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Le Courrier d’Aix – 1947-10-04 – La Vie Internationale.
Demi-Mesures
Cette semaine n’apporte aucun fait nouveau d’importance. C’est dans ces moments creux, que l’on fait le point. Découragement et pessimisme ont gagné les sphères où jusqu’ici on faisait profession de croire que la situation internationale n’était pas sans issue. La violence des discours Neil, le meurtre de Petkov ont permis à beaucoup de mesurer le péril. Cela peut être salutaire.
Les Secours à l’Europe
Cahin caha, la machine politique américaine va trouver une voie, pour assurer aux nations en détresse le minimum vital : le président Truman va convoquer le Congrès en session spéciale pour voter un secours d’urgence à la France et à l’Italie ; un peu aussi à l’Autriche, très peu et peut-être trop tard. Car d’ici la mi-décembre, ces pays tiendront-ils ? Et qu’est-ce que six cent millions de dollars en regard des difficultés présentes ? C’est à peu près ce que nous avions fait prévoir.
Les Responsables
Cette coopération si difficile entre la France, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis, a été entravée par des maladresses politiques dont on se serait passé. M. Bevin, dont l’étoile pâlit beaucoup ces temps-ci et qui ne parait pas finalement devenir premier ministre, en a sa large part. Des mots malchanceux sur les prêteurs américains, l’allusion à la redistribution de l’or, des propos blessants à l’égard des Juifs américains à propos de l’affaire palestinienne, des phrases claironnantes sur l’indépendance britannique, il n’en fallait pas plus pour indisposer les sénateur Mayen aux Etats-Unis. Les tergiversations de la politique Française qui persiste par peur d’une opinion mal informée à se raidir sur la question allemande, le discours de M. Herriot au congrès radical très neutraliste où Staline et Truman recevaient le même hommage d’éloquence, font douter les Américains de la position de la France. Que chacun pense comme il l’entend, il y a des moments où le silence est d’or. Du côté américain, les discours discordants de plusieurs officiels, la querelle des militaires et des civils sur l’Allemagne, tout cela aussi était superflu quand une unité de vue et d’action est une question vitale.
L’Affaire Palestinienne
Malgré les conseils répétés de Churchill et peut-être à cause d’eux, le gouvernement travailliste a voulu jusqu’ici se maintenir en Palestine, au prix de sacrifices énormes en argent et en hommes. Il cède aujourd’hui et parle de remettre le mandat anglais sur le pays, à l’O.N.U. Solution pénible mais fatale, à plus ou moins brève échéance, plus difficile à mesure que la situation s’aggravait. Il est à craindre qu’il n’éclate en Palestine (à moins que les Américains n’interviennent, ce qu’ils ont refusé jusqu’ici) une guerre analogue à celle qui menace aux Indes. On parle de la formation d’une armée arabe en Syrie ; l’intransigeance arabe sur l’Etat Juif est chaque jour plus forte. Par leur obstination, les terroristes juifs seront peut-être débarrassés des Anglais, mais, ils seront aussi jetés à la mer. On pense à Londres que bon gré, mal gré, à la veille des élections présidentielles aux U.S.A. les Américains seront bien obligés de prendre l’affaire en mains.
Les Troubles en Italie
Tout se passe comme si le temps travaillait pour les Soviets. Bien que l’agitation sociale, les démonstrations et marches de la faim, n’aient pas eu le caractère révolutionnaire qu’on redoutait, le gouvernement de Gasperi a la vie bien précaire. Comme le nôtre, il est impuissant à imposer un programme et ne vit que d’expédients et de compromis politiques. C’est au fond tout ce que ses adversaires désirent : prolonger le malaise, aviver les mécontentements. Car il n’est pas probable qu’en Italie, comme en France, une aventure révolutionnaire réussisse, et un échec serait grave pour les meneurs ; la menace leur suffit. Dans les deux pays cependant, dans tous les domaines, la situation instable est difficile à tenir. Il faudra bien verser soit à droite, soit à gauche. L’issue est pour beaucoup entre les mains des Américains. Mais ils n’appliqueront que des demi-mesures, toujours par peur de l’opinion.
L’Affaire Petkov
Le meurtre légal du patriote bulgare a soulevé une émotion considérable. Voilà encore une maladresse capitale, celle-là au passif des Soviétiques. Ils devraient pourtant se souvenir de Matteotti, de Sacco et Vanzetti, de Niemoller et d’autres affaires dont ils avaient su tirer si grand parti. Il y a des crimes que l’histoire fait payer cher à leurs auteurs. Celui de Petkov est de ceux-là.
L’Allemagne
Lentement avec des manœuvres et contre-manœuvres, la politique soviétique en Allemagne que nous avons déjà exposée, fait son chemin. D’ici peu, la coupure définitive de l’Allemagne en deux, sera accomplie ; nous aurons une république soviétique allemande plus ou moins camouflée. Les récalcitrants aux projets Russes ont été peu à peu éliminés. Disparitions, kidnappages, camps de concentration. Des officiels comme le Docteur Paul de Thuringe se sont enfuis en zone américaine. Par contre, les Soviétiques cherchent à se concilier le parti catholique allemand. Ils veulent aboutir à former un gouvernement central, avec Berlin pour capitale où avec une majorité communiste, les autres partis seraient néanmoins représentés comme en Hongrie. Les apparences démocratiques seraient sauvées et c’est alors que l’on verrait apparaitre Von Paulus et le 5° Reich. Ce n’est pas nous qui le disons, mais Walter Lippmann.
« Pour se concilier cette nouvelle Allemagne et en faire une alliée, ou bien on lui rendra ses provinces de l’Est au détriment de la Pologne partagée pour la 5ème fois, ou bien, ce qui est beaucoup plus probable, on lui offrira l’Alsace-Lorraine et l’embouchure du Rhin ».
Si les tanks soviétiques pénètrent un jour dans Paris, soyez-en sûrs, il y aura des Allemands dedans.
CRITON