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Le Courrier d’Aix – 1950-03-25 – La Vie Internationale.
Réalités et Chimères
En l’absence de faits importants, il est intéressant de suivre l’évolution des grands courants d’idées qui agitent l’opinion.
C’est aux Etats-Unis, le malaise grandissant devant l’impuissance de tout moyen diplomatique pour amener l’U.R.S.S. à composition ; en Angleterre, la lutte de plus en plus âpre entre le travaillisme déclinant, et les conservateurs prêts à donner l’assaut final. C’est aussi le dialogue franco-allemand, les extravagantes propositions d’Adenauer qui répondent cependant à des inquiétudes réelles et à des aspirations justifiées.
La Politique Intérieure américaine
Celui qui voit les choses de loin est un peu étonné de l’hostilité que rencontre M. Acheson, et des critiques d’hommes aussi pondérés que Walter Lippmann. Tout sert contre lui, même ses anciennes relations avec Alger Hiss (car aux Etats-Unis, ils ont eux aussi « l’affaire »). La politique d’Acheson est pourtant inattaquable. On lui reproche, tantôt d’être conciliatrice à l’extrême et même pro-soviétique, tantôt d’être incapable d’initiative susceptible d’amener une détente. En réalité, chacun sait qu’il n’y a rien à faire et que les « sept points » d’Acheson sur lesquels une conférence de paix trouverait une base de discussion, ne sauraient être admis par l’U.R.S.S.
En réalité, les Américains angoissés devant l’inévitable qui s’approche, souffrent de n’être dirigés que par des hommes de peu d’envergure, comme si de grands hommes y pouvaient quelque chose et n’étaient pas capables plutôt de tout gâter. Mais les foules sont ainsi ; devant le danger, elles veulent un maître qui agisse, même s’il doit les mener au tombeau.
La Lutte Intérieure en Angleterre
La lutte entre les deux moitiés du peuple anglais a pris un caractère pathétique. La moitié qui veut conserver ses privilèges et qui, par un singulier retour des choses, est aujourd’hui la masse dite des « travailleurs », est la masse dont le rôle est de solder la facture sous forme d’impôts.
Le sol craque sous les pas des Travaillistes. La dévaluation a eu peu de résultats favorables sur les exportations vers la zone Dollar qui sont en régression pour février, et l’application des lois sociales, en particulier l’assistance médicale gratuite, entraîne des dépenses fabuleuses et un déficit impossible à chiffrer à l’avance, d’ores et déjà de 300 milliards. On s’attend à ce que le budget de Sir Stafford Cripps soulève des tempêtes.
L’Angleterre, en proie à des difficultés de toutes sortes après une guerre épuisante, s’est offert un système de bien-être social qui coûté à la masse des Anglais plus de sacrifices qu’elle ne comporte d’avantages, car les lois sociales en Angleterre ne sont pas comme chez nous, destinées à établir une superfiscalité en faveur de l’Etat, de ses privilégiés et de profiteurs adroits. C’est vraiment une assurance du berceau à la tombe. Mais à supposer que cette sécurité ne soit pas une illusion en cette vallée de larmes, c’est un luxe que seule une Société prospère et débordant de richesses pourrait s’offrir. Il est heureux que les Anglais en aient fait l’expérience car leur exemple est concluant.
La Fusion Franco-Allemande
La première interview d’Adenauer qui proposait une fusion Franco-Allemande faisant pendant à la proposition Churchill de 1940 avec double nationalité et parlement commun, avait été prise par les gens sérieux comme une plaisanterie adroite mais un peu forte. On voit d’ici un parlement Franco-Allemand. Mais le chancelier Adenauer a répété ses propositions afin que l’opinion secouée et curieuse soit obligée de penser le problème. Le gouvernement français a répondu avec sympathie et modération, comme il convenait. Si la fusion Franco-Allemande est pour des temps meilleurs (ou pires), un rétablissement progressif et lent de la coopération entre les deux pays doit être constamment recherché et réalisé. Ces propos sensationnels ont eu un avantage…, celui même que cherchait Adenauer : effacer la mauvaise impression produite par l’affaire Sarroise, dont on a cessé de parler.
Il y a cependant des esprits utopiques et généreux que cette idée de bloc Franco-Allemand enthousiasme ; ce sont sans doute les mêmes qui étaient emballés par la proposition Churchill, qui d’ailleurs eut été pour la France, d’un point de vue strictement matériel, une excellente affaire. Ce ne serait pas le cas d’une union Franco-Allemande.
A-t-on pensé à ce que serait la simple ouverture de nos frontières à l’invasion de ces millions de chômeurs peu exigeants et travailleurs venant en compétition avec notre main-d’œuvre ? Sous une forme pacifique et amicale, la conquête de la France ne tarderait pas. Il suffit de voir ce que le dynamisme germanique fait en ce moment : la conquête à pas de géant des marchés extérieurs malgré les difficultés d’approvisionnement en matières premières, les chicanes des occupants, la rareté du crédit, pour imaginer comme seraient écrasés nos entreprises vieillies et notre travail nonchalant. Rongée, ruinée et paralysée par la politique, la France comme l’Angleterre est obligée de se protéger de la compétition de ses voisins. Ce qui, à la longue comme on le verra, est illusoire.
L’Indochine
L’Indochine a pris dans la guerre dite froide, une valeur symbolique. Les succès des forces Franco-Vietnamiennes dans le Delta tonkinois a fait impression sur les Américains, et les démonstrations de l’aviation Américaine au-dessus des territoires non libérés, sur les Vietnamiens. Les Etats-Unis ont accepté le challenge et l’opinion approuve. Les émeutes de Saïgon n’y changeront rien, bien au contraire.
CRITON