Criton – 1950-05-27 – Les Chances de Paix

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Le Courrier d’Aix – 1950-05-27 – La Vie Internationale.

 

Les Chances de Paix

 

Soulignons une fois de plus l’importance et des conclusions encore théoriques mais précises de la Conférence de Londres et de la proposition Schuman. C’est la première fois en temps de paix depuis la première guerre que les Démocraties posent les principes d’une action commune. Les résultats, comme tout ce qui peut changer la face du monde et bouleverser des habitudes, ont été noyés sous un flot de commentaires variés et contradictoires qui montrent qu’ils ne sont pas du goût de tout le monde. Tous les intérêts, tous les partis ont élevé des objections et cherché à minimiser les résolutions prises. Tant qu’il s’agissait de créer des organismes, des comités, des commissions d’études, d’élaborer des plans abstraits, tout le monde applaudissait. Il s’agit à présent d’action, et on prend peur. On sent que de puissantes volontés s’efforcent d’aboutir. Réussira-t-on à les briser ?

 

Les Résolutions de Londres

De quoi s’agit-il ? Sur le plan militaire d’abord, de procéder à une fusion des programmes particuliers des participants du Pacte atlantique, coordonner les armements et spécialiser la tâche de chacun. Il y aura à Londres un conseil permanent des suppléants des ministres des Affaires étrangères, aidé d’un Comité d’experts qui préparera la formation d’une armée internationale.

En cas de guerre, ces différentes forces militaires agiraient dès le premier jour comme une force unique, au lieu de ne le faire inévitablement qu’après de cruelles expériences dans le désordre initial. Cette unification militaire s’accompagnera d’une coordination des ressources économiques et financières. Ainsi, comme les Etats-Unis et le Canada participent au programme, ils se trouvent liés de façon permanente et définitive aux pays du continent européen dans les trois domaines, et les Etats-Unis ont pris l’engagement après l’expiration du plan Marshall en 52, de continuer sous la forme requise l’aide à l’Europe, ce qui est de toute importance.

 

Objections

D’où viennent les objections ? D’abord, l’engagement des Etats-Unis vis-à-vis de l’Europe et leur participation à l’O.E.C.E. impliquent qu’ils vont jouer un rôle prépondérant dans l’organisation. La présidence du Conseil des suppléants reviendra à un Américain. Les différents pays et d’ailleurs les Etats-Unis eux-mêmes, devront renoncer à une part de leur souveraineté. On comprend qu’à Londres l’enthousiasme soit modéré.

Secundo il a été question à la Conférence d’augmenter les budgets militaires des différents pays ce qui sera très difficile à obtenir dans l’actuel climat social.

 

Neutralité ?

Certes, il y a les neutres en fait ou en puissance qui voudraient le rester ou le devenir ; la presse suisse est bien éloquente à cet égard, et en France comme en Allemagne, des courants puissants venus de haut poussent à une Europe neutre, une troisième force qui assisterait au duel des deux colosses. Les articles de M. Gilson dans « Le Monde » ont fait du bruit ; la thèse de la neutralité est exposée avec art ; elle est séduisante. Malheureusement, cette neutralité ne dépend pas de nous. Si la Suisse ne fut pas envahie par Hitler c’est que les nazis prévoyants y avaient casé leurs coffres-forts.

Cet espoir est vain avec Staline et ses adjoints. Une neutralité doit être appuyée par une force suffisante pour la défendre et ce n’est pas le cas. Autrement, ce n’est que du défaitisme camouflé. C’est peut-être là le fin mot : neutre ou pas, pense-t-on, cela n’y changera rien. Autant alors se dire neutres, c’est une chance, si infime qu’elle soit, de le rester.

Tout revient à ceci : l’Europe est-elle défendable ? Les Etats-Unis et l’embryon d’armée européenne ont-ils une chance d’arrêter l’invasion ? En Amérique, on semble le croire. Le général Bradley pense d’ailleurs que si l’Europe était abandonnée, elle serait perdue pour toujours. Une reconquête comme celle de 44 est aujourd’hui techniquement impossible. On ne se fait pas d’illusion sur la valeur militaire d’une armée européenne qui ne sera au point que dans quatre ans et l’on se demande si cela vaut de se soumettre aux conditions d’une coalition qui mettra, dans tous les domaines militaire, économique et financier, les Etats-Unis à la direction du monde occidental. Voilà le fond du problème déguisé par tant d’arguments.

Mais a-t-on le choix ? Si les Européens et en particulier la France avaient eu dès la libération une politique économique et financière qui eut assuré leur indépendance peut-être, mais aujourd’hui chacun sait bien, s’il est de bonne foi, que nous ne pouvons vivre qu’aidés. Alors il faut en prendre son parti. Il est trop tard pour en changer et à tout prendre, y aurait-on intérêt ?

 

La Crise Soviétique

Nous ne parlerons pas du voyage de Trygve Lie à Moscou. L’occasion ne manquera pas quand les résultats en seront proclamés. On peut fonder quelques espoirs de paix sur la crise dont nous avons analysé divers aspects et qui secoue l’Union Soviétique. Un véritable raz de marée a bouleversé les hautes sphères du Kremlin, et à notre connaissance les Français n’en ont rien su. En quelques semaines, tous les ministres russes dirigeant l’agriculture et l’industrie ont été liquidés, après Vosnessenski, maître du plan.

La faiblesse du rendement agricole inférieur à celui d’avant-guerre permet à peine à la population d’être nourrie et avec 380 millions de quintaux de blé, il n’est pas question d’exporter. Mais encore, la production d’acier est en déficit de 10%, celle du charbon et du pétrole de douze. Le parti accuse la bureaucratie, et réciproquement.

En regard des 60 millions de tonnes d’acier et de pétrole que Staline en 1946 attendait du plan quinquennal, on est au maximum à 23 pour l’un, à 31 pour l’autre. Le budget de l’U.R.S.S., même avec l’addition de « l’emprunt », n’est que de 200 et quelques milliards de roubles, pas beaucoup plus pratiquement que le nôtre, si l’on compte le Rouble entre 10 et 15 francs son pouvoir d’achat, et avec cela il faut forger et entretenir la première armée du monde.

Si nombreux que soient les esclaves et si misérables que soient les autres, on ne peut qu’admirer – sincèrement – le tour de force que cela représente. Les chiffres que nous donnons montrent cependant que l’U.R.S.S. s’épuise à cet effort. Sa capacité économique inférieure à celle de la France et de l’Angleterre réunies ne peut suffire pour une telle machine de guerre ; les épurations n’y feront rien, et les Russes eux-mêmes s’en rendent compte.

 

                                                                                  CRITON

Criton – 1950-05-20 – A l’Ouest, du Nouveau

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Le Courrier d’Aix – 1950-05-20 – La Vie Internationale.

 

A l’Ouest, du Nouveau

 

L’importance du Plan Schuman pour la mise en commun du charbon et du fer franco-allemands n’échappe à personne. Les mouvements divers qu’il provoque sont très instructifs. Les « combattants de la paix » au service de l’U.R.S.S., condamnent un accord qui serait pour la paix de l’Europe une garantie de longue portée ! L’ancienne internationale socialiste, devenue nationaliste avec les Schumacher et les Bevan, le combat aussi, à l’exception des socialistes français qui, tout en faisant des réserves doctrinales, l’approuvent.

Passions politiques et intérêts se déchainent contre le projet. Il serait curieux de voir les C.G.T. française et italienne dresser les ouvriers contre une union qui a été réclamée pendant quarante ans par les organisations syndicales, parce qu’aujourd’hui, elle ne plait pas à Staline. Enfin, du côté des maîtres de forge, surtout français, l’hostilité est à peine voilée : on compte sur les difficultés techniques pour faire échouer le projet et surtout sur les Anglais.

 

La Présentation du Plan

Sans être dans le secret, on devine que le Plan n’est pas une improvisation ; le voyage de Paul Reynaud aux Etats-Unis et sa visite à Truman, suivie à présent d’une tournée en Allemagne et d’une conférence avec Adenauer, fait penser que l’homme d’État français n’était pas étranger au projet. De même, les déplacements à Londres et à Bonn de Jean Monnet prouvent que l’étude technique du problème avait été poussée, et les difficultés pesées. Il faudra autre chose pour le faire échouer que des objections financières ou industrielles.

Les Etats-Unis, le Gouvernent Français et celui de Bonn sont trop engagés à son succès pour qu’il puisse trébucher sur des détails, si importants qu’ils soient. Pour la démocratie, ce serait un grave aveu d’impuissance.

 

L’Attitude Anglaise

C’est ce que Londres a d’emblée compris. Aussi, malgré l’avis d’Ernest Bevin, Attlee a préféré approuver le projet en principe, se réservant de prendre une position plus nette au jour où sa réalisation n’attendrait plus que les signatures. D’ici là, le Gouvernement britannique peut avoir changé et les responsabilités incomber à d’autres. Il s’en faut d’ailleurs qu’on soit en Angleterre uniformément hostile.

Évidemment, une union franco-allemande, même limitée au plan industriel, signifierait le renversement de la politique traditionnelle anglaise de l’équilibre des forces et de la division du continent. Mais plus d’un conservateur éclairé se demande aujourd’hui si cette politique qui n’a que trop bien réussi, n’a pas amené pour l’Angleterre des désastres qu’un continent uni et pacifique aurait écartés. De plus avec la tendance irrésistible au groupement des forces imposée par l’évolution économique, l’Anglais réaliste sent qu’il faut composer, et de bon gré vaudra mieux que de force. La grosse métallurgie anglaise n’est pas en principe hostile au Plan Schuman. Elle y voit une garantie contre la nationalisation que lui préparent les Travaillistes.

 

Les Conférences

Devant ce problème capital, l’intérêt de la déclaration des trois sur l’Allemagne et de la Conférence des Douze, sur l’organisation du Pacte Atlantique, semblent secondaires.

Sur la coordination économique et financière des plans de réarmement européen, il y aurait beaucoup à dire. Le sujet est extrêmement complexe et confus, l’échec de la dernière conférence de La Haye prouve qu’on aura de la peine à faire fonctionner une coopération militaire en temps de paix entre pays démocratiques. En temps de guerre, on sait que même devant un péril mortel, il n’a pas toujours été possible de s’entendre. Passe encore d’accorder des industriels, mais des militaires d’armées différentes et rivales ! Le diable même y perdrait son temps.

L’aspect financier du problème n’est pas moins ardu. On ne peut songer à augmenter le budget militaire même relativement léger, de pays qui viennent de se battre, encore moins réaliser une péréquation des charges qu’un réarmement massif comporterait. Les Etats-Unis le savent bien et il faudra que le contribuable américain fasse les frais d’une armée européenne. Le Congrès en maugréant s’y résignera si on le convainc que ce réarmement peut être efficace, ce qui est à prouver.

 

Les Décisions de Moscou

On se demande quelle arrière-pensée a poussé le Kremlin à annoncer aux Allemands qu’il n’avait plus de prisonniers à leur renvoyer. Une explosion de colère et de désespoir a éclaté dans tout le Reich. Rien ne pouvait rendre l’opinion germanique plus anti-russe ; s’il se peut qu’elle puisse l’être davantage.

Les Soviets ont cru habile de déclarer, sur une soi-disant demande de Pieck et Grotewohl, une réduction de moitié des réparations à payer par l’Allemagne orientale. Ce pays complètement pillé dont les Russes ont déjà tiré 10 milliards de dollars devra en payer encore plus de trois, comptabilisés à la manière soviétique, c’est-à-dire sous-estimés des deux tiers. La même générosité a été accordée à la Finlande et les Finlandais savent ce qu’il leur en coûte.

Ces incidents, ainsi que l’appel désespéré des 16.000 internés du camp de concentration de Bautzen, les protestations de l’évêque Dibelius contre la persécution antireligieuse, ont monté d’un degré encore la haine des Allemands contre les Soviets, ce qui facilitera considérablement la tâche d’Adenauer et des négociateurs français.

L’événement a d’autant plus d’importance que les Allemands savent que, malgré tout, leurs intérêts sont à l’Est et qu’ils sacrifieront une expansion économique future à la paix occidentale et à la défense d’une civilisation qui, bien qu’ils en aient mésusé, n’en est pas moins leur patrimoine.

Si l’on y réfléchit, ce seront les soviets et leur rideau de fer qui auront permis de mettre un point qu’on espère final à la rivalité franco-allemande. Rivalité dont on commence à voir, comme nous n’avons cessé de le dire ici depuis quatre ans, qu’elle n’a plus de sens. Les pires situations comportent des avantages, et celui-là n’est pas mince.

 

                                                                                            CRITON

 

Criton – 1950-05-13 – Vers l’Europe ?

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Le Courrier d’Aix – 1950-05-13 – La Vie Internationale.

 

Vers l’Europe ?

 

Semaine remplie d’événements de première importance qui intéressent particulièrement la France. Acheson est venu à Paris et à Londres non pour une de ces conférences rituelles qui ne servent qu’à confronter des oppositions et pour les colmater dans une formule conciliante sans effet pratique. Il est venu pour enlever aux Russes l’initiative dans la guerre froide. En un jour, le problème de l’assistance à l’Indochine a été résolu en principe, et la France de son côté a fait le premier geste pour concrétiser l’Union Européenne : la constitution d’un Pool Franco-Allemand de l’acier et du charbon.

 

L’Indochine

On ne sait pourquoi les chroniqueurs doutaient de l’engagement américain dans le Sud-Est asiatique. Nous l’avons répété ; le rapport Jessup et la visite de l’escadre à Saïgon étaient déjà la consécration d’une résolution prise. Seule la démission d’Acheson pourrait permettre au gouvernement des Etats-Unis de revenir sur cette démarche. Mais l’opposition républicaine est trop divisée et irrésolue pour changer l’orientation choisie par Truman.

L’opinion d’ailleurs comprend que le problème indochinois est devenu international par l’arrivée de Mao Tsé aux frontières du Tonkin, et l’appui officiel de l’U.R.S.S. à Ho Chi Minh. Une défaite ou une retraite de la France serait irréparable pour le camp des démocraties. On ne pouvait douter de l’assistance des Américains que s’ils avaient considéré la partie comme perdue d’avance, ce qui n’est pas le cas.

 

Le Pool du Charbon et de l’Acier

La déclaration historique de M. Schuman a soulevé des réactions diverses, imputables tant à l’ignorance qu’à la passion partisane. Autant de journaux, autant de commentaires hostiles, réticents ou enthousiastes selon la couleur de l’organe.

Il n’est pas douteux que la proposition de mettre sous le contrôle d’une entité internationale les ressources françaises et allemandes d’acier et de charbon a été soigneusement étudiée en secret entre Paris et Washington et probablement avec l’assentiment d’Adenauer. Celui-ci y a donné une pleine adhésion et du même coup le Bundestag a voté la participation de l’Allemagne au Conseil européen de Strasbourg et le problème sarrois s’est estompé.

Pour les Etats-Unis c’est la première pierre de cette union économique européenne réclamée par tous les hommes politiques et d’affaires des deux partis, qui peut faire passer plus aisément l’aide à Bao Daï assez impopulaire. C’est surtout mettre Londres, c’est-à-dire le gouvernement travailliste moribond devant le fait accompli. Car la Ruhr est, ne l’oublions pas, sous contrôle anglais et la constitution d’un Pool Franco-Allemand et bientôt européen de l’acier et du charbon obligera l’Angleterre, soit à s’isoler du continent, soit à s’y joindre, c’est-à-dire à prendre parti. Dans l’un comme dans l’autre cas, le bloc Sterling sera touché dans son ressort essentiel. Car on ne comprendrait rien aux événements du monde présent si, à côté de la guerre froide entre la Russie et les Etats-Unis, on perdait de vue la lutte pacifique mais implacable entre la Livre et le Dollar.

 

Avantages du Plan

Pour la France, les avantages de ce pool sont évidents. C’est d’abord la fin d’une concurrence qui, tôt ou tard, serait désastreuse pour le plus faible. Ensuite, c’est obliger l’Allemagne à produire dans les mêmes conditions que nous, c’est-à-dire à concéder à ses ouvriers les mêmes avantages sociaux que nous accordons aux nôtres. C’est enfin, par un contrôle permanent et une répartition des marchés extérieurs, rendre impossible un réarmement secret et un dumping allemand qui seraient les moyens principaux d’un futur impérialisme germanique.

Evidemment, un tel projet n’est pas encore réalisé. Les difficultés ne manquent pas et jour par jour elles apparaîtront. Si l’état d’esprit qui unit la France, l’Allemagne et les Etats-Unis persiste, elles ne sont pas insurmontables, d’autant que les métallurgistes européens sont tous partisans d’un cartel de l’acier et que les propriétaires de mines de charbon, désormais peu nombreux, n’ont rien à perdre dans l’affaire. Il est bien improbable que le gouvernement Attlee puisse faire échouer le projet, s’il s’agit bien d’une décision arrêtée et non d’une opération politique.

 

Trygve Lie à Moscou

Autre événement qui a son intérêt : le voyage du secrétaire de l’O.N.U. à Moscou. On a voulu y voir une manœuvre suggérée par les Soviets à l’homme qu’ils ont porté eux-mêmes à son poste, pour atténuer l’effet des décisions prises à Paris et à Londres.

Si Trygve Lie rapportait de Moscou des propositions de conférence à quatre, cela pourrait remettre les problèmes internationaux sur le tapis vert, brouiller les cartes, ébranler les résolutions, éveiller dans l’opinion de nouvelles et trompeuses espérances. Nous verrons. Ce peut être tout simplement le désir de l’homme qui préside aux destinées de l’O.N.U. de faire ce qui est en son pouvoir pour rendre vie à cet organisme en cherchant à ramener les Russes dans les Comités qu’ils ont quitté, grâce au règlement de l’affaire des deux Chines. Mais rien n’indique que les Russes cherchent un rapprochement, même purement tactique. Après Trieste et Berlin, c’est la Finlande à nouveau menacée, et le rideau de fer chaque jour mieux clos.

 

L’Emprunt soviétique

Marquons un point. Quand en Mars, les Soviets ont organisé de grandes réjouissances populaires pour saluer la baisse des prix, nous avions dit aux camarades : « Attention, l’emprunt n’est pas loin » : le voici, et à lots encore. 20 milliards de Roubles, somme énorme pour un pays pauvre où le manœuvre gagne au plus 600 roubles par mois. Eh bien l’empressement est tel, malgré la récente lessive monétaire qui a amputé les billets de 90% et les emprunts de moitié, qu’on a déjà souscrit 25 milliards, et que la collecte continue. On sait comment ces contributions volontaires sont prises sur les salaires ; il faut bien payer les armements. Ah ! en U.R.S.S., le Ministre des Finances n’a pas d’insomnies…

 

                                                                                  CRITON

Criton – 1950-05-06 – Tito vaut bien Trieste

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Le Courrier d’Aix – 1950-05-06 – La Vie Internationale.

 

Tito vaut bien Trieste

 

Des menus faits de la semaine, c’est le discours de Tito qui fut le plus significatif. Dans la mesure où on peut le croire sincère, il a marqué de façon plus nette qu’auparavant la rupture de la Yougoslavie avec l’U.R.S.S., et une orientation plus conciliante vers l’Ouest. Tout le monde s’en félicite sauf les Italiens qui se sentent sacrifiés dans l’affaire de Trieste. Les soucis stratégiques l’emportent sur les sympathies que l’Italie compte aux Etats-Unis.

 

Les Répercussions du Discours de Tito

La diplomatie américaine marque un point : Tito renoue avec la Grèce des relations amicales. Il se montre bien disposé pour l’Autriche ; aucune allusion aux revendications sur la Carinthie. Plus réservé à l’endroit de l’Italie, il minimise le différend qui sépare les deux pays et se montre disposé à causer.

En échange, Tito a obtenu un prêt de la Banque internationale qui lui sera accordé en Francs français, ce qui est un événement dans l’ordre monétaire, après satisfaction des réclamations françaises sur les biens nationalisés en Yougoslavie. Moscou jusqu’ici n’a pas réagi.

 

La Politique Américaine

Ce succès américain vient à point pour donner un peu de confiance dans la politique d’Acheson. D’ailleurs, l’opposition républicaine manque de cohésion. Il n’y a plus de Vandenberg pour recréer une politique bipartisane et le choix de Foster Dulles pour coordonner les vues des deux partis n’a pas emporté l’adhésion de tous les Républicains. Il y a plusieurs leaders dont les vues ne concordent pas ; pas plus dans les critiques que sur les plans concrets, ce qui permet à Acheson de poursuivre les siens, tant bien que mal.

 

En Russie

Un certain optimisme d’ailleurs règne parmi les officiels. Hoffmann voit dans un avenir prévisible la chute de la dictature stalinienne. Il fait état de l’opposition croissante que nous avons rapportée, tant chez les satellites qu’en Russie même. Chose curieuse, la lassitude et le mécontentement augmentent de l’autre côté du rideau de fer à mesure que les conditions de vie de la population s’améliorent.

Un progrès est indéniable en U.R.S.S. comme partout d’ailleurs, et ce mieux être relatif semble avoir tiré les peuples de la prostration où la misère les plongeait et l’esprit critique s’est éveillé. En U.R.S.S. en particulier, on s’est rendu compte que le poids de la tyrannie policière et le militarisme outrancier était plus lourd qu’avant-guerre. Le peuple en général ne croit pas aux intentions belliqueuses des Etats-Unis qu’il admire assez naïvement, malgré la propagande violente dont on l’abreuve, et il s’inquiète de l’énorme machinerie militaire qui grandit en Russie contre des ennemis imaginaires. Il a peur de la guerre.

 

La Guerre Secrète

L’incident du « Privateer » a permis de révéler ce que Russes et Américains cherchaient jusqu’ici à cacher. Les deux adversaires se surveillent ; on savait que les sous-marins russes croisaient régulièrement le long des côtes américaines et s’étaient infiltrés dans les zones où se déroulaient les manœuvres navales des Etats-Unis. Des sous-marins américains de leur côté franchissant le pôle avaient exploré les bases sibériennes et des avions de reconnaissance avaient survolé les usines secrètes de l’Asie centrale et de l’Oural. Certains n’étaient pas rentrés ; le Privateer était chargé d’une mission analogue dans la Baltique où les Russes ont construit des fortifications énormes qui rappellent le mur de l’Atlantique d’Hitler. La photographie de ces bases édifiées en grande partie par des techniciens allemands a de quoi faire trembler le petit pan d’Europe encore libre.

On s’inquiète à Washington de l’étendue du réarmement de la police militaire allemande en zone orientale. Les chiffres donnés par les transfuges dépassent les cent mille. Cette armée peu sûre est flanquée de troupes mongoles dont les défaillances ne sont pas à craindre.

 

En Allemagne

L’Allemagne reste un enjeu et l’U.R.S.S. a des atouts en main. Phénomène à comparer avec celui que nous signalions en Russie : à mesure que l’Allemagne de l’Ouest se redresse et que son économie croit à pas de géant, le malaise germanique s’accentue. Où exporter ?

Le marché oriental absorbait avant-guerre 500 millions de dollars – 1939 de la production allemande ; aujourd’hui 60 à peine en dollars -1950, de valeur moitié moindre. Les Soviets détiennent la clé des débouchés de l’exportation allemande qui à l’Ouest n’a que des concurrents, eux aussi en peine de vendre et qui lui disputent les rares marchés solvables. L’U.R.S.S. détient aussi, plus ou moins, la clé du marché chinois où les Allemands avaient largement pénétré.

Les Etats-Unis voient le danger et favorisent présentement les échanges Est-Ouest, au risque de renforcer la position économique du bloc soviétique. Mais les Russes n’y mettent aucun empressement, attendant sans doute l’engorgement fatal de la production allemande pour marchander leur accord.

Par ailleurs, la tension entre Adenauer et les Alliés s’est beaucoup calmée. Un accord est intervenu sur la loi relative à l’impôt sur le revenu qui avait provoqué le veto américain. Les Anglais ont suspendu les démontages du Goering Konzern et l’adhésion enthousiaste du parlement sarrois pour l’admission du territoire au Conseil de l’Europe a été passée sous silence. Les paroles de Schuman et le discours François-Poncet ont été accueillis avec faveur et Adenauer a transmis à Rome l’ébauche de la triple alliance économique France-Allemagne-Italie. Espérons.

 

                                                                                  CRITON

 

A une récente réunion du « Cercle Interallié », Mrs Forbes Robertson a fait en anglais une remarquable causerie sur les élections et la situation politique en Angleterre. Elle a particulièrement mis en lumière le point, à nos yeux essentiel, qui concerne non seulement les îles britanniques mais tout aussi bien la France. Si un gouvernent socialiste disposait pour longtemps d’une majorité solide, il achèverait de concentrer entre ses mains tous les pouvoirs aussi bien politiques qu’économiques. Or, il n’est pas d’exemple qu’un gouvernement assuré de durer, ne dégénère pas en tyrannie. A un Attlee modéré succèderait un Bevan et plus tard, pis encore, s’en serait fait de la liberté d’un peuple dont toutes les activités seraient peu à peu contrôlées. C’est contre ce danger, que les Anglais avertis sentent fortement, que se dresse le courant actuel d’opposition qui ne tardera pas à l’emporter. _ C.

 

 

Criton – 1950-04-29 – Retour des Diplomates

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Le Courrier d’Aix – 1950-04-29 – La Vie Internationale.

 

Retour des Diplomates

 

Les augures annoncent depuis des mois une offensive diplomatique des Soviets ; les optimistes parlent d’une conférence à quatre que préparerait un voyage à Moscou de M. Trygve Lie, le président de l’O.N.U. Jusqu’ici, nous n’avons vu que des offensives tout court et l’ambiance toujours plus tendue ne paraît guère préparer à des conversations. Cependant ces jours-ci, le Politburo a lancé des notes, et la nomination de Bogomolov au poste de vice-ministre de Vichinsky s’accompagne d’un réveil de la tactique diplomatique.

 

La Question de Trieste

Le ton de ces notes a plutôt un caractère offensif et on les interprète à Londres et à Washington comme destinées à brouiller les cartes et à embarrasser les Alliés.

Pour Trieste, Moscou réclame le retour à la solution du traité de paix avec l’Italie abandonnée précisément à la suite de l’obstruction soviétique. Nomination d’un gouverneur du territoire libre, sur le choix duquel les Russes avaient opposé leur veto ; évacuation du territoire par les forces armées anglo-américaines. Aucune mention n’est faite des Yougoslaves. Cette note cherche-t-elle à couper court aux négociations directes entre Belgrade et Rome que les Italiens désirent et que les Anglo-Saxons favorisent ? Est-ce pour obliger Tito à évacuer la zone B qu’il annexe par étapes ? Cela ne cacherait-il pas des tractations secrètes entre Tito et le Kominform, hypothèse qui n’est pas exclue ? Cette affaire de Trieste, d’importance secondaire, irrite les Italiens qui déplorent le souci excessif des Américains de ménager Tito dans leur jeu politique : Ils voient le dictateur yougoslave jouer de son conflit avec Staline pour pousser du côté de Trieste une pointe à laquelle les Etats-Unis n’osent s’opposer. Ceux-ci  par ailleurs, tiennent à un rapprochement Gréco-Yougoslave. Ils ont fait échouer le premier Venizélos et mis en place Plastiras en Grèce pour obtenir cet accord qui isolerait l’Albanie et barrerait la route de l’Adriatique aux Soviets.

Tito est fort habile et il est douteux qu’Acheson tire avantage de ces combinaisons balkaniques. Trieste est pour les Italiens un point très sensible, plus même que leurs anciennes colonies. Communistes et anciens fascistes trouvent dans les hésitations américaines une occasion excellente d’affaiblir l’autorité du gouvernement de Gasperi. Les bonnes grâces de Tito valent-elles de risquer la mauvaise humeur de l’opinion italienne si vive à s’échauffer ? Nous ne le pensons pas. De Tito comme de Staline, on ne tirera jamais avantage : la diplomatie américaine n’est pas de taille à les dominer.

 

Jérusalem

Les Russes ont pris position contre l’internationalisation de Jérusalem souhaitée par le Vatican, mais mollement soutenue par les Anglo-Saxons. Là aussi, le jeu est embrouillé à l’extrême. Abdullah vient d’annexer la Palestine arabe contre le vœu de la ligue arabe qui chancelle, frappée par les ambitions personnelles de l’émir de Transjordanie et les combinaisons Egyptiennes et Séoudites.

Juifs et Transjordaniens veulent surtout empêcher les grandes puissances de s’interposer dans leurs querelles et de prendre pied à Jérusalem. Moscou, qui regrette d’avoir perdu les faveurs d’Israël et accru l’hostilité arabe, cherche sans doute à offrir son appui pour contrebalancer la pression des Anglo-Saxons.

 

Les Détroits

Enfin, on voit reparaître l’offensive russe contre la convention de Montreux et les Turcs se sentent de nouveau menacés par les exigences russes sur les Dardanelles qui s’étaient tues depuis deux ans. Dans tout cela, on peut voir le prélude à un vaste marchandage autour d’un tapis vert mais ce n’est ni sûr, ni même probable.

 

L’Asie

Sur le front asiatique, on devine des choses bien curieuses. Les techniciens Russes qui sont en nombre à Shanghai, tout en montant des avions destinés aux forces communistes chinoises, s’occupent surtout du démontage des industries de la grande Cité, qui vont prendre le chemin de la Mandchourie et remplacer les machines que les Russes en 45 ont expédiées en Sibérie. Ces transferts d’industrie ne vont pas sans heurts, et les ouvriers de Shanghai, réduits au chômage par les Russes, ont attaqué les équipes russes et tué quelque cent cinquante techniciens.

Le plan Russe, que nous avons exposé, de réduire la Chine à l’impuissance pour la dominer par étapes, se poursuit avec une méthode qui rappelle Hitler. Réduire le Centre et le Sud chinois à n’être que des pays agricoles et concentrer l’activité industrielle à proximité de la Sibérie dans des pays comme la Mandchourie et la Mongolie intérieure que les Soviets ne rendront jamais à la Chine.

Comme nous le pensions, Mao Tsé Tung a perdu de son autorité pendant son séjour à Moscou. Il est battu en brèche par d’autres personnages dévoués au Kremlin, cependant que les Russes envoient dans les provinces affamées des convois de vivres qu’ils avaient détournés après la précédente récolte. Petit à petit d’ailleurs, les Soviets suivant une tactique ancienne qu’ont pratiquée aussi les Anglais, cherchent à constituer des équipes locales plus ou moins indépendantes de Pékin, ce à quoi le particularisme chinois se prête fort bien. De là à créer des embryons de petites républiques populaires autonomes en échauffant l’ambition de quelques fanatiques, il n’y a qu’un pas. L’absorption de la Chine est une œuvre de longue haleine pleine d’aléas que les Russes connaissent bien car entre jaunes et blancs, la méfiance l’emportera toujours.

 

L’Allemagne

La place nous manque pour commenter les démêlés du chancelier Adenauer avec la Commission de Contrôle alliée ; pris entre une opinion dont il échauffe maladroitement les sentiments nationalistes et une opposition qui lui reproche sa faiblesse, il n’a réussi qu’à mécontenter tout le monde et à justifier la méfiance des Alliés.

Il serait facile de parler de l’éternelle Allemagne, du manque de psychologie de ses dirigeants, du réveil d’ambitions, de mégalomanies aux premiers succès. Adenauer semblait croire qu’il pouvait, en rangeant l’Allemagne dans le camp de l’Ouest, obtenir d’emblée l’égalité des droits à Strasbourg, une représentation diplomatique indépendante, le relèvement de la production d’acier, la liberté de légiférer sans contrôle pour le parlement de Bonn. Et les Allemands de croire qu’ils étaient déjà devenus un partenaire indispensable qu’on ménage, prêt à prendre avec l’appui américain la tête de l’Europe nouvelle. C’était vraiment croire trop aisément à la faculté d’oubli des hommes d’Etat.

Cette hâte dans les revendications pourrait coûter cher à Adenauer et à son peuple. L’Allemagne, même morcelée, fait peur et le « Deutchland über alles » (l’Allemagne au-dessus de tout) chanté à Berlin n’est pas fait pour bqercer les craintes.

 

                                                                                  CRITON

Criton – 1950-04-22 – Armement et Diplomatie

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Le Courrier d’Aix – 1950-04-22 – La Vie Internationale.

 

Armement et Diplomatie

 

Malgré tout le sang-froid dont ont fait preuve et les gouvernements et l’opinion, on ne saurait minimiser l’incident du « Privateer ». Ce n’est pas du bluff, mais une provocation. Un avion américain non armé abattu dans une zone qui n’était même pas soviétique ; sans doute Tito en avait fait autant sans encourir de représailles, mais il y avait d’autres raisons.

 

La Tactique Soviétique

On est entré dans la phase de l’action directe de l’agression à main armée sur le pan international ; tactique de commandos dans tous les pays ; de la guerre froide à la guérilla.

Le bolchévisme a évidemment besoin de pousser l’audace toujours plus loin pour ne pas perdre l’initiative ; toutes les dictatures ont suivi ce processus si elles n’ont pas été entraînées par lui. Le résultat n’a jamais varié. Il faut donc admettre que l’U.R.S.S. a choisi de faire la guerre, ce à quoi beaucoup de raisons paraissent s’opposer mais jamais aucun fait. On ne pourra pas reprocher à Staline de nous avoir trompés. Il n’a jamais cessé d’être agressif sinon de temps à autre, en paroles, et l’on sait qu’un communiste n’a pas de parole.

 

Armements

La course aux armements s’accélère, et de part et d’autre on se trouve en pleine mobilisation technique. Dans cette course, pour qui travaille le temps ? Des nombreux renseignements qui filtrent à travers le rideau de fer, il ressort que la pénurie d’outillage de précision, de métaux rares ou spéciaux a cessé en U.R.S.S. Les grosses lacunes d’une préparation militaire dont la complexité est colossale paraissent peu à peu comblées. On sait par ailleurs que l’industrie de guerre se développe rapidement, surtout dans les pays satellites, Hongrie, Tchécoslovaquie, Allemagne orientale, qui contribuent à présent dans une mesure importante à l’armement soviétique. La préparation à la guerre absorbe plus de 60% de l’activité industrielle russe, directement ou indirectement, ce qui est énorme.

Evidemment, du côté américain on n’est pas inactif, bien au contraire, et le perfectionnement d’armes secrètes réservera au jour voulu de terrifiantes surprises. La supériorité relative des Etats-Unis augmente même, mais cela ne doit pas faire illusion. Une comparaison éclairera notre pensée : voici deux industriels concurrents ; l’un part avec un petit capital, l’autre avec un moyen ; le premier, faute de liquidités, ne pourra pas grand-chose. Mais les voilà qui prospèrent l’un et l’autre, le gros devient de plus en plus riche, mais le petit a du disponible, et bien que l’écart entre les deux fortunes s’accentue, le moins riche des deux a assez de moyens pour rivaliser avec l’autre et le mettre en échec.

 

L’Action Diplomatique

La scène diplomatique est plutôt calme, phase de préparation aux rencontres de Mai ; confusion dans les bruits, les ballons d’essai. Il faut bien que les diplomates justifient leur existence. C’est d’ailleurs un des traits du monde actuel ; tandis que les générations précédentes mettaient un point d’honneur à montrer qu’elles ne faisaient rien, celles-ci s’ingénient à montrer que leur travail est réel et peut se justifier.

Le travail diplomatique consiste aujourd’hui à réunir des conférences pour préparer aux assemblées, on se réunit à Paris pour fixer l’organisation du Conseil de l’Europe ; pyramide d’organismes qui jusqu’ici n’ont rien donné. Il se pourrait bien que rien ne soit possible, ni à l’O.N.U., ni ailleurs, parce que le spectre de la guerre dissipe tout. On ne peut pas traiter sérieusement un problème économique et même politique qui par définition même suppose le maintien de la paix quand on n’y croit pas. C’est l’état d’esprit que les Soviets ont réussi à créer et qu’ils entretiennent avec leur technique de coups de main. Signalons cependant deux faits.

 

Le Haut Conseil Atlantique

Le discours de M. Bidault, proposant un haut conseil atlantique pour la paix, a éveillé beaucoup d’intérêt. Il s’agirait d’un organisme – encore un – qui coifferait le Plan Marshall venant (en principe) à son terme, et le Pacte Atlantique dont l’organisation militaire est plutôt laborieuse.

Le geste de Bidault a paru à Londres une manœuvre américaine par le truchement de la France et l’on a fait grise-mine. Les Anglais sentent bien qu’on veut les attacher en matière économique comme en matière militaire  (ce qui est aussi une affaire financière) à un groupement dont nécessairement les Etats-Unis seront les chefs. Traqués dans leur indépendance, les Anglais voient partout des pièges. Ils ont peut-être tort. Le sens de la proposition Bidault pourrait être simplement : « La France comme l’Angleterre est hors d’état de payer son réarmement. Le P.A.M. est d’un intérêt limité car les armes qu’on nous livre ne donnent pas de travail à nos ouvriers, ni d’élan à notre industrie qui en a besoin. Il faudrait que les Etats-Unis payent les canons que nous fabriquons à domicile. Pour cela, un grand conseil n’est pas de trop.

 

 

Trieste

Staline au petit pied, l’ami Tito, malgré sa situation précaire bluffe et mord ; le brave comte Sforza avait fait un discours conciliant pour essayer de résoudre la question de Trieste avant les élections titistes en zone B. Tito a éconduit le diplomate et bravé la décision des trois Grands : Il reste à Trieste ; les élections ont été « réussies ». En Yougoslavie, on se contente de 90%, le 101% fait trop soviétique. Les Etats-Unis n’ont pas réagi et Rome a été très désappointé. N’essayons pas de soulever le voile du mystère, on aurait vite deviné ….

 

                                                                                  CRITON

Criton – 1950-04-15 – Problèmes en Balance

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Le Courrier d’Aix – 1950-04-15 – La Vie Internationale.

 

Problèmes en Balance

 

C’est toujours le malaise de la politique américaine qui préoccupe l’opinion. La ligne suivie par le président Truman nous apparait plus clairement qu’au citoyen des Etats-Unis en proie à une anxiété, à notre avis excessive, et qui voudrait se sentir gouverné selon un plan clairement défini, comme si une action politique ne devait pas, pour être efficace, être toujours en partie cachée et mouvante. C’est un des inconvénients de cette diplomatie sur la place publique qui a coûté si cher aux démocraties.

 

L’Action du Président Truman

Le Président, allant au-devant des attaques, a pris deux mesures importantes : il a nommé Gordon Gray au soin de chercher les moyens d’équilibrer la balance commerciale des Etats-Unis et de combler le déficit de six milliards de Dollars des nations bénéficiaires de l’aide Marshall. Il est évident que ni le point quatre (investissements américains dans les pays arriérés), ni les prêts de la banque internationale ne suffiront.

L’Union européenne de paiement, d’autre part, sera plutôt de nature à restreindre les achats du nouveau bloc économique aux Etats-Unis, ce qui va à l’encontre du but visé. Il faut également éviter que tous les Etats fassent comme ceux du bloc Sterling qui ont réduit leurs commandes aux Etats-Unis de 700 millions de dollars. L’accroissement des ventes des pays européens aux Etats-Unis se heurte à des difficultés : non seulement les barrières douanières que les Américains vont essayer d’abaisser, mais aussi les habitudes du public qui boude les marchandises étrangères.

Il y a un autre moyen qui sera sans doute tenté : ouvrir aux exportateurs européens des marchés nouveaux dans des pays qui peuvent gagner des Dollars avec leurs propres produits. Cela évidemment gênera les Sociétés américaines, qui opèrent dans ces régions, mais sera plus acceptable qu’un afflux de marchandises européennes aux Etats-Unis mêmes, à supposer que cela soit possible. Il y aurait encore un autre moyen : l’élévation du prix de l’or, mais cela favoriserait le bloc Sterling et les Russes. Le problème est extrêmement complexe et difficile, mais le président Truman parait décidé à l’affronter.

 

La Nomination de M. Foster Dulles

La seconde mesure d’ordre politique a été la nomination de M. Foster Dulles, représentant de l’opposition républicaine en matière extérieure, comme adjoint à M. Acheson, ce qui pourrait désarmer les adversaires de celui-ci et restaurer la politique bipartite : reste à savoir si les idées de M. Dulles concorderont avec celles d’Acheson, ce qui, jusqu’ici, n’est pas évident.

 

La Question d’Indochine

De ce côté aussi l’opposition des Républicains reprend force. On pensait que l’aide au Vietnam et aux troupes françaises irait aisément. Mais il est presque incroyable de voir un homme aussi sérieux et écouté que Walter Lippmann charger à fond contre Bao Daï et l’action de la France, pour proposer de remettre le problème entre les mains de l’O.N.U. paralytique ,et charger d’une médiation en Indochine l’Inde et le Pakistan ! Le préjugé anti-colonialiste a la vie dure aux Etats-Unis. M. Lippmann, poussé par la passion partisane, reprend tous les arguments des isolationnistes et préconise un repli américain en contradiction complète avec la diplomatie totale d’Acheson qu’il semble poursuivre d’une haine particulière. La politique préconisée par Lippmann mène tout droit à Pearl Harbour.

 

La Question Allemande

La réunion des trois ministres Acheson, Bevin et Schuman aura lieu le 12 mai. Auparavant, Acheson s’arrêtera à Paris. Il s’agira d’incorporer économiquement et politiquement l’Allemagne de Bonn à l’Europe et de renforcer la position d’Adenauer dont les interviews sensationnelles ne paraissent pas avoir déplu à Washington, s’il ne les a pas inspirées.

En fait, il s’agit d’ouvrir les marchés de l’Est européen aux marchandises allemandes, ce qui gêne les Anglais qui les voudraient pour eux ; d’augmenter la production allemande d’acier qui atteint le chiffre autorisé, ce qui inquiète les Français et les Belges ; de mettre fin à l’état de guerre encore juridiquement existant entre l’Allemagne et les Alliés, et de proposer un plan d’unification de l’Allemagne pour faire pièce aux Soviets qui se préparent à signer la paix avec leurs suppôts dans la zone orientale.

Les Américains iront-ils jusqu’à proposer que les Allemands aient une représentation diplomatique propre et accèdent d’emblée à la « Gleichberechtigung », égalité des droits qui marquerait la fin de l’état de vaincu ? Il n’est pas jusqu’au réarmement allemand qui ne soit à l’ordre du jour, malgré les démentis. Est-ce aller trop vite en besogne ? Il y a pour et contre des arguments solides qui rendent le choix difficile. Faut-il craindre enfin que l’Allemagne insatisfaite se tourne vers les Soviets ?

 

Le Danger Soviétique

Nous ne voudrions pas paraître en contradiction avec nous-mêmes en disant qu’il ne faut pas passer d’un extrême à l’autre et après avoir, des années méconnu l’énorme péril représenté par le bolchévisme, en exagérer aujourd’hui la puissance. Voici qu’on nous peint l’U.R.S.S. maîtresse de l’Europe centrale, ce qui est méconnaître la force de l’opposition clandestine dans ces pays – disposant de la Chine, ce qui est inexact, – armée de la bombe atomique, ce qui n’est pas sûr – et prête à fondre sur Tito, ce qui n’est pas fait – et à envoyer 500.000 jeunes communistes marcher sur Berlin le jour de la Pentecôte, ce que les Soviets se seraient gardés d’annoncer s’ils en avaient eu l’intention.

Les difficultés de l’U.R.S.S. sont énormes. Des déclarations de ceux qui en viennent, et il en passe chaque jour, des déclarations même de la presse russe en proie actuellement à l’autocritique, il ressort trois choses : le moral de l’armée rouge dans son ensemble est des moins sûrs. Le régime est haï et combattu dans tout l’Ouest et le Sud de la Russie. Le désordre, les prévarications et le sabotage sont pires en U.R.S.S. actuellement que dans les pays d’occident où opère la cinquième colonne. A notre avis, une aventure militaire de la part de l’U.R.S.S. serait plus hasardeuse aujourd’hui qu’elle ne l’était en 47 pour des raisons plus morales que matérielles. Ce qui ne nie pas le danger, mais permet de le mesurer.

 

                                                                                  CRITON

Criton – 1950-04-08 – Politique et Intérêts

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Le Courrier d’Aix – 1950-04-08 – La Vie Internationale.

 

Politique et Intérêts

 

Le moment présent est caractérisé par un déchaînement des passions politiques plus nocives et plus meurtrières qu’à l’ordinaire. Derrière le rideau de fer ce ne sont que procès, déportations, suicides, en Tchécoslovaquie surtout où la résistance à l’oppresseur est vive. Violences en France et en Italie sur ordre de Moscou. En Belgique, c’est la question royale, si futile en soi, qui alimente les passions et fait couler le sang. En Angleterre, où la démagogie n’existe pas, Conservateurs et Travaillistes perdent la mesure. Enfin, une campagne de critiques et de discrédit assaille le président Truman et ses collaborateurs pour le plus grand dommage de l’action politique.

 

La Politique aux Etats-Unis

Aux Etats-Unis donc, le sénateur républicain McCarthy mène le jeu. D’autres plus ou moins visibles, l’animent jusque semble-t-il le général Eisenhower.

Les Etats-Unis ne sont pas défendus. Un Pearl Harbour russe est possible. Acheson a perdu la face en Chine ; Truman a livré l’Europe à Staline à Postdam. Des fonctionnaires du State Department sont des espions soviétiques, etc…. Jessup, Lattimore sont cités devant des commissions d’enquête ; des gens honorables qui ont eu jadis des sympathies pour l’extrême-gauche, se suicident ; les ministres sont sur les dents, alors qu’il leur faudrait, pour étudier les problèmes actuels et s’informer correctement, une quiétude absolue. Qu’y a-t-il là-dessous ? Une affaire de tarifs douaniers.

 

Le Plan Truman après 52

Si les Etats-Unis veulent en 1952 que l’Europe se suffise, il faut qu’elle trouve des Dollars pour acheter aux Etats-Unis et pour cela il faut qu’elle leur vende ; que les producteurs américains consentent à laisser entrer les marchandises européennes à bas tarif et que le public les achète en place de celles qu’ils fabriquent, sinon il faudra continuer le plan Marshall ou laisser l’Europe se tirer d’affaire sans les Etats-Unis, ce qui ruinerait l’exportation américaine et bon nombre de ses industries.

Tout le monde en Amérique le comprend, mais personne ne veut être sacrifié. Cependant, le président Truman élabore un plan détaillé pour aider l’Europe après la fin du Plan Marshall en ouvrant les Etats-Unis aux marchandises européennes. Tous les grands intérêts sont alertés.

 

L’Union Européenne

Ce qui empêche de faire l’Europe, ce n’est pas seulement la mauvaise volonté des Britanniques, ce sont surtout des raisons analogues. Si par exemple, les fabricants de savon installés à Marseille pouvaient envoyer en franchise leurs produits aux Etats-Unis, cela suffirait à la France pour boucher en bonne partie le trou de son déficit en Dollars ; si la carte industrielle de l’Europe était remaniée de façon que chaque industrie spécialisée fournisse l’ensemble de la communauté à l’endroit où elle serait le mieux placée économiquement pour cela, l’Europe serait faite ; le politique suivrait l’économique.

Plus d’autarcie possible, partant plus de barrières douanières, plus d’obstacle à une législation commune : mais il y aurait trop de sacrifiés, un chômage temporaire, des intérêts en périls et l’on continuera à discuter, à procéder par tâtonnements et demi-mesures comme la libéralisation des échanges qui fera en définitive plus de victimes que des changements radicaux.

C’est d’ailleurs l’agriculture plutôt que l’industrie qui résiste. Ce sont les fermiers américains qui veulent qu’un milliard de leurs produits soient incorporés à l’aide Marshall ; ce sont les agriculteurs allemands qui ont fait obstacle à l’union douanière avec la France ; ce sont les producteurs agricoles de chez nous qui redoutent la concurrence italienne. On ne saurait leur en faire grief ; l’agriculture n’a pas la souplesse de l’industrie. Il ne faudrait pas toutefois que tout échouât, pour cela le prix des transports par l’incidence de l’impôt assure à l’agriculteur une protection relative et la concurrence doit jouer dans tous les domaines, même s’il doit y avoir des perdants.

 

A Strasbourg

La place nous manque pour exposer les vicissitudes compliquées des relations entre l’assemblée consultative et le Conseil des Ministres.

Fait-on des progrès ? Les avis sont partagés. Les Anglais freinent ; les Italiens poussent ; les Français hésitent. Voici la Sarre et l’Allemagne de Bonn invitées sans les incidents qu’on redoutait. Apporteront-elles un renfort décisif pour décider les gouvernements à renoncer à une part de la souveraineté nationale au profit du Conseil de l’Europe ? Tout est là. Le jour où ce conseil ne sera plus seulement une assemblée d’orateurs et d’experts sans pouvoir, où il pourra imposer sa volonté aux Etats respectifs, l’idée européenne aura pris corps. Mais les Ministres responsables voient que le premier pas franchi, le mouvement ne pourra plus être limité, que les conséquences sont incalculables.

 

L’Albanie

Curieuse histoire : l’Albanie coincée entre Tito et la Grèce, reste en principe le dernier satellite des Russes sur l’Adriatique. Coupée de l’U.R.S.S., celle-ci jusqu’ici la ravitaillait tant bien que mal. Mais récemment, Hodja, venu à Moscou, reçut l’ordre de se débrouiller seul ; il se tourne vers l’Italie ; ventre affamé est sans rancune. En réalité, l’Albanie aux abois est une proie tentante pour Tito qui n’aurait qu’un geste à faire. C’est ce que les Russes attendent pour l’écraser. Mais Tito a éventé le piège et aussi les Américains, et les Albanais meurent de faim.

 

La Ligue Arabe

Une histoire amusante pour terminer : on a fini par savoir  – ce que savaient nos lecteurs – que lorsque l’Egypte l’an passé, attaqua Israël et essuya une défaite mémorable, le rôle d’Abdullah de Transjordanie n’était pas très clair. On soupçonnait qu’il était de connivence avec les Juifs et que les Anglais étaient derrière, ravis de donner une leçon aux Egyptiens qui les ennuyaient fort au Soudan et à Suez. Mais Abdullah a des ennemis, et en particulier le grand Mufti de Jérusalem qui a dévoilé l’histoire et constitué avec l’aide des Egyptiens un gouvernement dissident de la Palestine arabe à Gaza. Il y a bien eu aussi quelques aviateurs anglais abattus par les Israéliens pour camoufler l’affaire ; toujours des victimes innocentes.

En attendant, la Ligue Arabe est en plein désarroi, et les querelles de famille deviennent aiguës. Les Anglais font des avances à Israël, mais les Français, mieux en cour, cherchent une revanche à leurs déboires en Syrie. L’Orient est toujours le même.

 

                                                                                  CRITON

Criton – 1950-04-01 – La Chine et la Livre

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Le Courrier d’Aix – 1950-04-01 – La Vie Internationale.

 

La Chine et la Livre

 

Ni dans les faits, ni dans les tractations on n’observe d’évolution appréciable. L’activité des Allemands pour reprendre, à la faveur de l’antagonisme Est-Ouest, une place en Europe, le reflux de l’agitation communiste en France et en Italie, les difficultés de l’U.R.S.S. en Tchécoslovaquie, enfin et surtout le grignotement de la Chine par la Russie, voilà les points d’intérêt.

 

Russie et Chine

La presse mondiale, sans exception, et en apparence du moins, les chancelleries se sont trompées sur la tactique soviétique en Chine. La victoire de Mao Tsé Tung, son voyage à Moscou, le traité dit « d’alliance », c’était, croyait-on le triomphe du Communisme et le début d’une collaboration parfaite entre les deux dictateurs, le point de départ d’une conquête de l’Asie au nom et par le moyen d’une idéologie commune. Nous n’avons cessé de montrer qu’il en est autrement, et les faits le prouvent à l’évidence.

Les Soviets, instruits par leurs précédents échecs, savent bien qu’une Chine forte et unie ne tarderait pas, quel que soit son chef, à jouer d’une politique d’équilibre entre l’U.R.S.S. et les U.S.A. : que le communisme qui s’y installerait n’aurait de commun que le nom avec le régime soviétique. Il n’est pas davantage possible pour l’U.R.S.S. de traiter la Chine en satellite et d’y installer un Rokossowski. Dès lors, le plan est clair : tout en affirmant leur solidarité avec la révolution chinoise, les Russes, une fois les Nationalistes éliminés du continent, non seulement n’ont pas aidé Mao Tsé à se tirer des difficultés immenses, mais tout au contraire, ont rendu sa position plus précaire en multipliant les conditions de l’anarchie intérieure.

Grâce à ce chaos, les Russes poursuivent la mainmise sur les trois-quarts de la superficie de l’ancien empire céleste. Mettant à profit le désordre monétaire des derniers mois, ils ont drainé vers la Mandchourie toutes les réserves alimentaires de la Chine centrale et méridionale. Il en résulte aujourd’hui une famine, la plus terrible de toutes celles que la Chine a connues récemment et qui touche 40 millions d’hommes ; tandis que Tchang-Kaï-Chek, réarmé par les Américains, coule les jonques de ses adversaires, bloque les ports et détruit les entrepôts, les usines et les voies ferrées de la zone Shanghaï-Canton, les Russes n’ont jusqu’ici envoyé ni un bateau, ni un avion pour permettre à Mao Tsé de se défendre. Pendant ce temps, l’U.R.S.S. use de sa tactique habituelle, et après avoir traité séparément avec les soi-disant « représentants » du Sin Kiang, crée des sociétés mixtes comme en Hongrie et en Pologne pour l’exploitation des richesses minières et pétrolières de ce vaste pays.

Après la Mandchourie, les deux Mongolies, le Sin-Kiang, demain le Tibet passera à l’U.R.S.S. qui pourra alors allonger un tentacule pour prendre à revers l’Inde et la Birmanie, l’idéologie n’est là qu’une façade pour camoufler la plus systématique et la plus réussie des conquêtes. Autre preuve : les Russes interdisent aux navires chinois de pénétrer à Daïren et à Port-Arthur, leur fermant ainsi la porte maritime de la Mandchourie qui en théorie appartient toujours à la Chine. Cependant avec la même habileté, les Russes se prémunissent contre un retournement de Mao Tsé et la tentation d’un nouveau Titisme, peut-être même un rapprochement avec les Etats-Unis. Ils envoient des techniciens en nombre et de petits détachements spécialisés de militaires qui font mine de préparer la défense de la Chine du Sud contre une attaque Nationaliste, mais en fait ont mission de contrôler les industries et les voies de communications. Ce n’est pas sans raison non plus que Staline a retenu Mao Tsé deux mois à Moscou. Pendant ce temps, la situation évoluait à Pékin et ailleurs, et le Chinois s’est trouvé à son retour, devant une conjoncture singulièrement aggravée. Ce qui n’empêche pas d’ailleurs qu’en principe, l’alliance subsiste, quand il s’agit de pousser les Chinois vers le Sud-Est, de s’en servir pour aider Ho Chi Minh et faire agir les organisations secrètes chinoises dans toute cette partie de l’Asie.

 

La Livre et le Dollar

A côté de la guerre froide, n’oublions pas la guerre sourde du Dollar et de la Livre, plus subtile encore que la politique sino-russe. Les Anglais sentent que leur position est très affaiblie par la conjoncture électorale et l’incertitude du sort des Travaillistes. Aussi, devant l’imminente réalisation de l’accord de paiements intereuropéens essayent-ils de faire, comme aux Etats-Unis une politique bipartisane devant ce problème qui intéresse autant la Cité que le Labor.

Le « Times » s’est expliqué clairement là-dessus :

1° L’Union européenne des paiements va miner le prestige de la Livre et faire passer une grande part des règlements de cette monnaie dans la monnaie de compte clearing qui sera en fait sous la dépendance du Dollar. D’abord les balances créditrices en Dollars de la Suède, de l’Italie et éventuellement d’autres seront utilisées pour combler des déficits et transformeront, contre l’Angleterre, une dette bloquée en une dette mobilisable qui pèsera sur la stabilité de la Livre ;

2° Si un pays, comme c’est le cas présent, veut se débarrasser de ses surplus pour acquérir des devises fortes, c’est la Livre qui en fera les frais. Enfin et surtout, les paiements courants ne se feront plus en Livres mais par l’intermédiaire de l’Union et la Livre comme monnaie internationale sera peu à peu éliminée. Tout cela est fort clair, mais comment résister tant qu’on ne peut se passer de l’aide Marshall ?

 

                                                                                  CRITON

Criton – 1950-03-25 – Réalités et Chimères

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Le Courrier d’Aix – 1950-03-25 – La Vie Internationale.

 

Réalités et Chimères

 

En l’absence de faits importants, il est intéressant de suivre l’évolution des grands courants d’idées qui agitent l’opinion.

C’est aux Etats-Unis, le malaise grandissant devant l’impuissance de tout moyen diplomatique pour amener l’U.R.S.S. à composition ; en Angleterre, la lutte de plus en plus âpre entre le travaillisme déclinant, et les conservateurs prêts à donner l’assaut final. C’est aussi le dialogue franco-allemand, les extravagantes propositions d’Adenauer qui répondent cependant à des inquiétudes réelles et à des aspirations justifiées.

 

La Politique Intérieure américaine                                              

Celui qui voit les choses de loin est un peu étonné de l’hostilité que rencontre M. Acheson, et des critiques d’hommes aussi pondérés que Walter Lippmann. Tout sert contre lui, même ses anciennes relations avec Alger Hiss (car aux Etats-Unis, ils ont eux aussi « l’affaire »). La politique d’Acheson est pourtant inattaquable. On lui reproche, tantôt d’être conciliatrice à l’extrême et même pro-soviétique, tantôt d’être incapable d’initiative susceptible d’amener une détente. En réalité, chacun sait qu’il n’y a rien à faire et que les « sept points » d’Acheson sur lesquels une conférence de paix trouverait une base de discussion, ne sauraient être admis par l’U.R.S.S.

En réalité, les Américains angoissés devant l’inévitable qui s’approche, souffrent de n’être dirigés que par des hommes de peu d’envergure, comme si de grands hommes y pouvaient quelque chose et n’étaient pas capables plutôt de tout gâter. Mais les foules sont ainsi ; devant le danger, elles veulent un maître qui agisse, même s’il doit les mener au tombeau.

 

La Lutte Intérieure en Angleterre

La lutte entre les deux moitiés du peuple anglais a pris un caractère pathétique. La moitié qui veut conserver ses privilèges et qui, par un singulier retour des choses, est aujourd’hui la masse dite des « travailleurs », est la masse dont le rôle est de solder la facture sous forme d’impôts.

Le sol craque sous les pas des Travaillistes. La dévaluation a eu peu de résultats favorables sur les exportations vers la zone Dollar qui sont en régression pour février, et l’application des lois sociales, en particulier l’assistance médicale gratuite, entraîne des dépenses fabuleuses et un déficit impossible à chiffrer à l’avance, d’ores et déjà de 300 milliards. On s’attend à ce que le budget de Sir Stafford Cripps soulève des tempêtes.

L’Angleterre, en proie à des difficultés de toutes sortes après une guerre épuisante, s’est offert un système de bien-être social qui coûté à la masse des Anglais plus de sacrifices qu’elle ne comporte d’avantages, car les lois sociales en Angleterre ne sont pas comme chez nous, destinées à établir une superfiscalité en faveur de l’Etat, de ses privilégiés et de profiteurs adroits. C’est vraiment une assurance du berceau à la tombe. Mais à supposer que cette sécurité ne soit pas une illusion en cette vallée de larmes, c’est un luxe que seule une Société prospère et débordant de richesses pourrait s’offrir. Il est heureux que les Anglais en aient fait l’expérience car leur exemple est concluant.

 

La Fusion Franco-Allemande

La première interview d’Adenauer qui proposait une fusion Franco-Allemande faisant pendant à la proposition Churchill de 1940 avec double nationalité et parlement commun, avait été prise par les gens sérieux comme une plaisanterie adroite mais un peu forte. On voit d’ici un parlement Franco-Allemand. Mais le chancelier Adenauer a répété ses propositions afin que l’opinion secouée et curieuse soit obligée de penser le problème. Le gouvernement français a répondu avec sympathie et modération, comme il convenait. Si la fusion Franco-Allemande est pour des temps meilleurs (ou pires), un rétablissement progressif et lent de la coopération entre les deux pays doit être constamment recherché et réalisé. Ces propos sensationnels ont eu un avantage…, celui même que cherchait Adenauer : effacer la mauvaise impression produite par l’affaire Sarroise, dont on a cessé de parler.

Il y a cependant des esprits utopiques et généreux que cette idée de bloc Franco-Allemand enthousiasme ; ce sont sans doute les mêmes qui étaient emballés par la proposition Churchill, qui d’ailleurs eut été pour la France, d’un point de vue strictement matériel, une excellente affaire. Ce ne serait pas le cas d’une union Franco-Allemande.

A-t-on pensé à ce que serait la simple ouverture de nos frontières à l’invasion de ces millions de chômeurs peu exigeants et travailleurs venant en compétition avec notre main-d’œuvre ? Sous une forme pacifique et amicale, la conquête de la France ne tarderait pas. Il suffit de voir ce que le dynamisme germanique fait en ce moment : la conquête à pas de géant des marchés extérieurs malgré les difficultés d’approvisionnement en matières premières, les chicanes des occupants, la rareté du crédit, pour imaginer comme seraient écrasés nos entreprises vieillies et notre travail nonchalant. Rongée, ruinée et paralysée par la politique, la France comme l’Angleterre est obligée de se protéger de la compétition de ses voisins. Ce qui, à la longue comme on le verra, est illusoire.

 

L’Indochine

L’Indochine a pris dans la guerre dite froide, une valeur symbolique. Les succès des forces Franco-Vietnamiennes dans le Delta tonkinois a fait impression sur les Américains, et les démonstrations de l’aviation Américaine au-dessus des territoires non libérés, sur les Vietnamiens. Les Etats-Unis ont accepté le challenge et l’opinion approuve. Les émeutes de Saïgon n’y changeront rien, bien au contraire.

 

                                                                                            CRITON