Criton – 1950-03-18 – Diplomatie Totale

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Le Courrier d’Aix – 1950-03-18 – La Vie Internationale.

 

Diplomatie Totale

 

Sous ce nom de diplomatie totale, Acheson désigne un plan destiné dans l’ordre politique à coordonner les efforts des pays libres pour s’opposer à l’impérialisme soviétique, dans l’ordre économique à remédier aux déséquilibres et aux contradictions internes sur lesquels a buté le plan Marshall. Le principal obstacle est la résistance du bloc sterling qui ne peut survivre qu’en vase clos. La lutte, tantôt ouverte et tantôt sourde, entre Américains et Anglais est entrée dans une phase aigüe avec la bataille du pétrole dont nous avons récemment parlé. Un nouvel incident vient de les opposer en Allemagne.

 

Les Négociations Anglo-Allemandes

Au moment où les Etats-Unis s’efforçaient de rendre les monnaies européennes convertibles et de constituer un clearing multi-latéral, les Anglais négociaient avec Bonn un traité de commerce d’une grande ampleur établi sur une base Sterling contre Mark excluant toute convertibilité avec les autres monnaies. Les Allemands pour qui ces accords présentaient de gros avantages avaient accepté. Mais les Américains sont intervenus. Ce traité eut mis à bas toute leur politique. Les négociations ont été interrompues.  On a cherché à tenir l’incident secret : on l’a même démenti officiellement. Mais le fait demeure : les Anglais menacés de perdre 150 millions de dollars du plan Marshall, déjà réduit pour eux à 600, ont remis à plus tard la conclusion de leurs négociations commerciales avec l’Allemagne.

 

La Visite du Président

Affaibli et menacé à brève échéance, harcelé par l’opposition et les difficultés ouvrières au sujet des salaires, le gouvernement Attlee n’a plus d’appui non plus dans les Dominions, qui ont tous répudié le socialisme. Une nouvelle crise économique et financière se dessine dont la gravité n’échappe à aucun des partis britanniques. D’autre part, le nationalisme étroit de Bevin l’avait brouillé avec l’Italie, et compromis les relations avec la France et la Belgique. D’où la tentative de réchauffer la solidarité anglo-continentale, tant par des manifestations populaires que par des concessions de détails dans l’ordre économique, libéralisation des échanges ; dans l’ordre politique, appui à la France dans l’affaire sarroise et en Indochine.

Malgré ces efforts, on voit de plus en plus les continentaux suivre les directives de Washington : que l’Angleterre y participe ou non, l’Office des paiements internationaux fonctionnera sous peu. Acheson s’efforce de persuader le « Big Business » de laisser pénétrer les marchandises européennes aux Etats-Unis par l’abaissement des barrières douanières. Enfin et surtout, sentant le vent souffler vers la droite, le président Truman a résolument pris parti dans ses dernières manifestations pour une politique de collaboration avec le monde des affaires et une sauvegarde jalouse de la libre entreprise.

La visite du président Auriol à Londres, et les conversations Bevin-Schuman qui l’ont accompagnée, ne peuvent rien changer aux faits : la défense de la monnaie britannique s’oppose au progrès économique et mettra sans cesse en conflit les intérêts du bloc Sterling avec ceux des autres pays. Ces conflits pourront avoir sur le plan politique des répercussions fâcheuses ; elles en ont eu déjà quand l’Angleterre a cherché à s’assurer coûte que coûte des débouchés commerciaux à l’Est, aidant ainsi le bloc soviétique.

La défense du monde occidental risque d’être compromise. Pour survivre, il faut que le monde libre s’unisse complètement et sans réserve dans tous les domaines. Paul Raynaud l’a lumineusement exposé aux Etats-Unis. Il faut pour cela que la Cité renonce à ses privilèges financiers ; les événements l’y forceront.

 

La Collaboration Franco-Américaine en Indochine

Nous devons une grande reconnaissance à Staline qui, par son alliance d’ailleurs plus apparente qu’effective avec Mao-Tsé-Tung, nous permettra sans doute de redresser en Indochine une situation qui laissait peu d’espoir.

Après la tournée de Jessup et sa visite à Paris, il ne fait plus de doute que le Viet Nam va recevoir une aide économique et militaire considérable et que les Etats-Unis ont, après bien des hésitations, engagé leur prestige dans la défense de l’Indochine ; à moins de risquer la guerre totale, les communistes ne peuvent plus espérer vaincre.

Il est bien évident que la politique française et la politique américaine vont se trouver de plus en plus liées. Appuyés dans notre politique sarroise et indochinoise, largement soutenus financièrement, et par le Plan Marshall, le prêt au Viet Nam, et les applications du 4ème point Truman, nous ne sommes guère en mesure de mécontenter Washington pour sauver le prestige de la Livre qui ne nous favorise en rien, bien au contraire.

 

Problèmes Economiques

Une controverse de la plus haute importance et qui illustre bien l’évolution présente des idées tourne autour du rapport des experts de l’O.N.U. sur le chômage. Le plein emploi pour les experts est le but primordial auquel doit tendre la politique de l’Etat : Supprimer le chômage, stabiliser les prix à la manière du travaillisme paraît à ces économistes l’idéal de la société moderne. Le rapport a soulevé de vives protestations, et le président Truman lui-même a eu le courage de dire :

« Un certain volume de chômage tel que le présent aux Etats-Unis est supportable. C’est une bonne chose que la recherche du travail se poursuive en tous temps. Cela est sain pour l’économie de la Nation. »

Autrement dit, un volume modéré de chômage est le signe et la rançon d’une société libre. Seuls les pays totalitaires peuvent le supprimer en obligeant les travailleurs à s’employer où et comme l’Etat l’exige. De même, les fluctuations des prix révèlent que les consommateurs se portent vers les marchandises qu’ils préfèrent, et non celles qu’on leur impose, et disposent à leur gré de l’argent qu’ils gagnent. Le Mythe de l’ « Etat providence » est en recul.

 

                                                                                  CRITON