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Le Courrier d’Aix – 1948-05-29 – La Vie Internationale.
Discordes Autour d’Israël
Walter Lippmann juge d’un mot juste les récents échanges diplomatiques Russo-Américains : « Pure propagande d’un côté, inexpérience politique de l’autre ». Il est sévère pour l’administration Truman ; faute d’une garantie d’assistance militaire à l’Europe Occidentale, les forces nationalistes ressuscitent ; le pacte de Bruxelles se relâche et restera lettre morte ; la politique envers l’Allemagne divise entre elles les Nations intéressées à son sort, au lieu de hâter l’intégration du pays vaincu dans l’Unité Européenne. Tout cela est exact.
Le Conflit Moral
La tension Russo-Américaine n’a fait que s’accentuer. La possibilité d’un accord avait soulevé inconsidérément l’enthousiasme des peuples inquiets. Cette alternance d’espoir et de dépression sert la politique Russe qui entretient sa force par l’agitation, l’alerte et la menace. Elle perdrait toute efficacité dans la conciliation. Mais il y a une raison plus profonde qui rend impossible toute entente. Le monde atlantique représente une civilisation sans mesure commune avec le monde oriental, et les diplomates de ce fait ne parlent pas la même langue.
Entre les grandes nations : France, Angleterre, Etats-Unis, les divergences d’intérêt se traitent comme des affaires ; l’idée d’un recours aux armes est exclu depuis la fin des conquêtes coloniales. Une guerre entre ces nations est inconcevable. En Russie, au contraire, la violence est le moyen normal des hommes d’état. Il suffit de rappeler par quels crimes s’est affermi le pouvoir stalinien : Lénine, Trotski, Toukhatchevski, Zinoviev, Kamenev et tant d’autres, tout comme au temps d’Ivan le Terrible ; la similitude des progrès scientifiques et techniques, une pseudo-idéologie populaire marquent le contraste entre les valeurs morales analogues au conflit qui opposa l’Empire Romain aux barbares du V° Siècle.
En Finlande
L’affaire Finlandaise rebondit. Pour avoir livré des réfugiés baltes aux Soviets, le ministre communiste Leino, désavoué par le Parlement, est contraint de démissionner. Là-dessus les grèves éclatent, les Comités d’action se mettent à l’œuvre. Tout se passe exactement comme à Prague en février. Staline alors avait été obligé d’en user plus prudemment avec les Finlandais ; sans doute, ce nouvel incident ne sera-t-il qu’une seconde étape, après la signature difficile du traité de Mars. L’issue n’est pas douteuse. Les jours de la carrière de Paasikivi sont comptés comme ceux de Benes.
Trieste
Et voici que l’affaire de Trieste mise en sommeil après l’attribution de la ville à l’Italie par les Franco-Anglo-Américains, se réveille à son tour. Il est encore trop tôt pour savoir de quelle nature sera l’action Russe. Les Soviets ont l’avantage de pouvoir se servir là de Tito et de le désavouer s’il échoue. Les préparatifs militaires se multiplient. On est assez inquiet à Rome ; les Etats-Unis vont essayer de prendre les devants comme à Trieste même et en Palestine pour éviter le choc contre l’Eglise. Dans les pays conquis par l’U.R.S.S., l’Eglise Catholique est le principal ennemi intérieur. Une vague violente de persécutions, d’exécutions de prêtres et de tortures s’étend en Albanie. En Yougoslavie on se contente de destituer les ecclésiastiques et de fermer les églises sous prétexte de complot. En Pologne et en Hongrie, ce sont les écoles et toutes les activités étrangères au culte qui sont peu à peu annihilées. En Tchécoslovaquie enfin, on se sert d’armes juridiques diverses pour étouffer l’influence du clergé. L’habileté du bolchévisme est d’adapter les moyens de pression au niveau de civilisation et au degré de résistance de chaque pays en cause. Mais la lutte contre l’Eglise est menée avec une violence qui rappelle les mœurs du XVI° Siècle.
La Palestine
Le conflit de Terre Sainte est devenu une querelle anglo-américaine. Les Etats-Unis ayant pris position pour l’état d’Israël, le Foreign Office soutenant la souveraineté arabe. L’opinion britannique a contribué aux difficultés de la diplomatie : Le « Manchester Gardian » accuse le gouvernement travailliste d’avoir fait d’Abdullah son instrument en Proche-Orient, de lui fournir des armes et des subsides – chose trop évidente pour être niée. Le malheureux Bevin qui collectionne les échecs, voit son plan près d’échouer. L’Etat d’Israël sera. L’U.R.S.S. saisissant l’occasion d’intervenir a déjà échangé des congratulations avec le président Ben Gurion et annonce l’envoi d’une mission diplomatique. La France ayant trop de liens avec le monde arabe et malgré des pressions maladroites, a sagement réservé sa décision. A l’heure où nous écrivons, les combats continuent. La trêve acceptée par les Juifs, est discutée par les Arabes. Ce qui rend difficile un accord, c’est que l’Egypte est entrée en lice et a engagé son prestige politique et militaire au service de la cause arabe. Chacun voudrait se réjouir de voir le peuple Juif prendre possession de son foyer national. Il est à craindre malheureusement que ce jeune état, loin d’être un centre de culture et de paix, ne devienne le nid de toutes sortes d’intrigues internationales. Il est regrettable en particulier que les nouveaux ministres d’Israël soient presque tous originaires d’Europe Centrale ou Orientale ; le Sionisme français, anglais, américain n’y a point part. De plus, si un accord est finalement imposé aux Arabes, il suffira d’une occasion malheureuse pour que la Terre Sainte soit à nouveau à feu et à sang.
CRITON