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Le Courrier d’Aix – 1948-05-01 – La Vie Internationale.
La Politique et les Fantômes
Après les élections d’Italie, on pensait pouvoir reprendre confiance ; l’équilibre des forces, à défaut de bonne volonté, pouvait maintenir la paix. Des esprits sérieux parlaient même d’une nouvelle orientation de la politique soviétique, de l’envoi d’une mission américaine à Moscou. Et puis sont venues les déclarations Forrestal-Bradley, des bruits de concentration de troupes russes en Hongrie, de mystérieux parachutages en France et en Italie ; la psychose de guerre a repris ses accès. La lutte en Palestine complète le tableau. La situation demeure sérieuse ; elle ne cessera jamais de l’être. Mais le péril est-il si proche ?
Les Déclarations Américaines
Forrestal, secrétaire à la défense et Bradley, chef d’état-major, ont déclaré en substance qu’il fallait de toute nécessité et urgence modifier le système militaire américain, conçu pour faire face à des périls lointains, alors que la guerre pouvait éclater bientôt. En effet, si « conscription sélective », service obligatoire, répartition des crédits entre l’aviation et les autres forces, rien de tout cela n’a été voté, les projets sont encore controversés ; l’opinion américaine très inquiète de la situation, certes, voudrait cependant que la défense soit confiée exclusivement aux armes scientifiques et aux spécialistes qui s’en servent. Elle répugne à la conscription. Il y a là pour les militaires une partie difficile à jouer ; d’abord s’entendre entre eux, ce qui est déjà presque un miracle ; ensuite convaincre le pays qu’ils ont raison, que les crédits demandés sont indispensables et leur méthode la bonne ; puis emporter le vote du Congrès ; On comprend qu’ils se servent de tous les moyens de persuasion dont ils disposent et même d’épouvantails.
La Garantie à l’Europe
On n’est pas plus avancé en fait sur la garantie à l’Europe. Le président Truman dont le prestige va déclinant, s’est presque engagé. Les pays en cause, les Quatre, d’autres peut-être, comme les scandinaves et l’Italie, veulent des garanties en bonne forme. Ils veulent être défendus sur place, c’est-à-dire sur le Rhin ou l’Elbe ou à Trieste, et non abandonnés après un simulacre de combat aux rigueurs de l’invasion. Ils veulent aussi de la poudre et des balles, c’est-à-dire un prêt-bail militaire pour le temps de paix. Tout cela, les Etats-Unis semblent prêts à l’accorder, mais encore faudrait-il que leur appui représente une force immédiatement disponible, ce qui n’est pas encore le cas.
Et les Autres
Nous persistons à ne pas croire que les Soviets se proposent d’attaquer. Ce qui était possible l’année passée quand rien, rigoureusement ne pouvait arrêter un soldat rouge, ne l’est plus tout à fait, (les cinquièmes colonnes ont perdu de leur pouvoir). Les Russes ont, d’autre part complètement démonté le réseau des chemins de fer allemands, réduits à quelques lignes à une seule voie ; le réseau polonais ne vaut guère mieux. Quant au routes, elles n’ont pas été remises en état dans l’ensemble, pas même en Russie. La situation intérieure en U.R.S.S. ne s’améliore pas ; le même malaise, chose curieuse, s’étend à toute l’Europe. Il ne serait pas impossible que les hommes de ce continent soient avides seulement de paix et liberté, et prêts à mal répondre à leurs maîtres et à leur propagande ; le peuple russe n’est pas facile, une fois irrité. Le climat nulle part n’est favorable aux grandes aventures militaires.
La Palestine
La grande presse semble avoir découvert le problème palestinien et naturellement crie au drame, au désastre et à la guerre. Nos lecteurs qui voient s’avancer en zigzags souvent déconcertants comme toujours en Orient la solution depuis longtemps préparée par les Anglais et leur ami Abdullah, seront moins émus. Les Juifs défiés sur le terrain militaire ont voulu faire mieux. Ils ont, avec les aides les plus diverses, constitué une armée et s’en servent. Ils s’assurent aussi des positions stratégiques importantes qu’ils pensent tenir le jour où il faudra bien s’entendre. Abdullah s’avance avec prudence, car ses effectifs ne sont pas énormes et un échec militaire ferait s’écrouler toutes les chances de compromis. Qu’on nous pardonne le paradoxe mais ce serait alors que la vraie guerre commencerait. Pour le moment, les opérations militaires ont plus d’envergure géographique que de violence. On pense plus aux négociations futures qu’au combat présent. L’équilibre est néanmoins difficile à maintenir, car le fanatisme juif et le fanatisme arabe qui s’excitent à l’arrière pourraient bouleverser les plans raisonnables.
Comment les trois grands, France, Angleterre et Etats-Unis s’en tireront-ils ? La France propose ses services ; reviendrons-nous en Orient en uniforme ? Le projet d’une force militaire des trois pays occupant la Palestine confiée administrativement à l’O.N.U. parait probable. Pratiquement il est plein de difficultés. L’essentiel est de maintenir l’U.R.S.S. à l’écart.
La Course à la Présidence
N’oublions pas l’élection aux U.S.A. Voilà les derniers tuyaux : Truman est hors de course ; Eisenhower ayant refusé, les démocrates ont perdu toute chance. Côté républicain, Mac Arthur est tombé. Taft est abandonné et Dewey n’a aucun appui populaire. Strassen est grand favori. A la surprise générale, il l’a emporté aux élections primaires ; les gens très sages lui préfèreraient Vandenberghe ; un outsider est encore possible.
CRITON