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Le Courrier d’Aix – 1951-06-23 – La Vie Internationale.
Nouvelle Etape
L’activité diplomatique a été comme suspendue par l’attente du résultat des élections françaises ; celles-ci ont confirmé exactement les prévisions, et la politique internationale n’en sera pas modifiée. A plus ou moins longue échéance cependant, l’influence d’un nationalisme plus intransigeant se fera sentir. D’ici là, le dispositif militaire du pacte atlantique sera mis en place. L’activité de ce côté ne s’est pas ralentie. Cette machine compliquée répartie entre commandants de nations diverses composée d’organismes politiques, économiques et militaires de trois armes différentes, ordonnées selon une échelle subtile de hiérarchies pour accorder les susceptibilités, paraît devoir fonctionner comme une grande affaire américaine déployée tout autour du monde soviétique.
Cet encerclement dont les Russes font des affiches, ils ont tout fait pour le provoquer. L’état de tension entretenu tant par le petit blocus de Berlin que par les dérobades de Gromyko au Palais Rose, facilite la soudure des forces occidentales. Que les Russes veuillent ou non la guerre, il semble que leur intérêt aurait été plutôt de se montrer conciliants.
En tous cas, nous voici engagés dans les semaines décisives pour la paix du monde : si aucun événement grave ne s’est passé d’ici l’automne, le monde libre aura acquis de telles forces qu’une attaque délibérée paraît invraisemblable. Rien d’ailleurs ne fait craindre un été orageux, sinon l’affaire des pétroles persans.
En Iran
Nous avons toujours pensé que le conflit de « l’Iranian Oil Company » finirait par un accord. On en est aujourd’hui plus loin que jamais, mais ce n’est pas une raison de désespérer.
Si l’Angleterre et l’Iran étaient seuls en cause, l’Angleterre affaiblie, démoralisée, qui recule depuis la guerre devant la plupart de ses tâches en Orient, ne pourrait résister au coup de force de Téhéran. Mais la question des pétroles persans est internationale, et par conséquent en dernier ressort intéresse les Etats-Unis. Ceux-ci laissent faire pour le moment mais ne pourraient consentir à la perte, même momentanée, des ressources en carburant de la Perse. Les répercussions seraient de nature à obliger tous les pays, y compris les Etats-Unis, à rationner l’essence.
La bataille sera dure et longue car les Iraniens spéculent sur la peur d’une intervention russe que les Alliés occidentaux voudraient éviter cette année. C’est pourquoi Téhéran cherche à réussir son fait accompli avant l’automne.
L’Attitude Américaine
Les Américains sont dans une position difficile. Ils ne peuvent intervenir directement, car ce serait contredire la politique suivie jusqu’ici à l’égard des peuples d’Asie qui eut pour but de les aider à recouvrer et à exercer leur souveraineté et traiter différemment la Perse et l’Indonésie par exemple. On doit bien se rendre compte à Washington que cette politique est une faute et que si elle est irréprochable en principe, elle est en fait au moins prématurée. Elle ne serait possible que si les peuples de couleur étaient plus évolués, et si d’autre part les Soviets ne guettaient pas les occasions de désordre.
Dans un monde où, comme reconnaît ces jours-ci Lippmann, le point crucial est un rapport de forces militaires, on ne peut donner aux forces morales le libre jeu que l’on souhaiterait. De plus, l’évolution des consciences est tellement plus lente que le progrès matériel, que les puissances dirigeantes se doivent d’exercer leur fermeté. Il est bon que les Etats-Unis auxquels les faits en Asie ont déjà donné quelques leçons se voient en Perse obligés bientôt d’accorder leur politique aux nécessités du bien commun.
En Angleterre
En Angleterre, l’affaire des pétroles iraniens a achevé de démoraliser l’opinion. L’autorité de M. Morrison paraît bien faible. Le travaillisme se cramponne au pouvoir et ne réussira qu’à rendre une future défaite plus lourde. La lenteur, aussi, des évolutions anglaises a toujours fait que le mal est irréparable quand ils songent à y parer. Ils ne réagissent qu’une fois frappés. C’est ainsi que sans le vouloir, ils ont laissé venir les deux grandes guerres. Quand Churchill reviendra au pouvoir, y aura-t-il encore moyen de redresser la situation ?
En Hongrie
C’est, en ce moment, vers la Hongrie que se tournent les regards d’une humanité angoissée. Non seulement un nouveau procès Mindszenty commence qui va condamner à une mort lente, après les drogues et les tortures d’usage, un certain nombre de prêtres et de prélats, mais une déportation massive et brutale de citoyens inoffensifs a fait déjà à Budapest dix mille victimes. La terreur règne dans la ville où les suicides se multiplient. Les camps de concentration et de travail forcé se remplissent encore une fois. D’anciens militants communistes, devenus suspects, s’y rencontrent avec d’anciens bourgeois.
Il faudrait que les 5 millions de Français qui ont voté communiste dimanche dernier puissent prendre connaissance de ces documents affreux qui passent en horreur tout ce que les nazis ont inventé. Il faudrait qu’ils lisent le reportage si vivant et si objectif que Vittorio Rossi publie dans le « Corriere de Milan ». On peut parcourir les pays derrière le rideau de fer sans entendre rire. La méfiance et l’accablement partout ; partout aussi la misère, l’obscurité, l’insolente inégalité des classes, l’arrogance et la vanité des militaires. Pays momifiés dans la torpeur et l’esclavage. Cela s’est beaucoup accentué depuis un an ; on ne voit pas bien comment dans ces conditions Moscou tenterait la conquête du monde. Il est bien évident au contraire, que de façon ou d’autre, une immense révolte étouffera le régime.
CRITON