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Le Courrier d’Aix – 1947-09-06 – La Vie Internationale.
Craintes et Espoirs
L’Oncle Sam ne nous l’envoie pas dire : « Les ouvriers américains ne travailleront pas six jours pour que Français et Anglais n’en fassent que cinq ». Et encore : « Il est scandaleux qu’il faille exporter du charbon à la place des Anglais et du blé à la France ». Dur, mais logique. Un gros effort est exigé des pays touchés par la guerre mais les dollars viendront. Malgré la vague de pessimisme, des progrès ont été faits. La conférence du charbon allemand a abouti à un accord ; on prévoit une direction mixte anglo-américaine de la production. Les travaux d’experts sur le potentiel industriel allemand ont repris. Enfin, le comité des seize nations auquel se sont joints finalement des conseillers américains, doit fixer un chiffre raisonnable aux besoins de l’Europe.
L’Aide à l’Europe
La non convertibilité de la livre a brutalement déprimé les courants commerciaux déjà précaires dans le monde occidental. Tour à tour, l’Angleterre et les Dominions, la France, les Scandinaves vont réduire leurs achats en dollars. Les répercussions sur le commerce et l’industrie des Etats-Unis vont se faire sentir très vite au moment où les experts croient voir dans la conjoncture des signes de crise. Aussi le parti républicain aux Etats-Unis qui représente le monde des affaires est-il partagé en deux tendances ? Les uns comme Stassen veulent aider l’Angleterre en tout état de cause. Les autres voient dans un secours éventuel un soutien au gouvernement travailliste. Maintenir au pouvoir en Europe les ennemis du commerce international libre, c’est faire des sacrifices inutiles et retarder le retour à la prospérité générale. Lorsque les gouvernements socialistes auront été emportés par leur incapacité, et discrédités, il sera temps d’agir. Cet état d’esprit qui semble être celui du « State Department » gagne en force. Cependant, on reste inquiet des conséquences, difficiles à prévoir, d’un effondrement économique des grands pays européens. Nous demeurons convaincus que les choses n’iront pas jusque-là. Un tel désastre serait un triomphe pour ceux qui l’ont préparé et prévu : les Soviets.
La Ratification des Traités
Coup de théâtre : l’U.R.S.S. ratifie les traités de paix avec les ex-satellites de l’Allemagne, Italie, Hongrie, Roumanie, Bulgarie, Finlande. Donc ce délai de 90 jours pour l’évacuation militaire va courir. Mais comme les traités avec l’Autriche et l’Allemagne ne sont pas en vue, les Russes, pour conserver leurs lignes de communication avec ces pays, pourront maintenir des forces en Hongrie, en Pologne, en Bulgarie. D’autre part, Trieste reste occupé militairement. Les Anglo-Saxons par contre devront évacuer l’Italie. Mais il y a toujours les fameuses lignes de communication à protéger ….
Le Problème Allemand
La solution franco-anglo-américaine n’est pas encore trouvée. Il semble bien qu’en novembre, lorsque les Russes seront convoqués pour donner leur avis, l’accord préalable des trois puissances ne sera pas signé. Pour des raisons de politique intérieure, les Français sont demeurés fermes et leur attitude a trouvé de fortes sympathies surtout dans la presse anglaise. M. Bidault sera beaucoup plus libre de traiter si l’attitude russe demeure tout à fait négative. L’opposition à gauche n’aura plus rien à dire et si, d’ici là, un changement politique se produisait en France, on laisserait la responsabilité aux successeurs.
Sur la question essentielle : la proportion de charbon de la Ruhr à fournir à l’industrie française à mesure que l’extraction augmentera, la France recevra satisfaction au moins partielle, en dépit de l’opposition des Anglais qui comptent toujours reprendre leurs exportations.
Truman et le Vatican
Deux lettres ont été échangées entre M. Truman et le Souverain Pontife, lettres d’une grande portée morale et diplomatique. On sait que M. Myron Taylor, envoyé spécial de Roosevelt puis de Truman auprès du Saint-Siège a repris récemment contact avec sa Sainteté à Rome. On sait aussi qu’une très vive opposition s’était manifestée contre ce geste chez certains protestants d’Amérique. Récemment une délégation de clergymen américains invités et pilotés par le gouvernement yougoslave avait « enquêté » sur place au sujet des persécutions exercées par Tito sur le clergé catholique ; ces singuliers prélats avaient conclu à la culpabilité de leurs confrères ; geste douloureusement ressenti au Vatican. D’autre part, certains articles de l’Osservatore Romano qui avaient fait grand bruit, nos lecteurs s’en souviennent, semblaient marquer une désapprobation, ou tout au moins une certaine réserve, à l’égard de la politique Truman. Ils paraissaient en somme renvoyer dos à dos Russes et Américains. Ces articles ne reflétaient d’ailleurs pas la pensée du Pape. La lettre d’hier le prouve.
- Truman dit en substance :
« Je désire faire tout en mon pouvoir pour aider à l’union de toutes les forces qui luttent pour établir un monde moral. Ces forces sont celles qui mettent à pratique les règles de bon voisinage qui sont celles de l’Evangile. Ces principes, les peuples d’appartenance religieuse diverse ont montré dans la guerre qu’ils savaient les défendre : liberté, moralité, justice. Si ces forces morales du monde ne joignent pas leurs efforts, le découragement s’approfondira et ce sera au bénéfice des puissances qui cherchent à détruire cet idéal de l’humanité. Une paix durable ne peut être établie que sur les bases du Christianisme. Le plus grand besoin de l’humanité présente est un renouveau de foi ; foi dans la dignité et la valeur de la personne humaine, le respect des droits sacrés de l’individu. Nous devons croire au triomphe de la vérité, que l’humanité vivra dans la liberté et non dans les chaines d’une organisation collectiviste. Je pense que ceux qui ne reconnaissent pas leur responsabilité devant le Dieu tout puissant ne peuvent remplir leur devoir vis à vis de ceux qu’ils gouvernent ».
Le Souverain Pontife a répondu longuement à cet appel. Nous voudrions le reproduire. Tout en approuvant les intentions du président, il fait quelques réserves et allusions :
« Ceux qui possèdent la vérité, dit-il, devraient la définir clairement et y adapter leur vie. Ceci requiert la correction de quelques errements ; injustices sociales, injustices raciales, animosités religieuses qui existent parmi ceux qui se réclament de la civilisation chrétienne et qui servent d’arme à ceux qui veulent la détruire ».
Le Pape rend d’ailleurs hommage à la charité américaine et croit à leur désir d’une paix universelle et prospère.
Il rappelle la constance de l’Eglise devant la persécution et dit sa confiance dans le triomphe final de l’idéal spirituel quelle représente, triomphe qui n’a jamais failli.
CRITON