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Le Courrier d’Aix – 1947-11-01 – La Vie Internationale.
Invectives
« La guerre froide » s’échauffe. On n’en est encore qu’aux injures. C’est l’O.N.U. qui est le théâtre de cet échange d’aménités : la « diplomatie du ruisseau », comme disent les Anglais que ces mœurs offusquent. Avec un parfait synchronisme, tous les organes soviétiques du monde orchestrés par Vychinski lancent un violent assaut contre les Etats-Unis. Nous ne tarderons pas à savoir ce que cela signifie.
La Diplomatie Américaine
Les invectives, la constitution du Kominform, la fuite de Micholaïtchik, chef du parti paysan polonais en Suède, la démission du ministre bulgare à Berne, les arrestations de socialistes en Pologne et ailleurs, ont largement servi la politique américaine. Truman s’est décidé à convoquer le Congrès pour le 17 Novembre, afin de voter les crédits à la France et à l’Italie et de décider du plan Marshall ; les élections en France et en Italie ont fait le reste et l’opinion des sénateurs est beaucoup plus favorable que le mois passé à une aide très large à l’Europe.
Cependant, la politique ne perd pas ses droits : c’est sur les modalités de cette aide qu’elle s’exerce.
Les sénateurs républicains qui préparent l’élection présidentielle, ne veulent pas paraître suivre aveuglément Truman. Ils ne veulent pas engager l’avenir. Pour des crédits immédiats, d’accord, mais les électeurs attendent des républicains une diminution des impôts obstinément refusée par Truman. Il y a quatre milliards d’excédents budgétaires cette année, on s’en servira. Mais on refusera de s’engager au-delà. Nous savons bien que cette aide aux pays d’Europe en deçà du rideau de fer, était une nécessité pour les Etats-Unis comme pour nous. Si les Américains cessaient d’envoyer leur blé et leur charbon en France, les prix s’effondreraient aux Etats-Unis et la crise qui s’ensuivrait leur coûterait beaucoup plus cher que le cadeau qu’ils nous font. L’exportation de vivres en Europe maintient des cours élevés, trop même, car ils montent sans cesse. Mais cela fait des bénéfices pour les fermiers et des recettes fiscales correspondantes. Ce que l’on perd en libéralité se retrouve en prospérité intérieure.
Les Négociations Anglo-Américaines
On en a la preuve par le succès des négociations commerciales anglo-américaines : le plan d’austérité britannique est un coup dur pour le commerce américain. Cessant d’acheter aux Etats-Unis, les Anglais savaient bien que leurs partenaires feraient des concessions pour ne pas perdre un aussi vaste marché que l’Empire britannique. En s’associant à la métropole, les Dominions ont fait une excellente affaire ; les Etats-Unis ont été obligés de réduire leurs tarifs douaniers. Ils ont cédé en particulier sur la question de la laine, qui intéressait au plus haut point l’Australie. En revanche, les Anglais ont renoncé à certains tarifs dits de préférence impériale. Les deux partis se déclarent satisfaits, mais la discussion a été si serrée que le ministre américain Clayton a dû démissionner pour avoir été un peu trop loin dans la réduction des tarifs américains. On l’a accusé, lui représentant des intérêts cotonniers, d’avoir fait bon marché d’autres intérêts économiques.
L’Allemagne
L’affaire du démontage des 682 usines allemandes de la bizone est de plus en plus virulente. Lord Pakenham, délégué anglais pour l’Allemagne et le général Clay délégué américain, maintiennent que, bon gré, mal gré, les démontages s’effectueront. Les Allemands protestent de plus en plus fort, et menacent, et ils pourraient bien avoir gain de cause. Ils ont trouvé des alliés parmi les membres du Congrès américain qui viennent de faire une tournée en Europe. Ceux-ci veulent que l’Allemagne se suffise et cesse de coûter un milliard de dollars par an au contribuable américain. En Angleterre aussi, les travaillistes de gauche trouvent qu’il est trop tard pour affaiblir le potentiel industriel de l’Allemagne, alors qu’on prétend vouloir la relever. Il fallait, dit-on, agir comme les Russes, qui se sont servis tout de suite dans le désarroi de la défaite. Bref, le général Clay démissionne et il est bien probable qu’un bon nombre des usines restera en place. Ce premier succès pourrait bien inciter les Allemands à en rechercher d’autres. Par ailleurs, on prête aux Russes l’intention de demander un plébiscite pour l’unité politique du Reich auquel à coup sûr, la majorité des Allemands répondrait affirmativement. Les Américains, poussés au début par les intérêts commerciaux anglais et la volonté de leurs propres militaire, se sentent maintenant engagés en Allemagne dans une mauvaise voie et veulent à tout prix soustraire l’Allemagne occidentale à l’influence soviétique. Là, comme d’autres, les Allemands tireront le bénéfice de la rivalité des deux blocs.
Proche et Moyen-Orient
Les Russes ont accepté sans trop protester le refus du parlement Persan d’accepter les concessions pétrolières que la Russie voulait obtenir en Iran du Nord. Par contre, ils ont repris contre la Turquie leurs attaques qui avaient depuis plusieurs mois, cessé ; offensive là aussi verbale. Il est bien probable que tout ce bruit qui dessert considérablement leur cause – les dirigeants du Kremlin ne peuvent l’ignorer – n’est pas exclusivement fait, comme semble le croire Churchill, pour tenir en haleine le peuple soviétique. Sans doute la presse et la radio russes, à longueur de journée parlent des fauteurs de guerre qui veulent jeter sur lui les bombes atomiques. Mais l’opinion en Russie ne compte guère. Les Etats-Unis se raidissent de plus en plus : dans un récent discours Eisenhower jusqu’ici optimiste, a fait allusion à la force américaine qui pourrait avoir à s’exercer. Byrne, dans ses mémoires qui font grand bruit, parle de pousser les Russes hors d’Allemagne, si besoin est par la force. Si un conflit proprement dit n’est pas probable, attendons-nous toutefois à quelques émotions.
CRITON