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Le Courrier d’Aix – 1950-04-22 – La Vie Internationale.
Armement et Diplomatie
Malgré tout le sang-froid dont ont fait preuve et les gouvernements et l’opinion, on ne saurait minimiser l’incident du « Privateer ». Ce n’est pas du bluff, mais une provocation. Un avion américain non armé abattu dans une zone qui n’était même pas soviétique ; sans doute Tito en avait fait autant sans encourir de représailles, mais il y avait d’autres raisons.
La Tactique Soviétique
On est entré dans la phase de l’action directe de l’agression à main armée sur le pan international ; tactique de commandos dans tous les pays ; de la guerre froide à la guérilla.
Le bolchévisme a évidemment besoin de pousser l’audace toujours plus loin pour ne pas perdre l’initiative ; toutes les dictatures ont suivi ce processus si elles n’ont pas été entraînées par lui. Le résultat n’a jamais varié. Il faut donc admettre que l’U.R.S.S. a choisi de faire la guerre, ce à quoi beaucoup de raisons paraissent s’opposer mais jamais aucun fait. On ne pourra pas reprocher à Staline de nous avoir trompés. Il n’a jamais cessé d’être agressif sinon de temps à autre, en paroles, et l’on sait qu’un communiste n’a pas de parole.
Armements
La course aux armements s’accélère, et de part et d’autre on se trouve en pleine mobilisation technique. Dans cette course, pour qui travaille le temps ? Des nombreux renseignements qui filtrent à travers le rideau de fer, il ressort que la pénurie d’outillage de précision, de métaux rares ou spéciaux a cessé en U.R.S.S. Les grosses lacunes d’une préparation militaire dont la complexité est colossale paraissent peu à peu comblées. On sait par ailleurs que l’industrie de guerre se développe rapidement, surtout dans les pays satellites, Hongrie, Tchécoslovaquie, Allemagne orientale, qui contribuent à présent dans une mesure importante à l’armement soviétique. La préparation à la guerre absorbe plus de 60% de l’activité industrielle russe, directement ou indirectement, ce qui est énorme.
Evidemment, du côté américain on n’est pas inactif, bien au contraire, et le perfectionnement d’armes secrètes réservera au jour voulu de terrifiantes surprises. La supériorité relative des Etats-Unis augmente même, mais cela ne doit pas faire illusion. Une comparaison éclairera notre pensée : voici deux industriels concurrents ; l’un part avec un petit capital, l’autre avec un moyen ; le premier, faute de liquidités, ne pourra pas grand-chose. Mais les voilà qui prospèrent l’un et l’autre, le gros devient de plus en plus riche, mais le petit a du disponible, et bien que l’écart entre les deux fortunes s’accentue, le moins riche des deux a assez de moyens pour rivaliser avec l’autre et le mettre en échec.
L’Action Diplomatique
La scène diplomatique est plutôt calme, phase de préparation aux rencontres de Mai ; confusion dans les bruits, les ballons d’essai. Il faut bien que les diplomates justifient leur existence. C’est d’ailleurs un des traits du monde actuel ; tandis que les générations précédentes mettaient un point d’honneur à montrer qu’elles ne faisaient rien, celles-ci s’ingénient à montrer que leur travail est réel et peut se justifier.
Le travail diplomatique consiste aujourd’hui à réunir des conférences pour préparer aux assemblées, on se réunit à Paris pour fixer l’organisation du Conseil de l’Europe ; pyramide d’organismes qui jusqu’ici n’ont rien donné. Il se pourrait bien que rien ne soit possible, ni à l’O.N.U., ni ailleurs, parce que le spectre de la guerre dissipe tout. On ne peut pas traiter sérieusement un problème économique et même politique qui par définition même suppose le maintien de la paix quand on n’y croit pas. C’est l’état d’esprit que les Soviets ont réussi à créer et qu’ils entretiennent avec leur technique de coups de main. Signalons cependant deux faits.
Le Haut Conseil Atlantique
Le discours de M. Bidault, proposant un haut conseil atlantique pour la paix, a éveillé beaucoup d’intérêt. Il s’agirait d’un organisme – encore un – qui coifferait le Plan Marshall venant (en principe) à son terme, et le Pacte Atlantique dont l’organisation militaire est plutôt laborieuse.
Le geste de Bidault a paru à Londres une manœuvre américaine par le truchement de la France et l’on a fait grise-mine. Les Anglais sentent bien qu’on veut les attacher en matière économique comme en matière militaire (ce qui est aussi une affaire financière) à un groupement dont nécessairement les Etats-Unis seront les chefs. Traqués dans leur indépendance, les Anglais voient partout des pièges. Ils ont peut-être tort. Le sens de la proposition Bidault pourrait être simplement : « La France comme l’Angleterre est hors d’état de payer son réarmement. Le P.A.M. est d’un intérêt limité car les armes qu’on nous livre ne donnent pas de travail à nos ouvriers, ni d’élan à notre industrie qui en a besoin. Il faudrait que les Etats-Unis payent les canons que nous fabriquons à domicile. Pour cela, un grand conseil n’est pas de trop.
Trieste
Staline au petit pied, l’ami Tito, malgré sa situation précaire bluffe et mord ; le brave comte Sforza avait fait un discours conciliant pour essayer de résoudre la question de Trieste avant les élections titistes en zone B. Tito a éconduit le diplomate et bravé la décision des trois Grands : Il reste à Trieste ; les élections ont été « réussies ». En Yougoslavie, on se contente de 90%, le 101% fait trop soviétique. Les Etats-Unis n’ont pas réagi et Rome a été très désappointé. N’essayons pas de soulever le voile du mystère, on aurait vite deviné ….
CRITON