l’envoie pas dire : « Les ouvriers américains ne travailleront pas six jours pour que Français et Anglais n’en fassent que cinq ». Et encore : « Il est scandaleux qu’il faille exporter du charbon à la place des Anglais et du blé à la France ». Dur, mais logique. Un gros effort est exigé des pays touchés par la guerre mais les dollars viendront. Malgré la vague de pessimisme, des progrès ont été faits. La conférence du charbon allemand a abouti à un accord ; on prévoit une direction mixte anglo-américaine de la production. Les travaux d’experts sur le potentiel industriel allemand ont repris. Enfin, le comité des seize nations auquel se sont joints finalement des conseillers américains, doit fixer un chiffre raisonnable aux besoins de l’Europe.

 

L’Aide à l’Europe

La non convertibilité de la livre a brutalement déprimé les courants commerciaux déjà précaires dans le monde occidental. Tour à tour, l’Angleterre et les Dominions, la France, les Scandinaves vont réduire leurs achats en dollars. Les répercussions sur le commerce et l’industrie des Etats-Unis vont se faire sentir très vite au moment où les experts croient voir dans la conjoncture des signes de crise. Aussi le parti républicain aux Etats-Unis qui représente le monde des affaires est-il partagé en deux tendances ? Les uns comme Stassen veulent aider l’Angleterre en tout état de cause. Les autres voient dans un secours éventuel un soutien au gouvernement travailliste. Maintenir au pouvoir en Europe les ennemis du commerce international libre, c’est faire des sacrifices inutiles et retarder le retour à la prospérité générale. Lorsque les gouvernements socialistes auront été emportés par leur incapacité, et discrédités, il sera temps d’agir. Cet état d’esprit qui semble être celui du « State Department » gagne en force. Cependant, on reste inquiet des conséquences, difficiles à prévoir, d’un effondrement économique des grands pays européens. Nous demeurons convaincus que les choses n’iront pas jusque-là. Un tel désastre serait un triomphe pour ceux qui l’ont préparé et prévu : les Soviets.

 

La Ratification des Traités

Coup de théâtre : l’U.R.S.S. ratifie les traités de paix avec les ex-satellites de l’Allemagne, Italie, Hongrie, Roumanie, Bulgarie, Finlande. Donc ce délai de 90 jours pour l’évacuation militaire va courir. Mais comme les traités avec l’Autriche et l’Allemagne ne sont pas en vue, les Russes, pour conserver leurs lignes de communication avec ces pays, pourront maintenir des forces en Hongrie, en Pologne, en Bulgarie. D’autre part, Trieste reste occupé militairement. Les Anglo-Saxons par contre devront évacuer l’Italie. Mais il y a toujours les fameuses lignes de communication à protéger ….

 

Le Problème Allemand

La solution franco-anglo-américaine n’est pas encore trouvée. Il semble bien qu’en novembre, lorsque les Russes seront convoqués pour donner leur avis, l’accord préalable des trois puissances ne sera pas signé. Pour des raisons de politique intérieure, les Français sont demeurés fermes et leur attitude a trouvé de fortes sympathies surtout dans la presse anglaise. M. Bidault sera beaucoup plus libre de traiter si l’attitude russe demeure tout à fait négative. L’opposition à gauche n’aura plus rien à dire et si, d’ici là, un changement politique se produisait en France, on laisserait la responsabilité aux successeurs.

Sur la question essentielle : la proportion de charbon de la Ruhr à fournir à l’industrie française à mesure que l’extraction augmentera, la France recevra satisfaction au moins partielle, en dépit de l’opposition des Anglais qui comptent toujours reprendre leurs exportations.

 

Truman et le Vatican

Deux lettres ont été échangées entre M. Truman et le Souverain Pontife, lettres d’une grande portée morale et diplomatique. On sait que M. Myron Taylor, envoyé spécial de Roosevelt puis de Truman auprès du Saint-Siège a repris récemment contact avec sa Sainteté à Rome. On sait aussi qu’une très vive opposition s’était manifestée contre ce geste chez certains protestants d’Amérique. Récemment une délégation de clergymen américains invités et pilotés par le gouvernement yougoslave avait « enquêté » sur place au sujet des persécutions exercées par Tito sur le clergé catholique ; ces singuliers prélats avaient conclu à la culpabilité de leurs confrères ; geste douloureusement ressenti au Vatican. D’autre part, certains articles de l’Osservatore Romano qui avaient fait grand bruit, nos lecteurs s’en souviennent, semblaient marquer une désapprobation, ou tout au moins une certaine réserve, à l’égard de la politique Truman. Ils paraissaient en somme renvoyer dos à dos Russes et Américains. Ces articles ne reflétaient d’ailleurs pas la pensée du Pape. La lettre d’hier le prouve.

  1. Truman dit en substance :

« Je désire faire tout en mon pouvoir pour aider à l’union de toutes les forces qui luttent pour établir un monde moral. Ces forces sont celles qui mettent à pratique les règles de bon voisinage qui sont celles de l’Evangile. Ces principes, les peuples d’appartenance religieuse diverse ont montré dans la guerre qu’ils savaient les défendre : liberté, moralité, justice. Si ces forces morales du monde ne joignent pas leurs efforts, le découragement s’approfondira et ce sera au bénéfice des puissances qui cherchent à détruire cet idéal de l’humanité. Une paix durable ne peut être établie que sur les bases du Christianisme. Le plus grand besoin de l’humanité présente est un renouveau de foi ; foi dans la dignité et la valeur de la personne humaine, le respect des droits sacrés de l’individu. Nous devons croire au triomphe de la vérité, que l’humanité vivra dans la liberté et non dans les chaines d’une organisation collectiviste. Je pense que ceux qui ne reconnaissent pas leur responsabilité devant le Dieu tout puissant ne peuvent remplir leur devoir vis à vis de ceux qu’ils gouvernent ».

Le Souverain Pontife a répondu longuement à cet appel. Nous voudrions le reproduire. Tout en approuvant les intentions du président, il fait quelques réserves et allusions :

« Ceux qui possèdent la vérité, dit-il, devraient la définir clairement et y adapter leur vie. Ceci requiert la correction de quelques errements ; injustices sociales, injustices raciales, animosités religieuses qui existent parmi ceux qui se réclament de la civilisation chrétienne et qui servent d’arme à ceux qui veulent la détruire ».

 Le Pape rend d’ailleurs hommage à la charité américaine et croit à leur désir d’une paix universelle et prospère.

Il rappelle la constance de l’Eglise devant la persécution et dit sa confiance dans le triomphe final de l’idéal spirituel quelle représente, triomphe qui n’a jamais failli.

 

                                                                                                CRITON

Criton – 1947-08-30 – Les Causes Profondes de la Crise

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Le Courrier d’Aix – 1947-08-30 – La Vie Internationale.

 

Les Causes Profondes de la Crise

 

L’optimisme est difficile ; la crise économique qui s’abat sur l’Europe Occidentale croit avec une rapidité qui effraie. Les Américains savent qu’ils seront atteints eux-mêmes et hésitent devant l’ampleur de la contribution qu’ils devraient fournir et qui peut-être excède leurs forces. Cela influe sur les négociations en cours où les partenaires inquiets se raidissent désespérément sur leurs positions. Crainte et irritation vont de pair.

 

Les Cinq Conférences

Les Soviétiques ont beau jeu de se rire de tant de palabres ! Effectivement il y a cinq conférences en cours en attendant la sixième à laquelle les Russes doivent obligatoirement être conviés.

A Paris, c’est la conférence des seize nations qui devait remettre lundi son rapport : on arriverait bien à fixer les besoins de chaque pays, mais chacun hésite à offrir ce qu’il pourrait fournir pour le salut commun. Dans ces conditions le plan Marshall n’a plus de sens.

A Washington, Anglais et Américains discutent de leurs relations financières : convertibilité de la livre en dollars, non discrimination des achats britanniques. Sur ces deux points, les Anglais ont gain de cause ; la livre n’est plus convertible et ils pourront acheter, à prix et qualité égaux, aux pays du bloc sterling ou à monnaie faible ce que les autres leur offraient en dollars. Par contre, les Etats-Unis cherchent des garanties ; ils insistent pour que les Anglais renoncent à la nationalisation des industries de la Ruhr, qu’ils participent plus largement au relèvement du continent, enfin et surtout que la politique intérieure anglaise ne compromette pas  l’efficacité de l’argent qu’on leur prête. C’est là-dessus que l’orgueil britannique se dresse.

 Troisième conférence, celle, à trois, sur le niveau industriel de l’Allemagne. Pas très facile non plus : les Français acceptent que l’Allemagne produise dix millions de tonnes d’acier, à condition que les livraisons de coke allemand à l’industrie française permettent à celle-ci de n’être ni paralysée, ni surpassée. Les Américains n’entendent pas lier automatiquement les progrès de l’industrie allemande aux besoins de l’industrie française. Si laborieuses que soient les négociations, il nous semble toujours que l’on finira par s’accorder.

Une quatrième conférence entre Anglais et Américains seulement, sur le problème du charbon allemand. Elle n’aboutit pas vite non plus. On parle même d’un ajournement.

Une cinquième conférence discute à Genève du ravitaillement et du commerce international. Les Etats-Unis n’y participent pas. Résultat négatif là encore ; on constate l’impossibilité de revenir aux échanges multilatéraux, c’est-à-dire à la liberté dans l’état présent du monde.

 

La Crise Economique

Le cabinet anglais multiplie les réunions secrètes : les mesures de rationnement vont pleuvoir sous peu. M. Attlee, décidément fatigué, va démissionner. Bevin lui succède. Avec MM. Bevin, Bevan, Shinwell, anciens mineurs, ce sont les mineurs anglais qui accèdent au pouvoir. Le problème du charbon est justement la clef de la crise. Or les chiffres d’extraction de juillet-août sont catastrophiques. Bien plus, on annonce qu’une grève vient d’éclater dans deux mines.

Disons-le bien clairement : une classe sociale doit prouver son aptitude au pouvoir par son travail au profit de la nation. En prenant la tête, elle se doit d’assurer le salut commun. Si la révolution russe a réussi, c’est grâce à ses pionniers, ses stakhanovistes. Aussi, parce qu’il n’y avait peu là-bas de bourgeoisie active, mais des propriétaires paresseux. Mais en Angleterre, et ceci est aussi vrai en France, il faut que les classes dites laborieuses fassent ce qu’a fait la bourgeoisie, avec son esprit d’entreprise, ses expéditions lointaines, son goût du risque, son sens commercial et financier. Ce n’est pas en devenant fonctionnaire avec retraite à date fixe et travail au ralenti qu’on sauve une nation en des temps difficiles. L’avenir le prouvera et bientôt. Il faut des dévouements et de l’enthousiasme si l’on ne veut ni de la police secrète et de la Sibérie, ni du profit personnel comme mobiles des énergies humaines.

 

L’Union Douanière Européenne

Les difficultés rendent les nations égoïstes comme les hommes. Le projet d’union douanière européenne que les Américains verraient favorablement a buté contre toutes sortes d’objections. M. Courtin, dans un remarquable article écrit :

« Le problème est beaucoup plus politique qu’économique. Il impliquerait pour les états une cession de leur souveraineté au profit de la collectivité. Dans l’Etat actuel de l’Europe, une simple union douanière serait insuffisante. Le rapprochement économique recherché suppose l’adoption d’une politique commune en matière économique, financière, fiscale et même sociale ».

 Ce que nous disions.

 

France et Italie

Au sujet du projet d’union douanière franco-italien, M. Courtin écrit : 

« Un tête-à-tête franco-italien serait hautement dommageable à notre pays. L’Italie n’a à nous offrir que des denrées et des produits que nous avons : vins, fruits, légumes, automobiles. Elle nous ferait donc une concurrence ruineuse sans rien nous apporter de ce qui nous manque, nous nous dépouillerions à son profit de façon d’autant plus désavantageuse qu’elle ne pourrait guère nous acheter qu’à crédit. Nous ne sommes pas assez riches pour cela. L’adaptation directe des deux économies paraît impossible ». Parfaitement juste.

 

En Allemagne

Au moment où on parle de relever le niveau de production allemande, deux des occupants en profitent pour rendre la chose impossible. Les Anglais qui devaient suspendre les démantèlements d’usines, les reprennent à un rythme accéléré, non pas celles d’industrie lourde, mais d’usines qui travaillent pour la production pacifique des biens de consommation. Les Allemands protestent ; les autorités militaires d’occupation prétendent n’y être pour rien. Mais les autorités de Londres se hâtent de supprimer un concurrent à leur exportation. Les Russes qui avaient promis d’arrêter les démontages d’usines, recommencent à les expédier en Russie en pièces détachées. Prévoient-ils que tôt ou tard, ils devront évacuer l’Allemagne ? La politique Russe en Allemagne est assez contradictoire. Entre temps, les arrestations d’adversaires politiques continuent, comme dans tous les pays que la Russie occupe. Les camps de concentration regorgent.

 

Autriche et Grèce

Encore deux usines saisies par les Russes en Autriche. Protestations platoniques des Anglo-Saxons, mais jusqu’à quand ? En Grèce, crise ministérielle ; les guérillas rouges continuent leurs attaques. On parle sérieusement d’un envoi de troupes américaines.

 

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