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Le Courrier d’Aix – 1950-03-11 – La Vie Internationale.
Printemps
Le printemps est la saison des alarmes, des paniques, des dépressions économiques et boursières. Souhaitons qu’il faille attribuer à la saison l’ensemble des signes défavorables qui nous parviennent.
Les Pronostics du Comité International
Le « Comité international pour l’étude des questions européennes », où collaborent des augures éminents comme Lord Vansittart, Van Zeeland et Paul Reynaud, d’ailleurs toujours pessimistes, dresse un tableau des activités et des plans du Kominform à la veille d’une action de grande envergure.
La conquête de l’Asie serait organisée à partir de Tachkent en Turkestan pour le Tibet et l’Inde, à Canton et à Bangkok pour l’Indochine et l’Asie du Sud-Est, à Vladivostok pour la Corée, à l’Azerbaïdjan pour le Moyen-Orient. De là, l’U.R.S.S. passerait en Afrique où le centre d’Addis-Abeba rayonnerait en toutes directions : le Congo belge où sont les mines d’uranium et l’Afrique occidentale anglaise et française où les troubles ont déjà préparé le terrain.
Il est certain que cette vaste organisation existe et qu’elle se meut, et que des désordres synchronisés pourraient affaiblir singulièrement les moyens de défense déjà précaires des puissances occidentales, mais que l’heure H soit proche, cela est une autre affaire.
Mgr Spellman à Rome
Plus troublantes sont les déclarations du Cardinal Spellman, archevêque de New-York après un séjour à Rome et des entretiens avec Pie XII. Au Vatican, on sait voir, on est informé, on garde la mesure ; mais aussi le péril, s’il existe, est proche. Si Tito était écrasé, les Soviets seraient à Trieste. On souffre à Rome de l’implacable persécution du Catholicisme dans les pays soumis à Moscou. On suit les préparatifs militaires des Soviets avec anxiété, et on parait craindre le pire.
A Washington
C’est aussi le sentiment de Washington. Comme il n’est pas question de se battre pour Tito, et que les Américains ne tiennent pas à prendre parti pour un bon communiste contre un mauvais alors qu’il n’y a en réalité aucune différence entre eux sinon leur antagonisme, les Soviets savent de ce fait qu’une action rapide et brutale de leur part ne provoquerait pas une guerre mondiale. Ce qu’ils ont hésité à faire l’an passé, il se peut qu’ils l’entreprennent cet été. Tito d’ailleurs, à ses discours, paraît inquiet. Cependant, si leur blitz en Yougoslavie, du genre de l’invasion éclair d’Hitler en 41 n’amenait pas la guerre, il la rendrait inévitable. Car ce coup de force enlèverait toute chance d’accord ultérieur, si tant est qu’il en reste, et surtout soulagerait devant l’opinion mondiale les Américains de tout scrupule pour frapper à leur tour au jour où ils le jugeraient bon.
L’Affaire Fuchs
Ce qui a démoralisé le public, ce sont les révélations de Fuchs. Les secrets atomiques ont été complètement livrés à l’U.R.S.S. qui a gagné ainsi 2 ans dans la course aux armements. Cette affaire est pour l’Angleterre un coup dur ; la légèreté avec laquelle cet allemand, communiste notoire dont le père réside en zone orientale, avait été mis au fait de tous les secrets, et que ce soient les Américains qui ont découvert la fuite, écartera dans l’avenir les britanniques des arcanes de la stratégie comme de la technique scientifique américaine. Ils rejoindront les Français dans la même suspicion ; et il est peu probable que le maréchal Montgomery devienne le chef de la défense européenne. On a émis l’hypothèse très vraisemblable que ce sont les Soviets eux-mêmes qui ont dénoncé Fuchs aux Américains pour diviser les deux pays.
Les Accords Franco-Sarrois
Malgré l’appui formel des Anglo-Saxons aux traités Franco-Sarrois, les Allemands ont encore rugi. « Nouvelle Alsace-Lorraine » a dit Schumacher, Socialiste nationaliste. Adenauer, pour ne pas être débordé, avait pris les devants et protesté alors que l’encre des accords n’était pas séchée.
Ces accords Franco-Sarrois préparent cependant l’autonomie de la Sarre sans présager des dispositions du traité de paix. A notre avis, toutefois, il eut été plus habile de se montrer plus libéral. Il n’était pas nécessaire de s’assurer pour cinquante ans la disposition du charbon sarrois, car il est probable que, bien avant ce terme, l’herbe poussera sur le carreau des mines parce que d’autres sources d’énergie auront remplacé la houille. N’aurait-on pu laisser à la Sarre la faculté d’avoir une représentation diplomatique, comme le Luxembourg, et au lieu de garantir d’autorité la sécurité du territoire – ce qui ne signifie pas grand-chose – n’aurait-on pu l’assurer par un traité militaire d’assistance ? Tout cela ne coûtait rien et eut accru l’intérêt des Sarrois pour l’indépendance.
Il est toujours préférable d’accorder par avance ce qu’on sait qu’on devra céder un jour, pour n’avoir pas à reculer devant des récriminations légitimes. Toute notre politique allemande depuis 1918 fut faite d’exigences impossibles et de retraites progressives. Même erreur en Indochine. On se cramponne à l’intenable pour mieux capituler.
En Extrême-Orient
Les Etats-Unis font preuve d’activité et de résolution. Mission américaine en Indochine, démonstrations navales et aériennes à Saïgon, prêt au Viet-Nam. L’internationalisation du problème Indochinois est chose faite. Un appui très énergique à cette politique de défense du Sud-Est asiatique est venu d’Australie par la voix de M. Spender le nouveau ministre. Par ailleurs, l’aviation et la flotte de Tchang-Kaï-Chek font de terribles ravages dans les centres de la Chine communiste. La monnaie de Mao Tsé fond comme avait fondu celle de Tchang. Voilà une belle occasion pour le Rouble redoré de montrer sa puissance ; le Rouble sauvant la devise chinoise, quel beau sujet de propagande ! N’y comptons pas. Les Russes soutiennent les Chinois comme la corde le pendu.
CRITON
P.S. – Nous nous demandions comment les Soviets après les « élections » en U.R.S.S. comptaient assurer la baisse des prix. La joie des travailleurs sera de courte durée. Après le scrutin, on va annoncer un petit emprunt, et les camarades qui comptaient reprendre du poids, auront à déposer leur salaire en excédent d’autorité dans la sébile du père des Peuples, et gare aux négligents.