Criton – 1950-11-04 – Réveil de la Guerre Froide

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Le Courrier d’Aix – 1950-11-04 – La Vie Internationale.

 

Réveil de la Guerre Froide

 

Les victoires des Nations-Unies en Corée avaient éveillé de grandes espérances que le flottement dans la politique chinoise et soviétique semblait justifier. Impressionnées par la force et l’unité des démocraties, les puissances totalitaires en viendraient à la prudence. Malheureusement, l’invasion du Tibet par les Communistes chinois, la présence de troupes de Mao Tsé Tung venant renforcer et rétablir la résistance des Nord-Coréens, l’asile du territoire chinois donné aux soldats d’Ho Chi Minh, enfin l’attitude agressive des Soviets à l’égard de Trygve Lie, le secrétaire de l’O.N.U., tout indique que le bolchévisme a choisi ; la « guerre froide » n’aura connu qu’un court répit.

 

L’Inde et la Chine

Le raidissement chinois est sans doute commandé par des raisons de prestige. Chou-en-Laï avait parlé trop haut de résistance. Il était obligé à une certaine action. Politique assez surprenante car elle ne présente en apparence que des désavantages.

L’Inde jusqu’ici donnait à la Chine communiste un appui qui pouvait être précieux pour assurer ses contacts internationaux. Le Pandit Nehru irrité de son échec à Pékin et de l’invasion du Tibet, qui laisse peu d’espoir à une politique asiatique commune, va se rapprocher des Etats-Unis et du Commonwealth dont l’Inde fait partie ; menacés à leurs frontières septentrionales, l’Inde et le Pakistan devront aplanir leurs différends et participer à la défense effective. D’autre part, l’appui de l’armée chinoise à Kim-II-Sung n’aura militairement aucun effet sinon de retarder un peu la destruction des forces Nord-Coréennes et de rendre plus intraitables les Américains.

Enfin, l’appui ouvert à Ho Chi Minh pourrait amener les Etats-Unis à envoyer des troupes en Indochine ; il en est sérieusement question depuis quelques jours. Si donc l’attitude chinoise offre certains avantages aux démocraties, elle compromet l’espoir d’un apaisement. Car Mao Tsé Tung est la clef de la paix mondiale. Moscou sans lui ne peut rien risquer.

 

Les Conférences Atlantiques

Les conférences militaires et diplomatiques se succèdent pour la défense de l’Europe, retardée, compliquée sinon compromise, par l’irritante question du réarmement allemand.

Les Américains multiplient les déclarations conciliantes à l’égard de la France, et le général Eisenhower qui va être le chef de l’armée atlantique pour faire contrepoids à Mac Arthur, insiste pour donner toutes garanties aux légitimes soucis de sécurité des Français. Mais la résolution américaine n’en est pas moins pressante. Il nous semble qu’il y aurait un moyen de tout résoudre. Ce serait de faire admettre par les douze pays associés et par les Allemands eux-mêmes que l’armée qui va être créée pour la défense commune sera dissoute dès que les Alliés s’accorderont pour considérer le danger d’invasion soviétique passé. Tant que les soldats rouges seront sur l’Elbe, la sécurité française ne sera pas menacée par les divisions germaniques. Ne pourrait-on pas convenir simplement que ces divisions seront désarmées et dissoutes quand les troupes américaines quitteront l’Europe et qu’elles y veilleraient.

 

Le Point de Vue Américain

L’attitude française se comprend, mais elle ne se justifie pas, dit-on à Washington. Si la guerre éclatait en 51 ou 52, l’élite de l’armée française se trouverait en Indochine et quelle valeur militaire pourrait-on accorder à des forces françaises composées de recrues et de réservistes défendant sur l’Elbe l’Europe occidentale contre les Russes, sous l’œil des Allemands désarmés ?

Les Etats-Unis vont cantonner en Europe cinq ou six divisions de leurs meilleures troupes, elles ont absolument besoin et dans le plus bref délai du soutien militaire d’Allemands déjà aguerris pour parer au risque d’une destruction rapide de leurs propres forces en cas de défection française, défection que le moral actuel des Français rend malheureusement vraisemblable.

Voilà le point de vue auquel nous nous heurtons. Objectivement, il faut bien reconnaître qu’il ne manque pas de force. Il est bien à craindre que nous ne soyons en face du dilemme, ou bien abandonner la défense de l’Europe sur l’Elbe et sur le Rhin pour la reporter aux Pyrénées et à la Manche, ou bien reconstituer une armée allemande assez puissante pour tenir l’Elbe avec les divisions américaines.

La question se complique encore du fait des résistances allemandes ; les unes surtout politiques comme celle des Socialistes de Schumacher, les autres émanant du pacifisme religieux des protestants de Niemöller qui préfèrent le joug soviétique à la résistance armée. Ce pacifisme qu’on appelait autrefois irrévérencieusement bêlant comprend toujours les mêmes éléments : Socialistes idéologues à la Jaurès, intellectuels passionnés d’antimilitarisme, objecteurs de conscience affiliés à l’aile gauche des mouvements chrétiens et prêts à toutes les servitudes. Parlons à leur usage de la réforme monétaire en Pologne.

 

La Réforme Monétaire à Varsovie

On vient à Varsovie de rééditer le coup monétaire inauguré il y a trois ans à Bucarest et réédité dans l’intervalle, moins radicalement à Moscou.

Du jour au lendemain, on décrète que 100 zlotys n’en valent plus qu’un pour ceux qui en possèdent beaucoup et trois au plus pour les autres. En outre, la possession d’or ou de devises étrangères est punie de mort. Si bien qu’à moins de risquer sa vie, le citoyen polonais n’a plus rien devant lui. Il est complètement dépouillé de ses économies, qu’il soit paysan, ouvrier ou, s’il en reste, bourgeois. Dans ces conditions toute résistance au régime est impossible. Le paysan doit produire et livrer sa viande ou son blé pour l’échanger contre du sucre ou du pain ; l’ouvrier ne peut s’absenter de son travail un jour, car il ne mangerait pas le lendemain.

Cette mesure féroce fut décidée comme en Roumanie pour briser la résistance paysanne qui se manifestait par une restriction de la production, et la résistance ouvrière par le ralentissement du travail et le sabotage des « normes ». Car on assiste à ce spectacle à la fois sinistre et ridicule que de ce côté du rideau de fer une partie des ouvriers lutte pour le communisme, tandis que de l’autre côté, la quasi-unanimité des travailleurs s’emploie à la saboter !

 

                                                                                  CRITON