Criton – 1950-10-21 – De l’Asie à l’Europe

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Le Courrier d’Aix – 1950-10-21 – La Vie Internationale.

 

De l’Asie à l’Europe

 

L’attention inquiète des Français est concentrée sur l’Indochine. Notre histoire coloniale, notre histoire tout court, est semée d’épisodes douloureux faits d’imprévoyance, de présomption et d’héroïsme. Ils ont coûté beaucoup de sang et toujours ont été réparés. Il en sera encore de même. Cependant une action américaine, et partant internationale, sera la conséquence inévitable de nos échecs. Ce qui restait de notre souveraineté devra être subordonné à un accord et à une garantie des autres puissances.

Grâce à la victoire des Alliés en Corée, la participation de la Chine à l’action du Vietminh sera limitée, l’audace d’Ho-Chi-Minh freinée par la crainte d’une intervention directe des U.S.A. Rien d’étonnant même à ce que Ho-Chi-Minh, sur ordre de Moscou, cherche à négocier. Un mois plus tôt, les mêmes événements pouvaient conduire au désastre. Au contraire, on peut y voir aujourd’hui, la situation une fois rétablie, le point de départ d’un règlement moins précaire du problème indochinois tout entier. Nous l’aurons, encore là, échappé belle.

 

L’Abstention Soviétique

Les Russes n’ont rien fait pour atténuer la défaite des confrères Nord-Coréens. Le télégramme de Staline à Kim-II-Sung ressemble à un message de condoléance. La résistance militaire des Communistes s’est effondrée. Tout se passe comme si à Moscou on voulait enterrer l’affaire au plus tôt, et si possible la faire oublier.

Il est inutile d’épiloguer sur l’importance de l’échec soviétique. La perte de prestige a été d’autant plus forte que la crise du bolchévisme international était déjà ouverte avant la débâcle nord-coréenne. Tous les partis aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur du rideau de fer sont déchirés par des querelles.

Les satellites fermentent. En Tchécoslovaquie, Gottwald et Zapotocki sont ouvertement critiqués et leur position menacée. Les dirigeants du Kremlin ne se font pas d’illusion sur la gravité de la situation, et loin de s’en réjouir beaucoup d’observateurs s’en inquiètent. Il est certain, comme vient de le dire Anthony Eden, que l’année 1951 sera critique et peut-être décisive. Les Soviets se sachant perdus à plus ou moins brève échéance tenteront-ils leur dernière chance dans les quelques mois où leur supériorité militaire subsistera ?

Notre impression est que, déroutés par les événements, les Russes hésitent sur la voie à suivre. Ils se résigneront peut-être à perdre du terrain pour attendre des temps plus favorables. Ne se souciant guère d’opinion publique, ils encaissent sans difficultés des revers qui en démocratie renverseraient un régime, et ils savent qu’il leur sera toujours facile d’éviter la guerre en se retirant à temps d’un pas dangereux. Néanmoins, les préparatifs militaires que l’on signale en Europe orientale restent préoccupants.

 

Les Elections en Allemagne Orientale

Nous avons suivi par curiosité les phases de la campagne électorale par radio en Allemagne de l’Est. Rien de plus pitoyable que l’angoisse, la lassitude, l’absence de conviction des Allemands de service passés à la cause du bolchévisme. Ils semblaient déjà demander pardon à leurs auditeurs pour le jour du règlement de compte. La fuite en U.R.S.S., ou le gibet en Prusse, semblaient s’inscrire sur un écran invisible devant le micro. Sous la menace, les Allemands ont voté communiste. Ils ont bien fait. L’heure de la révolte n’est pas venue.

 

Les Négociations de Washington

Il est difficile de juger exactement de l’appui que la France a reçu pour son réarmement. Il est certain que les Etats-Unis ne peuvent dans les circonstances présentes, laisser la France en proie à des difficultés budgétaires mettant en danger la stabilité politique, l’ordre social et la monnaie. En regard des 70 milliards de dollars que les Etats-Unis doivent dépenser en 51 pour le réarmement d’après M. Matthews, le secrétaire à la Marine – qui n’a toujours pas démissionné -, il serait puéril de marchander quelques centaines de millions à un pays qui géographiquement est le pivot de la stratégie européenne. Les ministres français ont joué de leur mieux de cette carte. Ce n’est pas très glorieux. Mais les Américains qui sont gens d’affaires ne paraissent pas s’en formaliser. Ils redoutent surtout une crise française qui finirait en régime autoritaire dont ils savent bien qui tiendrait les rênes.

 

La Rencontre de Wake

La rencontre Truman-Mac Arthur a fait beaucoup discourir. On a tort d’y chercher des dessous qui n’existent pas. Le désaccord des deux hommes est du passé. La partie est gagnée en Extrême-Orient ; Mac Arthur a vu juste. La Chine qui a su  rester neutre sera ménagée. Les armées américaines n’atteindront pas les frontières mandchoues et soviétiques pour éviter les incidents. Mao Tsé Tung entrera à l’O.N.U. Mac Arthur devra céder sur la question de Formose et de Tchang-Kaï-Chek, mais ce sont- là des questions secondaires.

Par contre, il aura les mains libres pour surveiller l’Extrême-Orient et réarmer le Japon pour y maintenir l’équilibre, tandis que les forces américaines se porteront sur l’Europe. Nous avons toujours pensé que le prétendu conflit des deux politiques n’était qu’une habileté. Le département d’Etat a laissé agir Mac Arthur. Si celui-ci s’était trompé, il conservait la faculté de le désavouer. Les civils ont souvent agi ainsi avec les militaires.

 

L’Europe

On annonce que quatre divisions américaines vont être progressivement envoyées en Europe après la fin de la guerre de Corée prévue pour le début de novembre. On pense en effet qu’une puissance militaire accrue serait nécessaire, non seulement pour décourager les initiatives soviétiques mais surtout si des troubles graves chez les satellites venaient à ébranler le rideau de fer. Les Etats-Unis ne resteraient sans doute pas inactifs.

 

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