Criton – 1948-04-24 – L’Occident s’Organise

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Le Courrier d’Aix – 1948-04-24 – La Vie Internationale.

 

L’Occident s’Organise

 

L’optimisme était justifié ; depuis les grèves de décembre, l’opinion occidentale a pris conscience du danger ; dans les trois domaines, militaire, économique et spirituel, l’action a été prompte plus qu’on osait l’espérer. Mais les objectifs réels de la politique soviétique demeurent obscurs ; veut-elle seulement consolider au maximum les conquêtes de l’armée rouge, dont le coup de Prague serait l’achèvement ou bien, le glacis une fois organisé, le départ serait-il donné à une nouvelle avance au risque de complications fatales ? Nous nous refusons à le croire, mais dans les pays anglo-saxons, et particulièrement en Angleterre, on ne croit pas à une trêve durable. On peut, à coup sûr, prédire de nouvelles émotions.

 

Les Elections Italiennes

Elles sont conformes aux pronostics qu’on pouvait faire depuis plusieurs semaines ; le plus significatif c’est que ce sont les milieux les plus évolués dans les centres ouvriers du Nord, qui ont donné plus de voix à la démocratie chrétienne qu’on n’y pouvait raisonnablement compter. Sur les masses moins conscientes de leur intérêt et du prestige national, le Front Populaire a conservé son influence. La promesse de partage des terres avait aidé beaucoup la propagande. Quoi qu’il en soit, le gouvernement de Gasperi sera pleinement maître de son destin et l’Italie est assez forte et assez aidée, pour jouer son rôle dans l’union occidentale. Des désordres graves sont matériellement impossibles pour l’heure.

 

L’Evolution de la Politique Anglaise

La majorité des députés britanniques, tant travaillistes que conservateurs, suffisamment alarmés par les incidents de Berlin et de Vienne accuse M. Bevin de complaisance et de faiblesse à l’égard des Soviets, et on a vu à l’inauguration de la statue de Roosevelt, que la masse des Anglais, rassurée par le vote du plan Marshall qui soulage la Grande Bretagne des dangers les plus immédiats, a changé d’attitude à l’égard des Etats-Unis. Une vague de sympathie profonde, un sentiment de solidarité anglo-saxonne s’est exprimé qu’on n’aurait pas rencontré il y a quelques mois. A l’égard de l’union européenne aussi un mouvement d’opinion sincère et spontané pousse le gouvernement anglais à franchir le pas décisif vers une collaboration continentale durable qui, nous l’avons dit, serait une véritable évolution dans la politique du Foreign Office.

Un nuage cependant : trente et un rebelles parmi les députés travaillistes ont envoyé le 10 avril, un télégramme de souhaits de victoire à Nenni, le chef socialiste italien qui fait bloc avec les communistes. L’ex-chancelier de l’échiquier Dalton, qui fut évincé par Sir Strafford Cripps ne serait pas, dit-on, étranger à l’affaire. L’indignation de la majorité des travaillistes, Morrison en tête a été violente. On enquête, et des sanctions sont prévues contre les cryptocommunistes, ce qui en dit long sur l’état d’esprit qui règne à Londres.

 

L’Allemagne

De tous côtés bien des difficultés ont été aplanies. Depuis l’affaire de Berlin, la réalisation de la trizone, longtemps différée par la France, paraît s’imposer comme indispensable au relèvement de l’Allemagne pour le profit de l’ensemble européen dont elle est une pièce essentielle ; sur le régime de la Ruhr, on paraît aussi d’accord. L’Allemagne occidentale sera un véritable Etat, une pluralité d’états plutôt étroitement confédérés auxquels l’aide du plan Marshall, la collaboration des responsables allemands, et la volonté des seize nations, donneront une existence viable malgré la coupure d’avec la zone russe, elle-même organisée en états satellites de l’U.R.S.S. Du côté des cinq signataires du pacte de Bruxelles, ce sont les conversations d’Etat-Major qui avancent le plus vite. On s’accorde pour une défense commune de la ligne du Rhin.

 

L’Affaire Palestinienne

Comme il était inévitable, le conflit judéo-arabe s’aggravant, devenant une véritable guerre raciale, a pris les proportions d’une affaire mondiale. On s’explique mieux dès lors les raisons qui ont poussé les Etats-Unis à se déjuger en substituant au plan de partage une tutelle de l’O.N.U. Malgré la violence des combats, une trêve se dessine. C’est sous le signe de l’anticommunisme que les Etats Arabes se rallieront à la politique américaine et accepteront, après avoir reçu une satisfaction de principe sur le fond même de la question palestinienne, c’est-à-dire une suzeraineté arabe, que les minorités juives jouiront d’une large autonomie et d’une possibilité d’immigration ; le moment est venu où l’ensemble des Etats Arabes, y compris la Syrie, le Liban et l’Irak feront un bloc avec les pays d’Orient déjà ralliés aux directives américaines ; la Perse, la Turquie, le Yémen et l’Arabie Séoudite, peut-être même l’Egypte qui ne saurait demeurer seule.

Comme nous l’avions dit, l’émir de Transjordanie, Abdullah avec ses troupes d’élite est prêt à appuyer le gouvernement provisoire que l’O.N.U. installera en Palestine. En sorte qu’un accord complet des Anglais, des Américains et des Arabes apparaît possible. Le danger communiste – on l’a vu aux élections d’Algérie – semble plus fort pour les Arabes que leur nationalisme.

Souhaitons que cette sagesse soit durable.

 

                                                                                            CRITON