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Le Courrier d’Aix – 1950-11-11 – La Vie Internationale.
Troisième Impérialisme
En suivant jour par jour le cours des événements, on est conduit d’une phase de détente à une tension aigüe, et c’est en ce moment la plus critique, depuis le blocus de Berlin, que nous vivons. En réalité, la situation internationale n’a cessé de s’aggraver depuis cinq ans et les périodes de rémission n’ont été que des épisodes de la guerre des nerfs dont la technique revient à Hitler.
L’effet de l’attaque chinoise en Corée coïncidant avec l’invasion du Tibet a produit un choc d’autant plus sensible que la victoire des Nations-Unies avait ranimé les espoirs de paix pour la première fois depuis longtemps. On passe naturellement de l’optimisme au découragement, dès que le spectre de la troisième guerre reparaît. C’est faire le jeu du bolchévisme que de s’abandonner à ces excès. La situation présente, si elle est plus aigüe que les précédentes, n’est cependant pas sans issue et pas plus qu’hier les communistes n’ont choisi le grand risque. Il s’agit de retenir le plus de forces américaines, françaises et anglaises possible en Extrême-Orient pour les affaiblir et empêcher les puissances alliées d’agir en Europe quand un nouveau coup de force sera tenté. Pendant que la lutte en Extrême-Orient battra son plein, les satellites de l’U.R.S.S. recevront l’ordre de liquider Tito, et les Etats-Unis n’auront pas les moyens militaires de leur barrer la route.
Le Sort de la Yougoslavie
Depuis quelques temps, Tito change ses positions sous la pression des réalités. La récolte en Yougoslavie a été catastrophique ; la disette s’accentue et avec elle le grondement de la révolte populaire. Il a fallu implorer le secours américain et c’est 200 millions de dollars de vivres qui vont affluer. C’est dire à quel point, on en manquait. Si les Etats-Unis, comme l’a dit Tito, n’ont pas mis de condition politique à leur envoi, ils l’ont obligé à proclamer cette générosité. Ce qui fut fait.
Par ailleurs, la balance des forces militaires dans les Balkans est peu à peu renversée. Tito dont la popularité a beaucoup baissé, dont les soldats ne disposent que d’un armement périmé, a devant lui les forces Roumaines, Hongroises, Tchèques et Polonaises commandées par des maréchaux russes et encadrées d’officiers exercés à Moscou. Ces troupes réorganisées, munies d’un outillage moderne sont capables d’écraser la Yougoslavie avec la même rapidité que les Nord-Coréens auraient réduit ceux du Sud si les Etats-Unis n’étaient accourus. Une deuxième Corée dans les Balkans n’aurait rien pour surprendre. La guerre en serait plus proche d’un degré. Elle n’éclaterait pas pour cela. Les exercices qui ont lieu à Malte et le renforcement de la flotte américaine en Méditerranée montrent qu’on s’attend au pire. Les Russes comptent d’ailleurs sur les bombardements massifs des Américains pour exciter les populations des pays satellites dont la résistance au bolchévisme s’est beaucoup accentuée, surtout à cause de l’extrême disette qui règne dans ces régions.
L’Impérialisme de Pékin
L’impérialisme chinois se modèle sur l’impérialisme soviétique pour faire peser une menace sur tous les pays limitrophes. L’Inde d’abord, inquiète de l’invasion du Tibet, l’Indochine dont la position est sérieuse, Hong-Kong devant laquelle on élève des fortifications et surtout la Corée où l’on en est à l’envoi de « volontaires ».
Comment réagiront les Etats-Unis ? Si le département d’Etat a paru surpris de la brusque décision chinoise, Mac Arthur l’a été moins. Après un bref flottement et un choc assez rude qui leur a valu d’assez lourdes pertes, les forces américaines ont repris le dessus et on peut être sûr que si les Chinois s’obstinent, les troupes de l’O.N.U. iraient en Mandchourie. Les Etats-Unis ne peuvent et ne doivent pas reculer. Il ne faut pas s’en effrayer. Si les autres ne se sentent pas assez forts, ils encaisseront ; s’ils le sont, ils n’ont pas besoin de prétextes pour passer à l’action en tous cas, les coups qu’ils recevront serviront d’excitation à la haine contre les impérialistes américains.
L’Offre Soviétique de Conférence à Quatre
Les Soviets ne manquent aucune occasion, qu’elle soit diplomatique ou militaire. Les dissentiments franco-anglo-américains au sujet du réarmement allemand, les polémiques entre Adenauer et Schumacher valaient d’être exploités. Molotov a donc convoqué les ambassadeurs alliés à Moscou pour proposer une conférence à quatre sur le problème allemand. L’offre a été diversement accueillie pour des raisons de politique intérieure, mais le refus est certain. Cependant les peuples ignorants y voient une promesse d’apaisement qu’on néglige et la propagande soviétique ne peut qu’y gagner.
En réalité, cette irritante controverse sur le réarmement allemand est plus électorale que sincère. Les socialistes français, en s’opposant à la résurrection de la Wehrmacht, prennent une position agréable aux électeurs et les socialistes allemands en cherchant à soustraire la jeunesse au service militaire, se taillent un succès facile. En réalité, l’armement de l’Allemagne est depuis longtemps décidé. Si regrettable qu’il soit, il s’impose et personne en France comme en Allemagne ne doute de sa réalisation prochaine. Il est cependant invraisemblable que personne au cours des débats n’ait proposé que ce réarmement soit strictement temporaire et que les troupes allemandes soient désarmées et démobilisées sitôt que les Américains quitteront l’Europe. Comme il est acquis que les usines allemandes ne fabriqueront pas de matériel de guerre utilisable, la situation se trouverait, le danger passé, ce qu’elle est en ce moment.
Les Elections Américaines
Les succès des Républicains aux élections du 7 novembre ont suscité des commentaires généralement défavorables, ce qui montre plutôt les préjugés que la compétence des informateurs. Le peuple américain a voté pour une politique énergique, celle de Mac Arthur, ce qui permettra au président Truman de moins s’embarrasser de controverses juridiques qui excèdent l’Américain moyen et mieux faire peser sur les Sino-Soviétiques le poids de la force. Cela nous vaudra aussi une aide plus étendue en Indochine, ce qui n’est pas rien.
CRITON